NAOMI

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NAOMI

1ère partie : le retour de Naomi

Je propose, ce soir, d’accompagner, sur un bout de chemin, Naomi, dont l’histoire nous est rapportée dans l’Ancien Testament.

En lisant certains livres de la Bible, on peut se poser la question de savoir s’ils ont quelque chose d’autre à nous apporter que le récit lui-même. Alors nous entendons cette voix du Nouveau Testament : « Toute écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice » (2 Tim. 3. 16). Il y a toujours une instruction à retirer de ce que nous pouvons lire dans la Parole de Dieu.

Ce n’est pas toujours le sens premier, mais il y a souvent un sens second, un sens spirituel, un sens moral. Parfois il y a aussi un sens prophétique. Le Seigneur Jésus, Lui, nous donne encore une autre raison de sonder les Écritures, c’est que ce sont elles qui rendent témoignage de Lui (Jean 5. 39). Donc nous avons toujours, même dans les écrits de l’Ancien Testament, des versets qui nous ramènent au Seigneur Jésus Christ Lui-même.

Il y a un autre verset, dans la 1e épître aux Corinthiens, qui nous dit que ce que le peuple d’Israël a vécu, il l’a vécu comme type, c’est-à-dire, ce qu’ils ont vécu doit nous servir d’exemple, à nous que la fin des temps a atteint (1 Cor 10. 11). Nous sommes bien sûr, aujourd’hui, dans cette période de la fin des temps comme déjà l’apôtre Paul pouvait le dire.

Nous allons demander à notre Dieu de nous guider, pour recevoir à travers cette histoire de Naomi et de Ruth quelque enseignement, quelque encouragement, peut-être aussi quelque exhortation. Et chacun en fonction de son histoire, en fonction de ce qu’il connaît, de ce qu’il vit, pourra certainement recevoir quelque chose de la part de Dieu.

Nous commençons la lecture au premier chapitre du livre de Ruth : « Et il arriva, dans les jours où les juges jugeaient, qu’il y eut une famine dans le pays ; et un homme s’en alla de Bethléhem de Juda, pour séjourner aux champs de Moab, lui et sa femme et ses deux fils. Et le nom de l’homme était Élimélec, et le nom de sa femme, Naomi ; et les noms de ses deux fils, Makhlon et Kilion, Éphratiens, de Bethléhem de Juda ; et ils vinrent aux champs de Moab, et ils demeurèrent là. Et Élimélec, mari de Naomi, mourut ; et elle resta avec ses deux fils. Et ils prirent des femmes moabites : le nom de l’une était Orpa, et le nom de la seconde, Ruth ; et ils habitèrent là environ dix ans. Et Makhlon et Kilion, eux deux aussi, moururent ; et la femme resta, privée de ses deux enfants et de son mari » (v. 1 à 5).

La Parole de Dieu introduit cette histoire en quelques versets, et même s’ils sont donnés pour situer le récit, ce sont des versets qui sont riches d’enseignements. D’abord ils nous situent l’histoire au temps des juges.

Le temps des juges est un temps particulier, entre le moment où le peuple d’Israël, sous la conduite de Josué, est entré dans le pays de Canaan, et l’établissement d’un roi sur Israël. C’est une période où le peuple, dans son ensemble, s’était détourné de Dieu. Il nous est dit que, après la génération qui avait combattu, qui avait dit à Josué qu’ils désiraient servir l’Éternel, il « se leva une autre génération qui ne connaissait pas l’Éternel, ni l’œuvre qu’il avait faite pour Israël » (Jug. 2. 10).

C’est surprenant, parce que voilà une seule génération qui a passé, et déjà ils ne connaissaient plus l’Éternel. Cela montre que les parents avaient déjà laissé une bonne partie de leurs convictions et avaient négligé d’instruire leurs enfants – ou, s’ils l’avaient fait, c’était d’une manière telle que les choses ne les avaient pas marqués. Il manquait la puissance. Alors Gédéon va dire plus tard : « Où sont toutes ses merveilles que nos pères nous ont racontées ? » (Juges 6. 13) Où est cette grandeur de l’Éternel dont on nous a parlé ? Nous sommes là dans la pauvreté, sous l’oppression, en train de cacher le peu de récolte qu’on a pu sauver de la main de l’ennemi.

Il y a donc déjà une première instruction ici, c’est que dans ces temps-là, Dieu était peu connu et peu servi. Toute l’histoire des juges est une succession de moments où le peuple se détourne de Dieu – c’était pourtant le peuple de Dieu, dans le pays de Dieu – et se tourne vers les idoles, et où Dieu va intervenir par des jugements pour le ramener. En général Il les ramène par l’intervention d’un juge.

C’est dans ce contexte-là, dans cette période qu’il est dit que chacun faisait ce qui était bon à ses propres yeux, où il n’y avait pas de roi en Israël (21. 25). Dieu n’était donc pas reconnu comme roi d’une manière générale. C’est dans cette période-là que se situe l’histoire de Ruth.

Et c’est aussi une période où la famine est sur le pays. Quand la famine arrive dans le pays d’Israël, il s’agit en général d’une interpellation de la part de Dieu. Il avait annoncé qu’il enverrait la famine sur le pays, qu’il retiendrait la pluie lorsque le peuple se détournerait de Lui (Deut. 28). Salomon aussi plus tard, dans sa prière, fera mention de cela et il dira : « Quand les cieux seront fermés et qu’il n’y aura pas de pluie, parce qu’ils auront péché contre toi, s’ils prient en se tournant vers ce lieu-ci, et qu’ils confessent ton nom et reviennent de leur péché, parce que tu les auras affligés : alors, toi, écoute dans les cieux, et pardonne le péché de tes serviteurs et de ton peuple Israël, quand tu leur auras enseigné le bon chemin dans lequel ils doivent marcher ; et donne la pluie sur ton pays que tu as donné en héritage à ton peuple » (1 Rois 8. 35 et 36).

Une famine dans le pays devait donc interpeller le peuple, et l’interpeller par rapport à sa conduite et par rapport à son Dieu. D’autant plus qu’ici il s’agit d’un homme qui habite Bethléhem de Juda. Bethléhem signifie la maison du pain et voilà qu’il y a la famine dans la maison du pain. Qu’est-ce que cela veut dire pour nous ? Que peut signifier pour nous Bethléhem ?

