
Introduction
Nous ne savons que peu de chose du prophète dont nous allons étudier le livre, seulement quelques rares détails personnels qu’il nous donne au cours de ses prophéties et en relation avec elles. Nous apprenons qu’il était sacrificateur, fils de Buzi, que sa femme mourut soudainement, en signe à Israël ; qu’il habitait Tel-Abib sur le fleuve Kébar dans le pays des Chaldéens. Il mentionne Daniel, son contemporain, connu de son propre temps pour sa justice, au même titre que Noé et Job.
Mais il n’y a guère d’écrits dans la Bible qui soient plus caractéristiques, et aucun ne fournit plus d’images pour le dernier livre du Nouveau Testament, la plus vaste et la plus profonde des prophéties. Ézéchiel, Jérémie et Daniel sont les prophètes de la captivité, ils ont des points de contact sans doute, mais ils sont différents dans leur ton, leur style et leurs buts, aussi bien que dans leur condition extérieure et dans les circonstances que Dieu a employées pour donner la forme qu’ont leurs prédications.
Le lot de Jérémie était d’être laissé avec les pauvres du pays, et ensuite d’être emmené avec ceux qui, par manque de foi, s’enfuirent en Égypte, à la recherche d’une sécurité qu’ils auraient pu trouver s’ils étaient restés là où ils étaient, dans la soumission à leur maître babylonien. Jérémie pleura et se lamenta jusqu’à la fin avec le résidu bien-aimé mais indigne.
Le lot de Daniel était d’être emmené captif la troisième année de Jéhoïakim, quand le jugement solennel annoncé à Ézéchias fut exécuté par Nebucadnetsar ; toutefois Dieu ne se laissa pas sans témoin à Babylone et montra où se trouvaient sa sagesse et son secret, même lorsqu’Il eut élevé les empires des Gentils et fait de son peuple Lo-ammi.
Ézéchiel était un de ceux qui furent emmenés en captivité sous le règne suivant de Jéhoïakin – (la trentième année (ch. 1. 1) a beaucoup embarrassé les savants. Mais il semble clair que le point de départ des 30 ans soit l’ère de Nabopolassar, père de Nebucadnetsar qui devint roi de Babylone en 625 av. J.C. à peu près au moment où Hilkija trouva le livre de la Loi dans le temple, si fécond en bénédictions pour Josias et les justes en Juda) – fils de Jéhoïakim, quand le roi de Babylone dispersa tout ce qu’il y avait de meilleur dans le pays, y compris notre prophète.
Il ne restait plus qu’une étape à franchir, le règne désastreux de Sédécias, pour que la colère de Jéhovah pût les chasser tous de sa présence à cause de leurs provocations répétées et de leur incurable rébellion. C’est en vue de ce temps-là qu’Ézéchiel prophétise au milieu des captifs en Chaldée et, passant par-dessus les temps des Gentils, qui sont le sujet de Daniel, il s’arrête longuement sur la restauration d’Israël à la fin.
On est frappé de la sainte énergie, du zèle pour Dieu, de l’indignation et de l’autorité morale que le prophète manifeste en reprenant Israël. Il est emporté là où l’Esprit le conduit, comme dans le char majestueux de la gloire de Jéhovah, qu’il décrit avec la puissance irrésistible de ses roues et des ailes qui le surmontaient, et nulle part il ne flatte le peuple ; même dans la captivité, il adressa à Israël les plus sévères remontrances pour les péchés dont il ne s’était pas encore repenti et qui avaient entraîné le peuple si bas.
Le livre déployé devant lui et mangé par lui, était écrit devant et derrière, c’étaient des lamentations, des plaintes et des gémissements, et le prophète devait dire au peuple rebelle toutes les paroles de l’Éternel, avec son front « comme un diamant plus dur que le roc ». Lui et Daniel ont seuls le titre de « fils d’homme », en exceptant naturellement Celui qui est le maître, et le plus abaissé des serviteurs, qui s’est approprié tous les titres de honte, de souffrances et de réjection – mais le jour viendra où eux aussi seront manifestés avec Lui en gloire.
Ceux qui s’occupent du cadre extérieur de la vérité dans ce livre ne manquent pas de remarquer le sens profond du pur et de l’impur, de la sainteté lévitique, des images du temple, des fêtes, des sacrificateurs et des sacrifices, dont le livre est rempli, ce qui est bien naturel puisqu’il est écrit par un membre de la famille sacerdotale.
Tous ces caractères qui le distinguent ne sont pas une imitation servile du Pentateuque : nous verrons que Dieu affirme son droit à modifier, à omettre ou à ajouter dans ce jour où le prophète Jérémie, contemporain d’Ézéchiel, déclare explicitement que l’Éternel établira une nouvelle alliance avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda, alliance dont il est dit : « non selon l’alliance que je fis avec leurs pères, au jour où je les pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte, mon alliance qu’ils ont rompue quoique je les eusse épousés, dit l’Éternel » (Jér. 12. 31 à 34). Sans doute tout ce passage peut s’appliquer au chrétien aujourd’hui, car le sens de la nouvelle alliance est répandu et est devenu nôtre par la foi ; mais il sera appliqué à Israël et à Juda comme tels, par la grâce de Dieu, dans ce jour-là, comme les versets qui suivent (v. 35 à 40) le montrent clairement.
C’est en vain que les rabbins raisonnent sur l’immutabilité de la Loi donnée par Moïse; leurs propres prophètes les démentent. La vraie signification de l’avertissement donné par Moïse en Deutéronome 12. 32 est d’empêcher les Israélites d’ajouter ou de retrancher quelque chose à la Loi d’une manière arbitraire ou de leur propre volonté. Moïse ne déniait pas à un prophète l’autorité de le faire, spécialement en vue du grand changement qu’allaient introduire la présence d’un Messie régnant et la nouvelle alliance. Ézéchiel prédit quelques-uns de ces changements caractéristiques, qui auront lieu quand Israël sera restauré et que la théocratie sera de nouveau en vigueur ; nous en verrons les détails au fur et à mesure de l’étude de ce livre.
On s’est plaint de l’obscurité de notre prophète. Mais ce reproche n’est pas vraiment fondé, il date déjà du temps de Jérôme, qui appelle son livre : un labyrinthe des mystères de Dieu. Cette prétendue obscurité provient spécialement de deux choses : d’abord un sujet décrivant le gouvernement de Dieu pourrait-il être simple ? Ses proportions sont immenses, et pour employer un symbole, il lui faut une mesure infiniment supérieure aux facultés d’une créature.
Ensuite, la masse des hommes dans la chrétienté a adopté un système faux qui consiste à changer les espérances juives en prophéties concernant les bénédictions du vrai chrétien. On ne peut s’étonner, dans ces conditions, que l’on n’aperçoive les tableaux qu’au travers d’un épais brouillard. Appliquons ses visions correctement, et nous les trouverons en général remarquablement explicites et pleines de force. Il est absurde de supposer que des détails si minutieux et circonstanciés ne soient que des phrases de littérature.
La structure du livre est claire. La première moitié des prophéties dans l’ordre chronologique strict avant la destruction finale de Jérusalem, quand Sédécias appela sur lui-même la juste punition de sa rébellion et de son parjure (ch. 1 à 24). Ézéchiel montre, au moyen de symboles magnifiques suivis des plus évidentes accusations de péché, l’inutilité absolue de tout effort pour secouer le joug de Babylone, ce que Sédécias essayait de faire par le moyen de l’Égypte. Mais quoiqu’il pût employer Nebucadnetsar, c’était bien l’Éternel qui jugeait Jérusalem, Lui qui demeurait entre les chérubins. Moralement il ne pouvait pas en être autrement. La sentence judiciaire sur le peuple, la cité, le temple, et le roi, est exposée dans cette première partie.
La seconde partie s’ouvre par une sorte de parenthèse formant transition, dans laquelle le prophète annonce sept objets de jugement sur les nations voisines du pays, en négligeant l’époque à laquelle ces peines doivent être subies et en les groupant dans une unité morale (25 à 32) ; ensuite il revient à Israël et montre le terrain individuel sur lequel Dieu agirait désormais envers lui ; (33) il prophétise d’abord contre les bergers ou les princes coupables (34) et en deuxième lieu contre l’inimitié de la montagne de Séhir (35), puis garantit la restauration morale (36) et générale (37) de tout Israël et la destruction de Gog et de toutes ses armées (38 et 39).
Enfin s’annonce le retour de la gloire de Dieu, avec le rétablissement du sanctuaire, des rites et de la sacrificature dans le pays et la nouvelle distribution des douze tribus comme nation sous le gouvernement du prince, car depuis ce jour-là le nom de la ville doit être Jehovah-Shamma (40 à 48). Que ce soit en jugement ou en bénédiction, c’est le jour de l’Éternel pour la terre, et non une promesse de bénédiction pour la chrétienté, comme les allégoristes le prétendent : une telle doctrine ne fait qu’induire en erreur, erreur commune qui enlève à Christ et à l’Église sa gloire céleste que l’Esprit Saint a pour fonction de maintenir ici-bas, et dont nous jouirons d’une manière parfaite quand le Seigneur sera venu, transformant nos corps à sa ressemblance et nous faisant apparaître avec Lui dans la gloire de ce jour.
Quand on appelle cela judaïser, ce n’est que pure ignorance et incrédulité. Nous parlons en effet de l’avenir d’Israël suivant les prophètes. Judaïser signifie réellement mélanger des éléments juifs à l’Évangile et les imposer aux chrétiens dans le temps actuel. Mais la vérité sur laquelle nous insistons ici, c’est que les chrétiens enlevés et glorifiés avec Christ auront alors disparu de la terre. Par conséquent il s’agit, dans ce temps à venir, d’une autre vocation, lorsqu’Israël sera greffé sur son propre olivier.
Donc s’attendre à l’accomplissement littéral des visions du prophète est simplement de la foi, ce n’est pas judaïser, mais bien le contraire ; nous sommes d’autant plus préservés de mêler leurs espérances avec les nôtres que quand nous attendons leur accomplissement pour Israël. Le retour de Babylone ne répond en aucune façon aux prophéties de la fin, cela ne prouve pas l’imperfection de celles d’Ézéchiel, mais montre que ces glorieuses anticipations doivent encore trouver leur accomplissement.
Le « Tout Israël » attend encore son rétablissement lorsque le Rédempteur viendra à Sion. Ézéchiel 20. 33 est en parfait accord avec cela, car Jérémie et tous les prophètes enseignent la destruction des apostats et des rebelles. On a dit que les différences entre l’ancien temple et celui décrit par Ézéchiel n’étaient pas essentielles – elles prouvent au contraire que, ou bien nous devons renoncer à l’inspiration du prophète, ou bien maintenir qu’il prédit un retour, futur encore, avec un nouveau temple, des cérémonies modifiées, un nouveau partage entre les douze tribus restaurées et placées sous la bénédiction après que leurs derniers ennemis auront été détruits par les jugements divins.
Tout en étant un homme, Ézéchiel était prophète, et nous sommes obligés de croire qu’il était inspiré, de sorte que ses écrits nous donnent la Parole de Dieu sans mélange et sans erreur.
Ch. 1
Les circonstances dans lesquelles Ézéchiel a été appelé à prophétiser sont très remarquables. Ce n’était ni en Juda ni en Israël qu’il se trouvait, mais parmi les captifs au bord du fleuve Kébar. Aussi l’Éternel accompagna-t-Il sa Parole de signes extraordinaires. Il est le seul homme de l’Ancien Testament dont il est dit que les cieux lui furent ouverts et qu’il vit des visions de Dieu (v. 1).
Mais cette manifestation divine a eu lieu en vue du jugement de l’iniquité d’Israël, et non pas comme dans l’évangile de Matthieu au ch. 3. 16, pour exprimer le plaisir du Père dans le Fils de Dieu sur la terre, et encore moins pour permettre au chrétien de contempler le Fils de l’homme dans le ciel comme dans Actes 8. 56.
Ce n’est pas sans raison que la Parole fait mention de la cinquième année de la captivité du roi Jéhoïakin. Le peuple laissé dans le pays avait eu un temps amplement suffisant pour se repentir de ses vains espoirs, ainsi que de sa rébellion et de son idolâtrie. Il avait reçu les avertissements de ses frères emmenés loin du pays ; les avaient-il pris à cœur ? Il faut lire les v. 11 à 16 du ch. 36 du second livre des Chroniques pour trouver la réponse à cette question.
Mais c’est en vue d’un jugement final et plus complet qu’Ézéchiel est appelé à rendre témoignage. Il voit un vent de tempête, une grosse nuée et du feu au milieu duquel il aperçoit la ressemblance de quatre animaux (v. 4 et 5). C’était déjà suffisant pour rabaisser l’orgueil des Juifs qui estimaient Dieu tellement attaché à leur race et à leur pays qu’ils n’avaient jamais pris sérieusement garde à sa menace jusqu’à ce qu’elle se réalisa.
Hélas ! ils n’y prennent pas encore garde aujourd’hui, mais refusant de reconnaître son jugement contre leurs péchés, ils se trompent eux-mêmes en pensant que s’ils sont dispersés, c’est afin de pouvoir prêcher aux Gentils que Dieu est le Dieu d’Israël ; ils devraient plutôt se souvenir que, pendant des milliers d’années, Il a refusé d’être appelé leur Dieu à cause de leur idolâtrie, dont le rejet du Messie et de l’évangile a été comme l’aboutissement.
Une nouvelle tempête d’indignation divine, venant du Nord, c’est-à-dire de Babylone, était sur le point de fondre sur Juda. Mais il y a plus : les quatre animaux avaient la ressemblance d’un homme (v. 5). Le ch. 10 nous révèle que les animaux ne sont autres que des chérubins. Ils ne sont pas deux, comme ceux qui avaient été formés de l’or pur et battu du propitiatoire, où Dieu siégeait comme sur un trône, mais quatre, en relation, je pense, avec la créature. Le Dieu d’Israël qui demeurait entre les chérubins de l’arche était au milieu de son peuple et on ne pouvait L’approcher qu’avec du sang, selon la justice divine. Mais Ézéchiel voit ses jugements providentiels venant de l’extérieur. Dieu jugerait son peuple coupable par Babylone, son instrument. C’est pourquoi c’est le feu qui caractérise ici le déploiement de son jugement destructif venant du ciel.
Nous ne nous étendrons pas sur les explications plus ou moins étranges que Juifs et chrétiens ont données de ces symboles. Voyons seulement quelques traits de leurs figures : ils avaient l’apparence d’un homme, bien que chacun ait eu quatre faces et quatre ailes, mais leurs pieds étaient droits et la plante de leurs pieds comme celle d’un veau, la face d’un bœuf répondant à celle d’un chérubin (comp. v. 10 et 10. 14). L’activité ou l’aptitude à l’action semble représentée par les mains d’homme, la rapidité d’exécution venant d’en-haut par les ailes, sans aucune déviation quelconque en dehors du but poursuivi et leurs quatre côtés leur permettaient de se mouvoir dans toutes les directions.
Ils sont les supports symboliques du trône, étant à la tête des créatures préservées du déluge dans l’arche, l’homme représentant l’intelligence, le lion la force, le bœuf la patience ou la stabilité et l’aigle la rapidité d’exécution, attributs de Dieu ou qualités de ses jugements. Ils allaient et venaient avec la rapidité de l’éclair.
Mais il y a aussi les roues, dont la description nous montre exactement l’inverse des circonstances dirigées par un hasard aveugle. Les instruments du gouvernement providentiel, au-dessous de l’étendue, étaient complètement en accord avec ce qui était au-dessus, et plus haut encore se voyait la ressemblance d’un trône, sur lequel était comme l’aspect d’un homme exerçant le jugement, quoique avec l’attribut de la grâce – l’arc dans la nuée – envers un monde méchant.
Ainsi le trône de Dieu ne se trouvait plus en Israël mais le Dieu du ciel allait employer les gentils à exécuter sa volonté en punissant Jérusalem coupable.
C’est son trône depuis le ciel, pas encore son trône dans le ciel, comme nous l’avons dans l’Apocalypse, ch. 4, où nous ne trouvons plus de roues, mais six ailes. Là, les animaux ne sont plus seulement des chérubins, mais des séraphins, disant : Saint, saint, saint ; ils sont associés et identifiés avec le trône de Celui qui juge tout suivant sa nature. Le monde est soumis à son jugement, et en tout premier lieu les Juifs et gentils apostats « tous ceux qui habitent sur la terre ». Les animaux sont au milieu du trône et non plus au-dessous de lui comme dans Ézéchiel.
Nous comprenons donc aisément que les chérubins représentent le pouvoir exécutif judiciaire de Dieu, peu importe à qui il est confié et dans quelles circonstances il se manifeste. Il y a une différence entre ce qu’on a vu après la chute de l’homme et le moment où Dieu a établi le propitiatoire. Ainsi, ce qu’Ézéchiel a vu sur la terre n’est pas la même chose que ce que Jean a vu lorsqu’il fut introduit en esprit par la porte ouverte dans le ciel. Nous voyons toujours que le principe général est modifié par la sagesse divine, suivant le cas et le but que Dieu se propose, et nous ne pouvons le saisir que sous la direction de l’Esprit, par sa Parole qui nous expose sa gloire en Christ.
Le Dieu souverain qui dirige toutes choses a été révélé dans l’apparence d’un homme et s’est trouvé ainsi en relation avec les hommes. Ses attributs mentionnés ici sont gouvernementaux et manifestés par des instruments sur la terre suivant une providence qui ne néglige rien. Il n’y a pas de plus belle réfutation de l’obscurité païenne ou de l’étroitesse juive que cette représentation symbolique des voies divines envers Israël telles qu’elles sont vues en Chaldée. Tout cela est la vérité positive qui manifeste la gloire de Dieu dans sa manière d’agir, aussi bien dans ce temps-là que dans celui où Il s’occupera de la bénédiction renouvelée d’Israël repentant, pour la joie de toute la terre.
Israël sentira alors combien son incrédulité a été grande en rejetant l’Éternel-Messie, lorsqu’Il devint un Homme et qu’Il accomplissait ainsi la prophétie d’Ésaïe ch. 3, en complet accord avec ce chapitre.
Ch. 2
La nouvelle position que Dieu prend vis-à-vis du peuple est mise en évidence par le titre que Dieu donne dans ce chapitre et dans les suivants au prophète tombé sur sa face. Du milieu de l’apparence de la gloire de l’Éternel, une voix prononce ces mots : fils d’homme. Daniel a été appelé une fois de ce nom (ch. 7. 17) et Ézéchiel, plus de cent fois. C’est le titre que Jésus a pris comme Messie rejeté qui devait souffrir, être exalté et retourner dans la gloire comme Fils de l’Homme.
Ses serviteurs ont ce même nom, comme étant identifiés avec la gloire de Dieu qui se déclare maintenant en dehors d’Israël et qui juge ce peuple par le moyen des Gentils.
Fortifié par l’Esprit, le prophète reçoit sa mission envers les enfants d’Israël, quoique – ou plutôt parce – qu’ils avaient rejeté Dieu – envers les Gentils rebelles (ce qu’ils étaient en réalité) pas meilleurs que des païens moralement, et bien pires même en culpabilité (v. 3 à 5).
C’est pourquoi le prophète ne doit pas les craindre, ni eux, ni leurs paroles, ni leurs regards, quelques révoltés qu’ils pussent être, mais au contraire leur dire les paroles de l’Éternel – qu’ils les écoutent ou qu’ils n’en fassent rien – car ils étaient rebelles. En outre Ézéchiel est exhorté à ne pas être rebelle comme eux mais à ouvrir sa bouche et à manger ce que Dieu lui donnerait (v. 3). Là-dessus une main fut étendue tendant un rouleau de livre, qu’il déroula devant le prophète, écrit devant et derrière et c’était des lamentations et des plaintes et des gémissements (v. 9 et 10).
Tel était le caractère de son premier témoignage. Nous verrons comment la grâce triomphe à la fin pour la gloire de Dieu.
Ch. 3
Ézéchiel mange le livre, et voici qu’il était doux comme du miel. Le prophète était envoyé à Israël avec la certitude qu’ils n’écouteraient pas, endurcis comme ils l’étaient, mais il pouvait les affronter avec un front de diamant. Il avait reçu la parole de Dieu dans son cœur et il fallait qu’il aille vers eux avec ces mots : ainsi dit l’Éternel (v. 10 et 11).
Puis l’Esprit l’emporta, accompagné du bruit de la gloire, et après qu’il eut passé sept jours parmi ceux de la captivité à Tel-Abib, la Parole de Dieu lui annonça qu’il était établi comme une sentinelle sur Israël, avec la responsabilité solennelle d’être fidèle. Il n’était plus question, là, de la nation, mais de la fidélité individuelle.
À la fin du chapitre il voit de nouveau la gloire comme il l’avait vue auparavant près du fleuve Kebar et il reçoit l’ordre d’être prisonnier dans sa maison, avec sa langue collée à son palais, car ils étaient un peuple rebelle ; Dieu ouvrirait encore sa bouche en les appelant encore solennellement à écouter, mais ils étaient rebelles.
Ch. 4
Le prophète doit maintenant mettre le siège devant Jérusalem, figure de celui des Chaldéens (v. 12). Je pense qu’il faut compter les 390 années d’Israël (v. 5) depuis Jéroboam, auquel Akija le prophète, annonça le don que Dieu lui faisait des dix tribus arrachées de la main de Salomon et que les quarante ans de Juda (v. 6) se rapportent au règne de Salomon lui-même, pendant lequel fut déterminée la ruine de la portion la plus favorisée du peuple, quoiqu’il soit difficile de discerner les résultats de l’idolâtrie sous la richesse et la sagesse du roi. « Ils m’ont abandonné », tel était le message de Dieu au prophète dans ce temps-là.
La semence de David devait être affligée et elle l’a été, mais pas pour toujours. Mais si des jours plus heureux les attendent, ils ont à traverser d’abord une longue nuit de ténèbres et l’heure la plus pénible sera encore celle qui précédera immédiatement l’aurore, car ils ont ajouté à leur idolâtrie la méchanceté plus grande encore de rejeter leur Messie et de s’opposer à l’Évangile prêché aux nations, de sorte que la colère est venue sur eux à son comble.
Il ne semble pas que le fait que la maison d’Israël, c’est-à-dire les dix tribus, a été emmenée en captivité bien avant la fin de cette période, soit un obstacle à ce que j’avance, car c’est dans la manière d’Ézéchiel d’embrasser toute la nation sous ce titre, quoique, ailleurs il en distingue aussi les deux parties. Juda n’employa pas pour la gloire de Dieu le règne long, paisible et prospère de celui qui, au milieu de bénédictions sans pareilles, tourna son cœur vers d’autres dieux – et la sentence de Lo-Ammi ne fut exécutée sur eux que lorsque la portion du peuple élu qui était restée attachée à la maison de David, et le dernier roi de cette famille, eurent justifié par leur trahison envers l’Éternel les tribus qui depuis longtemps avaient été ravies de leur pays.
Comme est solennel le témoignage que Dieu rend à l’homme envisagé dans la responsabilité qu’il a de marcher suivant la lumière qui lui a été donnée ! Non seulement il s’éloigne de plus en plus de Dieu, mais il tombe dès le début ; tous les appels qui lui sont adressés ne servent qu’à prouver son éloignement de cœur et de volonté. Ainsi, aucune chair ne peut se glorifier en sa présence. Puissions-nous nous glorifier dans le Seigneur ! Ce n’est pas le premier homme, mais le second, qui a glorifié Dieu ; c’est justement pourquoi Dieu a glorifié le Fils de l’homme en Lui-même, et cela immédiatement après la croix.
Il y a encore ici une autre question. Le prophète doit manifester dans sa personne la dégradation aussi bien que le jugement rendu imminent par l’iniquité du peuple. Et il doit donner un autre signe (v. 9 à 17). Dans sa mesure, Ézéchiel doit faire l’expérience de la condition d’Israël sous le juste jugement de Dieu, non pas parce qu’il était en dehors de la faveur divine, mais au contraire parce qu’il était assez près de Dieu pour pouvoir entrer dans la réalité de leur misère (quoique le Fils de l’homme fût le seul qui pût descendre en grâce dans ses profondeurs), la prendre sur lui d’une manière parfaite et souffrir bien au-delà de ce qui a pu être ou sera jamais leur part.
Jésus, dans son zèle pour Dieu et dans son amour pour son peuple, pouvait seul porter le fardeau, que ce soit en gouvernement ou en expiation. Mais la gloire de sa personne Le rendait propre à le faire dans ces deux cas, sans rien laisser de côté de ce qui était dû à Dieu, et avec les immenses résultats de la bénédiction, autant pour nous maintenant que pour les Juifs pieux des derniers jours. Jamais Il ne chercha à éviter, comme Ézéchiel le fait ici, les conséquences de l’état de ruine d’Israël ; jamais Il ne demande que rien ne Lui soit épargné – excepté s’il était possible, cette coupe de malédiction indicible que Lui seul devait boire et qu’Il but jusqu’à la lie, afin que la grâce puisse régner par la justice pour la vie éternelle par Jésus Christ notre Seigneur.
Ch. 5
Ce chapitre nous donne de nouveaux détails sur le jugement de destruction qui ne devait rien épargner, car le précédent n’allait pas au-delà du siège de Jérusalem par les Chaldéens, avec toutes les misères qui l’accompagnaient, La forme dans laquelle le Dieu d’Israël annonçait aux Juifs le sort épouvantable qui allait être le leur, et la destruction qui allait fondre sur eux, est particulièrement impressionnante parce que, tant dans la manière dont le prophète recevait l’ordre de cuire son pain que dans celle dont il devait raser ses cheveux, il rompait entièrement avec les coutumes et cela ne pouvait se justifier que par l’autorité de Dieu Lui-même et par les exigences morales de son peuple.
Ézéchiel devait sans doute le ressentir profondément en sa qualité de sacrificateur. Nous trouvons quelque chose d’analogue dans la vision de Pierre, où se montrent les préjugés bien enracinés des Juifs, préjugés qui sont néanmoins dominés par Dieu qui voulait sauver des Gentils et les introduire dans la communion avec ceux d’Israël qui croyaient. Dans notre prophétie il ne s’agit pas de la grâce sortant pour rencontrer et bénir des païens en leur annonçant le Sauveur, mais du jugement tombant sans rémission sur Jérusalem, chose étrange pour Israël qui l’entendait.
Les épreuves, jusque-là, n’avaient été que des châtiments temporaires, le fleuve de la pitié continuait à couler conne d’habitude, et la masse des Israélites se plaisait à espérer qu’il devait en être toujours ainsi, et que Dieu était pour ainsi dire lié à eux. Ils savaient cependant fort bien que le peuple L’avait souvent déshonoré et même d’une manière habituelle dans son abaissement. Le prophète devait leur faire voir et entendre ce qui allait se réaliser prochainement et d’une façon si terrible, d’après le message qu’il avait reçu de l’Éternel. C’était la position élevée et centrale d’Israël, et par-dessus tout celle de Jérusalem parmi les peuples et les pays qui les entouraient, qui rendait leur rébellion et leur idolâtrie si graves, et qu’il était impossible de les ignorer ou de les supporter plus longtemps.
Dans les v. 7 à 12, nous voyons clairement le dessein divin. Un tiers devait périr par la peste et la famine dans la cité assiégée ; un tiers devait tomber par l’épée autour de la ville et le dernier tiers devait être dispersé à tous les vents et être encore poursuivi par l’épée. Ici nous voyons comment les habitants de Jérusalem représentent dans ces circonstances « toute la maison d’Israël », sans qu’il soit tenu compte des dix tribus qui avaient déjà été déportées.
La souillure du sanctuaire de Jéhovah par les abominations païennes introduites par les rois, les sacrificateurs et le peuple, avaient rendu Jérusalem intolérable. Le jugement aurait lieu aux yeux des nations qui avaient vu leur infidélité envers le vrai Dieu, leur Dieu. Les païens eux-mêmes seraient étonnés, car ils n’avaient aucune notion d’un dieu qui traitait pareillement le peuple qui faisait profession de L’adorer.
Ch. 6
Ce chapitre montre que Dieu tient compte de l’idolâtrie du peuple dans le pays tout entier, quoique Juda, comme nous l’avons vu, ait en cela une fâcheuse priorité. C’est pourquoi Ézéchiel reçoit l’ordre de tourner sa face « contre les montagnes d’Israël », (v. 1 à 7).
Ainsi l’Éternel allait faire venir l’épée pour détruire Israël, car ils l’avaient abandonné pour des idoles qui, non seulement ne pouvaient pas les protéger contre la destruction, mais au contraire les y exposaient. Les adorateurs, les autels et les images devaient tous périr, les idolâtres, devant leurs idoles, leurs ossements dispersés autour de leurs autels. Pourtant l’Éternel se souvient de la grâce au milieu du jugement (v. 8 à 10). Et de nouveau Ézéchiel doit marquer d’une manière caractéristique le jugement certain de Dieu sur les abominations d’Israël (v. 11 à 14).
Ch. 7
Le ch. 7 clôt ces préliminaires de malheur. Il est facile à comprendre et remarquable par le langage abrégé, étrange, abrupt, par lequel l’Esprit proclame, en répétant souvent et d’une manière emphatique les mêmes termes, la fin pour le pays d’Israël, la fin qui était imminente (v. 1 à 9).
Nous voyons ensuite que non seulement les quatre coins du pays tombent sous les jugements décisifs de Dieu, mais que les résultats en sont complets et écrasants. Aussi loin que l’homme peut voir il n’y a pas de rétablissement possible. Les sentiments habituels des hommes disparaissent (v. 12). La colère est sur toute la multitude ; les espérances particulières de l’Israélite sont anéanties, car le jubilé lui-même est supprimé et avec lui toute perspective de rentrer en possession de son bien (v. 13).
Comment des idoles pourraient-elles l’aider ? Le son de la trompette qui encourage l’homme et qui, pour un Juif, devait être l’assurance que Dieu entendait et était prêt à prendre sa cause en main comme d’habitude, était absolument sans effet, car la colère de Dieu est sur la multitude (v. 14). Ils sont ainsi comme enfermés dans les cercles concentriques d’une ruine qui va les dévorer (v. 15 à 18).
Le prophète de Dieu annonce un coup après l’autre, de la part de Dieu contre son peuple affaibli par le sentiment de sa culpabilité. Dans le jour de leur calamité, ils sont obligés de s’apercevoir que leurs dieux ne sont que vanité, rien de plus que de l’argent et de l’or, et « ils jetteront leur argent dans les rues et leur or sera rejeté comme une impureté ». Et il est impressionnant de voir le prophète ajouter : « leur argent ni leur or ne pourra les délivrer au jour de la fureur de l’Éternel ; ils ne rassasieront pas leurs âmes et ne rempliront pas leurs entrailles, car c’est ce qui a été la pierre d’achoppement de leur iniquité » (v. 19).
