LES PÉCHÉS DE LA LANGUE

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LES PÉCHÉS DE LA LANGUE

 

Les péchés de la langue sont une forme très répandue d’assassinats qui, pour la plupart, demeurent impunis. En avez-vous commis ? Ne vous hâtez pas de répondre : Non ! Éprouvez votre vie devant Dieu ! Qu’on se rappelle cette affirmation du Seigneur : « Je vous dis que, de toute parole oiseuse qu’ils auront dite, les hommes rendront compte au jour du jugement ; car par tes paroles tu seras justifié, et par tes paroles tu seras condamné » (Mat. 12. 36 et 37). Que de monceaux de péchés sont ainsi accumulés !
Le tsar Pierre le Grand, le fondateur de la puissance russe, par ailleurs un prince grossier et emporté, interrompit une fois un calomniateur en lui disant fort à propos : Celui dont tu parles a certainement ses bons côtés ; dis-moi donc ce que tu sais de bien de lui. Ce n’est pas difficile de couvrir un homme d’ordures. Quant à moi, j’aimerais pouvoir aider chacun à garder ses vêtements propres.
Le monde sait que la calomnie est criminelle ; c’est pourquoi elle rampe dans les ténèbres. Celui qui fait courir une nouvelle calomniatrice s’empresse aussitôt d’en rejeter la responsabilité sur un autre. Se basant sur des indices superficiels, l’un crée une rumeur malveillante ; un autre dénature actes et paroles en mélangeant adroitement la vérité et le mensonge, ce qu’il a entendu et ce qu’il a inventé ; un troisième recourt à des propos ambigus, faisant en sorte que ses auditeurs se forgent l’opinion la plus malveillante. On se complaît à être intéressant, à raconter quelque chose de nouveau. Le récit s’amplifie à mesure qu’il se répand, comme le ferait une boule de neige. Ainsi le vent entraîne la semence pernicieuse et la disperse. Que l’on prenne la capsule d’une mauvaise herbe mûre, qu’on l’ouvre et qu’on en répande le contenu aux quatre vents : pourra-t-on ensuite recueillir ces semences si légères, pour les replacer dans la capsule ? C’est absolument impossible. Le vent les a emportées ; elles sont tombées sur le sol et germeront partout où elles auront trouvé un terrain favorable ; elles se multiplieront par centaines et par milliers. Il est tout aussi vain de prétendre retirer des paroles prononcées. Un petit fait, faux, ou simplement inexact, mais calomniateur, traverse le pays le plus vaste à une rapidité incroyable. Qu’en sera-t-il dans l’intérieur d’une localité, où les nouvelles se transmettent combien plus facilement d’une maison à l’autre ? Ne connaissez-vous pas cette démangeaison de la langue qui la pousse à énoncer ce que l’esprit lui suggère et que l’oreille recueille avec une avidité trop souvent portée à nuire ? Voici un homme tourné en ridicule, ou bien inculpé d’adultère, parce qu’on a fait courir les bruits les plus sinistres sur son passé, bruits qui n’ont aucun fondement. En voici un autre dont on salit la réputation ; on lui refuse toute confiance ; on compromet son avenir. Savez-vous que vous êtes un calomniateur, vous qui allez chuchoter tous ces faux bruits à droite et à gauche ? Satan vous trompe en vous faisant croire que vous vous ferez passer pour un homme grand et vertueux en cherchant à en ruiner un autre, plus petit que vous. « L’homme pervers sème les querelles, et le rapporteur divise les intimes amis » (Prov. 16. 28).
« Ainsi aussi la langue est un petit membre et elle se vante de grandes choses. Voici, un petit feu, quelle grande forêt allume-t-il ! Et la langue est un feu. La langue, un monde d’iniquité, est établie parmi nos membres ; c’est elle qui souille tout le corps, et enflamme tout le cours de la nature, et est enflammée par la géhenne. Car toute espèce de bêtes sauvages et d’oiseaux, de reptiles et d’animaux marins, se dompte et a été domptée par l’espèce humaine ; mais pour la langue, aucun des hommes ne peut la dompter : c’est un mal désordonné, plein d’un venin mortel » (Jac. 3. 5 à 8).
Christophe Colomb a eu un triste sort bien qu’il eût fait de Ferdinand d’Aragon et d’Isabelle de Castille les souverains de l’empire le plus vaste et le plus riche qu’il y eût alors dans le monde entier. Des calomniateurs osèrent l’accuser de trahison ; on envoya après lui une flotte en Amérique et il fut ramené en Europe chargé de chaînes, comme un malfaiteur, malgré sa fidélité et son esprit indomptable. L’ingratitude et l’amertume dont on l’abreuva abrégèrent sa vie.
Ce qui arriva à ce grand homme est le lot de bien d’autres, plus petits que lui. Et comment en serait-il autrement ?
Que dirent les hommes du Fils de Dieu, qui marchait parmi les pécheurs, reflétant dans toute Son existence, la grâce et la bonté de Son Père ? On Le traita de « mangeur et de buveur, d’ami des publicains et des pécheurs » (Mat. 11. 19).
« La mort et la vie sont au pouvoir de la langue » (Prov. 18. 21).
Que chacun s’examine devant Dieu et se demande combien de fois il a laissé échapper de ses lèvres des propos malveillants envers son prochain ! Et l’ayant constaté, qu’on s’en humilie devant le Seigneur ; puis, quand c’est encore possible, que l’on cherche à réparer le tort ainsi commis, quoi qu’il en doive coûter à son amour-propre !

D’après Almanach Évangélique 1944