Bethléhem était une ville d’Israël, donc une ville dans le pays que Dieu avait donné à Son peuple. On peut y voir quelque chose de l’assemblée, des assemblées locales, non pas dans le sens le plus élevé de l’assemblée, composée seulement des vrais croyants dans le temple de Dieu, mais de ce peuple de Dieu qui vit dans un endroit et qui est formé de familles. Il peut arriver que, dans des assemblées où il devrait y avoir de la nourriture, où Dieu a donné des dons – le Seigneur Jésus a donné des dons aux hommes pour l’édification (Éph. 4. 8, 11) – il peut arriver qu’il y ait de la famine, que la Parole de Dieu soit peut-être manquante ou alors, si elle est enseignée, peut-être est-elle enseignée de telle façon qu’elle n’est ni reçue, ni comprise. Cela peut nous interpeller dans ce sens-là. Il faut prendre conscience de ce fait. La famine peut aussi s’exprimer sur le plan relationnel par le manque de compréhension mutuelle, de support mutuel, en un mot d’amour entre les frères.

Aujourd’hui nous vivons une période assez particulière : par la situation épidémique et économique mondiale, mais aussi par l’état d’esprit qui prédomine, en tous cas dans nos pays et parfois aussi au milieu du peuple de Dieu : chacun fait ce qui est bon à ses propres yeux. Dieu peut, d’une certaine manière, envoyer la famine dans les assemblées. Que le Seigneur nous montre le chemin pour prendre conscience de ce qu’Il veut nous dire, afin qu’Il puisse nous restaurer pleinement.

Ce petit livre nous présente un homme, sa femme et leurs deux fils, qui décident de partir, de quitter le pays où Dieu les avait conduits, où Dieu était présent, où il y avait, on dirait aujourd’hui des frères et sœurs dans la foi, pour aller dans un autre pays. Ce pays se trouvait à quelques dizaines kilomètres ; il était dans une terre fertile, un pays qui s’appelle « les champs de Moab », dont le dieu est Kemosh. C’était un pays ennemi du peuple d’Israël, même s’il était d’origine parentale : Moab était un fils de Lot, le neveu d’Abraham (Gen. 19. 37). Il y avait quelques relations de famille entre le peuple d’Israël et Moab, mais Moab et Ammon, les deux fils de Lot, sont très rapidement devenus par leurs descendants des ennemis du peuple de Dieu.

Chose peu compréhensible, on a souvent des relations qui s’établissent entre ces pays et Israël. Même Salomon plus tard, après avoir pris des femmes moabites, va dresser un autel au dieu Kemosh (1 Rois 11. 7). Le dieu de Moab, c’est Kemosh, nom qui veut dire « celui qui subjugue ». Celui qui subjugue, c’est quelqu’un qui suscite une certaine admiration, qui attire les foules, pour ensuite les rendre esclaves. C’est une image de Satan qui séduit de toutes sortes de manières. Pour les croyants il peut séduire par des religions étrangères. Moab était asservi aux pratiques de l’occultisme. Aujourd’hui il y a une forte poussée de ces religions occultes et aussi de ces fausses religions qui n’enseignent plus les choses de la Parole de Dieu, et qui entraînent les hommes à la perdition tout en leur faisant miroiter quelque chose de positif au départ.

Pour aller dans le pays de Moab, il fallait faire des kilomètres depuis Bethléhem. Aujourd’hui pour aller dans Moab, spirituellement parlant, on a tout juste besoin de faire un clic, ou de sortir dans la rue. Nous voyons bien combien il y a de choses qui attirent nos regards, qui attisent nos convoitises et qui pourraient, dans certaines situations, lorsque nous détournons nos regards de notre Dieu, nous attirer, nous faire tomber. C’est un peu ce qui se passe ici dans cette famille. Pourtant on pourrait dire que rien ne les y prédisposait. Élimélec veut dire : mon Dieu est roi, Naomi, mes délices ou aussi encore, ma gracieuse. Voilà donc un couple qui s’est formé sous les meilleurs auspices. Leurs parents avaient certainement fait partie de ceux qui, dans le pays d’Israël, avaient placé leur confiance en Dieu. Ils ont donné à leurs enfants des noms qui exprimaient quelque chose de ce qu’ils vivaient à l’époque. Entre parenthèses il y a beaucoup de noms donnés dans la Bible qui ont une signification et qui sont en rapport avec ce que vivait leur mère ou leur père au moment de leur naissance ou avant leur naissance (voir l’histoire de la famille de Jacob par exemple).

Quand il s’agit de retourner vers Dieu, c’est un chemin dans lequel on ne peut s’engager qu’avec la foi. On voit que les deux belles-filles ne vont pas se comporter de la même manière. Naomi n’est pas très à l’aise non plus, parce qu’elle ne sait pas quel accueil elle va recevoir en revenant dans son pays ; elle ne sait pas non plus comment vont être reçues ses deux belles-filles. Quand on est dans une situation qui n’est pas bonne, le témoignage qui est rendu est très faible. Elle va jusqu’à dire à ses belles-filles : Écoutez, retournez dans votre pays, restez avec votre dieu. Moi, je ne peux rien vous donner. Pourtant elle avait un trésor, elle connaissait l’Éternel, et les deux belles-filles en avaient quand même saisi quelque chose.

Orpa va retourner. C’est très difficile de quitter une position qu’on a aimée, dans laquelle on se trouve bien, pour aller vers l’inconnu et vers un Dieu qu’on ne connaît pas. Parfois on n’a pas l’énergie. Il n’a pas fallu grand-chose pour qu’Orpa retourne en arrière. C’est triste parce que Naomi, contrairement à ce qu’elle dit, avait quelque chose à leur apporter, quelque chose de précieux, la connaissance du Dieu d’Israël. Malgré ce témoignage mitigé, Ruth en a saisi quelque chose de plus qu’Orpa.

Ruth a saisi l’importance qu’avait l’Éternel pour Naomi, même si c’était voilé. Ruth ne va pas retourner, elle va quitter son pays, elle va quitter sa parenté pour suivre Naomi et pour être son appui, mais aussi pour apprendre à connaître son Dieu. « Ruth s’attacha » (v. 14) à sa belle-mère, elle s’y attacha non seulement par des liens affectifs liés au fait qu’elle avait épousé son fils, nous seulement parce que toutes les deux étaient veuves, mais parce qu’elle voulait aller avec Naomi. C’est ce qui ressort du v. 15 : « Naomi dit : Voici, ta belle-sœur est retournée vers son peuple et vers ses dieux ; retourne-t’en après ta belle-sœur. Et Ruth dit : Ne me prie pas de te laisser, pour que je m’en retourne d’avec toi ; car où tu iras, j’irai, et où tu demeureras, je demeurerai : ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. Là, où tu mourras, je mourrai et j’y serai enterrée. Ainsi me fasse l’Éternel, et ainsi il y ajoute, si la mort seule ne me sépare de toi ! » (v. 15 à 17).