Mais Dieu n’avait-il pas choisi un endroit pour sa demeure et le lieu de son repos ? Hélas ! c’est là que la pire des iniquités s’était manifestée contre Lui. Leur gloire était leur honte. « De la beauté de son ornement il a fait sa gloire ; mais ils y ont fait des images de leurs abominations et de leurs choses exécrables. C’est pourquoi j’en ai fait pour eux une impureté abjecte et je l’ai livrée en pillage, aux mains des étrangers et pour butin aux méchants de la terre et ils la profaneront. Et je détournerai d’eux ma face et ils profaneront mon lieu secret ; et les violents y entreront et le profaneront » (v. 20 à 22).
Enfin le prophète reçoit l’ordre de fabriquer la chaîne symbolique de l’esclavage pour ceux qui ne seraient pas retranchés, les iniques des nations prendraient possession de leurs maisons ; la destruction venait, c’est en vain qu’on rechercherait la paix, et à sa place il y aurait calamité sur calamité et rumeur sur rumeur, le prophète n’aurait pas de vision, mais « la Loi est périe de chez le sacrificateur et le conseil de chez les anciens ». Le roi menant deuil, les princes vêtus de stupeur, les mains du peuple rendues tremblantes, tel est le tableau (v. 23 à 27) de ce temps effroyablement troublé.
Toutes ces choses se sont accomplies à la lettre comme nous le savons. « Je leur ferai selon leur voie et je les jugerai par leurs propres jugements et ils sauront que je suis l’Éternel » C’est la conclusion de cet avertissement préliminaire si solennel.
Ch. 8
Les ch. 8 à 11 sont évidemment les quatre parties d’une même vision. La première expose l’idolâtrie excessive de Juda à Jérusalem, en commençant par la maison de Dieu. Dans la seconde, la destruction est ordonnée de Dieu sur tous ceux qui sont laissés dans la ville, à l’exception d’un résidu qui reçoit une marque et qui est composé de ceux qui soupirent et gémissent à cause de toutes les abominations qui se commettent au dedans de la ville ; cette destruction commence par le sanctuaire de l’Éternel ; la troisième montre le rôle des chérubins et autres agents du jugement divin, avant que la gloire de l’Éternel ne prenne lentement ses dispositions de départ. Enfin, la quatrième annonce les malheurs sur les princes et le peuple laissés de reste, tout en assurant les justes qu’ils auraient un sanctuaire en l’Éternel Lui-même, alors qu’il n’y en avait aucun autre dans les pays de leur dispersion, et qu’à la fin la miséricorde de Dieu les rassemblerait dans leur pays ; cependant la gloire se retirait de la ville sur la montagne des Oliviers. Les ch. 12 à 14 inclus relatent diverses circonstances se rapportant à ce qui précède et l’exposé des voies de Dieu à cet égard.
La sixième année mentionnée au v. 1er est l’année qui suit celle de la première vision, ch. 1, v. 2, en comptant depuis la captivité de Jéhoïakin. Le prophète a de nouveau à faire avec Dieu, tandis que les anciens de Juda sont assis devant lui. C’est en Esprit, non pas corporellement, qu’il est emmené à Jérusalem, dans les visions de Dieu et qu’il voit là, à l’entrée de la porte intérieure regardant vers le Nord, c’est-à-dire vers la Chaldée, le siège de l’idole de jalousie, qui provoque à la jalousie. Le nom de l’idole ne nous est pas indiqué; était-ce Baal ou Ashtoreth ? (voyez 2 Rois 21 ; 2 Chron. 33).
En tout cas elle était un défi au Dieu d’Israël et sollicitait l’hommage de tous ceux qui entraient dans le temple. On voit par-là combien Juda était incliné à offenser l’Éternel et à le forcer moralement à accomplir sa menace d’abandonner sa maison. Cela donne toute son importance à la vision de sa gloire. L’Éternel n’avait pas encore quitté définitivement le temple et se plaisait à justifier sa manière d’agir si solennelle envers son peuple.
« Tu verras encore de grandes abominations », dit l’Éternel au prophète (v. 6) et il lui montre, tracées sur le mur, autour de la chambre où il l’avait fait entrer, toute sorte de figures de reptiles et de bêtes exécrables, et toutes les idoles de la maison d’Israël. C’est une scène d’idolâtrie grossière, une reproduction de l’avilissement de l’Égypte, et devant elles se tenaient, non pas la lie du peuple, mais ses chefs, soixante-dix hommes des anciens d’Israël.
Dieu avait jadis choisi soixante-dix anciens, et l’une de leurs fonctions les plus importantes était de réprimer le culte des idoles. Ici nous trouvons le même nombre, surpris sur le fait même, rendant culte à des images. Shaphan, était le scribe qui avait lu le livre de la Loi devant le pieux Josias ; quel changement depuis lors ! C’était maintenant son fils Joazania qui se tenait au milieu des soixante-dix idolâtres.
Et ce n’était pas tout. Ils disaient : « l’Éternel ne nous voit pas, l’Éternel a abandonné le pays ». Non seulement ils avaient cessé de maintenir la vérité, mais pire que cela, ils étaient tombés assez bas pour nier la puissance de Dieu ; c’était l’apostasie.
L’Éternel montre ensuite à Ézéchiel des femmes assises à l’entrée de la porte de la maison, pleurant Thammuz. Ce n’était plus l’idolâtrie syrienne ou égyptienne, mais celle de Phénicie, du caractère le plus grossier ; celle que les Grecs adoptèrent dans la fable d’Adonis et d’Aphrodite.
Il y avait pire encore, tant à cause de l’endroit où la scène se passe que des personnes qui adoraient le soleil, le grand objet de l’idolâtrie des Sabéens et plus tard des Perses ; environ 25 hommes se tenaient entre le portique et l’autel, tournant le dos au temple et regardant vers l’Orient ; leur nombre correspond aux classes de la sacrificature et au souverain sacrificateur. Aussi un châtiment implacable doit tomber sur les Juifs, sans miséricorde, et l’Éternel lui-même l’infligera.
Ch. 9
Ce chapitre nous montre comment l’Éternel a préparé l’exécution du jugement sur tout le peuple, à l’exception du résidu préservé à Jérusalem. Le jugement cette fois encore vient du Nord, et ceux qui l’exécutent se tiennent à côté de l’autel d’airain, expression des exigences divines et du jugement sur la terre. La gloire quitte l’endroit où elle siégeait. Jérusalem est livrée à la vengeance de l’Éternel.
Mais une marque doit distinguer tous ceux qui soupirent et gémissent à cause de toutes les abominations qui se commettent dans la ville. L’affliction est le fruit de la communion avec Dieu dans les mauvais jours. Ceux qui ressentent cette sainte tristesse sont mis à l’abri des destructeurs, d’une manière tout à fait définitive. Tous les autres doivent périr, vieillards et jeunes gens, vierges, enfants et femmes : mais pas un seul de ceux qui ont la marque. Et c’est par le sanctuaire que la destruction commence. Nous trouvons la même pensée dans la première Épître de Pierre, 4. 17. Ceux qui sont le plus rapprochés du Seigneur portent la responsabilité la plus lourde.
Mais il ne suffit pas de commencer par les anciens qui étaient devant la maison ; la parole adressée aux vengeurs dit : « rendez impure la maison et remplissez les parvis de tués ». Le prophète en se voyant épargné, tombe sur sa face et intercède pour le peuple; mais il n’y a pas place pour la compassion et toute cette scène est rendue plus solennelle encore par le rapport que vient faire l’homme vêtu de lin, lorsqu’il a achevé sa tâche : « J’ai fait comme tu m’as commandé ».
Ch. 10
La vision qui suit complète le tableau du jugement commencé aux ch. 8 et 9. Elle rappelle ce que le prophète avait déjà vu lorsqu’il était au milieu des captifs sur les bords de Kébar. Il s’y trouve certaines modifications qui s’expliquent par le fait que le prophète avait été transporté par l’Esprit dans les visions de Dieu à Jérusalem ; la ville était maintenant dans le jour de sa visitation pour son impureté de chair et d’esprit, et Dieu commençait par le sanctuaire, tout en prenant connaissance de l’état de la cité toute entière et en exceptant seulement ceux qui soupiraient et gémissaient à cause de toutes les abominations qui se commettaient au dedans d’elle.
C’était un spectacle solennel pour le prophète captif, de contempler la gloire de Dieu dans un pays païen, mais c’était tout aussi significatif de la voir dressée en vengeance contre la cité sur laquelle ses yeux et son cœur reposent à perpétuité.
C’est de Celui qui n’est même pas nommé, mais qui remplit le trône, que vient l’ordre d’accomplir un jugement de destruction sur la ville (v. 1 à 3) ; et celui qui avait reçu la mission de marquer les justes, afin qu’ils soient épargnés, reçoit maintenant le commandement de remplir ses mains des charbons de feu qui se trouvaient entre les chérubins et de les répandre sur Jérusalem. La nuée de la présence de l’Éternel était là, mais elle n’apportait ni abri, ni direction au peuple qui avait abandonné tout respect de sa volonté et avait préféré un veau d’or au Dieu d’Israël. Quel changement depuis le jour où l’Éternel allait devant eux et remplissait le sanctuaire !
Mais maintenant (v. 4 et 5) la gloire quitte cet endroit au lieu de venir y habiter. L’Éternel abandonne la résidence qu’il lui avait plu de choisir – pas pour toujours cependant, puisque c’est pour l’éternité qu’Il l’avait choisie – mais Il en est moralement chassé par l’iniquité et l’apostasie de son propre peuple. La prophétie d’Ézéchiel dit explicitement qu’Il reviendra habiter là et ne quittera plus jamais sa maison, aussi longtemps que la terre durera, car son peuple jouira alors du repos de Dieu sous le Messie et la nouvelle alliance.
Mais de même que, dans ses dernières paroles, David était obligé de dire que « sa maison n’était pas ainsi avec Dieu », notre prophète dit en symboles mystérieux la rupture des liens entre Dieu et Israël par les signes solennels de leur jugement. Cela est bien mis en évidence devant les yeux du prophète par les spectacles étranges que le Seigneur lui donne à décrire ; quoiqu’Il pût faire en d’autres temps, c’était à ne pas s’y tromper l’Éternel qui ordonnait la destruction de sa propre ville et du sanctuaire.
Nous voyons ensuite l’exécution, de façon que tout fut rendu plus impressionnant et plus certain pour ceux qui pensaient qu’il était impossible, quels que fussent les leçons et les châtiments de l’Éternel, qu’Il ne reconnaisse plus Israël comme étant sien, et que malgré les succès temporaires de l’ennemi, le pays, la ville et le temple seraient un rempart imprenable l’empêchant d’obtenir un avantage durable sur le peuple élu. L’homme en effet oublie vite les principes immuables de Dieu et tourne à son propre avantage et à son propre honneur ce que Dieu fait dans le seul but de maintenir la vérité et la justice pour sa gloire.
Les v. 15, 20 et 22 identifient parfaitement la gloire vue au début sur les bords du Kebar, mais elle ne revient qu’en passant et chargée de la triste tâche de sceller le jugement et de marquer l’abandon d’Israël sous la loi, devenu maintenant apostat.
Le symbole du gouvernement divin en providence était là, mais il n’occupait pas son siège dans le saint des saints. Il se tenait sur le seuil et le parvis était rempli de la splendeur de la gloire de l’Éternel, mais il n’entrait plus à l’intérieur. C’était une visitation judiciaire en obéissance aux ordres de Celui qui, d’en haut, contrôlait chacun de ces mouvements. La colère était sortie contre Jérusalem. Et c’était Lui qui dirigeait tout et non pas les idoles muettes des gentils, qui ont des bouches et ne parlent pas, des yeux, des mains et des oreilles, mais ne voient, ni ne touchent, ni n’entendent pas.
Quelques traits diffèrent aussi de ceux de la première manifestation. Non qu’il y ait quelque séparation des roues d’avec les chérubins, ou la moindre divergence dans l’action commune ou dans le but de leurs mouvements compliqués. L’intelligence pénétrant le corps tout entier, le dos, les mains, les ailes, les roues, est plus affirmée. Le v. 13 nous montre un mouvement de la plus haute signification : la gloire de l’Éternel quitte le seuil de la maison, s’élève et s’arrête encore une fois à l’entrée de la porte orientale. Elle s’arrête, puis elle s’en va.
Ch. 11
Le ch. 11 qui complète cette portion de la prophétie, confirme entièrement ce qui précède : la gloire de l’Éternel peut s’arrêter encore un instant à la porte orientale, mais elle s’en va. Dans la vision de l’Éternel, Ézéchiel voit toute l’excessive présomption des chefs de Jérusalem qui conseillaient le roi Sédécias pour sa ruine et pour la leur, et cela en contradiction avec le message que l’Éternel avait envoyé par Jérémie ; ils semblent se servir du style imagé de ce dernier pour remplir leur but.
Nous ne pensons pas que le chiffre de 25 hommes (v.1 à 12), le même que celui des adorateurs du feu du ch. 8, suffise pour les identifier les uns avec les autres. Ici ces chefs sont des princes du peuple, non pas des sacrificateurs. Comme la scène précédente montrait l’apostasie religieuse, celle-ci fait ressortir l’impudence et l’infidélité des chefs civils, quoiqu’elle se passe à l’entrée de la porte de la maison de l’Éternel. Ce sont eux qui étaient les mauvais conseillers.
Jérémie avait exhorté les Juifs de Jérusalem à la soumission au roi de Babylone et les captifs à bâtir des maisons, à planter des jardins et à élever leurs familles dans l’exil, en priant pour la paix de la ville jusqu’à ce que 70 ans fussent accomplis et qu’un résidu pût retourner à Jérusalem. Les faux prophètes prédisaient que tout était bien dans le pays comme dans la captivité ; ils fomentaient la rébellion sous couleur de patriotisme et se réclamaient du nom de l’Éternel, tout en encourageant l’insubordination de dessous sa main qui les humiliait. Ils se dressaient contre les vrais prophètes et même tournaient en dérision la figure employée par Jérémie en s’en servant pour leur propre thèse (Jér. 29. 5).
Ce v. 3 : « ce n’est pas le moment de bâtir des maisons », c’est-à-dire le temps de paix pendant lequel on peut s’occuper de ces travaux est bien loin, signifie qu’ils étaient résolus à résister aux Chaldéens à outrance, malgré l’avertissement du prophète. C’est pourquoi Ézéchiel est appelé avec emphase à prophétiser contre eux : l’Esprit de l’Éternel tombe sur lui et lui enjoint de nouveau de parler au nom de l’Éternel, car leurs secrets étaient découverts dans sa lumière. L’Éternel leur retourne leur proverbe, après leur avoir rappelé leurs actions criminelles ; seulement c’était leurs tués qui étaient la chair et la ville la marmite, et eux devaient en sortir, mais non pas pour échapper comme ils l’espéraient. L’Éternel enverrait contre eux l’épée redoutée, en dehors de la ville à laquelle ils étaient si fortement attachés, car ils seraient livrés pour le jugement en la main d’étrangers.
L’Éternel déclare solennellement qu’Il les jugerait dans les confins d’Israël et qu’ils sauraient qu’Il est l’Éternel. Ainsi la ville ne serait point pour eux une marmite et ils ne seraient pas la chair au-dedans d’elle ; ils seraient jugés par l’Éternel sur les frontières, forcés de connaître Celui dans les statuts duquel ils n’avaient point marché et dont ils n’avaient pas pratiqué les ordonnances ; ils avaient agi au contraire selon les droits établis par les nations qui étaient autour d’eux.
Or, pendant qu’Ézéchiel prophétisait, Pelatia le fils de Benaïa mourut (v. 13) ; le prophète tombe sur sa face et il intercède pour le résidu, car tout captif qu’il ait été, il aimait, malgré leur orgueil, les hommes qui habitaient à Jérusalem. Mais la parole de l’Éternel lui rappelle avec force que c’était ses propres frères, les hommes de sa parenté, même toute la maison d’Israël, qui étaient un objet de mépris pour les habitants de Jérusalem ; ces derniers étaient parfaitement satisfaits d’eux-mêmes, parce qu’ils étaient restés dans la ville, tandis que leurs frères étaient en captivité.
C’est pourquoi l’Éternel fait à ce pauvre résidu dispersé la merveilleuse promesse d’être pour lui comme un sanctuaire, et de les ramener dans son pays (v. 16 à 21).
Dans un jour de ruine, il en est toujours ainsi. Ceux qui s’enorgueillissent de l’ancienneté, de la succession et des règles comme d’une possession exclusive, ne font que mûrir pour le jugement divin, tandis que ceux qui sont le plus méprisés sont ceux qui ont la vérité et reçoivent la bénédiction au milieu de leur humiliation et de leur faiblesse ; l’Éternel promet ici d’être un petit sanctuaire aux Juifs dispersés, de les rassembler d’entre les peuples et de leur donner le pays. Il leur donnera un seul cœur et un esprit nouveau, changeant leur cœur de pierre en un cœur de chair pour marcher dans le chemin d’obéissance, pour reconnaître Dieu et être reconnus de Lui, tandis que les idolâtres endurcis recevront la due récompense de leurs actes.
Et alors nous voyons la gloire s’éloigner une fois de plus, non pas du temple, mais de Jérusalem même. Elle monte de la ville et se tient sur la montagne des Oliviers. Puis l’Esprit enlève le prophète, le ramène en Chaldée, où il raconte toutes ces choses à ceux de la captivité. Cela nous rappelle Matthieu 28, lorsque Jésus ressuscité vient sur une montagne de Galilée donner aux disciples son grand message pour toutes les nations, sans même que son ascension au ciel soit mentionnée. C’est Jérusalem laissée de côté, un résidu envoyé par le Seigneur, qui reprend sa position de Galiléen en résurrection, le gage magnifique de son retour malgré son rejet actuel. Le rideau tombe sur la gloire lorsqu’elle atteint la montagne des Oliviers et elle ne reparaît que dans les derniers chapitres, aux derniers jours (comparez Zach. 14. 4 avec Act. 1. 9 à 12).
Le prophète, ramené en Esprit, quoique sa présence corporelle n’eut pas quitté sa maison où étaient assis devant lui les anciens, déclare les scènes terribles dont il a été témoin ; quelle consolation pour les captifs !
Ch. 12
Après ces visions qui servent pour ainsi dire d’introduction, le prophète est appelé à insister auprès du peuple sur la certitude de la fin imminente et complète de toutes les espérances présentes ; car ce n’était pas seulement l’orgueilleux résidu resté dans le pays qui nourrissait de vains espoirs, mais beaucoup aussi de ceux qui étaient captifs sur les bords du Kebar.
La première scène est symbolique et montre que le pays devait être une fois de plus balayé par la destruction, tandis que la plupart des Juifs attendaient une rapide délivrance, en dépit de l’affirmation contraire que Dieu leur donnait.
C’est pourquoi nous voyons que l’Éternel cherche à pénétrer la conscience des captifs de la folie qu’il y avait à se laisser aller à de tels rêves. Hélas ! ils étaient rebelles, la maison rebelle ! Moïse, dans son cantique, leur avait fait le reproche d’être une génération tortue et perverse, des fils en qui il n’y a pas de fidélité; et David dans le Psaume 68 les caractérise comme rebelles.
Si Ézéchiel doit entendre et leur répéter la sentence divine, ce n’est pas quelque chose de nouveau, mais c’est plutôt la manifestation que le jugement est en cours d’exécution, que le mal ancien est excessif, et que rien n’a pu l’extirper, ni la fraîche vigueur de leur jeunesse, ni leur puissance nationale. Ce n’était pas là la tache blanche, mais bien la vieille plaie de lèpre active et profonde.
Le prophète devait préparer son bagage et l’emporter de nuit ; cet acte si étrange de sa part devait exciter la curiosité des Juifs et il devait leur en donner l’explication. Le prince de Jérusalem, Sédécias et toute la maison d’Israël étaient représentés par ce fardeau porté par Ézéchiel. Cette prédiction, comme celle de Jérémie, allait s’accomplir à la lettre.
L’historien Josèphe nous dit que le roi, pensant voir une contradiction dans ces deux prophéties, décida de ne croire à aucune. Il est bien certain que Sédécias ne put échapper aux Chaldéens, mais tomba aux mains du roi de Babylone, lui parla face à face et le vit de ses yeux ; il est certain qu’après être tombé dans le piège, il fut emmené à Babylone, mais ne vit pas cette ville quoique il y mourut. Le fait que le prophète devait couvrir son visage de manière à ne pas voir le pays n’était que l’image de la réalité.
Qu’il était solennel et humiliant pour le peuple de l’Éternel de savoir par les jugements qui le désolaient et le dispersaient, que c’était Lui qui était l’Éternel ! Mais cela même, Il le fait tourner à son profit, en en laissant quelques-uns épargnés par ce jugement pour déclarer toutes leurs abominations parmi les païens ; car qui aurait pu porter un témoignage aussi accablant contre l’idolâtrie, si ce n’est ceux qui avaient ainsi souffert en succombant à ce piège ?
Le peuple du pays peut voir ensuite en Ézéchiel l’image de ce qu’il serait lui-même, en mangeant son pain et en buvant son eau dans la crainte. Puis le chapitre se termine par des reproches pour l’incrédulité du peuple à la parole prophétique, incrédulité si générale qu’elle en était devenue proverbiale Chaque vision allait trouver son accomplissement et la parole ne serait plus différée. « En vos jours, maison rebelle, je dirai une parole et je l’exécuterai » (v. 25). Quel témoignage porté à la haine de l’homme contre Dieu ; et quel témoignage contre l’homme qui accepte si aisément l’appât de l’ennemi lui disant que le moment de l’exécution est encore éloigné. Il n’aime pas l’intervention de Dieu, dont la domination lui parait intolérable. Mais Dieu dit : « aucune de mes paroles ne sera plus différée ; la parole que j’aurai dite sera exécutée » (7. 23)
Ch. 13
Ce chapitre s’occupe des hommes et des femmes qui, prétendaient avoir la pensée du Dieu d’Israël, mais qui étaient des instruments de l’ennemi et des adversaires de la volonté de Dieu, prophétisant sans inspiration divine, pour la ruine de son peuple.
C’était une chose particulièrement affligeante pour l’Esprit, comme cela en est une maintenant pour nous, de voir dans l’assemblée de faux frères et de faux prophètes, dont le but est leur propre personne, et dont les moyens sont, d’un côté la flatterie, et de l’autre, une manière arrogante de parler qui convient à ceux qu’ils veulent influencer, cherchant toujours à diminuer et à injurier ceux qui maintiennent la vérité au nom du Seigneur (comp. 2 Cor. 11).
Prétendre, de son propre chef, être prophète expose au jugement de Dieu qui, tout en étant plein de grâce et miséricordieux, doit maintenir sa majesté et sa vérité, qui ne doivent pas être dénaturées et profanées. Il ne pouvait y avoir que la destruction pour de tels gens et pour ceux qui les suivaient. Ils étaient comme des renards dans des lieux déserts, pleins de ruse et de malice. Il n’était pas étonnant qu’ils ne soient pas montés aux brèches et n’aient pas fermé l’enceinte autour de la maison d’Israël afin de tenir ferme dans la bataille au jour de l’Éternel.
Ils nous rappellent ceux qui, plus tard, cherchaient l’apparence dans la chair, contraignant les Gentils à être circoncis, de peur qu’eux-mêmes ne souffrent de la persécution pour la croix de Christ. De telles personnes ne craignaient pas l’Éternel et ne possédaient pas son secret, mais ce qu’ils prononçaient n’était que fausseté et divination, car ils disaient : « L’Éternel a dit », alors qu’Il ne les avait pas envoyés, et en conséquence des hommes espéraient l’accomplissement de leurs paroles. De là cet appel solennel « N’avez-vous pas vu des visions de vanité et prononcé des divinations de mensonge quand vous dites : l’Éternel a dit ! et je n’ai point parlé ? »
Alors Dieu déclare : « C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur » (v. 8 à16). Quelle chose terrible lorsque les ennemis de Dieu L’obligent moralement à devenir leur ennemi ! Miséricordieux et plein de grâce, Il est lent à la colère, mais quand ses saints risquent d’être détruits et son propre honneur compromis par une patience trop prolongée, la guerre est déclarée à ceux qui, avec hypocrisie, travaillent à ruiner sa gloire et à contrecarrer sa sainte volonté relativement à son peuple ; et la colère de l’Éternel est en rapport avec sa Majesté.
Il est contre les prophètes de vanité et sa main est sur eux. « Ils ne sont pas dans l’assemblée de mon peuple et ils ne seront pas écrits dans le registre de la maison d’Israël, et ils n’entreront pas dans la terre d’Israël » (v. 9) Leurs noms doivent être effacés comme ayant perdu tous leurs droits ; c’est un jugement public sur la terre et non une question de jugement éternel – quoiqu’il soit également clair que leur portion sera une destruction éternelle. Ce serait méconnaître le juste sens de ce passage que d’y voir la perte de la qualité de membre de l’assemblée ici-bas, et celle de la communion des saints dans le ciel. Du reste, le caractère du péché est rappelé dans la punition.
Les faux prophètes essayaient-ils de calmer le sentiment national des Juifs en leur promettant un prompt retour de leur exil ? Ils ne reverraient plus jamais le pays dont ils avaient été et dont ils allaient être chassés par l’ennemi ; et alors ils apprendraient qui était leur Dieu Jéhovah, dont ils s’étaient moqués. Il ne permet pas que son peuple soit entraîné à la ruine et que ses séducteurs restent impunis, et encore moins que le mot sacré de paix soit appliqué à tort pour des buts personnels ; de même, pour employer une image : lorsqu’une muraille est construite avec du mauvais mortier, elle ne tient pas et n’est qu’une tromperie. Elle s’écroulera, telle est la parole dite à ceux qui construisent « Il y aura une pluie torrentielle ; et vous, pierres de grêle, vous tomberez, et un vent de tempête éclatera » (v. 11).
C’est aussi de la même manière que les autres prophètes annoncent les malheurs futur d’Israël, dans le Psaume 83, Ésaïe 28 et 29, Ézéchiel 38. 22, Apocalypse 8 et 16. L’Éternel se porte garant Lui-même d’un tel jugement, le refuge des mensonges sera rasé, et les mauvais conducteurs et ceux qu’ils ont entraînés seront détruits ; c’est Dieu qui juge ainsi les faux prophètes et leurs visions de paix, alors qu’il n’y a pas de paix.
Les femmes aussi jouent leur triste rôle dans la ruine morale d’Israël (v. 17 à 19). Leur influence a été grande dans ce monde pour le mal et pour le bien ; et comme Dieu a daigné accorder à certaines d’entre elles ses meilleurs dons, nous ne pouvons nous étonner que Satan se serve de celles qu’il peut employer pour le mal. La forme particulière du mal mentionné ici est la manière dont elles prennent dans leurs filets par les objets les plus mesquins de cette vie, tuant moralement ceux qui ne devraient pas mourir, et faisant vivre les âmes qui ne devraient pas vivre.
C’est de cette manière d’ailleurs que l’erreur agit toujours. La fausse doctrine enhardit les mauvais et cherche à alarmer les bons. Le monde fait ainsi sa religion. Il peut y avoir des malédictions et des avertissements, mais ils n’ont aucune influence parce qu’on s’en débarrasse habilement, tout en gardant une apparence de haïr l’iniquité et d’aimer la justice ; l’homme marche ainsi dans une vaine apparence jusqu’à ce que, dans l’enfer, il lève ses yeux en haut, étant dans les tourments.
D’un autre côté, la grâce n’est pas du goût du monde, elle lui semble pire qu’une tolérance païenne du péché. De là vient que les croyants qui suivent le monde par amour de leurs aises et de leur position ne trouvent jamais la nourriture dont leurs âmes ont besoin en tant que nés de Dieu; ils s’épuisent ainsi dans la faim et la misère ; s’abstenant peut-être dans une certaine mesure des jouissances du monde, ils sont cependant privés de la consolation chrétienne, écartant de leur propre aveu – jusqu’au jour où ils sont au ciel – cette communion des saints et le culte de leur Dieu et Père qui devraient les caractériser sur la terre.
C’est en vain qu’on s’oppose à Dieu. La vérité, c’est que, aveuglés par les ruses de l’ennemi, ils ne sont pas conscients que c’est avec Dieu qu’ils sont en lutte, jusqu’à ce que cette lutte se termine à leur confusion éternelle, et que leurs desseins soient mis au jour devant ceux dont ils espéraient faire leurs victimes. Dieu déclare que à la fin de tout cela, leur destruction est arrivée et en même temps la délivrance pour son peuple qu’ils avaient cherché à tromper.
« Et vous saurez que je suis l’Éternel » (v. 23). Tel est le glas qui retentit toujours pour le jugement des ennemis d’Israël au-dedans et au-dehors.
Connaître l’Éternel est un arrêt de jugement pour les pécheurs qui demeurent dans leurs péchés.
Ch. 14
La visite des anciens au prophète devient l’occasion d’une nouvelle révélation, mais pas cette fois sous forme d’une vision. Ils semblaient venir pour écouter la Parole de Dieu mais Dieu ne s’est pas trompé par leur attitude, et de même le prophète ne doit pas s’écarter du devoir solennel qui lui est imposé. La semence sainte s’est souillée, et ses chefs méritent le blâme plus que tous ceux qu’ils ont égarés par leur exemple. Quelle que fut leur apparence ou leur position, ils avaient élevé leurs idoles dans leurs cœurs.
Il n’y avait là aucune intervention et aucune influence extérieures, les anciens aimaient ces abominations ; ils couraient après leurs idoles avec une secrète avidité et ils satisfaisaient leur ardent désir de faux-dieux en plaçant devant leurs faces la pierre d’achoppement de leur iniquité, en rébellion ouverte et délibérée contre l’Éternel, ce qui n’était qu’une infamie.
« Serais-je consulté par eux ? » Insulter Dieu en adorant des idoles, puis venir ainsi devant son prophète, était un signe d’endurcissement et non de repentance. À celui qui viendra ainsi, l’Éternel répondra selon la multitude de ses idoles. Dieu est puissant et ne méprise personne ; mais Il ne peut pas prendre part. Son propre déshonneur et ses jugements sont salutaires à ceux qui Le craignent. Comment pourrait-Il répondre aux anciens rebelles sinon en leur faisant sentir sa majesté ? Ils recherchaient une réponse par curiosité. Il leur prouverait que leurs nombreuses idoles n’étaient rien, « afin de prendre la maison d’Israël par leur propre cœur, car ils se sont tous séparés de moi par leurs idoles ». Les anciens et le peuple s’étaient éloignés de Dieu qui voulait agir sur leur cœur.
