CHANTONS !

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CHANTONS !

 

Chantons ! nous dit un poète.
Hélas ! Vous souvenez-vous ? Non, vous ne pouvez pas vous souvenir, mais vous avez entendu parler avec attendrissement des « veillées » où l’on cassait les noix l’hiver autour de la grande table, dans le clair-obscur de la lampe et où l’on chantait les chants du pays, de l’école, les cantiques favoris. Puis aux premiers beaux jours, le laboureur scandait de son refrain monotone le pas lent de ses bœufs à la charrue, tandis qu’autour de lui éclatait le concert joyeux des petits oiseaux, remerciant leur Créateur d’avoir fait cesser pour eux le froid et de leur avoir rendu le soleil brillant, la nature en fête et l’amour. Plus tard les longs épis dorés tombaient sous la faucille au rythme régulier du chant des moissonneurs et des moissonneuses, qui rentraient ensuite au village en chantant le bonheur du travail, perchés sur le char en haut du tas de gerbes. Et le soir, sur le banc devant la maison, le vieux, sa pipe au coin de la bouche, écoutait les chansons des jeunes gens, tandis qu’à côté de lui sa fidèle compagne dodelinait de sa tête fatiguée. Plus tard, avec la chute des feuilles, venait la plus belle fête de l’année : les vendanges. Tandis qu’avec entrain les paniers se remplissaient de grappes dorées, d’une vigne à l’autre les chants se mêlaient et le soir les coteaux vibraient de l’harmonie de toutes ces voix fortes et joyeuses.
Le travail était plus facile, la fatigue se sentait moins, les gens étaient plus joyeux, plus généreux envers leur prochain. Ils étaient aussi plus remplis de reconnaissance envers le Dieu d’amour qui nous comble de ses dons ; les têtes se courbaient plus humbles, tandis que la pensée s’élevait au trône du Tout-puissant pour lui demander de faire fructifier la semence confiée à la terre, le regard se levait plus ardent vers le Créateur des merveilles qui nous entourent.
On ne sait plus chanter. Pourquoi ? Pourquoi le chant s’est-il tu ? Pourquoi ne domine-t-il plus le bruit des voix, des machines de toutes sortes ? Pourquoi tant de cœurs mécontents, révoltés, ennemis de Dieu, haineux ? Apprenons à nos enfants à chanter ; dès qu’ils savent balbutier, fredonnons avec eux nos cantiques favoris, les chants de nos grand-mères ; plus tard apprenons leur à travailler, à marcher, à se reposer en chantant. Le chant deviendra leur seconde nature, il élèvera leur pensée, leur fera oublier l’importance de leur « ego », maintiendra leur contentement d’esprit. Nos enfants seront joyeux et le resteront : le chant chassera les querelles, leur aidera à surmonter leur mauvaise humeur.
Le chant, devenu le gardien de nos caractères, le sera aussi de nos santés. Les physiologistes nous disent en effet qu’en chantant on respire plus profondément ; le poumon mieux ventilé, se débarrasse dans tous ses recoins des oxydes de carbone, et la gymnastique de ses muscles empêche l’atrophie, maintient l’organe fort et vigoureux, plus résistant aux maladies qui le guettent.
Pourquoi chantons-nous si peu ? La vie est-elle plus triste maintenant qu’autrefois ? Souvenons-nous alors de la recommandation de l’apôtre Paul : « Réjouissez-vous toujours » (1 Thess. 5. 16), et portons aux pieds de notre Maître les fardeaux qui nous oppressent. Surmontons notre paresse pour embellir notre vie et celle de notre entourage, la fatigue que nous aurons à vaincre peut-être pour commencer se dissipera bientôt. Chantons la bonté infinie de notre Père, chantons sa grandeur, chantons sa puissance. Sais-tu, toi qui chantes, que plus d’un pauvre pécheur a eu les yeux ouverts sur son état actuel et futur en entendant chanter un verset de cantique ?

« Mon âme, bénis l’Éternel et n’oublie aucun de ses bienfaits » (Ps. 103. 2).

D’après Almanach Évangélique 1910