Il y a déjà un début de relation de Ruth avec le Dieu de Naomi, en quelque sorte ce Dieu qui s’appelle l’Éternel, ce Dieu qui s’est révélé comme l’Éternel à Naomi. Quel engagement de la part de cette Ruth, qui n’avait connu que Kemosh ! Elle n’avait rien connu d’autre, sauf le témoignage de Naomi dans sa maison, un témoignage faible, mais un témoignage réel quand même. On voit ces deux femmes qui s’en vont, la plus âgée accompagnée de la plus jeune, celle qui vient d’un pays étranger et puis l’Israélite de naissance, celle qui retourne et celle qui vient. Il y a quelque chose de paisible dans ce voyage.

Et puis elles arrivent à Bethléhem et toute la ville s’émeut à leur sujet (v. 19). Bethléhem était une petite bourgade, mais qui a un grand prix dans le cœur de Dieu puisque c’est à Bethléhem que devait venir le Messie, le Sauveur. « Bethléhem Éphrata, bien que tu sois petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui doit dominer en Israël » (Michée 5. 2). Cette petite ville s’émeut au sujet de Naomi et de Ruth. On a l’impression que Naomi était attendue. Toute la ville s’émeut en la voyant arriver. Les cœurs de ses frères et sœurs dans la foi, dirait-on aujourd’hui, sont ouverts pour elle, prêts à l’accueillir et à l’accueillir comme si elle était seulement partie hier.

C’est beau aussi quand une assemblée voit revenir, un frère, une sœur, qui revient d’un chemin d’éloignement, d’égarement. Comment allons-nous le ou la recevoir ? Ici un bel accueil qui est fait à Naomi. Toute la ville est là et les femmes, les sœurs sont là. « Est-ce là Naomi ? » Des années sont passées. La jeune femme qui était partie avec ses enfants et son mari, revient. Mais c’est une femme qui dit : « Moi, je suis vieille, usée ». Elle a certainement travaillé après la mort de son mari pour subvenir aux besoins des siens. « Je m’en allai comblée, et l’Éternel me ramène à vide. Pourquoi m’appelez-vous Naomi, quand l’Éternel m’a abattue, et que le Tout-puissant m’a affligée ? » Voilà les pensées qui étaient dans le cœur de Naomi.

Elle repassait dans son cœur cette affliction qu’elle attribue à Dieu, sans encore vraiment peut-être prendre conscience que c’était l’amour de Dieu qui était en action pour la faire revenir auprès de Lui. « Pourquoi m’appelez-vous Naomi, quand l’Éternel m’a abattue, et que le Tout-puissant m’a affligée ?… Je m’en allai comblée, et l’Éternel me ramène à vide ». « Je m’en allai comblée… » : on n’avait pas cette impression. Si elle était comblée, pourquoi était-elle partie ? Voyez, quand on part, on ne se rend pas toujours compte du vrai état dans lequel on est, dans quelle bénédiction Dieu nous a placés. On ne voit que les côtés négatifs. Quand on souffre vraiment, on a tendance à ne voir que ce qui ne va pas, et alors on s’en va, même de la présence de Dieu. Bien sûr que nos frères, nos sœurs nous font parfois souffrir, mais Dieu reste toujours le même.

Le secret du vrai bonheur, le secret de la vraie paix c’est, non pas de se tenir près de ses frères, non pas de compter sur ses frères, même si c’est quelque chose de précieux. Mais quand ils viennent à manquer, c’est en Dieu qu’est le trésor de notre cœur. « Je m’en allai comblée », j’avais un mari, des enfants, j’étais à l’aise et voilà que « Dieu me ramène à vide » – mais Il la ramène ! C’est ce qui donne tout son prix à cette scène.

Alors elle se retire encore dans cette position de tristesse. On voit que son cœur n’est pas encore tout à fait à l’aise. « Ne m’appelez pas Naomi ». Celle qui était mes délices, celle qui était comblée, dit maintenant : « appelez-moi Mara ». Je suis dans l’amertume. Voilà quelque chose qui remplit encore son cœur. Il faudra toute l’action de la grâce de Dieu pour bénir cette femme. « Je m’en allai comblée, et l’Éternel me ramène à vide ». Elle ne revient pas à vide, elle revient avec sa belle-fille, quelque chose que Dieu lui a donné, un trésor. Bien sûr, pour le moment elle ne peut pas encore le saisir.

Toujours est-il que Naomi revient avec Ruth la Moabite, sa belle-fille originaire des champs de Moab, et elle arrive à Bethléhem au commencement de la moisson des orges. Naomi est de retour à la maison. Elle est de retour au moment où l’on commence à moissonner. On vient de fêter la Pâque, on vient de fêter la fête des pains sans levain, on a présenté la gerbe des prémices et la moisson des orges peut commencer. Naomi n’a pas semé, elle ne pourra donc pas récolter. Comment Dieu va-t-Il répondre aux besoins de ces deux femmes, comment Dieu va-t-Il les conduire sur le chemin de la bénédiction ?

2e partie : Naomi et Boaz

Nous continuons notre cheminement avec Naomi et Ruth. Lisons quelques versets dans le chapitre 2 du livre de Ruth : « Et Naomi avait un ami de son mari, homme puissant et riche, de la famille d’Élimélec, et son nom était Boaz. Et Ruth, la Moabite, dit à Naomi : Je te prie, j’irai aux champs, et je glanerai parmi les épis, à la suite de celui aux yeux duquel je trouverai grâce. Et elle lui dit : Va, ma fille. Et elle s’en alla, et entra, et glana dans un champ après les moissonneurs ; et il se rencontra fortuitement que c’était la portion de champ de Boaz, qui était de la famille d’Élimélec. Et voici, Boaz vint de Bethléhem ; et il dit aux moissonneurs : L’Éternel soit avec vous ! Et ils lui dirent : L’Éternel te bénisse ! Et Boaz dit à son serviteur qui était établi sur les moissonneurs : À qui est cette jeune femme ? Et le serviteur qui était établi sur les moissonneurs répondit et dit : C’est la jeune Moabite qui est revenue avec Naomi des champs de Moab ; et elle nous a dit : Permettez que je glane et que je ramasse entre les gerbes, après les moissonneurs. Et elle est venue, et est demeurée depuis le matin jusqu’à cette heure ; ce qu’elle a été assise dans la maison est peu de chose. Et Boaz dit à Ruth : Tu entends, n’est-ce pas, ma fille ? ne va pas glaner dans un autre champ, et ne t’en va pas non plus d’ici, mais tiens-toi ici auprès de mes jeunes filles. Aie les yeux sur le champ qu’on moissonne, et va après elles. N’ai-je pas commandé aux jeunes hommes de ne pas te toucher ? » (2. 1 à 9).