Dans les v. 6 à 11 nous trouvons un message encore plus explicite adressé à la maison d’Israël, lui demandant de se repentir et de se détourner de ses idoles : sinon l’Éternel répondrait Lui-même à ceux qui venaient consulter, et cela en les retranchant, aussi bien un prophète séduit que ceux qui le consultent. Dieu agit ainsi judiciairement, se montrant sévère envers un peuple indocile, et renvoyant ceux qui mentent à ceux qui aiment le mensonge, afin que tous soient punis ensemble, et qu’Israël puisse apprendre la leçon dont il avait besoin, et être de nouveau son peuple comme Lui serait leur Dieu.
Avec le v. 12 commence une nouvelle parole de Dieu à Ézéchiel, et le prophète doit entendre cette sentence terrible que, lorsque l’excès du mal amène un châtiment de Dieu sur un pays, les trois saints hommes, Noé, Daniel et Job, dont l’intercession s’est produite à des moments critiques de l’histoire de l’homme, ne pourraient, par leur justice, sauver qu’eux-mêmes ; il n’est question ici que du gouvernement de ce monde et non pas de grâce pour la vie éternelle. Si la famine, les mauvaises bêtes, l’épée ou la peste étaient envoyées, ces trois hommes ne délivreraient ni leurs fils ni leurs filles, ils ne se délivreraient qu’eux seuls, Mais que serait-ce quand ces quatre plaies seraient envoyées par Dieu sur Jérusalem ? Qui pourrait protéger le peuple coupable ?
Ainsi, quel que fut l’amour que le prophète ressentait pour le peuple, quelle que fut l’affliction qu’il voyait après coup tomber sur lui, il est amené à reconnaître la justice des voies de l’Éternel, malgré leur sévérité – Lui qui ne fait jamais couler une larme sans cause, et fait briller la grâce au-dessus du jugement.
Ch. 15
Le message de l’Éternel dans ce court chapitre revêt la forme d’une parabole, dont l’explication est rendue certaine par les derniers versets. Il y a sans doute une distinction voulue entre les différents arbres employés comme symboles dans l’Écriture. Comparons-en trois brièvement ici : le figuier, l’olivier et la vigne.
Le figuier est le seul qui soit appliqué exclusivement à Israël – à telle enseigne qu’on ne peut manquer de voir en lui le représentant particulier de cette nation en contraste avec les Gentils. Comparez surtout Matthieu 24 et Luc 21 ; dans le premier passage nous voyons le figuier seul, sans le second (les Gentils étaient introduits selon la portée de l’évangile de Luc) « le figuier et tous les arbres ».
L’olivier – nous le voyons en Romains 11 – comprend d’abord les Juifs comme branches naturelles de l’arbre de la promesse, et comme témoignage sur la terre, croissant sur le trône d’Abraham ; ensuite, après leur rejet pour cause d’incrédulité, les Gentils greffés contre nature ; enfin par pure grâce, bien qu’en accord avec la promesse, Israël sera greffé de nouveau, sur la base de sa repentance, sur son propre olivier, lorsque les Gentils sont rejetés et que la grâce restaure la nation élue pour toujours.
La vigne à une application plus variée ; d’abord Israël, qui devient stérile, puis le Seigneur avec les disciples, sarments de Celui qui est le vrai cep, et enfin la vigne de la terre, quand la chrétienté abandonne la grâce et la vérité qui vinrent par Jésus Christ, et que, à la fin des temps le jugement divin n’épargne plus personne.
La vigne n’est d’aucune valeur si elle ne porte pas de fruit. D’autres arbres, s’ils ne portent pas de fruit ou s’ils cessent d’en donner, peuvent être extrêmement utiles. Mais si le cep ne produit pas de fruit, il n’est bon qu’à être brûlé. Et si son bois est sans utilité avant que le feu ne le touche, qu’en reste-t-il lorsque les deux bouts sont consumés et que le milieu est brûlé ?
Il en est précisément ainsi, dit l’Éternel, des habitants de Jérusalem. Sans fruit pour Dieu, ils sont destinés au feu du jugement divin. Si les Juifs avaient manqué au témoignage confié à leurs soins, s’ils avaient falsifié ce témoignage, s’ils avaient trahi son nom, que pouvait faire l’Éternel, sinon consumer comme des ennemis ceux qui, d’entre tous les hommes, avaient la plus lourde responsabilité, celle d’obéir à sa Loi ? Fermer les yeux sur leur turpitude morale et leur abominable idolâtrie ne pouvait convenir au Dieu qui voit tout et qui avait choisi ce peuple, seul parmi toutes les nations de la terre, pour habiter au milieu de lui ; et le moment n’était pas encore venu de poser, dans la mort et la résurrection de Christ, le fondement d’une nouvelle création qui ne tomberait ni ne passerait pas. C’est pourquoi le Dieu vivant doit agir envers son peuple sur la base de l’alliance conclue avec eux, de là l’action annoncée ici par le prophète.
« C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, comme le bois de la vigne parmi les arbres de la forêt, que j’ai livré au feu pour être consumé, ainsi je livrerai les habitants de Jérusalem et je mettrai ma face contre eux » (v. 6 à 8). Que cette déclaration est énergique ! L’Éternel ne se bornerait pas à livrer les habitants de Jérusalem comme le bois de la vigne pour être consumés, mais il mettrait « sa face contre eux ». Quel présage pour ceux qui connaissaient son nom et sa haine du mal ! Et comme s’il ne suffisait pas que l’Éternel proclame ainsi son opposition fermement décidée, il est ajouté : « ils sortiront d’un feu et un autre feu les consumera ». Il en était bien ainsi de la cité coupable du grand Roi. Si l’on évitait le feu ici, ce n’était que pour le rencontrer ailleurs. Il n’y avait pas moyen d’en sortir, car aucune repentance ne s’était montrée, et Dieu ne pouvait tolérer qu’on se moque de lui.
Celui qui jadis avait jugé l’humanité dans son ensemble ou dans une partie de sa culpabilité, doit maintenant s’occuper du cas de son propre peuple. S’ils avaient écouté et s’ils avaient marché dans ses voies, Il aurait subjugué leurs ennemis et ils auraient été comblés eux-mêmes de toute sorte de biens ; mais ils n’avaient pas voulu écouter, et s’étaient choisi les dieux étrangers des païens. Ainsi l’Éternel devait, ou bien consentir à son propre déshonneur en supportant Jérusalem en dépit de son apostasie, ou bien les forcer à apprendre qu’Il était l’Éternel en mettant sa face contre eux. Triste alternative !
Comme il ne pouvait être question de la première voie, la seconde était la seule voie que méritaient leurs iniquités, le seul chemin ouvert jusqu’à la venue du Messie qui, en portant leur jugement, permettrait à la grâce de Dieu de recommencer quelque chose de nouveau en justice sur la base de la grâce souveraine.
Le prophète ne pouvait donc faire autre chose que d’annoncer : « je ferai du pays une désolation, parce qu’ils ont commis le péché » (v. 8).
Ch. 16
Si, dans le chapitre précédent, le symbole de la vie stérile destinée au feu nous a montré le côté négatif de la condition de Jérusalem et ses conséquences certaines, son iniquité positive nous est représentée d’une manière frappante dans l’allégorie suivante.
Le peuple élu avait été destiné à supplanter les nations et aurait dû le faire – des nations que le pays rejetait à cause de leurs abominations, et on ne peut concevoir aucune figure plus poignante que celle qui représente l’origine et la naissance de Jérusalem, comme provenant de Canaan, d’un père Amoréen et d’une mère Héthienne (v. 3).
Cela est naturellement moral et non pas historique. Ésaïe qualifie les chefs de « Sodome », et le peuple de « Gomorrhe », de la même manière. Dès les jours les plus anciens, nous voyons comment les deux races mentionnées par Ézéchiel étaient considérées par les patriarches (Gen. 15. 16 ; 27. 46).
Mais l’Écriture montre elle-même que le fait de naître d’une race méprisable ne peut lier pour toujours l’homme au mal ; lorsque Dieu intervient en quoi que ce soit, que voyons-nous ici ? Une pauvre misérable, privée de soins les plus nécessaires, jetée dans les champs le jour même où elle est née (v. 4 et 5). L’Éternel passa près d’elle, la vit souillée dans son sang et lui dit dans son sang « Vis » (v. 6). Grâce à ses soins, elle devint une femme, revêtue des plus splendides ornements, et l’Éternel fit une alliance avec elle, et la prit pour Lui. Et celle qui avait été ainsi purifiée et magnifiquement ornée devint un royaume et acquit une renommée qui se répandit partout (v. 7 à 14).
Que fit-elle en retour ? « Tu te confias en ta beauté, et tu te prostituas à cause de ta renommée ». C’est un triste tableau. La beauté de Jérusalem était pour tout passant (v. 15 et 16). La souillure de l’idolâtrie de Jérusalem dépassait tout ce qui avait précédé et tout ce qui devait suivre, et elle se signalait par le fait qu’elle dépensait pour les infâmes idoles des païens les innombrables faveurs de son époux divin, car c’est ce que son créateur était pour elle. Elle avait encore ajouté à l’affliction de son cœur, le fait qu’elle ne s’était pas souvenue des jours de sa jeunesse, quand elle était nue et découverte, gisante dans son sang (v. 22).
L’Éternel détaille ensuite les excès d’impureté auxquels Jérusalem s’était abandonnée dans ses désirs sans frein, non seulement en accueillant chaque nouvelle idolâtrie qui se présentait, mais en recherchant et en entretenant avec des étrangers jusqu’aux Gentils les plus éloignés ; les Philistins même avaient honte de son infamie, et se contentaient de leurs propres dieux.
C’est, hélas, une vérité solennelle que, lorsque le peuple de Dieu s’écarte de Lui, il est capable de s’égarer plus loin que tous les autres. Sans la protection de Celui qu’ils ont méprisé, ils deviennent une proie toute particulière pour Satan et les victimes qu’il recherche le plus, car c’est par eux qu’il peut de la manière la plus effective jeter le déshonneur sur le Dieu vivant.
Quelle énigme l’histoire morale du monde et de l’homme n’est-elle pas pour tous ceux qui ne voient pas le conflit entre Dieu et son ennemi ! Alors, c’était Jérusalem qui était en jeu, aujourd’hui c’est l’Assemblée; mais c’est toujours l’opposition du diable au Fils de Dieu.
Les v. 30 à 34 nous révèlent une terrible aggravation de la culpabilité de Jérusalem. Elle n’avait besoin d’aucune richesse, tellement l’Éternel l’avait abondamment bénie. D’autres, dans leur convoitise ardente de biens qu’ils avaient vus ailleurs pouvaient les attribuer à la puissance des dieux des collines ou des vallées, et ainsi ajouter idoles à idoles ; mais Jérusalem était inexcusable parce qu’il n’existait rien parmi les nations, grandes ou petites, près ou loin, qu’elle eût quelque raison de convoiter. C’était donc convoiter des faux dieux pour le seul plaisir de convoiter ; c’était pécher pour pécher.
Alors l’Éternel somme Jérusalem la prostituée d’écouter sa sentence sur sa débauche folle et insatiable (v. 35 à 43). Il menace sa ville coupable de l’exposer à la vue de tous ses amants et de tous ceux qui la paissent, et de lui infliger les châtiments qui conviennent aux adultères, jusqu’à ce que sa colère cesse et que sa jalousie se détourne « et tu ne commettras pas l’infamie, par-dessus toutes tes abominations » (v. 43).
Le proverbe qui convenait à pareille iniquité est prononcé par l’Éternel : Telle mère, telle fille, appliquant ainsi la relation morale de Jérusalem, non pas au père des croyants ou autres héritiers de la promesse, mais aux races corrompues de Canaan. Jérusalem, comme on le voit aux versets 45 à 52, avait dépassé non seulement Samarie son aînée, mais même Sodome, sa plus jeune sœur. Elle avait eu assez de connaissance pour pouvoir les juger, mais au lieu de cela, elle s’était précipitée avec encore plus d’ardeur dans de plus grandes abominations.
Les deux premières, lorsqu’elles avaient connu Dieu, ne l’avaient pas glorifié comme Dieu, mais dans leur ingratitude et leur orgueil, l’avaient abandonné, et s’étaient livrées aux faux dieux, à des affections corrompues et à un esprit réprouvé. N’étaient-elles pas plus excusables que Jérusalem ? « Toi aussi, sois honteuse et porte ta confusion ! parce que tu as justifié tes sœurs ». Comme le changement sera complet, et l’humiliation profonde lorsque les Juifs sentiront et confesseront honnêtement la vérité telle que l’Éternel la prononce ici. Et nous sommes assurés qu’ils le feront.
Hélas ! cette repentance est pour un jour futur, mais ce jour viendra sûrement, et Jérusalem, si longtemps infidèle, inclinera son cœur devant la fidélité incomparable de l’Éternel se révélant Lui-même à elle en Jésus qu’elle a mis à mort. Cela aura lieu à la fin de ce temps, quand la prédiction du retour de la captivité s’accomplira par grâce (v. 53 à 57). Ceux qui rabaissent cette prophétie à la restauration des Juifs sous Cyrus et à la part que les races d’au-delà de la Mer Morte et limitrophes de la Palestine prirent alors à leur sort, n’en ont qu’une bien pauvre idée. Une captivité plus grande et plus terrible devait suivre sous le 4ème empire ; mais le retour de la captivité attend le jour brillant où toute peine sera bannie de la terre pour ceux qui s’humilient devant le Nazaréen revenant pour régner.
Cela est encore plus clair par ce qui suit : v. 58 à 63. C’est la restauration finale de Jérusalem sous la nouvelle alliance, désignée expressément, ici et ailleurs, « l’alliance éternelle », en contraste avec celle de Sinaï, sous laquelle la restauration après une culpabilité sans précédent comme celle de Jérusalem avait été impossible. C’est montrer une ignorance fondamentale de la grâce que de confondre cette alliance-là avec la Loi ; et la mention de Samarie et de Sodome, en particulier, aurait dû mettre en garde contre cette erreur qui s’est répétée depuis les pères jusqu’à nous à travers la Réforme.
Il est du plus grand intérêt de voir que les villes les plus coupables, avant et après la loi, sont assurées d’une restauration en même temps et sur le même terrain que Jérusalem. Elle les aura pour sœurs en ce jour, elle qui n’aurait pas voulu même prononcer leurs noms dans les jours de son orgueil et de son péché. Mais la grâce de Dieu change tout pour l’homme et change l’homme en vue de la gloire.
Ch. 17
Nous avons ici une autre de ces illustrations si typiques de notre prophète, présentant l’état de choses existant parmi le peuple de Dieu, la ruine menaçante à cause de l’impiété du roi, et finalement le royaume du Messie, le plus abaissé dans sa première présentation, mais exalté par Dieu au moment convenable au-dessus de la terre entière. Quoiqu’il y ait maint point de ressemblance entre la dernière partie de ce chapitre et des prophéties telles qu’Ésaïe 2 et 53, Daniel 2. 34, 35, 44 et 45, Michée 5, celle qui nous occupe a ses propres caractères bien distincts, comme d’ailleurs chacune des autres que nous venons de citer.
Le grand aigle n’est autre que le roi de Babylone, que Dieu, dans sa sagesse souveraine, a établi comme tête du système impérial gentil, après qu’Israël ait donné la preuve de sa ruine morale et de sa rébellion contre l’Éternel. Un autre prophète avait déjà employé une comparaison semblable au sujet de Nebucadnetsar (Jér. 48. 40 ; 49. 22).
Mais ici l’allégorie est complète, car le cèdre du Liban représente la royauté en Israël dont la maison de David était investie, qui maintenant, à cause de ses péchés, se trouvait dans la servitude du chef des Gentils. Jéhoïakim est le roi de Juda décrit ici comme la plus haute pousse de la cime, laquelle Nebucadnetsar transporta avec lui à Babylone, alors la plus fameuse des villes de l’antiquité, non seulement par sa grandeur, mais aussi par son commerce (És. 13. 19 ; 44. 14). De plus, le conquérant plaça à Jérusalem un autre roi, de la semence du pays, non pas un étranger, mais un prince de la maison de David, Matthania, oncle (frère) du roi exilé, sous le nouveau nom donné à son maître.
Sédécias aurait pu prospérer là, en servant loyalement le roi des rois babyloniens. Mais la seule condition sous laquelle Dieu aurait assuré la paix et une certaine mesure de prospérité aux Juifs, était leur sujétion à l’empire gentil : ils auraient dû reconnaître que cet asservissement était la discipline de Dieu sur son peuple à cause de sa désobéissance incurable et à cause de ses rois.
Sédécias était comme un saule planté près de grandes eaux. Sa sécurité résidait dans une dépendance fidèle à Nebucadnetsar, en s’humiliant sous la puissante main de Dieu, ou bien, suivant l’image employée par le prophète, en étant comme une vigne de peu de hauteur avec des branches tournées vers Celui qui l’avait plantée et ses racines sous lui. Cette vigne aurait pu produire non seulement des branches et des racines, mais aussi du fruit.
Hélas, il n’en était pas ainsi, malgré les nombreux avertissements prophétiques qui lui avaient été donnés. Le nouveau roi, comme le peuple jadis, regarda vers l’Égypte pour avoir du secours – vers les Égyptiens qui étaient des hommes et non pas Dieu, et leurs chevaux, chair et non pas esprit ; comme jadis ils avaient convoité les bonnes choses de l’Égypte, maintenant de nouveau, pour se débarrasser du joug de Babylone, ils contestaient tous, grands et petits, pour le déshonneur de Dieu.
Le second aigle est le roi d’Égypte qui visait à l’empire du monde et était en lutte avec Nebucadnetsar pour l’acquérir. Mais c’est Dieu qui commande et qui avait donné cet empire au roi de Babylone. C’était les voies de sa providence. Le royaume entre les mains du premier Adam n’avait abouti à rien. Israël, Juda, la maison de David, avaient complètement manqué, et n’avaient duré que pour jeter un nouveau déshonneur sur son nom d’Éternel qui les avait choisis.
Le jour n’était pas encore venu pour le second Homme, le dernier Adam, vrai fils de David et fils de l’homme. C’est pourquoi Dieu avait laissé provisoirement cette suprématie universelle entre les mains des hommes les plus vils : c’était comme une leçon pour ceux qui avaient préféré leurs propres voies au Dieu vivant ; et l’endroit où l’exaltation contre le vrai Dieu avait pris naissance, et d’où étaient sortis les faux dieux, était devenu la verge et la prison d’Israël, des personnes de la maison de David et du peuple abandonné à leur état misérable. Mais eux, et par-dessus tout Sédécias, qui plus que tous les autres, aurait dû connaître la volonté de Dieu, avaient cherché l’aide de l’Égypte dans l’espoir de se rendre indépendants de Babylone. Se tourner ainsi vers le Pharaon, c’était rejeter l’Éternel plutôt encore que Nebucadnetsar et devait entraîner leur propre destruction sans que leur maître chaldéen eût à faire un grand effort pour cela. Un souffle de ce vent d’Orient suffisait pour flétrir la vigne sans fruit, pour la dessécher entièrement dans les carrés où elle poussait.
Dans les v. 2 à 21 nous trouvons la solution de l’énigme, et l’Esprit lui-même donne l’interprétation de la parabole. L’Éternel accuse le fils de David régnant alors, de perfidie contre Lui-même et contre Nebucadnetsar. Il avait violé son alliance avec les Chaldéens, cette alliance scellée du nom de l’Éternel. Les choses en étaient-elles vraiment arrivées à ce point, que le roi païen Nebucadnetsar aurait plus de respect pour le serment de l’Éternel que le fils de David, le roi de Juda ?
Cette conduite de la part de Sédécias rendait absolument impossible pour Dieu de protéger plus longtemps le roi et le peuple coupables ; et cela d’autant plus qu’ils portaient son nom. « Je vous ai connus, vous seuls, de toutes les familles de la terre ; c’est pourquoi je visiterai sur vous toutes vos iniquités ». Le jugement doit commencer par la maison de Dieu; car ils disaient : « nous voyons », c’est pourquoi leur péché demeure.
Il faut que Dieu soit sanctifié dans tout ce qui s’approche de Lui ; et si le péché demeure toujours le péché, il est infiniment moins excusable là où sa parole est connue, et là où son nom est proclamé devant les hommes. C’est donc selon la justice que Sédécias devait être pris au filet de la rétribution divine, et mourir sans avoir trouvé l’aide du Pharaon et de sa grande armée sur laquelle il avait compté au jour de la plus grande détresse. Il était à Babylone le prisonnier de celui dont il avait rompu l’alliance. C’était l’amère récompense qu’il avait reçue de l’Éternel, qui avait plaidé avec lui pour sa transgression, avait tué ses fugitifs, et dispersé de tous côtés ceux qui étaient de reste ; c’était la preuve de la réalité de l’outrage fait à son nom.
Mais le chapitre ne se termine pas sans nous donner une perspective bien différente (22 à 24) Il s’agit ici du Messie dans son royaume, non pas du Messie souffrant sur la terre, qui venait du ciel, mais du roi d’Israël régnant en justice, désigné plus loin comme David, le vrai Bien-Aimé sous le sceptre duquel le peuple tout entier sera réuni de nouveau, pour ne plus jamais être divisé par sa folie, et pour ne plus jamais tomber dans l’idolâtrie ou dans d’autres péchés.
Tout cela n’est pas le mystère du royaume tel que nous le connaissons aujourd’hui, ni le jour de la réjection, mais celui de la puissance, judiciaire sans doute, mais bienfaisante sur terre. Ce n’est pas non plus l’appel des âmes hors du monde pour les amener à un Christ glorifié dans le ciel, mais c’est le pays et toute la terre bénis sous le règne de Celui qui établit pour toujours le sanctuaire au milieu d’Israël.
Sans nier que Zorobabel puisse être une image fugitive du grand Roi et du puissant règne de paix et de bénédiction indiqué ici, je ne puis le considérer que comme une réalisation bien faible d’une promesse si glorieuse. L’interprétation qu’en font les anciens et les modernes me semble injurieuse et bien éloignée de la vérité ; en effet ils détruisent les espérances d’Israël dans les voies de grâce de Dieu et ils abaissent l’Assemblée jusqu’à lui faire usurper les promesses de la bénédiction terrestre et la gloire du peuple juif, au lieu de la maintenir dans la communion des souffrances de Christ, et dans l’attente de la joie et de la gloire céleste dans son amour à sa venue.
Ch. 18
Ce chapitre et le suivant terminent cette partie de la prophétie qui suit la vision de la gloire de Dieu quittant Jérusalem après avoir employé Nebucadnetsar comme instrument providentiel. C’est un jugement moral démontrant la nécessité d’un jugement extérieur par lequel ils apprendraient que celui qui parlait et qui agissait était l’Éternel.
Les v. 1 à 6 méritent d’être soigneusement pesés. Lors de la captivité, Dieu agit envers son peuple qui murmure et Il met fin à ses voies gouvernementales sur la base d’Exode 34. 6 et 7. Depuis ce moment, Il les prend sur leur propre terrain – et comme ils se plaignaient de devoir souffrir si durement pour les fautes de leurs pères, Il allait leur donner ce qu’ils méritaient par eux-mêmes. Il est évident qu’un pécheur doit souffrir pour son péché ; et s’il met en doute qu’il soit juste de payer pour la faute de ses pères, il doit admettre qu’il est bien juste d’être puni pour sa propre faute. Les âmes des pères, comme celles des fils, étaient à Dieu et le pécheur doit mourir. Il n’y avait aucun moyen d’y échapper.
Le premier cas est celui d’un homme juste, tant vis-à-vis de Dieu que de son prochain, qui s’est tenu éloigné de l’impureté et de l’injustice, et a en outre manifesté son amour envers les malheureux, s’est abstenu de l’iniquité et a rendu un jugement juste entre homme et homme, en marchant dans les ordonnances divines ; celui-là vivra certainement (v. 5 à 9).
Mais si son fils est un homme violent, qui verse le sang, devrait-il vivre ? « certainement il mourra, son sang sera sur lui » (v. 10 à 13). Tel est le second cas.
Il y a un troisième cas : un fils qui ne suit pas le mauvais exemple de son père, mais qui voit tous les péchés qu’il a commis et y prend garde, « celui-là ne mourra pas pour l’iniquité de son père, certainement il vivra » (v. 14 à7). Ces différents cas sont brièvement comparés dans les v. 13 à 20. Le père méchant périra ; le fils averti par son exemple, vivra. Il en ressort cette maxime : l’âme qui a péché, celle-là mourra. Le fils ne souffrira pas pour le péché du père, ni le père pour celui du fils, mais chacun récoltera ce qu’il aura semé.
Mais de nouveaux cas se présentent dans les versets suivants : que se passera-t-il si le méchant se détourne de son péché, ou le juste de sa justice ? Chacun portera son propre fardeau, récoltant les fruits bénis de l’Esprit, ou la corruption de la chair (v. 21 à 24).
La bouche d’Israël est fermée. Ses murmures ne sont que sophismes. Le juge de toute la terre n’agirait-il pas justement ? (v. 25 à 29). Ceux qui blâment les voies de l’Éternel en grâce ou en jugement ne se sont jamais vus dans sa lumière. Quelle humiliation pour Israël ou pour nous, que Dieu daigne justifier ses propres voies et nous convaincre de notre propre péché ! (v. 30 à 32).
C’est un appel à la conscience, non pas l’appel de la grâce, dans lequel Dieu promet qu’Il leur donnera un nouveau cœur et qu’Il mettra en eux un nouvel esprit qui produira en eux l’aversion d’eux-mêmes, la vraie repentance, et les rendra propres pour des bénédictions futures (ch. 36). La comparaison des deux chapitres de ce même prophète est des plus instructives, et la mauvaise interprétation que l’on fait fréquemment du premier est aussi opposée à l’évangile. L’esprit ici les accable sous la conviction de leur péché. Le jour est encore à venir où Dieu plantera Israël dans son pays et le bénira de toutes les choses excellentes de la terre.
Ch. 19
Le ch. 19 est une complainte sur les princes ; le chapitre précédent montrait l’état du peuple et de l’âme de chacun, princes et peuple. Dans les v. 1 à 4 nous avons la fin de Joachaz ou Shallum, fils de Josias, fils injuste d’un père juste, qui mourut en Égypte où le Pharaon Neco l’avait emmené prisonnier.
Cela n’alla pas mieux avec les autres ; car Dieu était oublié et les mauvaises voies se terminent mal.
Jehoïakin sentait les chaînes de Nebucadnetsar, comme aussi Sédécias, mais avec plus de souffrances encore et d’ignominie, car sa culpabilité envers l’Éternel était grande. Le prophète ne pouvait donc que se lamenter.
Ce ne fut pas à cause de leur faiblesse que le peuple choisi et ses princes tombèrent ; ce ne fut pas à cause de leur force que l’Égypte ou Babylone eurent le dessus. Israël s’était détourné de l’Éternel vers le péché et il a dû, comme c’est encore le cas aujourd’hui, servir, dans la douleur, les plus méchants des nations. La domination appartient à Shilo, qui reviendra en puissance aussi sûrement qu’Il a été crucifié en faiblesse.
Ch. 20
Cette nouvelle division du livre s’ouvre avec un exposé complet et solennel du péché d’Israël, non seulement comme l’Éternel le voyait à ce moment-là, mais vu à la lumière de ses desseins envers eux dans le passé et dans l’avenir. En fait, nous ne jugeons jamais notre position actuelle d’une manière complète, à moins que nous ne nous soumettions à la pensée et au but de Dieu car, tandis que nous devons bien considérer la condition où II nous a placés au début, Il veut que nous regardions en avant vers le but qu’Il s’est proposé, et qu’ainsi nous sentions mieux si notre état correspond à ces deux choses.
Les anciens d’Israël venaient consulter l’Éternel : n’était-ce pas de la foi ? Ils s’asseyaient devant Ézéchiel. N’était-ce pas de l’humilité qui honore Dieu dans la personne de son serviteur ? Mais celui qui sonde les reins et les cœurs avait vu qu’il n’y avait là aucun exercice de conscience devant Lui ; et pourquoi répondre quand il n’y a que vide et hypocrisie ?
C’était indigne de sa part de tolérer cette légèreté. « Je suis vivant dit-il, si je suis consulté par vous ». Mais en même temps il Lui plaît de justifier ses voies et le prophète reçoit l’ordre de placer devant eux les abominations de leurs pères. Dieu va ainsi à la source du mal, et le peuple doit le juger à sa racine, plus que dans ses effets.
L’Éternel rappelle son serment à Israël, en le répétant (v. 5 à 9) d’une manière impressionnante, jurant par Lui-même puisqu’Il ne pouvait jurer par quelque chose de plus grand, et montrant ainsi plus fortement l’immutabilité de son conseil. C’est expressément d’Israël que l’apôtre déclare que les dons et l’appel de Dieu sont sans repentir. Pour cette raison même, Il juge et doit juger leurs voies : sinon Il serait forcé de sanctionner ou d’excuser le péché. Et comme Il ne le peut pas, Il agit envers l’infidélité d’Israël, en la rappelant depuis le début. Même alors, en dépit des remontrances adressées à chacun d’eux, leurs abominations et les idoles de l’Égypte appellent sa colère qui est déchaînée contre eux tous dans ce pays. Mais la grâce prévaut sur le jugement, et Il a soin de son propre nom devant les païens.
Israël ne se montra pas meilleur hors d’Égypte que lorsqu’il y habitait ; son péché devint même plus évident et moins excusable, car dans les solitudes du désert il était avec l’Éternel ; mais il courut après de faux dieux, il possédait ses statuts et ses ordonnances, mais ne les observa pas et les méprisa ; il avait des sabbats comme signe entre l’Éternel et lui, et les profana. L’Éternel fut ainsi de nouveau provoqué à le détruire dans le désert, comme il l’avait été en Égypte ; mais son nom contre lequel Israël avait péché avec tant d’orgueil, était sa protection et sa défense (v. 10 à 16).
L’Éternel était ému de compassion, mais il faut qu’Il affirme son autorité, la justice de ses jugements et la valeur particulière de ses sabbats, entre Lui et eux.
Plusieurs ont trouvé une difficulté dans le v. 25 de notre chapitre, tant les commentateurs que les lecteurs. Mais la solution se trouve dans le simple principe que Dieu, dans son gouvernement, châtie en rétribution son peuple coupable, et appelle les verges, ses propres verges, même quand ces instruments sont totalement étrangers à son esprit et à son cœur. Cela est vrai même du Saint de Dieu, de Christ Lui-même qui, rejeté par les hommes et soumis aux souffrances par eux, est dit avoir été frappé de Dieu (Ps. 69 ; Zach. 13).
