UNE PERLE INCOMPARABLE

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UNE PERLE INCOMPARABLE

On entendit un plongeon suivi de quelques bouillonnements, puis l’eau sous la jetée reprit son calme. Soudain une tête noire apparut, une paire d’yeux brillants regardèrent de tous côtés, semblant chercher quelqu’un, et le vieil Hindou, pêcheur de perles, en quelques brasses atteignit le rivage.
– Jamais je n’ai vu si belle plongée, s’écria David Morse, le missionnaire américain.
– Sahib, dit Rambhau en prenant une grosse huître entre ses dents, regarde celle-ci comme elle est belle.
Tandis que Morse l’ouvrait, Rambhau en sortait d’autres plus petites de sa ceinture.
– Rambhau, en as-tu vu de plus belles ? Elles sont magnifiques, s’exclama le missionnaire.
– Oui, il en existe de plus belles, de beaucoup plus belles, j’en ai même une… et sa voix s’éteignit. Mais Sahib, reprit-il, regarde la forme de celle-ci, un peu trop longue quoiqu’elle soit très belle. C’est la même chose quand vous parlez de votre Dieu : les hommes se croient parfaits, mais Dieu les voit tels qu’ils sont.
– C’est juste, Rambhau. Dieu offre la justice parfaite à tous ceux qui veulent simplement croire et accepter le salut par le sang de son Fils bien-aimé.
– Sahib, je te l’ai dit plusieurs fois, c’est trop facile, je ne peux pas accepter ça. Peut-être suis-je trop fier ; j’ai le sentiment de devoir travailler pour gagner ma place au ciel.
– Oh, Rambhau ! Il n’y a qu’un seul chemin pour être sauvé. Tu deviens vieux, Rambhau, si tu veux voir les portes de perles du ciel, accepte la vie que Dieu t’offre par son Fils.
– Oui, oui, nous voici au dernier mois de l’année et j’ai encore bien des préparatifs à faire. Le premier jour de l’année prochaine, je commencerai le pèlerinage que j’ai projeté toute ma vie. Cette fois, je serai certain de gagner le ciel, j’irai à Delhi à genoux.
– Rambhau ! Y songes-tu ! Plus de mille quatre cents kilomètres jusqu’à Delhi ! La peau de tes genoux sera écorchée, tu auras une infection quelconque avant d’arriver à Bombay.
– Non, je dois aller à Delhi. Les souffrances sont peu de chose si je gagne le ciel.
– Rambhau, mon ami, comment puis-je te laisser faire pareille folie quand Jésus Christ a donné sa vie pour toi ?
Le vieil homme ne se laissait pas fléchir.
– Tu es mon plus cher ami sur cette Terre, Sahib : dans la misère et la maladie, ces dernières années, tu as souvent été mon seul ami. Pourtant tu ne peux pas m’empêcher de réaliser mon grand désir : je dois aller à Delhi.
Tout fut vain, rien ne put détourner le vieux pêcheur de ses projets.

A quelque temps de là, une après-midi que Morse travaillait chez lui, il entendit frapper. Ayant ouvert, il trouva Rambhau derrière la porte.
– Entre, Rambhau.
– Non, répondit l’Hindou, viens chez moi, Sahib, je voudrais te montrer quelque chose. Ne dis pas non, ajouta-t-il d’un ton suppliant. Je suis parti pour Delhi, il y a juste une semaine aujourd’hui, continua-t-il comme ils arrivaient près de sa maison.
Il fit asseoir le missionnaire sur une chaise spécialement préparée pour lui et lui présenta un petit coffre soigneusement fermé.
– J’ai cette boîte depuis des années, expliqua-t-il, je la conserve précieusement, elle ne contient qu’une seule chose. Voilà ce qui en est, Sahib Morse : j’avais un fils.
– Quoi ! Rambhau, un fils ! Tu ne m’en as jamais parlé.
– Non, Sahib, je ne pouvais pas. Maintenant, il faut que je t’explique, car je dois partir et qui sait si je reviendrai ? Mon fils était pêcheur aussi, le meilleur pêcheur de perles qu’on ait jamais vu. Quelle joie il me procurait ! Il rêvait toujours de cueillir une perle supérieure à toutes celles qui ne furent jamais ramassées. Il la trouva un jour mais pour cela il resta sous l’eau trop longtemps et il mourut peu après.
Le vieillard pencha la tête et se mit à sangloter.
– Toutes ces années, j’ai gardé cette perle, continua-t-il, maintenant je m’en vais et je ne reviendrai pas… et c’est à toi, mon meilleur ami, que je la donne.
Enlevant soigneusement l’ouate qui l’entourait, l’Hindou sortit une superbe perle, une des plus grandes perles trouvées dans cette partie du monde ; elle brillait d’un éclat jamais égalé et se serait certainement vendue un prix exorbitant. Le missionnaire demeura un moment sans pouvoir parler, puis :
– Rambhau, dit-il, c’est une perle merveilleuse mais je veux te l’acheter et t’en donnerai dix mille roupies.
– Sahib, dit Rambhau, cette perle n’a pas de prix. Personne au monde ne possède l’argent pour payer la valeur qu’elle représente pour moi. Sur le marché un million de roupies ne la vaudraient pas. Je ne veux pas la vendre ; je te la donne comme cadeau.
– Non, Rambhau, cela ne convient pas, même si je la désirais intensément. Tu me juges peut-être trop fier mais je veux ou bien te la payer, ou bien travailler pour l’avoir.
– Tu ne comprends pas du tout, Sahib. Ne vois-tu pas ? Mon seul fils a donné sa vie pour avoir cette perle, je ne la vendrai à aucun prix car, pour moi, sa valeur réside dans la vie de mon fils. Je ne peux pas la vendre mais permets-moi de te la donner. Accepte-la en raison de l’affection que je te porte.
Le missionnaire resta silencieux un moment, puis, saisissant la main du pêcheur :
– Rambhau, dit-il, ne vois-tu pas ? Ne comprends-tu pas ce que Dieu te dit ? Dieu t’offre la vie éternelle comme un don de sa part ; c’est si grand, si hors de prix qu’aucun homme au monde ne pourrait l’acheter. Aucun homme n’est assez bon pour le mériter. Cela coûta à Dieu le sang de son Fils unique. Avec cent pèlerinages tu ne peux pas acheter ton entrée au ciel. La seule chose que tu puisses faire, c’est d’accepter ce don de l’amour de Dieu pour toi, pécheur. Rambhau, bien sûr, j’accepterai cette perle en priant Dieu pour toi. Et toi, ne peux-tu pas accepter le don de Dieu pour la vie éternelle, sachant que cela Lui coûta la vie de Son Fils unique ? « Le don de grâce de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus, notre Seigneur » (Rom. 6. 23).
De grosses larmes se mirent à couler sur les joues du vieillard, la lumière se faisait enfin en lui.
– Sahib, je vois maintenant. Depuis deux ans, j’ai compris la doctrine de Jésus mais je ne pouvais pas croire que le salut était gratuit. Maintenant je comprends. Il y a des choses si grandes que leur valeur est inestimable et qu’on ne peut pas les acheter.

D’après Almanach Évangélique 1954