Nous étudions ce livre, non pas sur le plan prophétique, non pas même sur le plan typique, même si, bien sûr, on ne peut s’empêcher de voir à travers certains éléments de ce récit la silhouette du Seigneur Jésus. Nous désirons surtout comprendre, nous laisser instruire. Cette histoire nous parle, d’une certaine façon, de la vie du peuple de Dieu sur la terre, des attitudes des uns et des autres. Et ici en particulier, nous avons vu une famille partir du pays du peuple de Dieu à cause de la famine, parce qu’il leur a semblé que leur bonheur était ailleurs, qu’ils allaient trouver dans les champs de Moab – où régnait un dieu étranger – des ressources pour vivre d’une façon plus heureuse ; et cette famille a été décimée, et seule Naomi, donc la maman, allait survivre.

Nous avons vu ensuite comment cette femme, ayant entendu que Dieu avait visité son pays et la ville de Bethléhem et avait de nouveau donné du pain, s’était réveillée dans sa foi. Comment elle est remontée avec sa belle-fille qui, elle, s’était éveillée à la foi. Comment elles se sont mises en route toutes les deux pour retourner dans le pays de l’Éternel. Cette histoire se déroulait dans une période difficile du peuple de Dieu, une période où le peuple était souvent idolâtre, s’éloignait régulièrement de son Dieu, ne le connaissait plus bien. Dieu intervenait de temps en temps pour ramener ce peuple, lorsque son cri se tournait vers Lui, lorsqu’il reconnaissait son péché.

Au milieu de cette histoire très tourmentée, on a celle de Ruth qui est comme une oasis pour Dieu, pour nous aussi dans ces temps troublés. Naomi et Ruth étaient arrivées dans la ville de Bethléhem. On a lu l’émotion produite par leur retour vers les habitants de cette bourgade, comme lorsque quelqu’un revient dans le rassemblement, revient auprès de Dieu après une période d’éloignement. Nous avons vu l’état de Naomi, complètement affligée, avec un esprit brisé, ayant le sentiment de ce que Dieu avait fait contre elle puisqu’elle dit : « l’Éternel m’a abattue… le Tout-puissant m’a affligée », mais en même temps l’Éternel m’a ramenée. « Je m’en allai comblée, l’Éternel me ramène à vide » (v. 21).

On a souligné le fait que quand on s’en va, lorsqu’on quitte la présence de Dieu, c’est souvent parce qu’on a l’impression qu’on n’a rien. C’est seulement au moment où l’on revient que l’on se rend compte des bénédictions qui étaient notre part avant de quitter la compagnie de notre Dieu. En même temps, nous voyons comment Ruth, cette jeune femme qui était la belle-fille de Naomi, s’était éveillée à la foi, au contact même de Naomi dont la foi était bien vacillante. Naomi avait presque repoussé Ruth en lui disant : Reste dans ton pays. Qu’est-ce que j’ai à t’offrir ? , alors qu’elle avait tant de choses à lui apporter sur le plan spirituel, et notamment la connaissance du seul vrai Dieu !

Ruth ne s’est pas laissé arrêter et elle fait cette si belle proclamation devant Naomi : « Ne me prie pas de te laisser, pour que je m’en retourne d’avec toi ; car où tu iras, j’irai, et où tu demeureras, je demeurerai : ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu » (v. 16) et elle en prend l’Éternel à témoin.

Nous arrivons maintenant dans la deuxième section du livre de Ruth, qui en comporte quatre. Le chapitre 2 commence par nous présenter une troisième personne qui va nous accompagner dans notre cheminement à partir de maintenant et cet homme était un ami du mari de Naomi, un « homme puissant et riche », de la famille d’Élimélec et son nom était Boaz (v. 1).

Boaz signifie : « en lui est la force ». On peut penser que les parents de Boaz, qui lui avaient donné ce prénom, étaient des parents pieux. Ils avaient vraiment trouvé la force dans leur Dieu. Bien sûr, si on voit dans Boaz un type de Christ, on peut dire aussi que c’est en Christ qu’est notre force. D’ailleurs Boaz vit tellement près de son Dieu et de son peuple, qu’il est une sorte de recours pour plusieurs de ses concitoyens.

J’ai surtout à cœur de présenter Boaz comme cet ancien à qui Dieu a donné un champ d’activité auquel il se consacre pleinement (dans le Nouveau Testament on lirait les anciens qui président dûment). Il exerce ce service de la surveillance dans le peuple de Dieu. Au v. 4 on est tout de suite dans cette heureuse situation, où c’est l’Éternel qui règne à la fois sur le cœur de Boaz et sur le cœur de ceux qui travaillent avec lui, de ceux qui sont sous sa responsabilité – comme dans une assemblée il y a des anciens et il y a des plus jeunes, et les jeunes doivent être soumis aux anciens.

C’est exactement ce qu’on trouve ici dans cet épisode où nous voyons Boaz arriver dans son champ. Il salue les moissonneurs. Plus loin ces moissonneurs sont appelés des jeunes hommes. Et les jeunes filles sont aussi appelées des servantes. La salutation de Boaz c’est : « L’Éternel soit avec vous ! », et la réponse : « L’Éternel te bénisse ! » (v. 4). Voilà donc des salutations qui font du bien, voilà l’état d’esprit heureux lorsqu’on se rencontre entre croyants et qu’on peut se saluer en pensant à notre Dieu, en se souhaitant mutuellement de ne pas mettre d’obstacle à la bénédiction de Dieu, en se dirigeant ensemble vers Celui qui nous unit en une seule et même famille.

Il est parlé de Boaz comme d’un ami du mari de Naomi. On a parfois des amis qui, quoi qu’on fasse, s’en vont quand même dans le monde. Ce n’est pas pour autant que nous ne les aimons plus, mais la distance s’installe et ils vont leur chemin. Mais cet ami, Boaz, est toujours là. Cet ami est présent. C’est « fortuitement » que Ruth va arriver dans le champ de Boaz, dans le meilleur des champs qu’il y avait autour de Bethléhem. Elle est chez la meilleure personne, elle est à l’endroit où Dieu est vraiment reconnu et respecté.

Il ne faut pas oublier que dans ce pays d’Israël, il y avait, bien sûr, des croyants vraiment engagés, et il y avait aussi de l’idolâtrie. On le voit dans l’histoire de Gédéon, où le père de Gédéon abritait dans sa maison un autel de Baal. Donc il fallait bien pour que la foi naissante soit nourrie, que Ruth soit conduite dans un endroit où elle pouvait rencontrer Dieu. On pense aussi à Naomi qui, ici, est pleinement et entièrement acceptée.

Naomi a été accueillie avec joie par le peuple, mais la vie continuait et on peut bien comprendre que cette femme âgée et qui avait tout perdu, était dans une situation d’attente. Elle ne pouvait pas encore donner libre cours à cette liberté chrétienne qui aurait pu être la sienne parce qu’elle avait un certain sentiment de culpabilité, certainement un sentiment de ne rien mériter, de n’avoir plus rien. Là elle est dans cette position de pauvre femme.