C’est une grande et sérieuse erreur de penser que les statuts qui n’étaient pas bons et les ordonnances par lesquelles ils ne pouvaient vivre, signifiaient ceux de Dieu dans lesquels ils étaient tenus de marcher dans l’obéissance. Cela rendrait l’Écriture absolument obscure, et ferait de Dieu l’auteur du mal. Ceux qui interprètent ainsi l’expression « des statuts qui n’étaient pas bons », montrent leur incompréhension de la question.
La vraie explication se trouve dans l’amère servitude de son peuple aux règles corrompues et destructives des païens, dans la démoralisation de leur vie et les dons horribles qu’ils faisaient de leurs premiers-nés à Moloch. Le v. 26 ne laisse dans mon esprit aucun doute quant à la force réelle du v. 25. Leur idolâtrie était déjà coupable en Égypte et dans le désert, mais elle l’était davantage encore en Canaan, et plus insultante pour Dieu. Les faux cultes se perpétuent eux-mêmes, mais la vérité ne subsiste que par la grâce (v. 29).
Dans les versets suivants, nous voyons que Dieu place sur leurs consciences leur péché continuel et haineux par lequel ils déshonoraient l’Éternel ; c’est pour cette raison qu’Il ne pouvait être consulté par eux par l’intermédiaire d’un prophète : tels pères, tels fils. Mais Dieu prendrait soin qu’ils ne puissent pousser jusqu’au bout l’iniquité apostate de leur cœur. Ils ne seraient pas, après tout, pareils aux païens, ils ne réussiraient pas, en rejetant le joug de l’Éternel pour servir le bois et la pierre. Ils en avaient toute la culpabilité dans leurs esprits, mais Dieu n’oubliait pas son propre honneur, et ils paieraient la pénalité. « Je suis vivant, dit le Seigneur, l’Éternel, si je ne règne sur vous avec une main forte et un bras étendu » (v. 33). Est-ce seulement en jugement ? Sans doute, mais en vue de purifier Israël.
Il veut avoir son peuple séparé des Gentils, quelle que puisse être la marche des évènements. Le résultat sera que l’Éternel seul sera exalté, et cela quand les hommes l’attendront le moins. Aussi sûrement que l’été suit l’hiver sur la terre, la lumière succédera aux ténèbres du jour de l’homme. Les peuples anciens sont gardés par Dieu pour cela, malgré eux et malgré l’ennemi. Car, si Satan règne maintenant, Dieu est au-dessus de lui et régnera publiquement comme Il le fait actuellement dans sa providence cachée.
Mais c’est dans le v. 35 que nous trouvons une allusion importante à cette nouvelle parole de l’Éternel. Il n’est pas question ici du temps ou de Jérusalem, ou de la dernière branche régnante d’où est sorti le feu qui a dévoré son fruit, de sorte qu’il n’y ait plus de sceptre pour régner jusqu’à ce que Shilo vienne. Ici c’est le peuple dans son entier, Israël, et cette allusion à leur avenir spécial est du plus haut intérêt. C’est avec eux et non avec le résidu dans le pays et dans la ville que Dieu répétera l’histoire du peuple élu.
Après les avoir rassemblés d’entre les peuples et hors des pays où ils sont encore dispersés, et cela non pas par des moyens paisibles, moraux ou évangéliques, mais avec une main forte et un bras étendu et avec effusion de fureur, Il les introduira dans le désert des peuples et entrera en jugement avec eux face à face, comme Il le fit jadis avec leurs pères dans le désert du pays d’Égypte.
Là Il les fera passer sous la verge, comme le berger le fait avec ses brebis, et Il les introduira dans le lien de l’alliance. C’est la grâce souveraine, mais régnant par la justice, alors les rebelles seront séparés de l’Israël de Dieu et ceux qui se sont révoltés contre l’Éternel (car les Israélites ne sont pas confondus avec les pécheurs d’entre les Gentils) ne seront plus avec son peuple. Il les fera sortir du pays où ils séjournent, mais aucun d’eux n’entrera dans la terre d’Israël. Quel contraste frappant avec la destinée du résidu de Judée qui devra souffrir dans le pays pour ses propres péchés. C’est là qu’il refusa le Christ de Dieu venu au nom du Père; c’est là qu’il recevra l’antichrist venant en son propre nom (comp. Zach. 11. 16 et 17 ; 13. 8 et 9) également Dan. 12. 1 pour le résidu et v. 2 pour l’ensemble du peuple parmi les Gentils – c’est du moins ce que je comprends dans ces versets.
Il était donc inutile pour les Israélites tels qu’ils étaient de penser que leur culte était acceptable pour Dieu. S’ils ne voulaient pas écouter l’Éternel, il valait mieux rester ouvertement dans le mal, que de garder une apparence offensante pour Lui : les dons reçus des hommes dans cet état d’idolâtrie ne faisaient que profaner son nom.
Mais son dessein demeure : « Car en ma montagne sainte, en la haute montagne d’Israël, dit le Seigneur, l’Éternel, là me servira la maison d’Israël tout entière, dans le pays ; là je prendrai plaisir en eux, et là je demanderai vos offrandes élevées et les prémices de vos offrandes, dans toutes vos choses saintes » (v. 40). Qui pourrait prétendre que cette promesse a été accomplie ou même qu’elle a reçu un commencement d’accomplissement ? Le peuple et le pays d’Israël seront alors saints, dans toute la force du terme. Alors, mais pas avant, l’Éternel sera sanctifié en Israël aux yeux des nations. L’Évangile qui a été annoncé depuis la mort et la résurrection de Christ est en contraste avec cela ; car là, tous ensemble sont considérés comme pécheurs et sont perdus, et ceux qui croient, non seulement trouvent une grâce qui ne fait aucune distinction, mais deviennent un nouvel homme dans lequel il n’y a ni Juif ni Gentil.
Dans ce jour le prophète parle, la distinction réapparaîtra, et Israël délivré de toutes ses idoles et de ses hauts lieux, adorera l’Éternel son Dieu sur la montagne de sa sainteté, sur la haute montagne d’Israël. Il sera alors accepté et connaîtra l’Éternel ; les promesses faites aux pères seront accomplies, non seulement en nous qui croyons et qui irons au ciel à la venue de Christ, mais dans les enfants d’Israël sur la terre, qui alors se repentiront, et cela à cause de sa grâce qui agit librement et domine au-dessus du péché des créatures à cause de son nom ; s’il n’en était pas ainsi, être un pécheur serait être perdu sans remède et sans espoir.
Ch. 21
Les cinq premiers versets nous montrent la conquête de la Judée sous l’image d’une forêt en feu. Le prophète doit tourner sa face vers le Sud et prophétiser contre le Midi et cela est répété avec emphase. Le jugement est exercé contre tous, forts ou faibles et d’une manière complète qui montre que c’est la main de l’Éternel. La parole était certes assez claire, mais l’homme comprend difficilement ce qu’il n’aime pas entendre.
Ce qui suit (v. 6 à 12) est encore plus complet. Il ne parle plus avec des images, mais emploie le langage ordinaire. Le carnage est général, non en vengeance mais en châtiment. Ce n’est plus une conflagration, mais l’épée. La sentence irrévocable s’exécute contre la Judée. Tous devaient y prendre garde.
Ce n’était pas de l’affectation de la part d’Ézéchiel, Dieu entendait que cela fût senti profondément, par le prophète en premier lieu, afin que les autres en aient de la crainte. La certitude du jugement, jugement national seulement, devait remplir d’angoisse le cœur du prophète.
Dans les v. 13 à 22, il parle d’eux comme des grands, non plus au figuré comme d’arbres secs ou verts. L’Éternel frappera ses mains l’une contre l’autre et satisfera sa fureur ». Puis avec une image particulièrement énergique du Chaldéen et de ses augures, nous avons une nouvelle description de ce qui avait attiré la colère de l’Éternel contre Jérusalem.
Le roi de Jérusalem était encore plus perfide envers l’Éternel que le roi idolâtre de Babylone il n’avait pas respecté son serment. Aussi Sédécias est-il appelé un profane, méchant prince d’Israël dont le jour est venu au terme de l’iniquité de la fin. Le Seigneur viendra et régnera, mais jusque-là il n’y aura que la ruine. À Lui appartient le juste jugement.
Le chapitre se clôt avec une prophétie relative aux fils d’Ammon. Jérusalem était le premier objet de la vengeance destructive, mais les fils d’Ammon ne devaient pas échapper et devaient tomber à leur tour. Le rejet du gouvernement de Dieu par le moyen de la Loi aboutissait à la destruction complète d’Israël ; mais la grâce interviendra et Dieu restaurera en miséricorde ce qui, aussi longtemps que les promesses étaient conditionnelles, était perdu sans retour, car le peuple avait violé toutes les conditions sans en remplir aucune. Il devait être emmené en captivité et le royaume ruiné jusqu’à la venue du Messie, mais les fils d’Ammon devaient être jugés dans leur propre pays.
Ch. 22
Ce chapitre est une accusation foudroyante contre Jérusalem pour la violence et la corruption et plus spécialement l’idolâtrie qui étaient au milieu d’elle. L’Éternel fait honte à cette ville et en fait un objet de raillerie pour tous les hommes, près ou loin (v. 1 à 5). Même les dignitaires de la loi, ceux qui gouvernaient, donnaient l’exemple de l’iniquité sous toutes ses formes et à tous les degrés. Qui pourrait s’étonner que le nom de Dieu fût blasphémé parmi les Gentils, quand les Juifs violaient, aussi bien vis-à-vis de Dieu que vis-à-vis des hommes, tous les commandements de la Loi qui pouvaient les gêner ?
Cela est détaillé en termes humiliants dans les v. 7 à 12, et cela se termine par ce qui était aussi bien la cause que la conséquence de toutes leurs autres iniquités : les Juifs avaient oublié l’Éternel. Les v. 13 à 16 nous donnent l’expression de l’indignation divine. Si les Juifs semblaient forts moralement et physiquement, où serait leur force au jour des voies de Dieu ? Aussi vrai que sa parole demeurerait, ils seraient dispersés par les pays, afin que là, sinon à Jérusalem, un terme fut mis à leur impureté, et qu’ils deviennent conscients, en la confessant à d’autres, de leur souillure intérieure, et qu’ils connaissent l’Éternel comme ils ne L’avaient jamais connu auparavant.
Dans la suite du chapitre, nous trouvons une accusation encore plus terrible s’il est possible. Si le chapitre précédent était la prophétie de l’épée, celui-ci est celui de la fournaise. Quelle que puisse être l’horreur sanglante de l’épée, le feu de l’indignation divine ne peut que présager des choses pires pour ce monde ; et la prophétie naturellement ne va pas au-delà. Mais c’était l’action de l’Éternel à cause des péchés de Jérusalem et non pas celle des Gentils à cause de leur puissance.
Les derniers versets, abandonnant les images, s’expriment dans les termes les plus clairs. Coupable et livrée au jugement, Jérusalem ressemble à un pays non cultivé par l’homme et privé des ressources naturelles de Dieu, un vrai désert moralement. Les prophètes qui conspiraient au milieu d’elle étaient comme des lions rugissant et déchirant la proie ; les sacrificateurs non seulement faisaient violence à la Loi, mais profanaient le sanctuaire, les princes n’étaient que des loups rapaces et altérés de sang en vue d’un gain déshonnête. Partout le mal, en haut et en bas ! Les prophètes se réclamaient de la parole de l’Éternel pour couvrir leurs mensonges, tandis que le peuple du pays, n’étant pas protégé contre le mal, dans son abaissement, se livrait à toute sorte de violence et de rapine. L’Éternel ne trouvait pas un homme pour bâtir la muraille ou pour se tenir à la brèche devant Lui; hélas ! il n’en existait aucun !
Ch. 23
Le prophète continue à montrer le péché d’Israël et particulièrement celui de Jérusalem. La sainte cité est comparée ici à Samarie, comme deux sœurs d’une même mère : le peuple juif ; sœurs aussi dans leur idolâtrie. Il fait remonter le mal jusqu’à sa première apparition. Les idoles qui les avaient trompées en Égypte les firent tomber finalement aux mains des Assyriens et de Babylone. Elles avaient manifesté leur idolâtrie en Égypte, et dans leur chemin elles avaient persévéré dans les péchés de leur jeunesse.
Leurs noms symboliques Ohola, l’aînée et Oholiba sa sœur signifient : sa tente et ma tente en elle. Le lecteur ne manquera pas d’observer combien ces noms symboliques sont appropriés. Le culte de Samarie était réellement l’indépendance de l’Éternel. Mais à Jérusalem, le service divin avait été ordonné de l’Éternel, comme le sien propre ; néanmoins toutes deux lui appartenaient. « Elles étaient à moi, et elles enfantèrent des fils et des filles ». L’usurpation de Jéroboam ne détruisit pas le titre de Jéhovah, elle fut la cause du ministère spécial d’Élie et d’Élisée, et d’autres encore envoyés par la grâce de Dieu, dans le but de les avertir si faire se pouvait.
L’aînée, Ohola ou Samarie, montra vite que le mal ancien était toujours là (v. 5 à 8). L’adoration des veaux attira finalement le jugement exécuté par ceux mêmes qui en dernier lieu l’avaient séduite et détournée de l’Éternel, et l’Assyrien l’exécuta sur Samarie (v. 9 et 10).
Jérusalem avait-elle été mise en garde ? La vue d’Ohola avait-elle eu une bonne influence sur Oholiba ? Au contraire : elle se corrompît plus qu’elle. La plus jeune, la plus favorisée des deux sœurs suivit l’aînée, et descendit encore plus bas dans son idolâtrie, elle se passionna même pour les fils de l’Assyrie. « Et je vis qu’elle s’était rendue impure : elles suivaient toutes deux la même voie » (v. 13). Puis, non satisfaite, elle se passionna pour les Chaldéens et leur culte idolâtre. Les fils de Babylone la souillèrent, mais son âme se détacha d’eux.
Il en est toujours ainsi là où ne se trouvent pas la faveur et la volonté de Dieu, l’alliance avec le mal est promptement suivie de dégoût mutuel. Mais hélas il y a encore pire. « Mon âme, dit l’Éternel, se détacha d’elle, comme mon âme s’était détachée de sa sœur ». Il livra Jérusalem à un esprit réprouvé (v. 19 et 20). À partir du v. 22, le Seigneur, l’Éternel, menace Jérusalem. Ceux-là même avec lesquels elle commettait le péché seraient ceux qui la châtieraient, ils le feraient arec furie, sans miséricorde, et en la chargeant d’ignominie. Le peuple idolâtre perdrait, suivant le symbole, son nez et ses oreilles, et ses fils et ses filles lui seraient enlevés ; le feu et l’épée accompliraient l’œuvre de destruction. Jérusalem serait dépouillée de ses vêtements et de ses bijoux ; sa méchanceté devait prendre fin et elle ne se souviendrait plus de l’Égypte. Juda ne devait pas moins souffrir que les dix tribus rebelles.
Depuis le v. 32, le prophète reprend la coupe mentionnée au v. 31 et applique cette figure aux voies judiciaires de l’Éternel envers Jérusalem. Le jugement de Juda, la plus favorisée, dépasserait celui de Samarie, car en vérité sa culpabilité était plus grande
Ensuite, depuis le v. 36 à la fin, nous trouvons une comparaison qui termine l’histoire des deux sœurs. Toutes deux étaient adultères, toutes deux chargées de sang. Elles avaient poussé leur idolâtrie jusqu’à brûler leurs enfants à Moloch, souillant le sanctuaire de l’Éternel et profanant ses sabbats.
« Voici, elles ont fait ainsi au milieu de ma maison » (v. 39). Elles n’avaient négligé aucun moyen pour induire en péché ceux du dehors, pour le déshonneur de l’Éternel, employant pour eux, d’une manière inique, l’encens et l’huile de l’Éternel. Et comme Jérusalem avait recherché des étrangers venus de loin, elle avait été jusqu’à courtiser de vulgaires buveurs du désert. Ces deux femmes Ohola et Oholiba étaient radicalement corrompues. Ce n’est pas Dieu seulement, mais des hommes justes qui les jugeraient du jugement des adultères et du jugement de ceux qui versent le sang (v. 45).
Leur jugement ne tarderait pas. La femme adultère devait être lapidée jusqu’à la mort. « Vous porterez les péchés de vos idoles et vous saurez que je suis l’Éternel » (v. 46 à 49).
Ch. 24
Ce nouveau message de l’Éternel offre cette particularité, que le prophète note expressément le jour précis où commence l’accomplissement de la prédiction. Comme plus haut, il comptait le temps depuis la captivité de Jéhoïakin. Il y avait là en action une puissance supérieure, pour faire connaître que le siège de Jérusalem commençait ce jour-là.
La marmite remplie de morceaux de viande et d’os choisis, bien bouillis (v. 1 à 8) est l’image terrible que l’Éternel explique plus loin, en allusion à la sécurité dans Jérusalem dont les Juifs se vantaient volontiers (ch. 11). Si la chair ne se confie jamais en Dieu pour la vie éternelle ou pour la rémission complète des péchés, la religion de forme compte trop sur le fait que Dieu ne peut révoquer ses promesses, elle ne tient pas compte le moins du monde de sa volonté ou de sa gloire et déshonore son nom et sa parole.
Mais les hommes trompent leurs âmes, comme les Juifs le faisaient ici, eux sur lesquels sans distinction le jugement allait tomber. « Qu’on ne jette pas le sort sur elle ». Aucun ne pouvait échapper à la punition. Si le péché de Jérusalem, même le péché de sang (d’autant plus grand chez Israël qu’ils savaient combien Dieu maintenait le caractère sacré de la vie dans l’homme, son image – vérité rapidement oubliée par les Gentils) était profondément enraciné et commis effrontément, sans souci de le cacher – l’Éternel devait agir dans la rétribution.
Dans les v. 9 à 14, nous voyons que Jérusalem serait prise et détruite, et non pas superficiellement. La description continue l’allégorie précédente. Maintenant, l’Éternel fait savoir que non seulement les os seront brûlés, mais la ville elle-même, sous l’image de la marmite placée vide sur les charbons, de façon que son airain devienne brillant et que sa souillure soit consumée au-dedans d’elle. La discipline n’avait pas été exercée depuis longtemps, le gouvernement conforme à ses lois avait été méprisé. Les plus cruels des soldats de la terre allaient venir et exécuter le décret divin.
Dieu annonce ensuite au prophète qu’Il va le frapper dans ses affections intimes pour que, s’il était possible, les captifs du Kebar soient forcés de sentir comme il était solennel d’avoir renié le vrai Dieu, ce qui avait amené le jugement sur les Juifs. Cette affliction soudaine qui frappe Ézéchiel sans qu’il doive manifester aucun signe de deuil, ne passe pas inaperçue. Ils lui en demandent la signification. Cet acte leur est expliqué et le peuple est informé que Dieu voulait leur apprendre que leurs circonstances ne laisseraient point de place aux pleurs ou à un deuil ordinaire.
La destruction était commencée. L’Éternel profanait Lui-même son sanctuaire par le jugement, comme eux l’avaient fait par leurs transgressions et leurs abominations, et il ne leur restait qu’à persévérer dans leurs iniquités en se lamentant. Quel tableau de désespoir lorsque le chagrin est trop profond pour que les larmes puissent couler, et que le sentiment de la culpabilité oblige les hommes à abandonner toute espérance.
Il n’est pas juste de dire que les écrivains sacrés ont introduit leurs propres noms dans leurs prophéties. Si l’on croit réellement qu’ils étaient inspirés dans le plein sens du mot, c’est Dieu qui les conduisait et les autorisait à le faire comme le prophète le fait ici. « Ézéchiel sera pour vous un signe : selon tout ce qu’il a fait, vous ferez. Quand cela arrivera, vous saurez que je suis le Seigneur, l’Éternel ».
Ch. 25
Nous avons maintenant un message de l’Éternel qui, tout en étant lié à la prophétie précédente contre Israël et surtout contre Jérusalem, forme une transition naturelle jusqu’aux nations étrangères qui, les unes après les autres, tombent sous le même jugement divin (ch. 24 à 32). Ammon et Moab avaient une origine malheureuse et humiliante qui leur donnait une sorte de parenté bâtarde avec Israël ; Édom, plus noble d’après la chair, n’en était spirituellement pas plus rapproché ; il en était même l’ennemi le plus acharné ; et les Philistins, sans aucune relation avec Israël, avaient ce sort particulier de vivre sur les frontières sud-ouest du pays, bien qu’ils aient été des Gentils et les plus cruels des oppresseurs, jusqu’à leur sujétion par David. Contre tous ceux-là le prophète a une parole de la part de l’Éternel.
La question qui peut se poser est de savoir qui sont ces fils de l’Orient, que certains Juifs et chrétiens, pensent être les Chaldéens. Je pense, avec d’autres, qu’il est plus juste de les considérer comme étant les Ismaélites qui devaient, lors du grand bouleversement amené par Nebucadnetsar, établir là leurs parcs et y placer leurs demeures, en un mot, passer leur vie nomade dans le pays de ceux qui avaient triomphé en voyant la profanation du sanctuaire de l’Éternel, la désolation du pays d’Israël et la captivité de Juda. C’était un coup plus sensible de devenir la possession des Bédouins nomades, que de tomber simplement sous la puissance des Babyloniens. Les fils d’Ammon ont été détruits d’une manière irréparable pour l’homme.
Mais ils ne sont pas seuls. Moab n’était pas moins hostile. Leurs forteresses de montagne, leurs orgueilleuses fortifications devaient être sans valeur quand viendrait le jour de Dieu, et il allait venir bientôt. Comme il est vrai que Dieu résiste aux orgueilleux ! Nous avons vu l’orgueil de Moab, que Dieu ressentait comme une injure, parce qu’il avait osé dire : « la maison de Juda est comme toutes les nations » (v. 8 à 11). Mais elle ne l’était pas, ni dans ses privilèges, ni dans son châtiment, mais seulement hélas ! dans ses péchés. Ce n’était pas cela que Moab n’aimait pas, mais bien la miséricorde que Dieu leur avait témoignée, et leur appel pour être à la tête des nations comme témoins de l’Éternel ; c’est pour cela qu’Il exécute ses jugements sur Moab afin qu’ils Le connaissent. C’est le Dieu d’Israël qui gouverne les nations.
Séhir était avec Moab ; mais la haine implacable d’Édom doit avoir une place distincte (v. 12 à 14). Édom n’aurait-il pas dû être attristé à cause de son frère ?
Au contraire, il prit motif de sa ruine par les Gentils pour se venger de ses vieux griefs. Mais on ne se moquait pas plus de Dieu alors que maintenant et dans ce cas particulier, Il exécutera sa vengeance sur Édom par la main de son peuple. « Et ils agiront en Édom selon ma colère et selon ma fureur ; et ils connaîtront ma vengeance (non pas simplement, que je suis l’Éternel) dit le Seigneur, l’Éternel ».
Des étrangers étaient venus de Crète s’établir dans le pays des Philistins pour opprimer Israël ; ils avaient pu se lever pour venger leurs anciens, ce qu’ils n’avaient pas réussi à faire au jour de leur grandeur ; Dieu ne l’avait pas oublié (v. 15 à 17). La menace de jugements divins est ici particulièrement forte. C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant, lorsqu’Il venge son peuple de ses ennemis hautains.
Ch. 26
Une autre ville de l’Occident qui avait attiré la colère et le jugement de l’Éternel y a une importance exceptionnelle, c’est la cité renommée de Tyr. C’est une leçon d’autant plus sérieuse que Tyr ne semble pas avoir été animée d’une hostilité réelle contre Israël. C’était plutôt de l’avidité commerciale, qui voyait dans les désastres du peuple élu une occasion de trouver un profit.
Cela avait provoqué un antagonisme contre Israël que l’Éternel avait ressenti. Le fait que Dieu châtie son peuple n’excuse pas la convoitise égoïste qui aurait voulu profiter de ses difficultés et de sa chute. Le prophète l’indique ici (v. 1 à 6). Tyr avait dit que Jérusalem était brisée « je serai remplie ; elle a été rendue déserte ». L’Éternel lui répond : « J’en veux à toi Tyr ! et je ferai monter contre toi des nations nombreuses ». Le malheur est prononcé, sa poussière même sera balayée, elle sera comme un lieu, au milieu de la mer, pour étendre les filets, et ses filles (ses colonies, je suppose) dans la campagne, tomberont par l’épée. Ainsi elle connaîtra qu’Il est l’Éternel.
La grande puissance de l’empire du monde mettra fin à ces villes, investira ce marché des nations avec tous les engins nécessaires à un siège, démolira ses murailles et ses tours avec ses pointes de fer et ses machines ; les Tyriens seront massacrés et les richesses et les marchandises de la ville seront sa proie. Il est possible que le « ils » du v. 12 aille plus loin que Nebucadnetsar et comprenne Alexandre-le-Grand, dont la vengeance fut encore plus complète, et qui renversa dans les eaux de la mer ses pierres et son bois et jusqu’à sa poussière. Après cela il ne pouvait plus y avoir de renaissance.
L’effet moral en fut immense parmi les nations. C’est ce que décrivent les v. 15 à 18. Les puissances commerciales devaient éprouver tout particulièrement la ruine complète d’une ville aussi renommée et puissante sur les mers. Aussi nous est-il dit que les îles tremblèrent au bruit de sa chute. Car beaucoup des riches s’enfuirent, et les autres restèrent pour être détruits.
La destruction de Tyr devait être complète (v. 19 à 21). Quelle que fût l’importance de sa position (il semblait que sa prospérité précédente dût inviter à reconstruire un centre commercial semblable) tout espoir de relèvement serait vain de la part de l’homme, car le Seigneur dit : « Je ferai de toi une terreur, et tu ne seras plus ; et on te cherchera et on ne te trouvera plus à jamais, dit le Seigneur, l’Éternel ». Ainsi devait périr la splendeur d’une cité dont la renommée s’étendait au loin parmi les nations et qui amassait les richesses et les répandait sur les mers et les terres des Gentils. Tel devait être le sort misérable de ceux qui veulent, par pur esprit de lucre, se mêler des affaires d’Israël, même dans sa désolation.
Ch. 27
Ce chapitre nous offre un tableau vivant du commerce de Tyr. Il commence par une complainte et continue par une allégorie, s’adressant à Tyr personnellement. Sa position est exposée en peu de mots, comme aussi son contentement de soi-même. Depuis le v. 4, l’allégorie compare Tyr à un vaisseau, et cela est frappant quand on pense au caractère particulier de cette ville. Les v. 8 à 11 nous montrent l’équipage, les pilotes, les marchands, les matelots, les soldats. Ses voisins sont supposés être les marins et les pilotes avec des mercenaires, de Perse à l’orient, de Lud et de Puth à l’occident. Tyr les mettait tous à contribution et aimait à rassembler les plus éloignés sous sa bannière.
Avec le v. 12, nous entrons dans son commerce avec l’étranger, commençant à Tarsis même, et finissant au v. 25 avec les navires de ce pays. Dans ces temps reculés, Tarsis semble avoir donné son nom aux vaisseaux qui naviguaient partout, ou au moins qui accomplissaient des voyages au long cours (v. 12). Puis au v. 13 vient une autre catégorie de marchandises ; et de l’ouest nous passons à l’extrême orient, et au v. 14 à l’Arménie du Nord, puis au Sud avec Dedan, enfin à la Syrie qui fournissait ses marchés d’escarboucles, de pourpre, de broderie, de fin lin, de corail et de rubis.
Tyr avait aussi des relations avec Juda et le pays d’Israël (v. 17) et il semble que Damas lui donnait en échange de ses marchandises du vin d’Alep (Helbon) et de la laine blanche.
L’Arabie et tous les princes de Kélaz la fournissaient d’agneaux, de béliers et de boucs, et les marchands de Sheba et de Rhama, d’aromates excellents, de pierres précieuses et d’or. Puis viennent les négociants de toute la Mésopotamie, et les vaisseaux de Tarsis, qui étaient les grands moyens de transport de l’ancien monde.
Mais aucune richesse, aucune gloire, fussent-elles au cœur des mers, ne pouvait résister à la parole de l’Éternel ; le jour de Tyr était venu. Au v. 26 commence la description que le prophète fait de la ruine de Tyr. Nous retrouvons là l’allégorie du début. Tyr est un vaisseau qui est amené dans de grandes eaux et Nebucadnetsar est le vent d’Orient qui la brise.
Tyr s’était élevé lentement jusqu’à l’apogée de son commerce, mais en peu de temps elle tomba en ruines sous les coups de Nebucadnetsar, puis sous ceux d’Alexandre le Grand d’une manière irrémédiable. « Tu ne seras plus à jamais » (v. 28 à 36). Le deuil universel que cette ruine a amené rappelle celui dont nous lisons la description dans l’Apocalypse, au sujet d’une autre ville bien plus corrompue, car elle est la corruption de ce qui était incomparablement plus excellent dans les temps du Nouveau Testament, et dont le jugement est encore suspendu mais viendra sûrement, car puissant est le Seigneur Dieu qui la juge.
Ch. 28
Ce chapitre, le troisième de cette série, termine la description du péché de Tyr, et ajoute une courte accusation contre Sidon, la cité mère, généralement inférieure à sa fille en puissance et en splendeur, et éloignée d’elle de moins de quarante kilomètres.
Chacune a son caractère distinct : la première, les plaisirs éphémères d’une grande ville commerçante au moment de la chute de Jérusalem, la seconde, son immense trafic réduit subitement à rien au milieu de la consternation générale des hommes ; alors le prince de Tyr est décrit avec la chute irrémédiable de son orgueil.
Il semble que le prince régnant à l’époque de la prophétie fût Ithobalus, selon l’historien Josèphe, ou Ithbal 2, suivant les annales phéniciennes ; il est probable que c’est lui qui a donné occasion à ce portrait sévère mais magnifique. C’est le type du prince du monde à ce moment-là, et plusieurs des expressions employées ici semblent empruntées pour la prédiction concernant l’antéchrist ou l’homme de péché à venir.
Le prince est la personnification de l’orgueil et de la richesse de Tyr dans son ensemble. L’on ne saurait trouver caractère d’orgueil plus méprisable, plus aveuglant, plus corrompu. Il vit dans l’égoïsme et l’exalte dans sa forme la plus grossière. Il n’est pas étonnant que le Nouveau Testament stigmatise la convoitise comme idolâtrie et appelle l’amour de l’argent la racine de tout mal. Le pire orgueil caractérise ce prince. Il dit : « Je suis Dieu, je suis assis sur le siège d’un dieu, au cœur des mers », et voici, il était un homme et non pas Dieu, et il doit abandonner cette prétention, quoique dans son impiété il élève son cœur comme un cœur de dieu.
Ceux qui ont amassé des richesses se donnent volontiers comme sages, et c’est le cas de ce prince : il était plus sage que Daniel, et rien de caché n’était obscur pour lui ! Hélas ! quelle folie et quelle pauvreté. Était-il riche quant à Dieu ? Il avait pu amasser des richesses, l’or et l’argent remplissaient son trésor ; c’était là le but de sa sagesse, c’était là son triomphe, car c’était son propre travail. Toutes ses pensées convergeaient vers lui-même, et non pas vers Dieu.
Était-ce donc la proximité d’Israël qui avait amené le prince de Tyr à pervertir tout ce qu’il connaissait ? Dieu lui apprendrait que sa responsabilité se mesurait à ce qui aurait dû lui être à profit, non pas à son orgueil, et que sa ruine n’en serait que plus sévère, plus sûre et plus rapide. S’il aspirait à être Dieu, il sentirait ce que c’est que d’être un homme faible lorsque l’épée des étrangers, des terribles entre les nations, profaneraient sa splendeur, et qu’il mourrait de la mort de ceux qui sont tués au cœur des mers ; et il aurait ainsi la preuve que ces mers n’étaient pas un refuge imprenable, mais seraient pour lui un tombeau d’infamie. Il mourrait de la mort des incirconcis, des hommes les plus éloignés de Dieu.
On peut se demander si le personnage décrit aux v. 11 à 19 est le même, ou un autre. Je suis enclin à croire que c’est le même historiquement, mais avec une allusion plus directe à la chute de Satan : cela expliquerait pourquoi l’Esprit de Dieu a changé « princes » en « rois ». Le tableau est ici beaucoup plus détaillé, tout en ayant des points de contact avec le premier. On trouve en lui la beauté de la créature ; toutes les qualités les plus excellentes données, sinon acquises, intérieurement aussi bien qu’extérieurement ; la position la plus haute et la plus délicieuse dans la nature ; les lumières variées de Celui qui est lumière, quoique naturellement pas dans leur plénitude de grâce et de gloire ; une expression de joie et de satisfaction. Il y avait en lui l’intelligence en action judiciaire et en protection de par l’ordre de Dieu. Tout cela dans la sphère même où Dieu déployait son autorité. Il connaissait les jugements de Dieu. En outre il n’a pas glissé graduellement vers le mal et n’a pas cédé à une tentation du dehors, « tu fus parfait dans tes voies depuis le jour où tu fus créé, jusqu’à ce que l’iniquité s’est trouvée en toi » (v. 15).
Puis nous retournons à ce que nous avons vu dans la description qui précède (v. 16 à 19). Peut-on douter que, dans cette accusation, Dieu n’ait pas en vue la chute et la ruine de son ennemi ? Les âmes mal établies dans la vérité, sont souvent exposées à traiter la Parole de Dieu de folie, parce qu’elles ne voient pas ces allusions au passé et au futur, et surtout parce qu’elles ne voient pas Christ dans les prophéties. Elles parlent d’exagérations orientales, là où ceux qui connaissent la vérité trouvent les motifs les plus sérieux de reconnaissance pour la grâce de Dieu qui a réuni ses révélations en un tout harmonieux.
La fin du chapitre est la prophétie contre Sidon (v. 20 à 24). Dieu est maintenant connu par sa grâce dans le Christ Jésus notre Seigneur. Avant l’évangile, Il l’était par ses jugements, il en sera de nouveau de même lorsque l’année favorable de l’Éternel s’ouvrira par le jour de la vengeance de notre Dieu. Que la différence entre le sort de Sidon et celui d’Israël est solennelle ! Les Sidoniens sauront qu’Il est l’Éternel par les jugements au moyen desquels Il sera sanctifié au milieu de leur ville ; Israël saura qu’Il est l’Éternel leur Dieu, lorsqu’Il les aura rassemblés d’entre les peuples, ils seront encore dispersés et Il sera sanctifié en eux aux yeux des nations (v. 25 et 26).
Ch. 29
Les quatre chapitres (29 à 32) que nous allons étudier contiennent la prophétie contre l’Égypte, tandis que les trois précédents traitaient de Tyr et de son prince et roi. Le mal dénoncé ici n’est plus l’orgueil de la richesse, mais la confiance en soi-même, spécialement en ce qui concerne la sagesse politique. Nous verrons comment Dieu réduit à rien la puissance qui est ainsi caractérisée et qui s’était élevée contre Lui dans un esprit d’indépendance hautaine, car nous avons ici le jugement des nations, y compris Israël, avant que Babylone n’eut acquis la suprématie impériale.
Dieu devait agir comme nous le lisons dans les v. 1 à 5 vis-à-vis de la confiance que l’Égypte avait en elle-même ; son roi est comparé ici au monstre des eaux couché au milieu des nombreuses branches du Nil. Quand son heure viendrait, la destruction ne tomberait pas seulement sur lui, mais aussi sur tous les poissons qui s’attacheraient à lui pour qu’il les protège. Il serait donné en pâture aux bêtes de la terre et aux oiseaux des cieux.
Le peuple élu avait cherché du secours en Égypte avant ce moment-là : et quel en avait été le résultat ? L’alliance d’Israël avec une nation qui ouvertement se confiait en elle-même et non en Dieu, avait été en sérieux dommage à Israël quand l’Égypte avait été brisée (v. 6 et 7).
Les v. 8 à 12 nous apprennent que l’Égypte serait frappée dans ce qui était son plus grand orgueil, dans son fleuve. Ce grenier du monde, ce jardin de la terre, allait devenir pendant quarante ans un désert, et les Égyptiens seraient exilés : tel serait le châtiment que lui infligerait Nebucadnetsar.
Mais comme on reconnaît là la parole et la main de Dieu ! C’était une sentence mesurée, le malheur devait arriver sûrement, et il prendrait fin, non moins sûrement, selon sa parole (v. 13 à 16). Quelle chose merveilleuse, et comme elle a été accomplie à la lettre ! Aucune intelligence humaine n’aurait pu la prévoir. C’était le contraire de ce qui s’était passé jusqu’alors, et aucune autre nation n’avait eu une destinée semblable.
Plus nous méditons la Parole, plus nous connaissons la véritable histoire de l’homme ; nous n’apprenons pas la prophétie par l’histoire, mais l’histoire par la prophétie, car Dieu seul voit et parle sans erreur et sans variation, et notre sagesse consiste à apprendre de Lui dans le respect de sa parole : laissons les hommes qui préfèrent voir de leurs yeux ou écouter les paroles d’autres hommes. Israël, lent à comprendre comme il l’était, devait apprendre ainsi que Lui était l’Éternel. Quoique restaurée, l’Égypte ne regagna pas sa domination; elle redevint un royaume, mais le plus faible de tous, et ne fut plus l’objet de la confiance d’Israël.
Le reste du chapitre relie à son commencement une prophétie entièrement distincte quant à l’époque, mais analogue quant au sujet (5. 17 à 20). Cela suit naturellement le sort de Tyr, car ce passage nous montre l’Éternel compensant la peine énorme que Nebucadnetsar avait eue à prendre, par la conquête de l’Égypte, cette cité dont une grande partie des richesses lui avait échappé. On ne peut pas s’étonner que le pays d’Égypte ait été désolé pendant longtemps.
Quant au v. 21, nous n’avons rien qui nous dise que cette prophétie se soit réalisée. Mais nous n’en avons pas besoin. L’Éternel a parlé et cela suffit pour que nous soyons certains de la chose : Israël put revivre et Ézéchiel annoncer son message au milieu du peuple ; ce dernier apprit ainsi qui était Celui qui voulait l’avertir à l’avance de ce qui allait arriver.
Ch. 30
La première des deux prophéties contenues dans ce chapitre est un exemple frappant de ce qui caractérise la parole de prophétie : la liaison étroite qui existe entre les désastres présents et le grand jour où Dieu interviendra en puissance et jugera (non pas les morts d’abord) mais les vivants. Comme il y avait alors un gouvernement direct de Dieu sur Israël, s’occupant aussi des nations qui s’étaient mêlées des affaires du peuple, de même il y en aura un, incomparablement meilleur, quand le Seigneur viendra régner sur la terre. En attendant, sa providence invisible continue à gouverner souverainement, tandis que les Juifs sont abandonnés parce qu’ils sont apostats et qu’ils ont rejeté le Messie.
Nous trouvons, dans les v. 1 à 5, l’intervention de l’Éternel dans la chute de l’Égypte ; elle est la même en principe que celle du jour de l’Éternel qui termine ce siècle et s’étend sur celui qui est à venir. Non seulement les races de l’Afrique devaient tomber, mais aussi les fils du pays de l’alliance, terme qui semble désigner les Juifs qui avaient fui les détresses de leur patrie pour aller vivre dans ces pays-là. Et il ne s’agit pas seulement de la contrée renommée pour sa sagesse parmi les anciens, mais aussi de ses alliés ou de ses appuis : de Migdol à Syène, ils tomberont au milieu d’elle. D’autres pays étaient-ils désolés ? Tels seraient les Égyptiens au milieu de la dévastation générale : pas d’oasis dans le désert, mais le désert partout. Même un peuple éloigné, qui pouvait s’estimer à l’abri, serait terrifié et non sans raison : une grande angoisse sera sur eux. Voici, le jour venait !
L’instrument de la vengeance divine est distinctement nommé (v. 10 à 12), mais cela ne signifie pas que Dieu ait la moindre sympathie pour la nation qui était terrible entre les nations, ni pour les méchants auxquels le pays avait été vendu, ni pour les étrangers qui l’avaient dévasté.
Mais l’heure était venue de juger sa méchanceté et son orgueil et le plus méchant de tous était désigné pour en être l’exécuteur.
Corme jadis, c’était maintenant avec les dieux de l’Égypte qui Dieu avait surtout affaire. C’est ce qu’Il avait devant Lui quand le destructeur avait passé à travers le pays et avait frappé les premiers-nés dans la nuit de la Pâque ; c’est ce qu’Il a devant Lui ici, lorsqu’il dit qu’il n’y aura plus de prince du pays d’Égypte.
Il y aura de la frayeur en Égypte, de la désolation dans Pathros, le feu dans Tsoan, des jugements dans No (Thèbes ou Diospolis), Il verserait sa fureur sur Sin (Pelusium) la multitude de No-Ammon serait retranchée et il y aurait des ennemis en plein jour à Noph (l’ancienne Memphis). Tous seraient rabaissés et humiliés, aussi bien dans la Haute et la Moyenne, que dans la Basse Égypte. La jeunesse, dans ces villes célèbres par leurs temples d’idoles, Aven ou On (Héliopolis) et Pi-Béseth (Bubaste) périrait par l’épée, les femmes seraient emmenées captives et à Takh-Panès, le siège de l’autorité et de la puissance royales, le jour serait changé en obscurité. Quel tableau de ruine complète et quel témoignage pour l’Éternel par la parole et par les faits eux-mêmes !
Si le premier message s’adressait au pays, au peuple et aux villes de l’Égypte, le suivant est pour le roi (v. 20 et 21). Le Pharaon Néco avait poussé au loin les conquêtes de l’Égypte, mais les revers qui allaient briser la puissance de son pays seraient d’autant plus humiliants. C’est en vain que l’on espérait la guérison ou la délivrance : l’Éternel avait abaissé le Pharaon, sans qu’il lui fût possible de se relever. Nous le voyons dans les versets suivants avec plus de détails (v. 22 à 26). Les Égyptiens eux-mêmes, et pas seulement des mercenaires étrangers, seraient dispersés parmi les nations ; telle serait la conséquence de l’intervention du roi de Babylone par une démoralisation et une ruine complète. Si c’était Nebucadnetsar, ce n’en était pas moins le glaive de l’Éternel étendu par lui contre le royaume du Sud. C’était dans leur peine que les Égyptiens apprendraient et sauraient que c’était l’œuvre de l’Éternel.
Ch. 31
Le prophète nous montre maintenant, en images frappantes, la ruine de l’Égypte. L’avertissement solennel de la chute de l’Assyrien, le plus grand des monarques de la terre dans ce temps-là, est appliqué au royaume du Pharaon, illustrant le principe si souvent énoncé dans l’Écriture en rapport avec les individus, que le Seigneur abaisse les orgueilleux et élève les humbles.
L’Assyrie avait dépassé en magnificence toutes les puissances connues jusqu’alors. Elle pouvait être fière de sa sagesse politique, mais cette dernière ne pouvait lui assurer ni l’objet de son ambition, ni la force du nombre, ni l’agrandissement de son territoire. L’Assyrien avait été parmi les nations comme le cèdre du Liban parmi les arbres, en grandeur, en hauteur autant qu’en beauté. Dieu n’avait rien épargné de ce qui pouvait orner et agrandir Ninive ou la nation dont elle était la capitale. Il lui avait même donné d’exercer une puissance et une influence immenses sur le pays d’alentour : tous lui portaient envie. Mais l’Assyrien convoitait pour lui-même la gloire de roi des rois, et le fait de s’élever pareillement dans son cœur amena sa ruine.
Aussi voyons-nous dans les v. 10 à 17 la terrible chute qu’il fit du sommet de sa grandeur, jusque dans la poussière de la dégradation et de l’impuissance : c’est une leçon pour tous ceux qui dépassent leur mesure, un appel à mener deuil et à trembler. L’Égypte en avait-elle profité moralement ? Ne s’était-elle pas hâtée au contraire de suivre les mêmes traces ? Et si le Pharaon avait égalé l’Assyrien en gloire et prétendu même en avoir davantage, ne devait-il pas subir le même châtiment ? Aussi est-ce dans les lieux bas de la terre que l’Égypte doit descendre avec les autres. La puissance et la civilisation ne donnent droit à aucune exception.
En Dieu seul est la stabilité, et Il le montrera envers son peuple sur la terre comme au ciel, lorsque ce peuple aura appris à se connaître lui-même aussi bien qu’à connaître Dieu. Jusque-là, la circoncision d’Israël est faite incirconcision et ce peuple est plus coupable que les Gentils qu’il méprise.
Ch. 32
Il ne suffisait cependant pas d’avoir montré la chute de l’Assyrien comme un exemple pour la ruine de l’Égypte. L’Esprit de Dieu ajoute encore comme conclusion un nouveau message en deux parties ; l’un dans la première moitié du chapitre annonce la catastrophe qui menaçait le Pharaon sous la figure d’un lion et d’un monstre des eaux, jadis la terreur des nations, maintenant pris, tué et exposé à la vue de tous par le roi de Babylone ; l’autre un tableau complet de ce qui avait été esquissé dans le chapitre précédent, le monarque une fois puissant avec toute la multitude, descendant, faible maintenant, dans les lieux bas de la terre, dans le shéol lui-même, là où sont tous ceux qui sont tombés avant lui ; il n’aura pour toute consolation que la certitude que lui et les siens partageront le sort inévitable des princes et des peuples.
Le prophète annonce donc dans les v. 1 à 16 que le roi d’Égypte serait un objet d’horreur et de pitié, et une occasion de deuil et non pas de crainte et d’envie : le pharaon, semblable au monstre des eaux sorti de son élément, échoué sur le rivage, capturé par les hommes, remplissant le pays de son sang une proie pour tous les oiseaux et les bêtes.
Le lecteur pourra comparer les v. 7 et 8 aux v. 12 et 13 du ch. 8 de l’Apocalypse. La destruction politique de l’Égypte est comparée à l’obscurcissement des étoiles, aux nuages qui couvriront le soleil. Le passage de l’Apocalypse a ceci de particulier qu’il semble ne s’appliquer qu’à l’Occident (comp. Apoc. 12. 4), l’empire d’Orient n’étant pas compris dans ce jugement, mais devant subir le sien propre plus tard. Ici la sphère où le malheur tombe est le pays d’Égypte.
Les v. 9 et 10, laissant le symbole, prennent le langage courant et nous parlent de l’effet produit par la nouvelle de la destruction de l’Égypte sur les nations qu’elle n’avait même pas connues : beaucoup de peuples et de roi seront effrayés et trembleront chacun pour sa propre vie.
La venue du conquérant qui devait détruire l’orgueil de l’Égypte et ses multitudes, source de lamentations parmi les nations, est annoncée aux v. 11 à 16. Ses ruines sont un témoignage de son ancienne splendeur, comme aussi de sa soudaine et complète désolation et de l’extinction de son commerce, jadis actif, et de son agriculture, célèbre dans le monde entier.
Les eaux des rivières deviendront limpides et couleront comme de l’huile, au lieu d’être troublées par les instruments du commerce. La main de l’Éternel est manifeste, et l’Égypte saura qu’Il est l’Éternel.
Dans la seconde partie du chapitre, la prophétie prononcée quinze jours après la première, est encore plus profonde ; elle semble dévoiler le monde invisible et forme l’élégie la plus solennelle qui ait jamais été composée sur un peuple païen.
Le cœur du Juif pieux qui, connaissait d’avance les jugements des nations et savait pourquoi ils s’exécutaient, ne devait pas être insensible, et encore moins insulter au malheur de son ennemi tombé, ancien ou nouveau. Le chrétien, lui, pense aux hommes en vue de l’éternité mais, Dieu en soit loué, il est chargé de l’évangile, du ministère de la réconciliation fondé sur l’œuvre de Celui qui est venu révéler Dieu en grâce, mais a été méprisé et rejeté des hommes, et avant tout des Juifs eux-mêmes.
Ici nous voyons le jugement qui balaie toute la terre, après une longue période de patience, et qui envoie les orgueilleux dans la fosse. Là, ils gisent tous « avec les incirconcis », ceux qui n’ont eu aucune relation avec Dieu. Là se trouvent l’Assyrien, Elam, Meshec et Tubal (pour ces derniers nous trouverons une explication plus complète aux ch. 38 et 39), Édom, Sidon et les autres pays au nord de la Palestine, honteux de cette puissance dont ils avaient été jadis si fiers, portant leur confusion avec ceux qui descendent dans la fosse. La terreur de l’Éternel reste, et elle est avant tout pour ceux qui ont eux-mêmes apporté la terreur par l’épée.
Ch. 33
Dans les sept chapitres 33 à 39, le prophète revient à Israël, à ses pasteurs, à ses montagnes, à sa restauration, à sa reconstitution nationale, à son union sous un seul chef, le Bien-Aimé, son Prince pour toujours, lorsque le dernier ennemi trouve sa fin avant que commence le règne de paix.
Sous la figure d’une sentinelle, Ézéchiel est établi pour avertir la maison d’Israël afin que, si quelqu’un ne reçoit pas l’avertissement, son sang soit sur sa tête ; si la sentinelle ne sonne pas de la trompette, son sang paiera pour eux. C’est la responsabilité individuelle qui devient le principe directeur, mais cela n’empêche pas que l’appel et le devoir d’un seul soit d’en avertir plusieurs. Telle était la place du prophète (v. 1 à 9).
C’était un jour de jugement et non de grâce. Quelques-uns ont fait cette étrange confusion. Le désespoir n’aura aucun résultat, tandis que la repentance pourrait servir. Avoir pratiqué la justice précédemment ne préservera pas du péché présent, et avoir marché dans le péché n’empêchera pas de s’en détourner. Les voies de la justice sont immuables ; les gages du péché, c’est la mort. La crainte de l’Éternel est le commencement de la sagesse et la connaissance du Saint est l’intelligence.
La nouvelle de la chute de Jérusalem avait mis longtemps, semble-t-il, à arriver au prophète, mais alors il ouvre sa bouche qui était restée muette, pour annoncer solennellement de nouveaux jugements, surtout à cause de la prétention des Juifs à employer le langage de la foi, alors que leur cœur était loin du Seigneur. La grâce est suffisante pour chacun et pour toutes les circonstances, mais elle est inséparable de la foi qui donne gloire à Dieu, comme on le voit chez Abraham. Mais qu’étaient-ils ?
Qu’étaient leurs voies ? Qu’était leur jugement d’eux-mêmes ? Hélas ! plongés dans le péché, méprisant les ordonnances du Seigneur, livrés à la méchanceté, ils avaient la plus haute idée d’eux-mêmes, tout en parlant mal du Seigneur, livrés à la méchanceté, comme nous l’avons vu. Pouvait-on s’attendre à autre chose qu’au jugement ? Se prévaloir des promesses dans un pareil état devait attirer la ruine sur eux.
Ch. 34
Nous avons maintenant une prophétie solennelle, juste mais sévère, contre les rois ou pasteurs d’Israël, que l’Éternel rend responsables d’avoir, par égoïsme, affligé et ruiné son peuple (v. 1 à 6).
Sans crainte de Dieu et sans amour pour son peuple, ils avaient oublié tant leurs propres relations avec l’Éternel que celles d’Israël. Aussi tout alla mal, et il ne pouvait en être autrement, puisque ses droits n’existaient pas pour eux. Comme les souverains des Gentils, ils considéraient le peuple qu’ils gouvernaient corme leur appartenant et non pas comme le troupeau de Dieu ; il n’en résultait que confusion et mauvais ouvrage.
Quel contraste avec Celui qui daigne être fils de David et roi d’Israël, qui gouvernera justement et régnera sur eux avec justice ! Il sera comme un abri contre l’orage, des ruisseaux d’eau dans un lieu sec, comme l’ombre d’un grand rocher dans un pays aride, comme la lumière du matin quand le soleil se lève, un matin sans nuage, comme l’herbe tendre qui germe de la terre après la pluie.
Les pasteurs s’étaient nourris eux-mêmes au lieu de nourrir le troupeau, sans tenir compte des profits qu’ils en tireraient. Ses peines n’avaient pas provoqué leur sympathie. Ils gouvernaient avec dureté et rigueur, les livrant en proie aux bêtes sauvages, les privant des soins du berger ; les brebis étaient dispersées sur la face de la terre, aucun d’entre eux ne les avait cherchées.
Mais Celui qui était appelé à tenir le sceptre sur Israël n’était pas insensible au gémissement de son peuple sous ses méchants rois (v. 7 à 10). Le péché de ces derniers est dévoilé, les bergers sont convaincus de péché et condamnés, mais l’Éternel promet de délivrer son troupeau.
Nous voyons dans les v. 11 et 12, la faillite complète des bergers qui rejette sur l’Éternel lui-même le soin des brebis, et Il entreprend non seulement de les redemander de la main de ceux qui étaient placés sur eux, mais de les chercher partout où elles étaient dispersées. Cela est exposé en détail dans les v. 13 et 14, dans un langage si simple et si précis qu’il est impossible de ne pas y voir le témoignage de Dieu à l’œuvre qu’Il accomplira pour Israël sur la terre, lorsqu’il aura achevé de rassembler son Église pour le ciel.
Ces paroles n’ont jamais été accomplies jusqu’ici ; donc elles doivent l’être encore. C’est sur Lui qu’en reposent l’assurance et la certitude et sur sa bonté qui demeure à toujours, comme le peuple le chantera bientôt, et avec quelle joie ! C’est en vain que les sages raisonnent sur la non-exécution de sa menace quand les hommes se repentent comme à Ninive. Elle s’exécutera, mais Il aime écouter le cri de ceux qui s’humilient devant Lui à sa parole, et Il diffère le coup jusqu’au moment où sa patience perdrait son caractère et deviendrait de l’indifférence pour le mal, ce qui ne peut être.
Celui qui promet sait comment faire tourner toutes les circonstances pour le bien. Telle qu’a été la patience passée, telle sera la future moisson en bénédictions. Ce jour de bonté et de miséricorde ne sera pas sans le jugement des méchants, au contraire. Nous avons vu au ch. 33 que l’état individuel devant Dieu aura une force en Israël qu’il n’avait jamais eue sous la première alliance ; il en sera ainsi aussi quand Il jugera entre brebis et brebis, entre béliers et boucs, et qu’Il montrera la vanité de ceux qui détruisent ce qui ne peut leur servir à eux-mêmes, au grand dommage du troupeau. Il jugera les vivants aussi bien que les morts.
Mais il y a plus encore. S’il y a le jugement de l’oppresseur, il y aura la délivrance des malheureux et la bénédiction du peuple rentré dans la terre d’Israël ; la grâce n’arrête pas son cœur à la mesure des hommes (v. 20 à 31).
Il ne s’agit pas ici de Zorobabel ou de Néhémie, ni de la dynastie asmonéenne, encore moins de celle des Hérodes, mais du Roi, du Messie, comme nous le savons par ailleurs, distingué ici de l’Éternel qui parle et qui accomplira. Si l’on interprète autrement, on est exposé à penser que la parole prophétique est absurdement exagérée. Mais si l’on y voit le Seigneur régnant sur Israël rassemblé par la grâce et la puissance divine, on sent que les mots ne s’élèvent pas au-dessus de la réalité ; quand cela arrivera, ceux qui attendent sa gloire, éprouveront sur la terre même que ce qui avait été dit était bien inférieur encore à la réalité. Et que sera-ce alors dans le ciel !
À tous points de vue, il est absurde d’interpréter ces prophéties comme s’appliquant à l’Église ou à l’évangile. Alors les bêtes sauvages même auront une autre nature, et la terre verra sa récolte augmentée ; ce sera le jour que la création attend, après lequel elle soupire, elle sera alors délivrée des liens de la corruption dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu.
C’est le jour où le Messie se lèvera pour eux, non plus rejeté et méprisé comme jadis, mais comme un plant de renom (v. 29) et Israël ne souffrira plus de la faim dans son pays et ne portera plus l’ignominie des nations. L’Éternel sera avec eux, leur Dieu ; et ils seront son peuple.
A-t-Il parlé et ne fera-t-Il pas ? Y a-t-il quelque chose de trop grand ou de trop difficile pour le Seigneur ?
Ch. 35
Au ch. 25 le prophète avait menacé Séhir et Édom qui habitaient un pays de forteresses naturelles, et étaient jaloux de la faveur que l’Éternel montrait à son peuple. Ici, il reprend ce sujet avec plus de détails. Cette prophétie est d’autant plus solennelle qu’elle forme contraste avec la promesse de bonté et de grâce donnée à Israël au chapitre qui précède. C’était précisément cette bénédiction accordée par la grâce divine au peuple élu qui, dès le commencement, avait provoqué la jalousie, toujours croissante, de la race sœur. Ils allaient bientôt éprouver ce que c’est que d’avoir l’Éternel contre soi, d’avoir sa main étendue pour rendre le pays désolé et dévasté. Peu de temps après, la parole de l’Éternel allait se réaliser dans leur ruine et dans celle de leurs cités.
Dieu connaît les intentions du cœur, et son jugement distingue toutes choses. Israël avait beaucoup d’ennemis et tous étaient toujours prêts à faire du mal au peuple choisi par l’Éternel. Mais Il tient les yeux fixés sur « l’inimitié perpétuelle » d’Édom, et voit sa persistance plus cruelle « au temps de l’iniquité de la fin » que dans le passé. Il n’y avait là aucun sentiment de générosité, le sentiment naturel était devenu un ver rongeur. Celui qui avait été si indignement déshonoré par son propre peuple, le châtiait : qu’étaient donc les Édomites pour oser en profiter afin de lui faire du mal sans mesure et sans pitié ? Ils apprendraient à connaître que Lui est l’Éternel, lorsque leurs montagnes seraient remplies de tués, que leurs villes seraient désolées et que le sang les poursuivrait.
Mais Dieu prend note des paroles des hommes aussi bien que de leurs intentions ; le Seigneur le dit d’une manière encore plus claire et solennelle que dans le ch. 12 de Matthieu.
Pour pouvoir tirer une leçon toute actuelle des déclarations des v. 10 à 13 : n’y trouvons-nous pas une analogie avec ce qui se voit dans la chrétienté ? Peu comprise, il est vrai, de ceux qui aujourd’hui se montrent si jaloux de ce qui est réellement selon la Parole et l’Esprit de Dieu. Eux aussi oublient que Dieu est un Dieu de vérité dans ses saints, et que leur rassemblement au nom du Seigneur, dans la dépendance de la présence et de l’action du Saint-Esprit est le chemin dans lequel ils peuvent montrer leur foi et marcher fidèlement. Les clergés de toutes sortes n’aiment naturellement pas ce qui condamne leur position et leur existence comme entièrement contraires à l’Écriture. La leçon s’applique à tous ceux qui supportent et défendent un état de choses que l’Écriture ne peut justifier. Une mauvaise conscience réveille le mal dans le cœur naturel et ils ne trouvent pas de mots assez amers, d’insinuations assez basses, contre ceux qui actuellement restent attachés à. la volonté révélée du Seigneur au sujet de l’Assemblée.
Qu’ils sachent que le Seigneur agira envers eux. La fausse Église sera jugée lorsque les noces de l’Épouse de l’Agneau seront venues. Il considère comme dite contre Lui-même toute parole méprisante prononcée contre son peuple qui, dans sa faiblesse, s’attache à sa parole. « Je t’ai entendu », dit-il.
Le chapitre se termine par une sentence contre l’ennemi (v. 14 et 15). Il n’y a jamais eu d’opinion plus erronée que celle qui prétend que l’Éternel ne restaurera pas et ne bénira pas Israël. Ce ne sera pas à cause de ses mérites, mais dans sa propre grâce par le moyen du Messie jadis rejeté ; Lui détruira aussi sûrement les ennemis d’Israël qu’Il tiendra les promesses faites aux pères. Mais ni l’une ni l’autre de ces voies n’est l’Évangile, qui tout au contraire rassemble maintenant Juifs et Gentils pour la gloire céleste avec Christ, le Sauveur et le chef de l’Église dans le ciel. Nous ne Le connaissons pas selon la chair, ni par tels jugements qu’Il exécute contre Édom, ni même par sa miséricorde envers Israël, mais comme mort, ressuscité et glorifié dans le ciel, suivant les desseins de Dieu jadis cachés, mais maintenant révélés en Lui et en son corps.
Ch. 36
L’Éternel s’adresse maintenant aux montagnes d’Israël personnifiées et leur annonce la consolation qu’Il tient en réserve pour elles, malgré toute la méchanceté de l’Édomite.
Il est bon de se rappeler ici que, dans l’Israël de jadis, il y avait un gouvernement sous le nom révélé de l’Éternel, mais sous les conditions de la Loi qui, étant reçue par l’homme dans sa chair, ne pouvait aboutir qu’à la ruine, et y aboutit en effet. Maintenant, c’est un état de choses entièrement différent, car c’est sur un Christ rejeté, le Fils de Dieu, que l’Assemblée est bâtie, son corps et son épouse par pure et absolue grâce, formée de croyants juifs et gentils sans distinction, destinés à être avec Lui dans les cieux et à régner avec Lui sur la terre.