Ruth, qui a cette foi naissante, cette énergie de la foi qui s’est installée dans le cœur, va se mettre en chemin. Elle va arriver dans le champ de Boaz où elle sait qu’elle va pouvoir glaner. Après avoir demandé l’autorisation et selon les dispositions que Dieu avait mises dans sa loi, elle va être autorisée à glaner dans le champ. Boaz arrive. Boaz est un type du Seigneur Jésus de bien des manières, mais avant cela c’était un ancien dans le peuple, c’était quelqu’un qui avait une responsabilité. Il entre dans le champ, il s’adresse à ses serviteurs, à ceux qu’il connaît. Il y a cette salutation heureuse. Il prend des nouvelles auprès d’un de ceux qui avaient un certain service de la part de Dieu auprès des autres moissonneurs, et puis il remarque qu’il y a là quelqu’un qu’il n’a pas l’habitude de voir. Il va s’enquérir de cette personne.

Voilà donc un enseignement pour ceux qui pourraient être anciens dans une assemblée : cet intérêt pour le troupeau, pour chacune des âmes et aussi pour les âmes qui viennent d’arriver. Boaz aborde Ruth et dit : Voilà, on m’a raconté tout ce que tu as fait pour ta belle-mère après la mort de ton mari, comment tu as quitté ton père et ta mère, et puis – ce qui est important – vers qui tu es venue. C’est une démarche très forte qui a été faite ici. Et puis tu es venue t’abriter sous les ailes du Dieu d’Israël.

Le désir de Boaz, c’est que cette âme soit bénie, qu’elle entre dans les bénédictions de Dieu qu’il connaissait lui-même et qu’il voulait lui faire partager. Bien sûr, sur le plan des Écritures on aurait dit : c’est une Moabite, elle n’y a pas droit. Mais non, Dieu reste un Dieu de grâce. Le cœur de Dieu est ouvert pour toute âme qui le recherche. Celui qui me cherche, me trouve ; Je me ferai trouver de celui qui me recherche. Il y a tant de passages dans ce sens. En même temps le cœur de Dieu reste toujours ouvert pour une âme qui s’est égarée. « Si tu reviens, ô Israël, dit l’Éternel, reviens à moi » (Jér. 4. 1) « Reviens, Israël l’infidèle, dit l’Éternel ; je ne ferai pas peser sur vous un visage irrité » (Jér. 3. 12).

On voit ces caractères de bonté, d’amour dans le cœur de Boaz. Cela nous fait penser à ces scènes où le Seigneur s’occupait des Siens avec tant de grâce et cela malgré leurs défaillances, malgré leur incrédulité. Il était là, Il les rassemblait autour de Lui pour les enseigner, aussi pour les nourrir – dans deux épisodes au moins -, même plus, lorsque le Seigneur avait préparé quelques poissons sur le feu pour nourrir Ses disciples (Jean 21. 9), lorsque le Seigneur aussi nourrit les foules qui étaient comme des brebis sans berger, Il les rassemble, Il leur donne à manger.

C’est exactement ce qu’on trouve ici dans ce cheminement, dans ce deuxième tableau du livre de Ruth, où Boaz va établir une relation d’amour avec cette jeune Moabite qui est arrivée des champs de Moab pour venir dans le pays que l’Éternel, le Dieu d’Israël, avait donné à son peuple, dans l’un de ces champs. On sait que la terre appartient à Dieu, et Dieu avait partagé cette terre en confiant « l’héritage aux nations, quand il séparait les fils d’Adam, il établit les limites des peuples selon le nombre des fils d’Israël » (Deut. 32. 8).

Boaz prend soin aussi du bon fonctionnement à l’intérieur même du peuple de Dieu. Il dit tout d’abord à Ruth : Ne va pas glaner ailleurs, reste là, tu es au bon endroit, ne retourne pas dans les champs de Moab, ne va pas non plus dans les champs où il pourrait y avoir de l’idolâtrie, où il pourrait y avoir du mélange par rapport à ce que Dieu nous enseigne et par rapport à ce que l’homme pratique ; ne va pas là où l’on se détourne de la Parole de Dieu, mais reste là. Comme David le dira à Abiathar : « Près de moi tu seras bien gardé » (1 Sam. 22. 23). C’est ce qui arrive ici : par la providence de Dieu, Ruth a été conduite auprès de Boaz, et Boaz qui est un serviteur de Dieu, un ancien dans le peuple de Dieu, va pleinement répondre aux besoins du cœur de cette femme. « Tu m’as consolée, et tu as parlé au cœur de ta servante, et pourtant je ne suis pas comme une de tes servantes » (v. 13).

Il est vrai qu’un croyant qui arrive du monde, qui a connu d’une certaine manière Satan et les plaisirs de la chair, peut, en arrivant au milieu des croyants, se sentir un peu comme un étranger, comme quelqu’un qui n’a pas droit à toutes ces grâces que Dieu lui présente. Ici Ruth a été consolée. Boaz a répondu à la souffrance et à la tristesse qui étaient dans le cœur de cette femme qui a dû laisser derrière elle sa parenté, son pays, et qui était venue là. Quel sujet de joie ! Et maintenant il va la nourrir, il va lui donner du pain.

Et on pense bien sûr là encore au Seigneur Jésus qui est venu, le vrai pain du ciel (Jean 6. 51). Elle est là assise à côté des moissonneurs. On peut bien penser à ce moment où Boaz va parler à la fois à Ruth et à ses moissonneurs. Ils vont s’entretenir. Comme on a souvent été rafraîchi par ces frères, par ces anciens qui nous réunissaient autour d’eux pour ouvrir la Parole alors qu’on était dans des activités autres, mais on connaissait l’endroit pour se nourrir de la Parole de Dieu, pour manger ce grain rôti, pour diriger nos yeux vers le Seigneur Jésus, qui après avoir souffert est maintenant ressuscité ! Combien ces choses-là sont précieuses pour nous !

S’il y a des moments de repos, des moments de communion, il y a aussi des moments où il faut se lever. La vie de la foi n’est pas une vie de paresse, ce n’est pas une vie où on attend simplement de jouir des bénédictions célestes. Il y a aussi un travail d’amour qui fait que l’on veut s’en emparer, qu’on veut prendre pour soi les choses que d’autres ont peut-être déjà moissonnées comme ici les moissonneurs avaient coupé les gerbes, les avait mises en tas, et en avaient laissé un peu de côté pour être glané, comme il était dit dans l’Ancien Testament (Lév. 23. 22).

Boaz demande aux jeunes hommes de tirer des gerbes de ce qui a été récolté pour que Ruth puisse en ramasser plus facilement. Il faut toutefois qu’elle se baisse et qu’elle les ramasse. La foi ne peut progresser que dans la mesure où elle s’empare de ce que Dieu lui donne, par d’autres peut-être. Il y a déjà eu un travail de fait.

Les moissonneurs nous font penser à ceux qui sondent la Parole, qui la mettent à la disposition des autres. Il faut la prendre pour soi-même. Il faut la battre, il faut enlever ce qui est de la balle pour sortir le grain, ce qui va nous nourrir, nous. Bien sûr que quand on nous présente un message, il est toujours transmis par quelqu’un et présenté d’une manière qui peut attirer le cœur. Mais chacun doit y trouver le Seigneur Jésus, en enlevant peut-être ce qui est superflu.

Quand l’épi pousse, il est enveloppé par ce qui sera plus tard ôté après la récolte, la balle. C’est par l’épi qu’on est attiré et c’est en froissant l’épi qu’on trouve le grain. C’est ce qui doit se passer ici. Elle glane dans ce champ, elle reçoit une portion de nourriture de la part de Boaz, elle s’en imprègne, elle s’en nourrit, elle est pleinement satisfaite, elle en a même de reste. Ce reste, elle va l’apporter à sa belle-mère. Au v. 17 on lit : « Elle glana dans le champ jusqu’au soir, et elle battit ce qu’elle avait glané, et il y eut environ un épha d’orge ». C’est énorme pour quelqu’un qui glane dans un champ : vingt-quatre litres à peu près, 18 kilos de grain en une journée.

Ruth est une femme vertueuse (voir Prov. 31). Elle a travaillé du matin au soir, et elle ne s’est presque pas assise, presque pas reposée. En même temps Boaz avait mis à sa disposition à la fois de l’eau pour sa soif, de l’eau qui avait été puisée par les jeunes gens et il avait aussi donné des épis supplémentaires. Cela montre aussi que la bénédiction que nous retirons de la Parole de Dieu ne vient pas seulement de notre travail mais elle vient aussi de cette grâce de Dieu qui se plaît à abreuver et à mettre à notre disposition, de façon que nous n’ayons qu’à nous baisser pour ramasser, à aller vers la cruche pour boire, dans une attitude d’humilité pour recevoir ce que Dieu nous donne.

Ruth se charge de cela, et après avoir battu le grain, elle vient vers sa belle-mère et celle-ci lui dit : « Où as-tu glané aujourd’hui, et où as-tu travaillé ? Béni soit celui qui t’a reconnue ! » (v. 19). Alors Ruth lui raconte. C’est quelque chose de bienfaisant pour une âme de pouvoir parler à quelqu’un qui est peut-être plus expérimenté. Ici on voit la bénédiction mutuelle qui résulte de cette conversation. Naomi voit sa belle-fille arriver chargée de toute cette nourriture, nourriture pour au moins une semaine et elle dit : Que se passe-t-il ?

Boaz est vraiment un imitateur de Dieu, pourrait-on dire. Bien sûr comme c’est avant la venue du Seigneur Jésus, on va dire que Boaz est un type de Christ. Aujourd’hui, si on voit un serviteur de cette qualité, on dirait que c’est un imitateur de Christ, comme l’apôtre Paul était lui-même imitateur à la fois de Dieu et de Christ. Il y a là quelque chose de rafraîchissant. Quel bonheur de pouvoir se reposer sur ce Dieu qui est fidèle et sur cette espérance qui s’ouvre aux yeux de Naomi maintenant, Naomi dans sa pauvreté, Naomi qui avait probablement déjà vendu toutes ses affaires avant de partir au pays de Moab ! Dans ce temps-là, on pouvait attendre sa propriété pendant un certain temps, jusqu’au Jubilé (voir Lév. 27. 18). Lorsqu’on revenait on pouvait essayer de la racheter si l’on avait de quoi. Ruth n’avait pas de quoi la racheter. Mais quelqu’un, un proche parent pouvait le faire. C’est ce qu’entrevoit ici Naomi : « L’homme nous est proche parent, il est de ceux qui ont sur nous le droit de rachat » (v. 20). On écoute Ruth la Moabite qui dit : « Même il m’a dit : Tiens-toi près de mes jeunes hommes jusqu’à ce qu’ils aient achevé toute la moisson que j’ai. Et Naomi dit à Ruth, sa belle-fille : Il est bon, ma fille, que tu sortes avec ses jeunes filles, et qu’on ne te rencontre pas dans un autre champ ».

La maturité spirituelle de Naomi s’affirme. Elle reprend les bons repères. Elle a le même langage que Boaz. Même si Ruth a tendance un peu à changer les choses en disant : « il m’a dit : Tiens-toi près de mes jeunes hommes », on se souvient que Boaz avait dit : « tiens-toi ici auprès de mes jeunes filles » (comp. v. 21 et 8). Et puis il avait dit aux jeunes gens de ne pas la toucher. Là aussi on entend l’apôtre Paul qui parle à Timothée en lui disant d’exhorter les jeunes femmes en toute pureté (1 Tim. 5. 2). Naomi a la même pensée ici : « Il est bon, ma fille, que tu sortes avec ses jeunes filles ». Il est bon effectivement qu’une personne nouvellement convertie, qui arrive dans un rassemblement, soit entourée, soit accompagnée par des sœurs ou des frères dans la foi, qui puissent l’encourager, être aussi des modèles. Qu’elle puisse progressivement être amenée plus près du Seigneur par l’intermédiaire de tous ces services accomplis à son égard.

Au chapitre 3 c’est un autre tableau. Naomi prend de l’assurance et son cœur s’ouvre vis-à-vis de sa belle-fille. Encore plus, elle veut son bonheur, un bonheur plus entier, plus complet. « Ne te chercherai-je pas du repos, afin que tu sois heureuse ? ». Voilà le but de celui qui connaît le Seigneur depuis un certain temps par rapport à quelqu’un qui Le connaît depuis moins longtemps : être heureux. Le bonheur du croyant repose sur une proximité plus grande avec le Seigneur Jésus.

Ici, dans l’histoire de Ruth et dans le contexte du peuple d’Israël, le bonheur de Ruth résulterait du mariage afin qu’elle puisse être pleinement intégrée dans le peuple de Dieu, qu’elle ne soit plus une étrangère et qu’elle puisse aussi avoir un héritier. Naomi n’avait pas d’héritier alors si Ruth se mariait et avait des enfants, il y aurait un héritier pour relever le nom de ceux que le Seigneur avait repris. Naomi va donc diriger Ruth et lui donner des consignes. Dans ce chapitre où il est question de rachat, il est question de Boaz qui dort et qui a peur pendant la nuit et qui est près du paddock (enclos) (v. 7).