Mais le gouvernement du monde en Israël n’est pas abandonné de Dieu pour toujours. Il s’occupera de nouveau d’Israël à la venue du Seigneur, le Fils de l’homme glorieux, et déplacera son gouvernement d’une manière parfaite, pour sa propre gloire sous la nouvelle alliance, et par conséquent sur un principe supérieur à la faiblesse de la créature. Cela sera le point de départ de la bénédiction du monde, des âmes en vue de la gloire céleste avec Christ, mais le jugement revenant en justice dans le monde, et tous les hommes droits le suivant.
Ainsi la seconde venue du Seigneur pour le monde est caractérisée par l’exécution des jugements ; et cela d’autant plus que toute l’Écriture montre que l’état de la terre à ce moment-là sera un état de mal sans exemple dans l’apostasie, non seulement la rébellion et le rejet de la vérité, mais le grand mensonge consommé par l’homme s’asseyant comme Dieu dans le temple de Dieu. Et Dieu n’agira pas contre les principaux offenseurs, mais contre chacun et contre tous ceux qui se sont élevés contre Lui, tout en délivrant et en exaltant son ancien peuple, maintenant encore justement abaissé à cause de ses péchés.
Toutes ces prophéties, quelle qu’ait pu être leur application partielle dans le passé, dirigent nos regards en avant. Si Israël doit réapparaître pour sa grâce, Édom réapparaîtra pour son jugement. J’entends par là naturellement le jugement des vivants, non pas des morts. Ce dernier suivra la fin, quand tous les méchants de tous les âges ressusciteront et seront jugés par le Fils de l’homme.
Mais ici c’est de la terre qu’il s’agit, non du jugement éternel, et le prophète devait parler de consolation aux montagnes d’Israël, si longtemps désolées. Car Dieu n’a pas créé la terre ou l’homme sur elle, pour être éternellement victime du péché, de la vanité et de la corruption. Il délivrera certainement de tout le mal que Satan a amené, mais il doit y avoir jugement aussi bien que miséricorde, et nous voyons les deux ici. Si l’ennemi disait : « Ha, ha ! les hauteurs éternelles sont devenues notre possession », la réponse de l’Éternel par son prophète était : « Parce que, oui, parce qu’on vous a désolées, et qu’on vous a englouties de toutes parts, afin que vous fussiez la possession du reste des nations, et que vous avez été en butte au bavardage de la langue et aux mauvais propos des hommes : à cause de cela, montagnes d’Israël, écoutez la parole du Seigneur, l’Éternel ».
Si l’insulte, même inexprimée, est pour ainsi dire prise en note par l’Éternel, combien plus cette joie méchante de l’humiliation qu’Israël avait méritée, et de la désolation du pays qui en était la conséquence, comme si cet abaissement était le résultat de la victoire d’Édom sur le seul vrai Dieu ! Mais Il avait entendu et cependant attendait encore avant de le juger. Sa main exécutera bientôt ce que sa bouche a prononcé, et une ruine plus terrible encore attend l’orgueilleux Édom.
Édom et Israël ne sont qu’endormis dans la poussière et reviendront bientôt. Édom avec son orgueil encore indompté et son désir de vengeance, Israël repentant et soumis par la patience de la grâce infinie de Dieu. Et alors, dans ce monde, chaque race recevra sa part en ce jour, Édom finalement de la main même d’Israël (Comp. És. 12. 10 à 14, 34, 35 et 63 ; Abdias).
Le Seigneur garantit sous serment, Il est jaloux pour la bénédiction d’Israël et indigné à cause de son opprobre. C’est en vain que l’on applique ces paroles au retour du peuple de Babylone, qui n’était qu’un exemple de ce qui arrivera au peuple tout entier. Celui qui respecte l’Écriture et qui connaît les faits pourrait-il prétendre que le Seigneur a multiplié les hommes sur les montagnes d’Israël, la maison d’Israël tout entière (v. 10). Ces mots semblent avoir été écrits spécialement pour garder les âmes de ces vues étroites et trompeuses. L’Éternel a-t-il établi le résidu revenu dans son pays « comme en vos temps d’autrefois », en lui faisant plus de bien que lors de votre commencement ? (5. 2). Le pays et les montagnes ne sont-ils plus privés d’enfants ? (v. 12). Ne savons-nous pas que sous le quatrième empire, ils furent soumis à une dévastation plus terrible encore ? La prophétie est encore à venir, et elle s’accomplira aussi sûrement que l’Éternel est vivant, comme Il l’a juré par son prophète au sujet du pays d’Israël.
Le message suivant de l’Éternel donne les raisons morales pour lesquelles le pays d’Israël a été laissé désolé, et le peuple dispersé parmi les nations ; il expose le déshonneur jeté sur son nom, sa grâce qui restaure et ses effets sur le cœur et sur les voies d’Israël, ainsi que sa puissance qui redonne à leurs pays une prospérité et une fécondité plus grande qu’auparavant ; et l’Éternel sera sanctifié en eux aux yeux de toutes les nations.
Les voies d’Israël dans le pays et hors du pays sont rappelées dans les v. 16 à 20, partout elles avaient été une profanation pour Celui qui les avait choisis comme son propre peuple ; et elles ne montraient que la corruption de l’idolâtrie : la violence meurtrière et la profanation de son nom parmi les nations. Mais il est l’Éternel qui ne change pas, c’est pour cela qu’ils n’avaient pas été consumés. C’est à cause de son nom qu’Il les sanctifierait et qu’Il serait sanctifié en eux (21 à 24).
Nous n’avons pas besoin de rechercher ni quand, ni comment ce travail de la grâce divine s’accomplira, et il n’y a pas besoin d’une discussion détaillée pour le déterminer. Il y a des indications qui rendent la réponse tout à fait simple. Le retour de Babylone n’a pas été un accomplissement définitif, mais comme les arrhes de la réalisation à venir de la prophétie, car il n’y a qu’un résidu numériquement insignifiant qui revint. Esdras 9 ne prétend nullement être ce que les fidèles attendaient, pas plus que Néhémie 9 ultérieurement. Le premier parle de « notre servitude », le second dit : « nous sommes aujourd’hui serviteurs, et quant au pays que tu donnas à nos pères pour qu’ils en mangeassent le fruit et les bons produits, voici, nous y sommes serviteurs ; et il rapporte beaucoup aux rois que tu as établis sur nous à cause de nos péchés ; et ils dominent à leur gré sur nos corps et sur notre bétail et nous sommes dans une grande détresse ».
Comme cela est éloigné de ce qu’Ézéchiel prédit ! « Je vous prendrai d’entre les nations et je vous rassemblerai de tous les pays et je vous amènerai sur votre terre » (v. 24). Après le décret de Cyrus, la grande masse d’Israël resta dispersée parmi les nations.
Mais il y a une preuve plus claire encore que la prophétie reste à accomplir, et c’est ce que nous trouvons aux v. 25 à 28. Les Juifs, pour ne pas dire Israël, avaient-ils été purifiés de toutes leurs impuretés ? Malachie répond à cette question et le Seigneur lui-même donne la preuve qu’il n’en était pas ainsi, que lorsqu’elle s’accomplira, il y aura une nouvelle naissance du peuple juif. Dieu leur donnera un cœur nouveau et un esprit nouveau, il changera leur cœur de pierre et leur en donnera un de chair. Il mettra en eux son esprit et fera qu’ils marcheront en sainte obéissance ; ils seront son peuple, Il sera leur Dieu.
Comment prétendre que cela a été accompli ? Il se peut qu’il y ait une allusion à ces versets dans les paroles du Seigneur en Jean 3. 5, mais elle est entièrement distincte de l’application qu’on en fait.
Il y a plus car le prophète continue en disant que cette bénédiction d’Israël comprendra des biens extérieurs et une abondance terrestre inconnue jusqu’alors (v. 29 et 30).
C’est en vain que l’on traite d’incroyable cette prédiction d’une nouvelle fertilité, ou que l’on prétend qu’elle ne résultera pas d’une puissance divine extraordinaire. Le Nouveau Testament nous en montre le principe en Romains 8 : la création qui soupire pour jouir de la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Cela ne rentre pas dans le message de l’Évangile, mais c’est un fruit de la puissance divine, quand Christ ne sera plus caché, mais apparaîtra en gloire, et que les enfants de Dieu seront révélés. La différence ici est que l’apôtre relie cette délivrance bénie à la révélation des saints ressuscités, tandis que le prophète la rattache à la restauration et à la renaissance d’Israël.
C’est seule la grâce appliquée à l’âme par le Saint-Esprit qui produit la vraie crainte de Dieu et le jugement de soi-même. « Il y a pardon auprès de toi, afin que tu sois craint ». C’est cela aussi qui conduit Israël à avoir horreur de ses iniquités passées et à les confesser de tout son cœur. Quel bonheur pour lui de se soumettre à sa souveraineté dont Il use en grâce et en salut ! L’Éternel effacera tout l’opprobre dont les nations les avaient couverts, pour la gloire de son propre nom, tout en produisant des sentiments propres à la repentance d’Israël. Ceux qui ont été amenés à l’évangile ont été appelés à de meilleures bénédictions qui ont incité plusieurs d’entre eux à quitter maison et pays. Il n’y a pas eu de reconstruction des villes jadis désolées comme part de leur héritage. Mais Dieu exécutera sûrement chacune de ses paroles, quand le jour sera venu de restaurer le royaume d’Israël.
Sous la loi, Israël était ruiné ; sous l’évangile il n’y a ni Juif ni Grec, mais lors de l’union avec Christ dans les cieux, quand le royaume sera manifesté en puissance, les Juifs seront à leur pays et à leurs villes, qui jouiront de la bénédiction et de la gloire de l’Éternel et ne seront plus désolées.
Ch. 37
Ce chapitre contient une vision remarquable, et son explication. II n’est pas question ici de la conversion de l’âme ni de la résurrection du corps, mais de la renaissance d’Israël comme peuple.
Dans ce temps-là le peuple était dispersé et sans existence politique ; il avait devant lui de plus grandes tribulations que celles qui lui avaient été infligées par les Assyriens ou les Babyloniens, et qui avaient été clairement annoncées par les prophètes. Cette révélation était donnée aux captifs qui menaient deuil, pour les consoler après leur dernier exil et avant le dernier, et pour les soutenir en présence de ces désastres sans précédent, par la certitude de leur renaissance nationale sous l’action pleine de grâce du Seigneur.
L’Éternel ne cache nullement ce qu’Il entend signifier par les ossements dans la plaine : non seulement il n’y avait là aucune force, mais même aucune vie. Le prophète est incapable de répondre lui-même à la question qui lui est posée. Mais cette impuissance ouvre le chemin à la parole du Seigneur (v. 1 à 6).
Nous voyons là l’impuissance totale de l’homme, et Dieu trouve ainsi une occasion de montrer sa puissance. Il est le Dieu qui fait vivre les morts – et où exercerait-Il sa glorieuse puissance, sinon en faveur de son peuple ? Il donne au prophète de voir et d’écouter et même de parler (v. 7 à 10). Il est impossible d’appliquer ce qui est dit là au retour de Babylone de moins de 43 000 personnes, car les armes de jadis dépassaient de beaucoup celles des temps modernes. Le résidu revenu au pays n’était qu’une petite armée comparée à celle de Juda seulement sous les rois. Nous trouvons plus loin qu’il s’agit d’Éphraïm autant que de Juda, cela est dit immédiatement après : « toute la maison d’Israël ». Ainsi il ne s’agit pas ici du retour de la captivité de Babylone.
Mais nous ne sommes pas laissés à notre propre raisonnement. Celui qui nous a donné la vision par son serviteur y a ajouté une interprétation bien claire (v. 11 à 14). Pour un esprit simple et soumis à l’Écriture, il ne peut y avoir d’hésitation quelle que soit l’explication que nous puissions faire de cette vision, sa signification directe et expresse est la renaissance, par la puissance de Dieu, de son ancien peuple Israël, alors complètement détruit, mort et enterré, mais prêt à quitter sa tombe suivant la parole de l’Éternel : « Ces os sont toute la maison d’Israël ».
Dieu veut consoler son peuple et confondre l’incrédulité qui dit : « Nos os seront desséchés et notre attente a péri, nous sommes retranchés ! ». Sa grâce fidèle entreprendra de faire ce qui est manifestement au-dessus du pouvoir de l’homme. Il déclare qu’Il veut, non seulement les tirer de la tombe où ils sont maintenant ensevelis comme nation, mais qu’Il les amènera dans le pays d’Israël, ce qui ne s’applique ni à ceux qui ressuscitent d’entre les morts, ni aux âmes converties à Dieu par l’évangile, car qu’avons-nous à faire avec le pays d’Israël ? Mais leur rentrée dans leur pays est le complément simple et nécessaire. L’Ancien Testament tout entier le confirme. Constamment nous voyons dans la résurrection nationale d’Israël, le peuple et le pays liés ensemble : bénédiction sur les deux, comme hélas, actuellement, malédiction sur les deux.
Le sens de ce passage semble donc incontestable, sauf pour ceux dont l’esprit faussé par les doctrines de certaines écoles, ne voient pas les desseins de Dieu envers Israël sur la terre, tout en comprenant bien ses voies célestes pour l’Église ; le point de départ de cette erreur provient de ce qu’on substitue l’homme à Christ. Leur interprétation de la prophétie en particulier est viciée par cette erreur fatale qui supprime pratiquement de la Bible les espérances d’Israël, et rabaisse les nôtres à une sorte de succession à leur héritage avec quelque lumière et quelques privilèges en plus.
C’est contre cette première corruption de la chrétienté largement répandue et fortement enracinée, que Paul a combattu si vaillamment. Elle est très insidieuse, il semble à ceux qui sont sous son influence que le meilleur moyen d’être gardé de judaïser, c’est de nier que les Juifs redeviendront jamais une nation, et restaurés dans leur propre pays. Ils appliquent à la chrétienté maintenant, ou à l’Église dans la gloire, toutes les prédictions de bénédiction et de gloire futures pour Israël. Funeste erreur, car c’est précisément judaïser, de faire des chrétiens et de l’Église les simples successeurs et héritiers d’Israël. La vérité disparaît ainsi entièrement ; les brillantes perspectives d’Israël sont niées, et le chrétien est rendu au monde, au lieu d’entreprendre sa position de bénédiction dans les lieux célestes en contraste avec celle d’Israël sur la terre.
Mais il y a là une autre perspective qui lui est connexe. La résurrection d’Israël comme peuple n’est pas tout ce que le prophète apprend et communique ici. Elle fait l’objet de la première moitié de ce chapitre ; ce n’est pas son réveil individuel, quelque vrai qu’il soit, mais leur résurrection nationale sous l’opération de l’Esprit et non par la volonté de l’homme ou la politique du monde, comme il convient au peuple élu qui sera finalement béni de l’Éternel. Il y avait une nouvelle bénédiction à leur donner et il fallait faire disparaître l’ancien opprobre qui avait longtemps déshonoré Israël depuis le jour de Roboam. Quand Dieu mettra sa main à sa restauration au dernier jour, Il réunira les Israélites comme ils l’étaient jadis sous David et Salomon, et leur unité ne sera plus jamais brisée ou même menacée. Ce sera l’œuvre du vrai Bien-aimé lorsqu’il régnera comme Prince de Paix.
C’est aussi une preuve, évidente de la perversité humaine, que des paroles comme celles des v. 15 à 17 aient pu être incomprises. Elles le sont cependant, non par les Juifs qui restent attachés à leurs espérances futures, mais par les chrétiens qui se trouvent sous l’évangile de la grâce de Dieu révélée dans un Christ mort et ressuscité. C’est ainsi que Satan trompe les âmes. Les Juifs ont absolument raison quand ils maintiennent qu’Israël sera encore béni dans son pays sous le Messie et la nouvelle alliance, et cela non pas vaguement ou partiellement, mais après que l’apostasie et les jugements divins les auront encore diminués, tout Israël sera sauvé, rassemblé et uni, Juda et Joseph comme un tout.
Ils sont complètement trompés quand ils ne voient pas leur Messie le Sauveur dans Jésus de Nazareth, et par conséquent ils périssent parce qu’ils n’obéissent pas à l’évangile de notre Seigneur Jésus-Christ. Mais Satan trompe la chrétienté en ceci, que tout en confessant Celui qui a été crucifié comme Fils de Dieu, non seulement elle mélange la Loi et l’évangile et perd ainsi la consolation, la puissance et l’assurance du salut de Dieu en Christ, mais en outre elle voit dans les gloires prédites à Israël sur la terre une description des privilèges des chrétiens, ignorant ainsi leur position céleste et niant la fidélité de Dieu et sa future miséricorde envers Israël.
Il n’y a vraiment aucune excuse à ne pas comprendre un symbole aussi simple que celui des v. 16 et 17, dont l’explication est aussitôt donnée (v. 18 à 23).
Appliquer un tel langage au résidu des Juifs revenus de Babylone est aussi faux que de l’appliquer à l’église de la Pentecôte. Il n’y a même aucune analogie. C’est l’union des deux maisons d’Israël longtemps divisées et rien d’autre. Cela n’a pas encore eu l’ombre d’un accomplissement. On ne peut concevoir paroles plus explicites. Cela signifie le rassemblement futur et l’union de tout Israël comme une seule nation sous un seul roi. Elle ne sera jamais plus divisée, plus jamais souillée. Plus encore, il sera le peuple de l’Éternel, Lui sera son roi. Le Juif ne peut pas dire que cela s’est réalisé, et il est absurde pour le Gentil de se l’appliquer à lui-même. En aucun cas cela n’est applicable au corps chrétien. Un résidu juif serait revenu de Babylone pour être souillé, non pas tant par ses transgressions que par une chose bien pire que son ancienne idolâtrie, le rejet et la crucifixion de son Messie : cela est-il un accomplissement des paroles d’Ézéchiel ?
Mais il est ajouté : « Et mon serviteur David sera roi et il y aura un seul pasteur sur eux tous, et ils marcheront dans mes ordonnances et ils garderont mes statuts et les pratiqueront » (v. 24) De nouveau nous trouvons là une confirmation, si du moins elle était nécessaire. Car aucun croyant de bon sens ne peut douter qu’il s’agit de Christ, non comme chef de l’Église dans le ciel, mais comme Roi d’Israël quand il régnera sur la terre. Jamais depuis que la prophétie a été prononcée, il n’y a eu même un semblant d’accomplissement de cette prophétie. Jamais depuis, Israël n’a eu un seul berger ; et il n’a pas marché dans ses ordonnances, ni gardé ni pratiqué ses statuts. Il ne peut s’agir là des chrétiens dans le monde, encore moins des chrétiens au ciel, mais d’Israël seul (v. 25).
Ce sont, comme Ésaïe le dit, les grâces assurées de David, cette alliance éternelle que l’Éternel fait avec Israël. La résurrection de Christ l’explique. C’est ainsi qu’il régnera sur Israël dans son pays. Dans un langage qui ressemble beaucoup à celui d’Ésaïe, Ézéchiel continue avec l’assurance de l’Éternel (v. 26 à 28). Ce qui peut nous humilier, c’est que des chrétiens puissent mettre en question ce qui est dit là. Une seule chose peut l’expliquer : l’abandon que la chrétienté a fait du sens approprié et réel de ses propres bénédictions. Le résultat de la prophétie est si simple et si positif, et de nature si glorieuse, que même les païens sauront que l’Éternel sanctifie son peuple, quand son sanctuaire sera au milieu d’eux pour toujours.
Qui peut affirmer que cela est vrai maintenant, soit d’Israël, soit au sujet de qui cela est dit, soit de l’Église à laquelle cela n’est pas adressé ?
Ch. 38
Les deux chapitres qui suivent contiennent une prédiction du jugement de Dieu dans les derniers jours – quand Israël sera restauré – sur un grand chef du Nord-Est et son immense armée de satellites et d’alliés, sur les montagnes du pays saint.
Dans les v. 1 à 9 tout est clairement défini, à l’exception du nom du prince qui est probablement symbolique. Nous avons là devant nous le dernier ennemi d’Israël. Il habite le pays de Magog, ce fils de Japheth (voyez Gen. 10. 2) qui se répandit dans les vastes steppes de l’ancienne Scythie. Il est le chef de toutes les Russies, prince de Rosh (Russie) de Meshec (Moscou) et de Tubal (Tobolsk). Nous le voyons ici lui-même ainsi que son pays et son peuple.
Mais le Seigneur l’Éternel est contre lui : au lieu de reconnaître le bien qui arrive à un peuple un temps abaissé, il veut s’agrandir lui-même et se trouve ainsi en guerre, non pas contre l’Israël de Dieu, mais contre le Dieu d’Israël. Celui qui se confia dans l’homme et dans un bras de chair doit être maudit, nous en avons la preuve en Gog. Car l’Éternel déclare qu’Il le fera retourner, lui mettra un anneau dans les mâchoires et le fera sortir, lui et toute son armée.
Il sera démontré alors comme une leçon finale, qu’aucun roi n’est sauvé par la multitude de son armée, qu’un homme puissant n’est pas délivré par beaucoup de force, et qu’un cheval ne peut servir à se mettre en sûreté. L’Éternel annule le conseil des païens, tandis que son conseil demeure à toujours. On les voit venir parfaitement équipés, un grand rassemblement, avec le bouclier et l’écu, tous portent l’épée ; la Perse est là aussi, obligée de suivre le puissant chef du Nord, avec Cush et Puth, et Gomer et toutes ses bandes, et la maison de Togarma avec les siennes, un innombrable peuple avec Gog.
L’avertissement prophétique avait été donné depuis longtemps. Aucune grande nation de l’ancien monde n’avait été si lente à prendre le commandement de l’Orient populeux. Mais si retardée qu’elle l’ait été, cette époque est vue d’une manière vivante par le voyant du Kebar : « Après beaucoup de jours tu seras visité : à la fin des années tu viendras dans le pays d’Israël, où le peuple habite en sécurité ». Gog vient comme une tempête, comme une nuée pour couvrir le pays.
Mais aucune arme ne peut réussir contre Israël. Ils peuvent être nombreux, et leurs adversaires innombrables, mais qu’est-ce pour le Seigneur, sinon une occasion de se manifester Lui-même comme l’ennemi des ennemis de son peuple ? Gog apprend cela, comme nous le verrons, trop tard, non seulement pour lui-même et son immense suite, mais pour ceux qu’il avait laissés paisibles dans son pays. C’est le jour de la juste rétribution et du gouvernement divin sur la terre, quand le destructeur si longtemps préservé, retourne dans le pays de sa possession. Et Dieu ne vengerait-il pas ses élus, quand celui qui se confie dans des multitudes sans nombre, jette son regard d’envie sur le pays sur lequel les yeux de l’Éternel reposent continuellement ?
Ainsi la prophétie suppose le retour du peuple tout entier dans son pays, non plus un résidu seulement comme après la captivité de Babylone. Mais il y a plus. Elle annonce un état de tranquillité entièrement différent de n’importe quelle époque de l’histoire passée d’Israël. Gog en tire avantage, mais pour sa propre ruine. Il ne croit pas à l’amour de Dieu pour son peuple et ne pense pas un instant qu’II puisse prendre place au milieu de son peuple pour le défendre contre ses ennemis.
Si le jour de la bénédiction est venu pour Israël, par la miséricorde de Dieu, ce jour est aussi celui du jugement des nations. Nous avons ici le jugement le plus étendu, lors de la confédération finale avant le règne de paix et de justice. Rien ne peut dépasser la puissance de la description qu’en fait le prophète. Gog comptait trouver une proie facile dans un peuple apparemment si exposé et faible. Il ne songe pas un instant que dans ce même pays d’Israël, lui et son immense armée vont périr par la main de l’Éternel, l’un par l’autre.
Ce n’est pas seulement que les combattants eux-mêmes sont pris à leur propre piège mais ceux qui assistent au combat devront apprendre que Celui dont le nom est l’Éternel, est le Souverain sur toute la terre. Ils devront dire bientôt : En vérité il y a une récompense pour les justes, en vérité il est un Dieu qui juge la terre.
On remarquera (v. 14 à 16) que la chute de Gog est annoncée expressément pour la « fin des jours », tout autant que pour le jour où Israël « habitera en sécurité ». Non seulement aucun de ces termes ne peut s’appliquer aux jours de Zorobabel, comme quelques-uns l’ont supposé, ou aux temps où Antiochus persécutait le résidu rentré au pays, mais l’envergure même de la destruction empêche de l’attribuer à ces temps-là. Jamais, depuis l’époque d’Ézéchiel, il n’y a même eu un point concordant. C’est pourquoi l’accomplissement de cette prédiction est, sans aucun doute, encore à venir.
Plusieurs auteurs prétendent que Gog n’est autre que le grand antagoniste occidental des Juifs, comme dans Daniel, etc… C’est méconnaître notre prophète, car il n’entre jamais dans le système des quatre puissances impériales qui devaient fouler Jérusalem aux pieds jusqu’à l’accomplissement des temps des nations. Nebucadnetsar lui-même est considéré comme l’instrument de l’Éternel pour accomplir son œuvre, mais nous ne le voyons pas dans Ézéchiel comme tête de la statue.
Gog appartient à une autre sorte d’ennemis et périt plus tard, quand, aveuglé par sa convoitise d’agrandissement territorial, il ne voit pas qu’il attaque l’Éternel Lui-même en cherchant à piller et à détruire Israël. Ésaïe parle de lui au ch. 33 comme d’autres le font en termes généraux. Dieu seul gouverne, quels que puissent être l’orgueil, la convoitise ou la volonté de Gog, l’Éternel l’amène contre Israël pour sa propre destruction. « Et quand il vient, ma fureur, dit le Seigneur, l’Éternel, me montera au visage ». Plus de craintes pour le pays d’Israël, plus de coups portés aux Gentils – du moins jusqu’après le millénium – une invasion au commencement et une à la fin du règne du Messie.
Que ceci n’est pas autre chose que la destruction des ennemis d’Israël avant le millénium, ressort clairement des paroles qui suivent, sans parler du ch. 39 et de tout le reste de la prophétie. Prendre ces paroles pour de simples images d’une révolution politique, ne repose sur aucun fondement et est même contraire au contexte. Il n’y a aucun changement de gouvernement en Israël et le peuple n’éprouve plus aucune souffrance, ses ennemis lointains qui sont rassemblé sur leurs collines vont périr pour toujours.
La formidable commotion en Canaan ajoute à la solennité de la scène, le pays et la mer, le ciel et la terre sont ébranlés, montrant ainsi la présence de Celui qui dirige toutes choses en faveur d’Israël ; non seulement les ennemis s’égorgeront l’un l’autre, mais la peste et le sang et une pluie torrentielle et les pierres de grêles, le feu et le soufre entrent en action, et il est impossible qu’il s’agisse ici d’Antiochus Épiphane. Pour le croyant qui attend les voies futures de Dieu au sujet d’Israël, toute difficulté disparaît.
Je dois ajouter que la pensée qu’il s’agirait ici des Turcs est sans fondement. Dieu leur a permis de posséder le pays pendant des siècles, en défi à une chrétienté aussi coupable et idolâtre que les Juifs l’étaient avant la transportation de Babylone, mais ici c’est le puissant chef du Nord, dans les derniers jours, suivi par les myriades de l’orient et du Sud de l’Asie qui périt avec toute son armée sous le jugement de Dieu, en essayant de prendre possession du pays d’Israël après que le peuple est revenu de sa longue dispersion.
Ch. 39
Ce chapitre continue le sujet du précédent : l’accusation divine contre le grand ennemi du nord. Sa puissance et ses ressources formidables ne feront que rehausser la victoire que l’Éternel, en le détruisant complètement, remporte pour son peuple.
Les jugements de Dieu sont comme toujours mesurés au péché du peuple qui a attiré sur lui le déplaisir divin. Ainsi le jugement de la bête et du faux prophète est effrayant, au-delà de toute expression, leur sort définitif est d’être jetés dans l’étang de feu. Il semble qu’il doive en être de même de la petite corne de Daniel 8 (ou roi du Nord de Daniel 11). Il était intervenu dans les affaires que Dieu avait avec son peuple. II manifestait tout son mépris pour sa vérité, et même pervertissait cette vérité au profit de ses desseins de destruction. Gog est jugé comme un vulgaire agresseur, poussé par le désir d’acquérir de nouveaux territoires en se reposant sur sa force brutale. Mais il a à faire face à une puissance plus grande que la sienne qui l’abat dans l’ignominie.
Ce n’est pas tout. Dieu agira contre le pays d’où Gog est venu, aussi bien que contre les îles qui ont envoyé des contingents à son armée (v. 6 et 7). Ni la distance, ni l’isolement, ne pourront protéger contre le jugement consumant de ce jour-là, car le Seigneur se lève pour appeler les vivants à rendre compte, comme quelqu’un qui se réveille, comme un homme puissant qui crie, poussé par le vin. Les habitants du monde apprendront enfin la justice. Le croyant sait que ces jugements, à la fois si solennels et si bénis dans leurs résultats, n’ont jamais été accomplis. Magog n’est pas Rome ni un Édom spirituel, mais la Scythie des anciens (v. 8 à 10).
Ce n’est pas là un avertissement vague adressé à un ennemi quelconque, pas davantage un principe général de la providence divine. Le Saint-Esprit prend ici la peine de montrer d’une manière précise le jugement d’un ennemi déterminé, jugement longtemps suspendu et tombant comme le dernier coup de l’Éternel sur la puissance la plus formidable qui se soit jamais élevée contre Israël et qu’Il exécute immédiatement avant que sa gloire revienne dans toute sa splendeur habiter au milieu de son peuple dans son pays. Gog avait pensé prendre possession du pays, l’Éternel va le lui donner pour tombeau, à la vue de tous, sur le chemin même de nombreux passants.
Ce souci de purifier le pays de la vue même d’un ossement d’homme est remarquable, mais bien naturel quand on pense que la gloire doit demeurer là. Les gens qui passeront par-là devront aider ceux auxquels incombera ce travail, d’enterrer tous les restes de ce massacre prodigieux d’ennemis, tous les habitants du pays y prendront part. Cette multitude de tués donnera son nom à une ville. Mais le jour où toute impureté aura disparu du pays est celui que l’Éternel reconnaît pour son jour dans lequel Il sera glorifié.
Peut-il y avoir un doute quant à l’époque où ces conditions se rencontreront ? Il est simple de voir qu’il s’agit du jugement de Dieu sur le chef de toutes les Russies dans le pays saint, après qu’Israël aura été ramené des pays de sa dispersion. Il est nécessaire de bien discerner la fidélité et la miséricorde de Dieu envers Israël de la bénédiction particulière de l’Église. Pour les apprécier toutes les deux, il nous faut les distinguer et voir le rapport qu’elles ont chacune avec Christ. Une interprétation mystique ne met rien à sa place et enveloppe tout de brouillard.
Ensuite le prophète adresse aux oiseaux et aux bêtes des champs un message remarquable par sa force. C’est le temps pour eux de manger d’un sacrifice tel qu’il n’y en a jamais eu auparavant et qu’il n’y en aura jamais plus. D’immenses armées ont été décimées et ce qui en restait a été dispersé ou pris ; le monde a-t-il jamais assisté à un pareil massacre ? Il est encore sûrement à venir.
Si l’Éternel invite les bêtes de proie à un grand sacrifice, n’exécutera-t-il pas sa parole ? Nous trouvons un appel semblable en Apocalypse 19. 17 et 18, mais adressé seulement à tous les oiseaux qui volent par le milieu du ciel. Cela a lieu en vue de la destruction qui doit frapper les armées de l’Occident à la fin de la dispensation actuelle, et je suppose que les oiseaux seuls sont appelés, car il s’agit du jugement de ceux qui se sont détournés du témoignage céleste de la chrétienté.
Ici cela va plus loin, car les jugements de Dieu tombent sur les innombrables hordes orientales, qui n’ont pas seulement méprisé l’évangile, mais ont cherché à s’emparer du pays pendant que son peuple terrestre y était établi en paix. C’est une grave erreur de nier ces jugements des vivants avant le règne du Seigneur ici-bas comme le vrai Salomon ; et c’est une vérité évidente dans la Parole de Dieu, que l’évangile ne supprime pas toute règle et toute autorité et toute puissance, mais que c’est Christ Lui-même qui les exercera à sa venue en gloire. Toutes choses ont été mises sous ses pieds pendant qu’Il est assis sur le trône de Dieu, mais l’acte de mettre tous ses ennemis sous ses pieds n’est pas encore commencé.
Christ est occupé à un autre travail maintenant. Il appelle les cohéritiers qui doivent être glorifiés, ressuscités ou transmués à sa venue, et doivent régner avec Lui dans son royaume. Le fait de s’assujettir toutes choses n’est pas l’œuvre de la grâce divine, mais de la puissance exercée sur la terre, non pas toujours en destruction, quoique le royaume se termine avec des destructions imminentes, comme nous le voyons ici et en Apocalypse 20. 8 et 9.
Les v. 21 à 24 nous montrent l’effet moral du jugement exécuté contre Gog et ses armées. L’évangile, s’il est reçu, place l’âme en association avec Christ pour le ciel. La vue des jugements servira au Seigneur à enseigner aux nations la justice sur la terre. Israël, lui aussi, a besoin de l’apprendre, et il apprendra que Celui qui agit ainsi est l’Éternel, son Dieu, « dès ce jour-là et dans la suite ». On ne pourra plus douter qu’Israël n’a été emmené en captivité que pour son iniquité et que c’est à cause d’elle que l’Éternel lui a retiré sa faveur et l’a livré à l’épée de ses ennemis. C’est sa rétribution qui explique l’histoire passée du peuple avec toutes ses afflictions.
Mais il y a une perspective brillante pour Israël : je ne parle pas de l’évangile ni de l’Église, où il n’y a ni Juif ni Grec, mais du royaume de la terre, lorsque Israël sera réinstallé dans son pays et occupera la première place entre les nations, en faveur, en paix, en justice, possédant la puissance et la gloire manifestées de l’Éternel (v. 25 à 29).
Une remarque pratique et d’une grande importance pour l’âme peut être faite ici : c’est que Dieu ne cache jamais sa face au chrétien, le croyant possède la vie éternelle en Christ, il se trouve placé dans la pleine efficace de son sacrifice et possède le Saint-Esprit habitant en lui comme un témoin permanent.
Ensuite nous anticipons ce qui sera vrai d’Israël plus tard, au lieu de nous trouver sur le terrain d’épreuve de l’Israël d’autrefois. Mais l’incrédulité traditionnelle de la chrétienté voile, pour les âmes, la vraie grâce de Dieu dans laquelle nous sommes ; cela est vrai pour des croyants qui ajoutent encore l’erreur qui consiste à donner à l’avance à l’Église cette place d’honneur et de bonheur terrestres qui est réservée à Israël sous le Messie, quand la montagne de la maison de l’Éternel sera établie sur le sommet des montagnes, exaltée au-dessus des collines, et que toutes les nations y viendront. L’effet de cette erreur est de faire descendre l’Église du ciel sur la terre, et de méconnaître les espérances d’Israël.
Nous pouvons ajouter que si l’Esprit doit être répandu sur Israël quand le nouvel âge commencera, ce n’est pas alors que les saints seront baptisés en un seul corps. Par un seul Esprit nous avons tous été baptisés en un seul corps, Juifs ou Gentils, esclaves ou hommes libres, et nous avons tous été abreuvés pour l’unité d’un seul Esprit (1 Cor. 12). En Colossiens 3, il est établi que Christ est tout en tous ; et en Éphésiens 2, que le mur mitoyen de clôture a été détruit, afin qu’Il créât les deux en Lui-même pour être un seul homme nouveau. Mais il n’en sera pas ainsi ici-bas. Au contraire, dans le millénium, les saints juifs seront dans une position plus rapprochée et plus honorée que les Gentils sur la terre. C’est un état qui contraste avec l’état actuel de l’assemblée maintenant : la croix a mis fin à ces distinctions pour le ciel.
Ch. 40
Les derniers chapitres du livre nous présentent une vision des plus remarquables, dans laquelle le prophète nous communique ce qu’il voit pour Israël et son pays : quelque chose de plus grand que sa restauration : la gloire. C’est là la signification toute simple de cette vision, quoiqu’il y ait des détails parfois minutieux, et maintes difficultés comme cela est fréquemment le cas dans ces descriptions. Mais il y a là à peine plus d’obscurité dans les ch. 40 à 48 d’Ézéchiel que dans les ch. 25 à 40 de l’Exode. La difficulté réside dans des circonstances de détail qui sont en dehors de nos habitudes ou de nos études. En réalité, il n’y en a pas dans le plan général, sauf pour ceux qui n’appliquent pas la vision justement. Les détails du temple futur dans le pays ne sont pas plus difficiles à comprendre que ceux du tabernacle d’autrefois dans le désert.
Certains écrivains, comme on le sait, considèrent que la vision s’applique à l’Église d’aujourd’hui. Ils prétendent généralement que nous ne pouvons avoir une compréhension claire d’une prophétie tant qu’elle n’est pas accomplie ; or l’Église a une existence de plus de 1800 ans, ils devraient donc avoir d’abondants matériaux pour leur démonstration. Au contraire, ils sont précisément ceux qui trouvent une difficulté insurmontable à interpréter la prophétie. Il n’y a rien d’étonnant à cela, puisque leur pensée tout entière est erronée. Certains n’en tirent qu’une ingénieuse explication. Ils n’en font pas une vraie exposition ; et leurs remarques doivent les avoir à peine satisfaits eux-mêmes. Un de leurs commentateurs les plus érudits s’exprime ainsi sur une portion de leurs écrits, et nous pouvons l’appliquer à l’ensemble : Personne ne peut expliquer comment il faut le comprendre, et je n’ose même pas faire une supposition. Cet homme doit plutôt être admiré que méprisé pour la confession sincère qu’il fait de leur faillite et de la sienne. Tous les interprètes allégoristes sont sur une mauvaise piste. Il serait étrange qu’une vision symbolique de la chrétienté laisse de côté le jour des expiations, la fête des semaines et l’action du souverain sacrificateur dans la présence de Dieu, ses traits les plus essentiels comme types.
Un grand nombre d’autres écrivains religieux ont essayé, en vain, d’adapter la vision aux Juifs revenus de la captivité de Babylone ; les faits qui se sont réalisés alors sont infiniment au-dessous de ce qui est prophétiquement annoncé. Le résultat inévitable de ces applications, comme celles de l’école précédente est d’abaisser le caractère de la Parole divine. Il y a en effet plutôt un contraste qu’une analogie entre les promesses glorieuses du prophète et la faible réalisation qui en a été faite sous Zorobabel, telle qu’elle est rapportée par Esdras et Néhémie. Non seulement ces interprétations ne sont pas d’accord avec la prophétie, mais elles ont pour résultat de diminuer l’Écriture elle-même. En effet et à plus forte raison, la tendance des deux écoles n’aboutit qu’à miner l’inspiration.
L’un de ces écrivains s’exprime ainsi : « Ézéchiel a eu une vue idéale de l’état des Juifs sur le point d’être restaurés après la captivité ». Mais, demanderons-nous, cet idéal a-t-il été réalisé ? Ne différait-il pas immensément de l’état des Juifs en Palestine après leur retour ? Le temple bâti après la captivité correspondait-il au bâtiment si soigneusement mesuré dans nos chapitres ? Avaient-ils un prince, des prêtres et des sacrifices sans souverain sacrificateur (particularité remarquable dans cette prophétie) tels qu’ils nous sont décrits ? Les Juifs possédaient-ils la gloire revenue dans leur pays ? Les douze tribus, avec les dispositions spéciales prévues pour les sacrificateurs, les lévites et le prince, avaient-elles pris dans le pays la place qui est si soigneusement décrite par le prophète ? Les eaux salutaires coulèrent-elles du temple vers la mer Morte à ce moment-là ? Les sacrificateurs et les Lévites cessèrent-ils d’habiter dans toute la Palestine et demeurèrent-ils autour du sanctuaire, à des endroits assignée à chacun d’eux ? Nous savons qu’aucune de ces choses ne fut réalisée après la captivité.
Le prophète avait sans doute en vue la restauration du temple matériel alors en ruines, ainsi que celle, non seulement du culte, mais de la nation tout entière avec les privilèges les plus riches d’un gouvernant théocratique et pas uniquement spirituel. Sans doute aussi une juste et vraie interprétation supprime-t-elle tout besoin de confondre le chrétien et l’Église avec les espérances d’Israël, mais l’explication la moins satisfaisante est celle qui rapporte tout cela aux cinq siècles qui ont précédé la naissance de Christ, et qui nie l’accomplissement littéral de cette prophétie dans l’avenir, pour Israël dans son pays.
Pas un seul détail de ces visions n’a été réalisé par un seul fait parmi les captifs revenus. Moins de 5000 hommes, femmes et enfants revinrent de Babylone, petit reste d’un résidu, ce ne sont pas les douze tribus que le prophète voit prendre possession de la part qui leur est attribuée dans le pays, sept au Nord, cinq au Sud, dépassant les anciennes frontières de la Palestine, avec Jérusalem entre elles. En tous cas, il n’y a jamais rien eu qui ressemble, de près ou de loin, à la sainte offrande élevée, pas plus d’ailleurs qu’à la division du pays en lots, de l’est à l’ouest, qui est prédite ici.
Le fait est que ceux qui retournèrent de Babylone revinrent à l’ordre existant avant la captivité, et ne réalisèrent en aucune manière la condition particulière prédite par Ézéchiel. Aucun d’entre eux n’apparaît comme étant le prince, alors que le souverain sacrificateur demeure comme auparavant un personnage important ; le pays ne fut pas réparti par le sort au résidu, encore moins à tout Israël, et les étrangers n’y trouvèrent pas plus leur héritage que dans le temps d’autrefois. La Pentecôte était comme jadis une des trois grandes fêtes des Juifs, tandis que la prophétie ne lui fait aucune place. Ces différences sont des plus caractéristiques et prouvent, aux croyants du moins, que la dernière vision attend encore son accomplissement dans l’histoire des Juifs : dire qu’elle ne le sera jamais, c’est s’avouer incrédule, en tout cas quant à la prophétie.
Il est vrai que la vision ne doit pas être regardée comme une description de ce que l’on se rappelait du temple de Salomon – travail bien inutile pour ceux qui possédaient les livres des Rois et des Chroniques. C’est une révélation divine d’une nouvelle condition, lorsqu’Israël sera restauré finalement et pour toujours. C’est un temple matériel, un ordre nouveau important de fêtes, de sacrifices, de cérémonies, de sacrificature, et aussi de constitution générale de la nouvelle capitale et de la nation, dans des circonstances entièrement nouvelles, le tout couronné de la gloire de l’Éternel qui daigne revenir habiter le pays. Mais n’en disons pas plus là-dessus, nous y reviendrons en détail dans l’étude des chapitres.
Il nous faut cependant insister sur ce point : il ne faut pas séparer ces chapitres d’une manière absolue de ceux que nous avons déjà vus. La dernière série, 40 à 48, est la suite glorieuse, naturelle et parfaitement intelligible des prophéties précédentes : cela est tellement vrai que les ch. 33 à 39 la préparent en annonçant, non seulement le jugement, mais aussi l’heureux retour de la nation élue aux derniers jours.
Dans le ch. 33, nous avons vu établir le nouveau terrain de la conduite individuelle devant Dieu, les chefs jugés au ch. 34, et Édom au ch. 35, ensuite au ch. 36 l’annonce de la restauration d’Israël dans son propre pays, avec un nouveau cœur et un nouvel esprit, l’Esprit de Dieu en eux. Nous avons vu la vision, sous forme de parabole, au ch. 37, où les ossements desséchés reçoivent soudain vie et force, et il est dit expressément qu’ils représentent, non pas les chrétiens ou les hommes en général, mais la maison d’Israël sous la figure de la résurrection, ramenée à la vie et placée par l’Éternel dans son propre pays, unie comme elle ne le fut jamais.
Éphraïm et Juda, depuis les jours de Jéroboam, sont sous une seule tête, un roi, sur les montagnes d’Israël. Nous avons eu devant nous la dernière et formidable attaque qui sera faite, contre Israël en train de s’établir en paix en Canaan, par le grand chef du Nord-Est, avec ses myriades qui seront exterminées par l’intervention divine (ch. 38 et 39) et l’Éternel sera ainsi glorifié par son peuple sur la terre.
Suit la dernière vision bien à sa place et dans laquelle est établie avec précision la constitution religieuse et civile d’Israël. La gloire prendra une fois encore sa place au milieu du peuple, son sceau ne sera plus jamais brisé jusqu’à ce que la bénédiction soit complète et éternelle, jusqu’à ce que le jugement ne trouve plus de mal à juger. La plupart des chrétiens sont arrêtés par cet obstacle : la simple prédiction des sacrifices, des fêtes et autres ordonnances d’après la Loi lévitique. Ils pensent qu’il faut les expliquer de manière qu’elles ne soient pas en désaccord avec l’épître aux Hébreux. Mais cette idée suppose qu’il ne peut pas y avoir de changement de dispensation et que, parce que nous sommes chrétiens, ceux que vise la prophétie doivent se trouver dans la même relation que nous. C’est une erreur, car l’épître en question s’adresse aux croyants depuis la rédemption, pendant que Christ est dans les lieux célestes jusqu’à son retour en gloire.
La prophétie d’Ézéchiel, au contraire, est occupée du peuple terrestre et suppose la gloire de l’Éternel habitant de nouveau dans le pays de Canaan. La vérité est que la bénédiction d’Israël et celle des Gentils – seulement subordonnée à celle des Juifs dans cette prophétie et dans presque toutes les autres – est un état de choses en contraste avec le christianisme où Il n’y a ni Juifs ni Gentils, mais où tous sont dans le Christ Jésus. Ainsi le terrain et la position sont tout différents de ce que nous avons dans l’épître aux Hébreux.
Des sacrificateurs terrestres, distingués du peuple, dans une position toute spéciale vis-à-vis du prince, un sanctuaire matériel avec des sacrifices et des holocaustes tangibles sont clairement énoncés par Ézéchiel ; ils sont évidemment tout à fait étrangers au christianisme. Ils sont les uns et les autres incompatibles avec la doctrine de l’Épître pour ceux qui sont « participants à l’appel céleste » mais ne seraient-ils pas à leur place pour ceux qui sont de l’appel terrestre, quand l’Éternel choisit de nouveau Jérusalem et que la gloire habite le pays ? C’est là la vraie question.
Nous reconnaissons pleinement que les sacrifices ne vont pas avec notre foi en la seule offrande qui nous a rendus parfaits à perpétuité. Un temple sur la terre ne s’accorde pas avec le vrai tabernacle que le Seigneur a fait et non pas l’homme, et dans le sanctuaire duquel, maintenant que le voile est déchiré pour nous, nous sommes invités à entrer hardiment. D’ailleurs l’affirmation d’une sacrificature terrestre pour des chrétiens est, en principe sinon en fait, la négation de la proximité de Dieu par le sang de Christ, et de l’évangile tel que nous le connaissons.
Mais la venue du Seigneur pour régner sur la terre, amènera nécessairement des changements profonds d’une immense importance. C’est là le grand objet de toute prophétie, qui met en avant la nouvelle condition dans laquelle se trouve Israël à la tête des nations, sous le Messie et la nouvelle alliance, l’Église ayant disparu de la terre, et en fait régnant sur elle avec Christ, dont elle est l’Épouse alors glorifiée.
Les prophètes, d’Ésaïe à Malachie, mettent en lumière pour ce jour glorieux, un temple terrestre avec des sacrifices, une sacrificature et des cérémonies appropriées. Ce n’est pas là le christianisme ; qui oserait, en ayant une telle nuée de témoins inspirés, prétendre qu’un état de choses n’est pas en accord avec la vérité et pour la gloire de Dieu dans ce jour ? Il est vain de se retrancher derrière la ressource habituelle, l’incrédulité, ce nuage qui voile la prophétie non accomplie. Non, pour l’incrédulité toute écriture est obscure ; pour la foi elle est la lumière de Dieu, communiquée par des hommes qui avaient reçu de l’Esprit Saint le pouvoir de le faire.
Et la difficulté particulière du cas présent réside seulement, si nous en croyons l’apôtre Paul, dans la présomption de la chrétienté, qui présume que la chute des Juifs est définitive, et que les Gentils les ont supplantés pour toujours. La vérité est que Dieu n’épargnera pas les Gentils dans leur incrédulité actuelle qui ne fait que croître, mais dans sa grâce il appellera sûrement, et avant longtemps, Israël à la repentance. Ceux qui maintenant attendent Christ, avec les saints ressuscités, serons enlevés vers Lui, et le Libérateur viendra de Sion et ôtera l’impiété de Jacob. Si le Roi des rois et Seigneur des Seigneurs prend une position si nouvelle, il serait singulier que tout ne soit pas changé en conséquence, et en accord avec cette position.
C’est précisément ce que les prophètes montrent, en contraste avec l’épître aux Hébreux, comme avec les autres épîtres apostoliques. Notre sagesse est d’apprendre de Dieu par sa parole et son Esprit, et non pas de juger l’Écriture par des conclusions tirées de notre propre position, de nos circonstances, ou même de notre relation avec Dieu. Laissons la place aux diverses évolutions et manifestations de sa gloire dans les siècles à venir, au lieu de faire de ses voies actuelles, si profondes et bénies qu’elles soient, quelque chose d’exclusif : c’est un piège bien naturel pour l’esprit étroit et égoïste de l’homme.
Venons-en maintenant au préambule de la vision (v. 1 à 4). Son but est bien évident. La vision concerne les espérances d’Israël lorsqu’il est ramené dans son pays, elle leur montre comme sera complète l’œuvre dans les derniers jours (malgré leurs péchés d’autrefois), surtout en rapport avec la présence de Dieu dans un sanctuaire nouveau et approprié, une présence qui ne sera plus jamais perdue, d’autant moins lorsque viendront l’éternité, les nouveaux cieux et la nouvelle terre dans toute la force de ces termes.
On peut résumer ainsi les quatre principales interprétations qui ont été données de ces chapitres (11 à 18).
– L’interprétation historique littérale qui en fait une description prosaïque destinée à conserver le souvenir du temple de Salomon ;
– L’interprétation historique idéale qui prédit d’une manière vague, un avenir de bonheur ;
– La théorie juive qui assume que l’idée a été effectivement adoptée par le résidu rentré au pays.
– L’hypothèse chrétienne ou allégorique, celle de Luther et d’autres réformateurs, généralement suivie par beaucoup aujourd’hui, qui s’efforce de découvrir dans ces chapitres un immense système symbolique du bonheur qui est en réserve pour l’Église.
Mais tout cela laisse de côté une cinquième explication, la seule véritable, je n’en doute pas, qui voit dans ces chapitres la conclusion nécessaire de toute la prophétie, et spécialement des chapitres qui précédent la prédiction du complet rétablissement, dans les derniers jours, d’Israël converti et en possession de toutes les bénédictions promises pour toujours dans son pays, avec la gloire de l’Éternel au milieu de lui. C’est là le seul accomplissement messianique convenable de la vision qui doit être prise dans sa signification simple, juste et littérale, symbolique ou figurée suivant que l’indique le contexte de chaque passage.
Nous avons donc ici la description des mesures des parvis du temple et de leurs dépendances, avec une suite au ch. 42 qui peut être considérée comme terminant la première partie de la description et qui est importante en ce qu’elle détruit la notion qu’il y avait eu – qu’il pouvait y avoir – une ressemblance réelle entre la vision prophétique d’Ézéchiel et un temple réalisé auparavant. Le mur en dehors de la maison (v. 5) n’est pas mesuré avant que nous arrivions à la fin du ch. 42, où il est dit qu’il a 500 cannes de chaque côté, ce qui, donné avec l’exactitude la plus expresse, ne peut être considéré comme une hyperbole sans ébranler le caractère du prophète et de toute l’Écriture ; c’est-à-dire que l’enceinte est considérablement plus grande que la cité toute entière. Comment cela peut-il se faire, nous le verrons peut-être quand nous en viendrons à ce passage.
Il suffit ici de remarquer que le temple décrit par Ézéchiel doit être vu dans l’avenir, comme tout ce qui l’entoure. On peut bien concevoir un tabernacle déjà réalisé comme type des choses actuelles célestes en Christ ; mais ici c’est une prophétie de ce qui trouvera son accomplissement pour Israël dans son pays, lorsque l’Église aura été transmuée à la venue de Christ et régnera avec Lui sur la terre. Il n’y a point de place ici pour une application allégorique ; nous avons vu déjà que la théorie juive est une impossibilité, et nous pouvons repousser le vague idéal comme une véritable infidélité. Quant aux prophètes, les disciples aujourd’hui comme ceux de jadis, sont lents de cœur à les croire.
L’application de cette description à l’avenir est, non seulement la seule raisonnable, mais véritablement la seule possible. En même temps, tout en maintenant que l’évidence est en faveur du temple futur sous le Messie, dans la nouvelle alliance, nous admettons qu’il peut y avoir maintes leçons de vérité et de justice cachées dans le bâtiment et dans les cérémonies et l’ordre général décrits ici, sans accepter cependant les fantaisies de certains, et la confusion de tous les temples de l’Écriture, ceux de Salomon, de Zorobabel, d’Hérode et d’Ézéchiel. Mais en présence de ces interprétations erronées, nous devons veiller avec vigilance de peur que nous ne pervertissions la sainte Parole de Dieu.
Il y a peu de remarques à faire sur les détails de notre chapitre. Dès la première partie (v. 6 à 16) la porte orientale est mesurée, le seuil et les piliers, le portique au dedans et au dehors, les chambres des deux côtés, la largeur de l’entrée, la longueur de la porte et des piliers, la canne mesurant 6 coudées.
Dans la seconde partie (v. 17 à 23), où nous avons le parvis extérieur, il mesure la porte qui regarde vers le Nord, ses chambres, ses piliers, ses portiques, ses degrés, ainsi que la distance entre la porte du parvis intérieur et celles qui lui faisaient vis-à-vis du côté de l’Orient et du Nord.
Dans la troisième (v. 24 à 27) nous avons la mesure de la porte du Midi du parvis intérieur. Cette porte est mesurée (v. 28 à 31) de la même manière, ainsi que celle de l’Orient et du Nord (v. 35 à 38). Puis vient la description (dans les v. 38 à 43) des chambres et des entrées auprès des piliers des portes, et des huit tables de pierres de taille sur lesquelles on égorgeait l’holocauste, quatre de chaque côté, et (v. 44 à 47) les cellules en dehors de la porte pour les sacrificateurs qui font l’acquit de la charge concernant l’autel (le parvis lui-même ayant cent coudées de côté, avec l’autel devant la maison). Le chapitre se termine avec la mesure du portique de la maison (v. 48 et 49).
On remarquera que ce sont les fils de Tsadok qui font le service de la maison. Ils avaient la charge de cette sacrificature perpétuelle, qui appartenait à la descendance d’Ithamar, selon le jugement de l’Éternel annoncé à Éli, après qu’Abiathar eut pris part à la rébellion d’Absalon. Nous trouverons la même restriction tout du long de la vision (voyez ch. 43. 19 ; 44. 15 ; 48. 11).
Ch. 41
Il est frappant de voir que notre prophète ne mentionne ni l’or ni l’argent dans sa description du temple. Tous les deux cependant occupaient une place importante dans le tabernacle de jadis, et l’emploi de l’or est caractéristique dans le bâtiment de Salomon. Pourquoi ?
L’or semble être toujours dans l’Écriture le symbole de la justice divine, non pas dans le sens de jugement exercé sur la terre pour la vengeance de Dieu (cela est plutôt représenté par l’airain), mais symbole de ce dont nous nous approchons dans les lieux célestes. De là la différence entre l’autel des holocaustes et celui de l’encens – mais la pleine signification de l’or se trouve dans l’arche avec son propitiatoire d’or pur.
Quant à l’argent, nous le trouvons dans certaines parties du tabernacle, comme les bases du lieu saint, les crochets des piliers et les baguettes d’attache. Il est le type de la grâce, étant la monnaie de la rançon d’Israël. Nous voyons donc que l’argent, aussi bien que l’or, conviennent à ce qui représente le tabernacle pour le peuple traversant le désert, que l’or seul (et non pas l’argent) caractérise la cité céleste du ch. 12 de l’Apocalypse, tandis que aucun des deux métaux n’est mentionné par le prophète dans sa description du sanctuaire millénaire. On ne peut pas douter pourtant de la présence de l’or dans ce temple, mais cette omission est d’autant plus frappante.
Il y a peu à dire sur ce chapitre dans le but que nous poursuivons. Le prophète est amené du parvis en vue du temple lui-même puis à l’intérieur, et en note toutes les mesures. On remarquera que les symboles employés ici expriment la puissance judiciaire (les chérubins) et la victoire (les palmiers) qui sont particulièrement appropriés au temps millénaire.
Au v. 22 nous lisons que l’autel de bois était haut de 3 coudées, et que « c’est ici la table qui est devant l’Éternel. Cette identification de l’autel avec le nom de la table des pains de proposition est remarquable ; le lecteur peut comparer à ce sujet Malachie 1. 7 et 12. Puis les v. 23 à 26 nous montrent les portes par lesquelles on accédait au temple et au lieu saint, un accès jusqu’à Dieu, totalement différent de ce que nous connaissons, nous qui estimons le sacrifice de Christ d’après sa valeur dans les cieux, et y entrons à travers le voile déchiré. Pour Israël, bien que certainement racheté, la barrière sera à nouveau dressée.
Ch. 42
La mesure de la maison ou du sanctuaire étant terminée, le prophète visite les cellules ou chambres pour les sacrificateurs ; il y a pour ceux-ci des règles expresses : c’est là qu’ils doivent manger, c’est là qu’ils doivent déposer les choses très saintes, c’est là qu’ils doivent ôter et remettre leurs vêtements.
Le paragraphe final présente une petite difficulté, certains lisant cinq coudées, là où nous avons « cinq cents cannes ». Sans doute cet espace serait beaucoup plus grand que le mont Morija d’aujourd’hui, mais le croyant, qui peut d’après la prophétie s’attendre à d’importants changements physiques, ne s’y arrête pas.
Ch. 43
Une scène incomparablement plus élevée s’ouvre maintenant devant le prophète. La gloire de l’Éternel se déploie et revient habiter au milieu de son peuple. C’est le signe du retour de Dieu à Israël, qu’Il avait quitté depuis la transportation des Juifs à Babylone.
Mais le retour du peuple de Babylone, pas plus d’ailleurs que la mission du Messie, ne satisfont la prophétie. Jérusalem est foulée aux pieds des nations jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis. Le Fils de l’homme, à son apparition, rassemblera Israël et jugera toutes les nations. L’Éternel gouvernera alors la terre, avec Jérusalem comme centre terrestre – le retour de la gloire en est le symbole.
À son départ, les Juifs ont cessé d’être reconnus comme le peuple de l’Éternel mais lorsque, sous le Messie et la nouvelle alliance, ils sont ramenés, la gloire revient. Il n’y a pas de plus grande erreur que de penser que cette vision s’applique à la première venue de Christ en humiliation, quand les Juifs l’ont rejeté et crucifié. La prophétie exige que nous croyions que la gloire reviendra effectivement. Cela n’a pas eu lieu quand les Juifs revinrent en Judée par l’effet de la proclamation de Cyrus, et pas davantage lorsque le Seigneur Jésus était ici ; cela aura lieu quand II viendra pour régner. Le gouvernement de Dieu sera alors établi et fleurira aussi longtemps que durera la terre, car il reposera sur Christ, et non sur le premier homme sous la loi, mais avec la grâce comme fondement, « la gloire habitera le pays » et cela pour toujours. Ce n’est qu’alors et pas avant, que la création se réjouira. En attendant elle soupire, mais avec espérance, car elle sera délivrée ; et Christ est le seul libérateur, à sa venue en puissance et en gloire. L’Esprit travaille actuellement en témoignage.
Dieu avait une habitation au milieu d’Israël de jadis, après avoir opéré la rédemption pour lui et l’avoir fait sortir du pays d’Égypte.
Aussitôt après, dès qu’ils sont délivrés de la maison de servitude, ils se mettent à chanter ses louanges : « Tu as conduit par ta bonté ce peuple que tu as racheté, tu l’as guidé par ta force jusqu’à la demeure de ta sainteté. Tu les introduiras et tu les planteras sur la montagne de ton héritage, le lieu que tu as préparé pour ton habitation, ô Éternel le sanctuaire, ô Seigneur ! que tes mains ont établi » (Ex. 15. 1 à 17). Mais il y avait là plus que de l’anticipation, car il ajoute, ch. 24. 45 et 46 « Et j’habiterai au milieu des fils d’Israël, et je serai Dieu, et ils sauront que moi, l’Éternel, je suis leur Dieu qui les ai fait sortir du pays d’Égypte, pour habiter au milieu d’eux ».
Le temple était en substance le même, seulement il était approprié à l’établissement d’Israël dans le pays, et n’était plus le tabernacle qui errait çà et là dans le désert avec les Israélites. Dans les deux cas, de même qu’il n’y avait là qu’une rédemption extérieure, son habitation était pour ainsi dire extérieure aussi, et était liée à leur fidélité comme témoins du seul vrai Dieu et à leur responsabilité sous la loi. Le résultat a été la ruine, comme c’est toujours le cas pour le premier homme.