Sur le plan typique, bien sûr, cela n’est pas sans évoquer le Seigneur Jésus qui a souffert, qui a eu peur quand les ténèbres étaient sur tout le pays, qui a connu cet abîme de souffrance pour acquérir une épouse et aussi pour le rachat du peuple d’Israël. Toutes ces choses là sont sur nos cœurs et chacun pourra les méditer.

La pensée que j’ai ici, c’est plutôt de voir comment la foi progresse, regarder ces tableaux comme les marches d’un escalier qui conduit jusqu’au plein accomplissement de la foi dans le cœur de cette femme Naomi qui revient, qui laisse derrière elle beaucoup de souffrances et d’amertumes, et qui est amenée à quelque chose de plus grand. Et en même temps comment cette femme étrangère au peuple de Dieu, sous une certaine malédiction puisque les Moabites ne devaient pas entrer dans la congrégation de l’Éternel jusqu’à la dixième génération (Deut. 23. 3), va pouvoir être pleinement intégrée au peuple de Dieu, associée à cet homme, Boaz, qui est un type du Seigneur Jésus à qui l’Église est entièrement liée, et forme un seul corps avec lui.

Mais ici il y a autre chose encore. Ce tableau nous dit que le bonheur de Ruth passait par cette association avec Boaz, et on entend Naomi qui donne des conseils à Ruth. On voit la soumission de Ruth. Elle ne se pose pas de questions. Elle fait ce qu’on lui dit de faire et c’est aussi un des fruits de la foi, cette soumission aux anciens, cette soumission à Dieu bien sûr d’abord, et cette disposition à obéir, à faire ce que Dieu demande, même si peut-être elle ne comprenait pas, même si peut-être c’était des coutumes nouvelles, des choses qui l’étonnaient. Qu’y a-t-il à faire ?… Et on voit que le fruit est produit.

Là encore Ruth devient l’occasion d’une exclamation, de bénédictions de la part de Boaz : « Bénie sois-tu de l’Éternel, ma fille ! Tu as montré plus de bonté à la fin qu’au commencement, en ce que tu n’es pas allée après les jeunes hommes, pauvres ou riches. Et maintenant, ma fille, ne crains pas » (v. 10). Voilà donc ce désir de Boaz que Ruth soit bénie. Il va tout faire pour que Ruth soit intégrée au peuple de Dieu, qu’elle puisse s’approcher plus près, qu’elle puisse jouir de cette pleine liberté d’avoir trouvé un nouveau Dieu, de jouir de Sa proximité, de Sa présence, de Ses bienfaits, et en même temps un peuple qui sera maintenant son peuple. Dans cette histoire du champ on a fait allusion à ce que cela représentait par rapport au Seigneur Jésus.

Et puis elle reste là jusqu’au matin. « Elle resta couchée là à ses pieds jusqu’au matin ; et elle se leva avant qu’on pût se reconnaître l’un l’autre. Et il dit : Qu’on ne sache pas qu’une femme est venue dans l’aire. Et il lui dit : Donne le manteau qui est sur toi, et tiens-le. Et elle le tint, et il mesura six mesures d’orge, et les mit sur elle ; et il entra dans la ville. Et elle vint vers sa belle-mère ; et celle-ci dit : Qui es-tu, ma fille ? Et elle lui raconta tout ce que l’homme avait fait pour elle ; et elle dit : Il m’a donné ces six mesures d’orge ; car il m’a dit : Tu n’iras pas à vide vers ta belle-mère. Et Naomi dit : Demeure, ma fille, jusqu’à ce que tu saches comment l’affaire tournera ; car l’homme n’aura pas de repos qu’il n’ait terminé l’affaire aujourd’hui » (v. 14 à 18).

Voilà cette nuit passée près de Boaz, et puis Ruth revient vers sa belle-mère. Elle revient avec ces six mesures d’orge, un gage en quelque sorte de l’amitié de Boaz aussi pour sa belle-mère parce qu’il lui a dit : « Tu n’iras pas à vide vers ta belle-mère » (v. 17). Quel gage d’amitié reçoit Naomi ! Alors on voit Naomi libérée. Elle a manifesté encore un fruit de la foi, celui de la patience. Voilà : patience et confiance. Elle dit en quelque sorte à Ruth : J’ai fait ce que je pouvais faire pour toi. Tu as fait ce que tu pouvais faire. Et maintenant tu vas voir comment les choses vont évoluer. Reste tranquille, tiens-toi tranquille et vois la délivrance de l’Éternel. Là on peut dire qu’on atteint un niveau élevé de la foi, cette foi qui ne doute pas et qui sait attendre, attendre que le repos arrive et avec le repos, le bonheur.

Nous arrivons au dernier tableau de ce livre, ce moment du mariage. Il y a bien sûr  d’abord l’épisode du rachat. C’est toujours le plus proche parent qui avait le droit de rachat en premier. On voit là encore, je pense, un enseignement, c’est que Boaz, bien sûr, va faire ce qu’il doit faire selon les lois et coutumes en Israël, et il y a un parent plus proche que lui. Donc Boaz réunit plusieurs anciens pour établir les choses publiquement – et aussi celui qui est appelé le plus proche parent.

Remarquons que ce plus proche parent est la seule personne dans ce livre, qui ne soit pas nommée. Cela parle un peu. Il me semble que c’est quelqu’un qui vit au milieu du peuple de Dieu et qui n’est pas très concerné par le bien du peuple, mais plutôt par son propre bien-être. Il veut bien racheter le champ, mais quand il entend qu’il doit le racheter de la main de Ruth la Moabite, alors il prend peur et il dit : Enfin je ne vais quand même pas risquer mon héritage en épousant une femme moabite. C’est quelqu’un qui est surtout préoccupé de lui-même, de ses bénédictions et pas tellement de ce qu’est la grâce. S’il est resté à Bethléhem, s’il a traversé la famine, il l’a plutôt traversée en sauvant les apparences, peut-être sans être exercé par la discipline. Dans l’épître aux Hébreux, il est dit que la discipline « rend le fruit paisible de la justice à ceux qui sont exercés par elle » (12. 11). Cet homme-là semble avoir vécu des choses : ça va, ça vient, il y a des périodes de famine, des périodes d’abondance, peu importe. Il semblerait qu’il ne se soit pas posé beaucoup de questions. Pour Dieu, son nom n’a pas beaucoup de valeur puisqu’il ne le mentionne même pas.

Alors, béni soit l’Éternel qui permet que ce soit Boaz qui va racheter à la fois les biens de la main de Naomi et aussi de Ruth. Et il se forme cette alliance, ce mariage heureux. C’est le couronnement, pourrait-on dire, de la foi de ces deux femmes parce que le bonheur de Ruth est aussi le bonheur de Naomi. On voit la bénédiction de Dieu : « Boaz prit Ruth, et elle fut sa femme ; et il vint vers elle ; et l’Éternel lui donna de concevoir, et elle enfanta un fils » (v. 13).