Ensuite, au temps marqué, vint le Seigneur Jésus, le Fils de l’Homme, le vrai temple de Dieu, Lui, le Saint de Dieu. Hélas ! il fut rejeté, et toutes les espérances d’Israël et de l’homme dans la chair furent ensevelies dans son tombeau. Mais la grâce de Dieu opéra la rédemption par Lui, crucifié, et une nouvelle habitation pour Dieu fut formée en ceux qui confessent son nom, Juifs ou Gentils, « édifiés ensemble pour être une habitation de Dieu par l’Esprit ». C’est l’assemblée, et elle continue, quelle que soit la ruine de ce temple saint.
Mais ce dont parle Ézéchiel n’est aucune de ces choses, mais l’habitation que l’Éternel fera pour Lui-même « dans le pays des fils d’Israël pour toujours ». C’est ce que nous trouvons fréquemment dans les derniers psaumes, particulièrement dans le Psaume 132. C’est encore une chose non accomplie.
Pourquoi pense-t-on que c’est chose incroyable que Dieu puisse ainsi habiter au milieu d’Israël ici-bas ? Nous ne doutons pas qu’il forme maintenant un corps en vue du ciel, en vue de la rédemption en Christ. Mais la grâce sera à l’œuvre en puissance pour Israël et les nations, comme elle l’est aujourd’hui pour l’Église, afin que tout l’univers puisse connaître les vertus du sang de Christ et reconnaisse la gloire de Dieu dans la bénédiction de la création autrefois asservie à la corruption, mais délivrée alors de son long esclavage. Le mal moral et la corruption religieuse disparaîtront. Tout sera à la gloire de Celui qui seul est digne. Le peuple qui pendant si longtemps avait apporté le trouble sur la terre, sera honteux de sa souillure et de sa rébellion contre l’Éternel et sera dans ce jour-là le témoin de sa grâce bien plus encore qu’il ne l’a été de sa colère.
Le prophète reçoit donc l’ordre de placer devant Israël le temple dans toutes ses mesures, afin qu’il puisse voir de quoi l’avait privé son iniquité. La vision agira profondément sur eux dans l’avenir (v. 10 à 12). La sainteté doit régner en ce jour-là bien plus encore qu’autrefois (comp. Zach. 14). Nous voyons ensuite les mesures de l’autel, puis les ordonnances relatives aux holocaustes et l’aspersion du sang.
Nous avons déjà dit qu’il est vain d’appliquer cette description au retour du peuple de Babylone. Mais la suite le montrera encore davantage. Le présent chapitre le prouve déjà : il n’y a pas eu de retour de la gloire.
Les Juifs gémissaient alors sous le joug des nations. Encore moins cela peut-il s’appliquer dans la suite, après la destruction de la ville par les Romains. L’accomplissement est à venir. Israël retournera dans son pays, sera converti et béni sous l’Éternel et sous Dieu, mais, en tant qu’Israël et non en tant que chrétiens. Les chrétiens juifs ou gentils appartiennent à Christ dans le ciel, il n’y a aucune différence, et c’est pourquoi un des traits caractéristiques du christianisme, c’est que de telles distinctions disparaissent tant que Christ est la Tête dans le ciel, et que son corps est en formation sur la terre par le Saint-Esprit envoyé d’en-haut.
Lorsque les visions d’Ézéchiel seront accomplies, ce sera le règne de l’Éternel-Jésus sur la terre, et la distinction d’Israël d’avec les nations sera rétablie pour la bénédiction sous la nouvelle alliance, non pas pour la malédiction sous la Loi comme autrefois. Ceux qui appliquent cette prophétie, en même temps que l’épître aux Hébreux, aux chrétiens, détruisent la force de l’une et de l’autre. Le résultat en est qu’on est à moitié juif et à moitié chrétien. Tel est l’aspect de la chrétienté pour le déshonneur du Seigneur, la détresse de nos âmes et l’affaiblissement de la Parole de Dieu.
Nous devons donner à chaque Écriture sa propre valeur et, tout en restant attachés comme chrétiens à la doctrine de l’épître en ce qui nous concerne nous-mêmes, nous pouvons nous réjouir des brillantes anticipations du prophète pour Israël. Le peuple céleste se repose sur un seul sacrifice et pénètre dans le saint des saints, où Christ est à la droite de Dieu. Mais le peuple terrestre aura un sanctuaire et un pays qui lui conviennent, et tel sera l’ordre de son culte.
Les v. 18 à 27 nous donnent les ordonnances de l’autel après que nous en avons vu les mesures. Il y est question de sacrificateurs ; ils sont désignés également comme étant des Lévites et de plus comme étant de la semence de Tsadok, et le service de l’autel leur est confié. Tous les sacrifices se suivent dans leur ordre : sacrifice pour le péché, holocaustes, sacrifice de prospérité. C’est le renouvellement du sacrifice lorsque la terre et Israël sont soumis au règne du Messie manifesté en gloire, et gouvernant en justice et en paix.
C’est l’apostasie du ritualisme de chercher à introduire maintenant le système des sacrifices, alors que nous sommes appelés à nous en tenir dans la foi au seul sacrifice de Christ accepté dans le ciel. Mais nous ne devons pas fermer les yeux à la révélation de ce jour à venir pour la terre, où Dieu sanctionnera pour Israël sacrificateur et peuple, sacrifice et autel. Si nous sommes incapables d’expliquer toutes les différences, nous sommes en tous cas obligés de nous soumettre aux Écritures, qui sont absolument simples dans leur signification, tant pour nous aujourd’hui que pour Israël plus tard. Nous soumettre en toute simplicité à Christ et à sa parole est le secret de toute intelligence, qui a son prix aux yeux de Dieu.
Ch. 44
Le prophète est ramené à la porte qui regarde l’Orient. Cette fois elle est fermée. Auparavant quand il l’avait vue, la gloire de l’Éternel venait par ce même chemin dans la maison et la remplissait (v. 1 à 3). L’entrée de l’Éternel, le Dieu d’Israël, suffisait pour fermer cette porte à tous, excepté à son représentant. Car il aura un représentant sur la terre – le prince – et ce prince s’y assiéra pour manger le pain devant l’Éternel. Il aura l’honneur d’entrer et de sortir par le portique de cette porte.
Aucun souverain sacrificateur n’a jamais pu réclamer ce droit. En fait, ce n’est pas un sacrificateur, mais le prince, le chef terrestre d’Israël. Nous apprendrons davantage à son sujet dans les ch. 45 et 46. Il suffit de dire ici qu’il n’est certainement pas le Messie, car quoiqu’il soit entièrement distinct d’un sacrificateur, il a besoin d’offrir un sacrifice pour le péché, et peut avoir des fils. Sans doute il sera un prince de la maison de David.
Et je vis, et voici, la gloire de l’Éternel remplissait la maison de l’Éternel; et je tombai sur ma face » (v. 4). C’est visiblement le royaume. Le prince sera là, de même la gloire de l’Éternel. Jusqu’à présent on n’a rien vu de semblable, sinon en type une fois dans les jours de Salomon ; il y a de plus grandes choses en réserve pour Israël. Les hommes n’ont pas compris la différence entre les ordonnances et les lois de la maison données ici, et les circonstances passées du temple (v. 5). Ils ont omis « d’appliquer leur cœur à considérer » et ont tout confondu avec ce qui a été. Le Saint-Esprit seul peut nous montrer les choses à venir selon Dieu.
D’après les v. 6 à 8, on ne suivra plus désormais les idoles. Israël en aura fini avec toutes ses abominations. Il n’y aura plus d’intrigues au sujet de la sacrificature et l’on ne rompra plus l’alliance de l’Éternel. La sainteté sera observée dorénavant dans la maison de l’Éternel pour toujours. Ici il leur rappelle leurs péchés. Les Lévites qui se sont détournés sentiront leur honte dans les jours du royaume. Ils sont dégradés de leur office – au moins dans la partie la plus élevée – et ne sont autorisés à faire qu’un service secondaire pour le sanctuaire. Triste contraste avec les jours de Moïse !
Mais ce sont les jours du royaume et la justice règne. La réputation de jadis ne suffit pas. Si leurs fils ont marché infidèlement avant l’apparition de l’Éternel en gloire, ils doivent en porter les conséquences. L’Éternel sera exalté en ce jour-là, et ceux qui se sont humiliés, Il les exaltera.
S’il fallait des preuves pour connaître la juste application de la vision finale (ch. 40 à 48) on ne pourrait en trouver de plus simples et de plus décisives qu’aux derniers versets de ce chapitre. Ce n’est nullement un ministère pour prêcher les bonnes nouvelles de Dieu en grâce pour établir les enfants de Dieu dans sa vérité ou dans leurs privilèges. Le temps de l’Église aura passé avant que cette prophétie commence à se réaliser, aussi sûrement qu’il a commencé longtemps après que cette prophétie a été écrite.
C’est en vain que l’on avance que, dans le christianisme, il y a des sacrificateurs, cela ne désigne pas une classe de fonctionnaires chrétiens qui représentent leurs frères et jouissent d’une plus grande proximité de Dieu que les autres. C’est la sacrificature mystique de ceux qui croient en Christ. Ils ont tous la liberté de s’approcher de Dieu, étant les uns et les autres approchés par le sang de Jésus.
Affirmer une relation d’une plus grande proximité pour quelques-uns, c’est la nier – non seulement pour les autres mais pour tous ; d’autant plus que son essence même est que la grâce place tous ceux qui sont de Christ dans la même perfection absolue par son sang. L’efficace de son sacrifice est complète, sans changement, éternelle. L’enseignement du Nouveau Testament est que tous ceux qui croient sont sacrificateurs.
C’est le même sang précieux qui a effacé leurs péchés, qui les a approchés de Dieu. Ils sont en Christ devant Lui.
Il n’y avait aucune différence dans leur état de péché, de même il n’y en a aucune quant à leur accès à Dieu, c’est pourquoi nous avons tous libre accès dans les lieux saints par le sang de Jésus, par le chemin nouveau et vivant qu’il nous a ouvert à travers le voile, c’est-à-dire sa chair. Nous sommes une sainte sacrificature pour offrir des sacrifices perpétuels à Dieu par Jésus-Christ, une sacrificature royale pour publier les vertus de Celui qui nous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière.
Mais ici, c’est une partie favorisée du peuple élu qui pouvait représenter la masse, là où les autres ne pouvaient aller, et comme c’est une sacrificature terrestre, les sacrifices le sont aussi. La graisse et le sang (v. 15 et 16) selon la Loi étaient la portion de l’Éternel : cela est indiqué minutieusement en Lévitique 3 et 7 au sujet du sacrifice de prospérité. On a fait remarquer que bien que l’autel dans l’Ancien Testament soit désigné comme la table du Seigneur, elle n’est pas appelée son autel. L’autel de jadis pouvait à juste titre être appelé sa table, parce qu’on y plaçait et y consommait « le sacrifice fait par feu à l’Éternel ». Cela ne s’applique en aucune manière au Nouveau Testament où il n’est pas question de pareille offrande, mais bien de la communion de l’Assemblée dans le sanctuaire de Christ, en annonçant sa mort.
Les détails confirment les remarques que nous venons de faire. Ainsi il était enjoint aux sacrificateurs de porter des vêtements de lin, tandis que la laine leur était interdite. Leurs vêtements ordinaires étaient pour l’extérieur, mais pour leur service ils devaient porter les vêtements sacerdotaux, et les déposer dans les cellules saintes. Ils ne devaient ni raser leurs têtes, ni porter les cheveux longs, ni boire de vin quand ils entraient dans le parvis intérieur. Ils ne devaient pas épouser une veuve sauf celle d’un sacrificateur, mais une vierge de la maison d’Israël (v. 17 à 22). Tout cela est clairement une répétition de l’ordre lévitique pour les prêtres terrestres d’Israël, dans les jours du futur royaume, avec cette aggravation que les conditions du mariage ne concernant que le souverain sacrificateur, s’appliquent à tous les sacrificateurs. Mais dans leur signification littérale, ces préceptes ne concernent en rien les chrétiens, et encore moins une classe parmi les chrétiens.
Leurs devoirs, comme on le voit ensuite s’étendent aux questions du cérémonial et aux questions judiciaires (v. 23 et 24). La Loi relative à la souillure contractée pour un mort, subsiste aussi rigide qu’auparavant (v. 25 à 27). La mort sera dans ce temps-là rare et exceptionnelle, mais c’est une raison de plus pour que les sacrificateurs ne doivent en aucune manière être placés sous son pouvoir.
Ils seront satisfaits d’avoir l’Éternel pour héritage, au lieu de la part charnelle qu’avait l’Israélite.
Mais ils recevront leur portion des offrandes de l’Éternel, de tout ce qui est voué à Dieu et des prémices de tous les premiers fruits, en s’abstenant de ce qui est mort de soi-même, ou de ce qui a été déchiré (v. 28 à 31). Il n’est sûrement pas utile de démontrer que ces règlements seront entièrement en vigueur quand la gloire de l’Éternel visitera et gouvernera la terre. Ils ne peuvent être appliqués dans le ciel, ou à ceux qui participent à l’appel céleste.
Tout ramène à Christ. S’Il est connu de la foi, pendant qu’Il est dans les hauts lieux sur le trône du Père, une relation céleste se trouve formée, et « tel qu’est le céleste, tels aussi sont les célestes ». Mais quand Il sera manifesté en gloire et prendra la terre, il y aura un changement correspondant dans la position qu’occupera son peuple. Ce dernier ne sera pas un peuple céleste, mais terrestre, le Saint Esprit ne les formera pas en un seul corps avec une tête céleste, mais il les placera, en tant qu’Israël et nations, dans leurs positions respectives et distinctes ; la vieille inimitié et la jalousie auront disparu sous le règne de Celui que tous reconnaissent comme l’Éternel, roi sur toute la terre. De là vient aussi que les distinctions terrestres des sacrificateurs et lévites, avec les autres traits distinctifs d’un culte terrestre, sont établies suivant la volonté de Dieu, au lieu de la proximité céleste des chrétiens d’aujourd’hui.
Ch. 45
Ce chapitre nous donne un trait caractéristique de l’âge nouveau, l’offrande élevée mise à part pour l’Éternel (v. 1 à 5). L’Éternel réclame son droit comme possession reconnue du pays, mais Dieu assigne cette offrande au sanctuaire de son peuple et à ceux qui y rendent culte, sacrificateurs ou lévites. C’est quelque chose de tout nouveau pour le millénium, dans le passé rien de semblable n’a été connu.
D’après les v. 6 à 8, Israël a sa part dans la possession de la ville, le prince la sienne, et les tribus la leur dans le pays en général. L’Éternel lie le système tout entier de son peuple, civil et religieux, à son nom. Désormais l’oppression sera aussi inconnue que la corruption dans le culte. Mais cela n’en est pas moins clairement la terre et un peuple terrestre. Les choses célestes n’ont pas de place là.
Cela nous amène à une exhortation morale, adressée à ceux de la maison du prince (v. 9 à 12). Dieu daigne régler toutes choses pour son peuple sur la terre, rien ne reste en dehors de sa connaissance. Ensuite les redevances religieuses sont décrites avec précision (v. 13 à 17). Les positions relatives du prince et du peuple sont ainsi définies, il n’y a aucune confusion, mais leurs intérêts sont communs et ne pourraient être séparés.
Nous en arrivons aux temps et aux saisons tels qu’ils devaient être observés par Israël. Et nous remarquons tout de suite un ordre nouveau pour la purification du sanctuaire (v. 18 à 20). Ce n’est plus maintenant un témoignage au commencement de leurs mois, ni une expiation au septième mois. L’année s’ouvre à son premier jour avec une offrande qui nous présente Christ dans son dévouement sans tache, souffrant pour le péché, cela est répété le septième jour pour celui qui pèche par erreur et pour le simple, afin qu’aucun de ceux-là ne soit privé de la jouissance de Dieu et de ses privilèges.
Mais il y a les fêtes aussi bien que la propitiation pour la maison. Dieu remet en vigueur la Pâque. C’est la grande institution qui ne change pas, pour son peuple, commencée en Égypte, observée dans le désert, célébrée dans le pays, et après un long temps d’indifférence de nouveau par Ézéchias, puis par Josias et maintenant nous voyons que dans le royaume, Israël devra célébrer la fête de sept jours avec des pains sans levain (v. 21 à 24).
Il n’y a pas ici des milliers de bœufs et de brebis offerts volontairement d’un cœur libre, mais le prince et tout le peuple, le 14ème jour du premier mois, sont identifiés comme ils ne l’ont jamais été auparavant dans un seul taureau pour le sacrifice pour le péché, tandis qu’en chacun des sept jours le prince doit offrir un holocauste complet, avec son signe de parfaite consécration à l’Éternel, et son sacrifice journalier pour le péché, et non sans le sacrifice sanglant approprié.
Chose frappante, la fête des semaines n’apparaît nulle part. Il y a des personnes qui conçoivent le millénium comme le temps particulier du don de l’Esprit, et qui pourraient naturellement s’attendre à ce que cette fête des semaines fût la plus importante de toutes. Mais elle est entièrement omise et cela est solennellement instructif.
Le don de l’Esprit a été et est la caractéristique de ce jour de grâce où nous devons marcher par la foi et la patience, plutôt que du jour où le royaume vient en puissance. Cela ne veut pas dire que le Saint Esprit ne sera pas répandu sur toute chair, car les prophètes le disent explicitement. Mais Il est descendu maintenant, non seulement en puissance et en bénédiction, mais baptisant tous ceux qui croient, Juifs et Gentils, en un seul corps, le corps de Christ, tête glorifiée de l’assemblée dans les lieux célestes.
Il n’en sera pas ainsi dans ce jour futur. Israël et les nations seront bénis et se réjouiront ensemble; mais une union comme celle du « seul corps » n’est pas annoncée. Ils seront chacun sur son propre terrain, formant des cercles distincts quoique bénis, autour de leur Seigneur et Dieu, dont le trône terrestre sera à Jérusalem en ce jour-là. Il me semble donc qu’il est très naturel que la Pentecôte ne se trouve pas dans ce temps de bénédiction pour la terre, car elle a trouvé son accomplissement le plus élevé et le plus riche dans l’Assemblée de Dieu unie à Christ dans les lieux célestes.
Mais la fête des tabernacles se retrouvera sûrement. Elle est prescrite à nouveau ici et au temps habituel (v. 25). Le sens de l’œuvre de Christ est pleinement maintenu, comme dans la Pâque, mais la fête qui aura la signification la plus complète alors est clairement le grand rassemblement qui se réjouira devant l’Éternel après la moisson et après la vendange (cf. Apoc. 14) lorsqu’ils regarderont en arrière vers les jours de leur pèlerinage passé pour toujours. C’est la bénédiction d’Israël lorsque la gloire resplendit sur Sion.
Ch. 46
Ce chapitre nous donne de nouveaux détails sur le culte public du millénaire dans le sanctuaire, pour le prince, le peuple et les sacrificateurs une place toute particulière étant faite aux sabbats et aux nouvelles lunes.
La porte du parvis intérieur qui regarde vers l’Orient devait toujours être fermée, sauf le jour du sabbat et le jour de la nouvelle lune. La raison pour laquelle ces deux jours ont une place si importante est évidente. Ceux qui sont de Dieu n’ont plus désormais à entrer dans le repos, car ils y sont arrivés. Le jour est venu, le peuple de Dieu n’a plus besoin de garder le sabbat. La gloire habite le pays, et les fils d’Israël sont rassemblés de partout, de l’Orient et de l’Occident, du Nord et du Sud. Dans le désert ils avaient suivi un chemin solitaire, sans trouver de cité où habiter – tout cela est passé et pour toujours ; ils ont été conduits par le bon chemin et sont arrivés à une ville d’habitation, à sa ville, car c’est là le vrai nom dont elle peut se parer ; comme nous allons le voir, l’Éternel est là.
« En ce jour-là, il sera dit à Jérusalem : ne crains pas Sion, que tes mains ne soient pas lâches ! l’Éternel ton Dieu, au milieu de toi, est puissant, il sauvera, il se réjouira avec joie à ton sujet, il se reposera dans son amour, il s’égaiera en toi avec chant de triomphe » (Soph. 3. 16). C’est pourquoi le sabbat a tout naturellement beaucoup d’importance, et le jour de la nouvelle lune aussi. Israël, qui pendant si longtemps avait décru pour finalement disparaître, renouvelle maintenant sa lumière, pour ne plus jamais la perdre. La nouvelle lune représente donc très justement Israël restauré à ce moment et toujours.
Il était convenable que le prince et le peuple adorent, comme nous le voyons aux v. 2 et 3, devant l’Éternel. Mais même le prince n’entre pas, il se tient près des poteaux de la porte, il rend son culte sur le seuil. Il ne peut pas s’approcher comme nous le faisons maintenant en Esprit au travers du voile déchiré, car le peuple a sa bénédiction sur la terre et non dans les lieux célestes.
L’ordre des sacrifices dans les circonstances ordinaires est exposé aux v. 4 à 8. Il y a pourtant une différence dans les solennités (v. 9 à 11) ; le prince entre et sort au milieu du peuple, tandis que (v. 12), quand il offre un sacrifice volontaire, la porte de l’orient lui est ouverte et est refermée ensuite.
Il est aussi remarquable de constater que si l’holocauste journalier consistait en un agneau offert chaque matin, comme sous l’ancienne alliance, il n’est plus question d’un agneau offert le soir (v. 13 à 15). La raison en est que c’est le temps où le soleil d’Israël ne se couchera plus. L’agneau du soir avait sa raison d’être jadis. Mais maintenant qu’ils sont dans la lumière de son jour, l’agneau du soir disparaît, tandis que celui du matin continue d’être offert en holocauste continuel.
Nous voyons ensuite quel soin est pris pour que le prince ne puisse dépasser ses justes limites, dans le cas d’un don fait à un de ses serviteurs, de manière à garder intacts les droits de ses fils, aussi bien que ceux de chaque Israélite (v. 16 à 18). Le jugement en ce jour sera toute justice. Le jubilé est ainsi observé dans toute sa force. Les derniers versets de ce chapitre montrent qu’il n’est pas question seulement d’holocaustes, mais aussi de sacrifices pour le péché et pour le délit : l’état d’Israël sur la terre est exigé encore. Nous avons ici Israël béni sur la terre pendant le royaume, Satan lié, le péché réprimé, mais pas encore extirpé, et dans certains cas, la grâce agissant envers lui, là où il n’exige pas l’anathème ou l’excommunication.
Ch. 47
Voici maintenant ure particularité très caractéristique de cet âge futur, en rapport avec le sanctuaire de l’Éternel : des eaux en sortent avec un pouvoir salutaire et un volume croissant.
Joël avait déjà prédit : « une source sortira de la maison de l’Éternel et arrosera la vallée de Sittim (Joël 3. 18). Cette prophétie fait prévoir une véritable exubérance de bénédictions terrestres comme un gage de la faveur de Dieu et de son bon plaisir dans sa créature. La vallée de Sittim (des acacias) confirme cela, car la question n’est pas de savoir si les eaux pourraient couler vers ce lieu situé de l’autre côté du Jourdain, à une douzaine de kilomètres de la Mer Morte. Ce jour-là n’est pas sujet aux conditions de la nature, telles qu’elles existent aujourd’hui. La nature s’est soumise au Créateur lorsqu’Il est venu ici comme un Homme pour mourir et ressusciter, elle se soumettra encore quand Il viendra exécuter le jugement sur les vivants, lors de son retour dans son royaume. C’est précisément parce qu’elle offre un exemple spécial de sécheresse que Dieu choisit cette vallée et déclare qu’elle sera arrosée ; c’est parce que la mer d’Orient est proverbialement une mer morte qu’elle abondera en vie. La bénédiction se répandra jusqu’aux bouts de la terre depuis la maison de l’Éternel.
Bien plus tard, Zacharie déclare que la moitié des eaux s’écoulera vers la Méditerranée et l’autre vers la Mer Morte, ajoutant ainsi à ce que Joël avait annoncé ; cela aura lieu été comme hiver, car la source de ces eaux est bien au-dessus des ressources de la création.
Ézéchiel, entre ces deux prophètes, va nous parler en détail de ces eaux et de leurs effets, qui nous révèlent une énergie entièrement différente de celle de l’homme ou de la nature. Cette vision, dans son ensemble comme dans ses détails, appartient au futur et suppose le royaume rétabli sur Israël restauré et installé pour toujours dans son pays.
Le fait remarquable que nous racontent les v. 1 à 5 de notre chapitre est l’augmentation du volume des eaux, sans qu’il soit fait la moindre allusion à l’apport d’affluents comme cela existe toujours dans la nature. On reste émerveillé de cette manifestation de la puissante grâce de Dieu, tout jaillit de sa maison, et les eaux, au lieu de diminuer à mesure qu’elles s’éloignent de leur source, deviennent rapidement plus profondes, montant jusqu’aux chevilles, puis aux genoux, puis aux reins, et enfin jusqu’à ce qu’elles forment une rivière dans laquelle il faut nager et qu’on ne peut traverser.
Les effets de cette abondance apparaissent immédiatement (v. 6 à 12) sur les deux rives des arbres en quantité et dans ces eaux, où la mort a régné si longtemps, des poissons en si grand nombre que les pêcheurs peuvent étendre leurs filets d’un bout à l’autre de ce qui a été la mer de bitume ! Cependant nous sommes encore dans le temps qui n’est pas la perfection ni dans les conditions de l’éternité, car la mer existe toujours (Apoc. 21), ses marais et ses étangs ne sont pas assainis, quelle que puisse être en eux, sur leurs bords, la force de la vie végétale et animale. Comme est belle cette bonté de Dieu au v. 12, qui pourvoit à la nourriture et à la guérison ! Tout cela est une scène terrestre.
Le reste du chapitre nous décrit la place qu’occupera Israël dans le pays. Les conseils de Dieu demeurent. Joseph, quelque sombre qu’ait été l’histoire de ses fils, doit avoir sa portion ; la chair a manqué, Ruben a perdu son droit d’aînesse, mais le don de grâce subsiste (v. 13 à 21). Peut-on supposer que la place manquera pour Israël rassemblé de toute la terre ? Non, car la terre produira d’autant plus, l’abondance de la mer et les richesses des nations viendront à Sion sans mesure. La nation et le royaume qui refuseraient de servir Jérusalem doivent périr. Des rois seront ses nourriciers, des princesses ses nourrices.
On pourrait craindre qu’un si petit espace ne suffise pas aux tribus d’Israël et aux étrangers qui séjournent au milieu d’elles et y ont engendré des enfants (v. 22 et 23). Il n’en est rien, et l’on voit aussi que cette largeur de cœur et cette libéralité sont des choses absolument nouvelles pour ce peuple.
De tous côtés il est évident que ce que nous lisons n’appartient pas au passé, mais au brillant avenir que Dieu a réservé à Israël dans son pays, où l’étranger sera le bienvenu pour un héritage dans n’importe quelle tribu. Il en sera ainsi pour le Juif dans ce temps-là, heureux contraste avec tout ce qui a été auparavant ! Il l’apprendra de Dieu lorsqu’il sera soumis à Jésus et que lui-même, béni comme il le sera, deviendra une bénédiction pour d’autres. Bonne mesure, pressée et secouée et qui débordera, telle est celle qu’Il donnera pour la gloire de sa grâce qui demeure à toujours.
Ch. 48
La distribution des tribus dans le pays, depuis Josué jusqu’à la ruine de la royauté, diffère en tous points de celle de la prophétie que nous lisons dans ce chapitre, et depuis ce temps-là rien de semblable n’a eu lieu.
Dan est à l’extrême Nord, et non Nephtali comme autrefois. Ensuite vient Aser et après lui seulement Nephtali. Manassé, qui était jadis divisé par le Jourdain, est comme les autres avec Éphraïm au Sud, puis vient Ruben dont la possession était autrefois à l’Est du Jourdain. Juda vient après, immédiatement avant la sainte offrande. Au Sud de cette dernière se trouve la portion de Benjamin, ce qui renverse exactement l’ordre ancien dans lequel ce dernier était au Nord de Juda. Puis viennent Siméon et Issacar, lequel était auparavant au Nord de la Samarie et au Sud-Ouest de la mer de Galilée. Enfin Zabulon, jadis au nord d’Issacar, et Gad qui se trouve à l’extrême Sud.
On remarquera que, de même qu’aux jours de Josué, le pays devait être divisé par le sort, il en sera de même au jour où un plus grand que Josué prendra le royaume. L’offrande est une caractéristique entièrement nouvelle de cette redistribution d’Israël, quand viendra Celui qui a droit à la couronne, et dont la première pensée est pour le sanctuaire de l’Éternel. Prince, sacrificateurs, Lévites, tous seront là ; chacun à sa place en relation avec la ville et le sanctuaire. Car il n’est pas question ici de ciel ou de cité céleste, nouvelle Jérusalem qui descend du ciel et d’auprès de Dieu, mais de la terre et du pays.
Le temple est mentionné ici, alors qu’il est passé sous silence emphatiquement dans le ch. 21 de l’Apocalypse. Ainsi il ne peut et il ne pourrait y avoir ni sacrificateurs, ni Lévites, ni fêtes, ni sacrifices dans la cité céleste de l’Apocalypse, pas davantage que dans la chrétienté actuelle.
Dans Ézéchiel il y a des traits essentiels et indélébiles, qui ne sont intelligibles que pour ceux qui, croyant les prophètes, attendent le siècle à venir avant l’éternité, et l’accomplissement de la prophétie relative à la bénédiction d’Israël et des Gentils sous le règne du Seigneur Jésus, quand Il sera venu avec tous ses saints en gloire. Bienheureux sont ceux qui confessant la joie et le repos futurs d’Israël sur la terre, convertis à la grâce et à la fidélité de Dieu, sont d’autant plus libres pour attendre le Fils de Dieu du ciel, Celui qui nous délivre de la colère qui vient. Voir distinctement la position du peuple terrestre, d’abord sous l’ancienne responsabilité légale, ensuite sous le Messie et la nouvelle alliance, aide beaucoup ceux qui, par grâce croient malgré les efforts de Satan.
Nous arrivons à la fin de cette prophétie et le dernier verset nous montre la présence de l’Éternel dans la cité qu’Il a choisie. Israël pourra se glorifier de cela, plus que de tous ses privilèges, et à juste titre, car c’est le complément et le couronnement de tout.
Quelle merveilleuse fin de leurs longs pèlerinages et de leurs nombreuses peines ! Comme cela est digne de la grâce salutaire, qui lavera la culpabilité, quand ils se tourneront vers Lui avec foi, discernant et reconnaissant enfin leur folie dans la lumière de son amour, Lui qui n’a jamais changé, mais qui est mort pour eux tant de siècles avant qu’ils ne tombent devant sa face avec honte et contrition.
D’après W. Kelly