Vous vous souvenez que cette femme, Ruth avait été mariée, avec un des fils de Naomi. Elle n’avait pas eu d’enfant. Donc on aurait pu penser qu’elle ne pouvait pas en avoir, qu’elle était stérile. Pendant ces dix ans où la famille d’Élimélec était en Moab, ils n’ont pas porté de fruit. Ici on a en quelque sorte la réponse de Dieu qui permet que cette femme qui vient de Moab et qui maintenant est intégrée au peuple de Dieu par les liens du mariage, peut concevoir et elle enfante un fils. C’est une chose heureuse et on voit que la ville est de nouveau présente. Les femmes qui ont accueilli Naomi et qui l’ont entendue dire : « J’étais comblée et je suis à vide aujourd’hui », ces femmes-là peuvent ouvrir leur bouche en louanges et non seulement cela, mais aussi tout le peuple était là, au mariage de Boaz et de Ruth.

Ils étaient là, heureux en souhaitant que Dieu donne de la postérité à cette jeune femme et que la maison de Boaz soit comme la maison de Pérets que Tamar enfanta à Juda. On voit un fruit de la grâce de Dieu dans cette histoire qui nous interpelle aussi. « L’Éternel lui donna de concevoir, et elle enfanta un fils » (v. 13). Les femmes bénissent l’Éternel de ce que Naomi ait elle aussi un homme qui ait le droit de rachat et dont le nom soit nommé en Israël. « Et il sera pour toi un restaurateur de ton âme, et un soutien de ta vieillesse ! Car ta belle-fille qui t’aime l’a enfanté ».

Voilà chers amis, un des résumés de ce livre, c’est : l’amour en action, l’amour divin, l’amour de Ruth pour sa belle-mère et de sa belle-mère pour Ruth, l’amour de Boaz pour son Dieu et pour ses concitoyens, on peut dire ses frères et sœurs dans la foi. « Béni soit l’Éternel ! » : encore une fois une louange, un souhait, une prière de bénédiction à la fin de ce livre. Ah ! chers amis, c’est là, à la fin de ce livre qu’on a l’une des clés, et que l’on voit pourquoi Dieu nous a conservé ce livre. C’est que ce livre est un anneau de la scène généalogique qui va nous conduire jusqu’à Christ (voir Mat. 1. 1 à 16).

Ce qui plaît à Dieu, ce qui réchauffe le cœur de Dieu, c’est de discerner à travers les Siens quelque chose de ce que Christ est. Nous avons vu dans Boaz ces manifestations qui nous font penser au Seigneur Jésus de façon typique, bien au-delà de ce que Boaz lui-même a réalisé. Nous avons vu aussi comment cet ancien a manifesté les caractères de Christ dans ses soins apportés à la fois au peuple de Dieu, et aussi aux âmes nouvelles, aux âmes qui s’approchent.

Et puis ici, on a la naissance d’Obed. Obed veut dire serviteur, et par là serviteur de Dieu comme l’était sa mère qui s’est engagée dans le service très rapidement. Obed est le père d’Isaï, père de David, donc le grand-père de David. C’est ainsi que Dieu magnifie sa grâce en introduisant dans la lignée généalogique de Christ selon l’homme, non pas Naomi, mais Ruth qui était autrefois moabite et qui maintenant fait partie du peuple de Dieu.

Alors, chers amis, quel est le but de Dieu dans nos vies ? C’est que Christ soit formé en nous, et dans ces deux femmes on peut dire qu’on a Christ en nous, en type ; on peut dire en quelque sorte, Christ en elles. Cela est développé au fur et à mesure qu’on a vu Ruth avancer, qu’on a vu ces caractères de foi se manifester d’une manière de plus en plus belle. Et enfin on pourrait dire : Christ est formé en elle (en figure dans ce petit enfant qui lui a été donné).

Il y a un verset auquel je pense souvent. C’est lorsque l’apôtre Paul écrit aux Galates. Il leur dit qu’il était en grand souci pour eux, qu’il était en travail pour eux. C’est le mot qu’on utilise pour une femme qui va accoucher. Il était en travail de nouveau pour les Galates jusqu’à ce que Christ soit formé en eux : « Mes enfants, pour l’enfantement desquels je travaille de nouveau jusqu’à ce que Christ ait été formé en vous » (4. 19). Pour nous, chers amis, c’est le but final de Dieu, que dans celui qui naît à la vie divine, Christ se développe en lui : « Christ en vous l’espérance de la gloire » (Col. 1. 27) – mais en même temps chez celui qui s’est égaré, qui s’est éloigné. Le but de Dieu c’est de le ramener, de le ramener à Lui afin que Christ soit de nouveau formé en lui. Cela ne veut pas dire qu’il a perdu la vie de Christ, mais c’est que Christ n’était plus visible en lui, que Christ ne vivait plus vraiment en lui.

Chers amis, que le Seigneur nous donne à tous de laisser faire l’action de l’Esprit de Dieu dans nos vies par sa Parole. Réfléchissons avant de quitter la présence de Dieu, surtout quand on est père de famille. Vous avez vu que les deux enfants de Naomi ont malheureusement péri. Et puis sachons aussi, dans l’épreuve, regarder à Dieu, ce Dieu qui n’est pas contre nous. Ce n’est pas volontiers qu’Il nous afflige, qu’Il nous éprouve. Ce n’est pas toujours l’épreuve pour nous corriger, mais c’est l’épreuve de la foi, l’épreuve qui manifeste à la fois notre amour pour Lui et Son amour pour nous.

Jacob dit à un moment : « Toutes ces choses sont contre moi » (Gen. 42. 36). A la fin de sa vie il dit à Joseph son fils : Tu vois, ce Dieu a été mon berger, depuis le jour que je suis jusqu’à ce jour (Gen. 48. 15). Naomi dit : l’Éternel « n’a pas discontinué sa bonté envers les vivants et envers les morts » (2. 20). Dieu ne varie pas, Son amour ne change pas. Alors chers amis, que nous puissions vraiment entrer dans cette dimension-là et vivre pleinement notre vie, quelle que soit l’épreuve par laquelle nous sommes amenés à passer. Ne quittons pas la main de Dieu. Restons près de Lui, Il veut nous soutenir. Le Seigneur Jésus a été un homme sur la terre et Il est capable de sympathiser à nos infirmités et Il veut être formé en chacune de nos vies.

Voilà pour ce message, pour ce cheminement de Ruth qui vient du pays de Moab et qui va jusqu’à la plénitude de la foi, jusqu’à ce que Christ soit formé en elle.

D’après edification.bible novembre 2020