UN FILS PRODIGUE

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UN FILS PRODIGUE

Il y a quelques années de cela, l’évangéliste bien connu, W. Dawson, prêchait à Londres.
Au cours de sa prédication, il prononça les paroles suivantes :
Il n’y a pas un seul homme, dans toute cette grande salle que Christ ne puisse sauver.
A la fin de la réunion, une dame s’approche de lui :
-M. Dawson, dit-elle, pouvez-vous vraiment affirmer qu’il n’est pas un seul homme à Londres que Christ ne puisse sauver ?
-Oui, répond-il, j’en suis fermement convaincu.
-Alors, continua la dame, je connais un homme que vous devriez visiter. Il assure qu’il n’y a pas de salut pour lui.
-J’y vais tout de suite, fit l’évangéliste, conduisez-moi.
Ils se mirent en route, parcourant un dédale de rues bruyantes et d’allées nauséabondes. Enfin la dame s’arrêta devant un bâtiment délabré.
-C’est ici, dit-elle, vous le trouverez tout en haut, dans une mansarde. Je vous laisse monter seul. Il vous parlera plus librement si personne ne vous accompagne.
M. Dawson s’engagea dans l’escalier sombre ; les marches pourries pliaient sous son poids et la rampe, graisseuse et gluante, n’offrait qu’un point d’appui incertain. Chaque étage semblait plus misérable que le précédent. Enfin il se trouva sous le toit.
Une porte ne tenant plus que par un gond donnait accès à une chambre sans fenêtre.
Lorsque ses yeux se furent accoutumés à l’obscurité, il put constater que la pièce ne contenait pas le moindre meuble.
A l’extrémité opposée, sur un tas de paille malpropre, un jeune homme était couché, le visage tourné contre la muraille.
M. Dawson traversa doucement la chambre et s’approcha du malade et dit :
-Mon ami !
-Vous n’êtes pas mon ami, répondit l’homme, je ne possède pas un seul ami dans ce monde.
-Vous vous trompez, répartit l’évangéliste, je suis votre ami et bien mieux que cela Jésus Christ vous aime aussi.
-Jésus Christ ne peut m’aimer, interrompit amèrement le malade, j’ai violé tous ses commandements, je L’ai foulé aux pieds. Je suis mourant et je m’en vais tout droit en enfer. Jésus Christ ne peut m’aimer.
-Jésus Christ aime les pécheurs, répondit tranquillement le visiteur, et s’asseyant sur le plancher au chevet du mourant, il ouvrit sa Bible et commença à lire.
La Parole du salut atteignit le cœur et la conscience du jeune homme ; lui, le plus grand des pécheurs, il trouva en Christ le Sauveur dont il avait besoin, celui dont le sang précieux avait coulé sur la croix.
Quelle joie pour cette pauvre âme au seuil même de l’éternité !
Après un temps assez long, le jeune homme se tourna vers M. Dawson et lui dit :
-Mon Père céleste m’a pardonné. Je mourrais heureux si mon père terrestre voulait me pardonner aussi.
-J’irai le voir, répondit l’évangéliste.
-Non, vous ne pouvez y aller. Si vous le voyiez et que vous lui parliez de moi, il vous insulterait. Il a fait rayer mon nom du registre de la famille. Depuis deux ans, personne n’a osé parler de moi en sa présence.
-Tout de même, j’irai le trouver, répéta M. Dawson.
Il se procura le nom et l’adresse du père et se mit en route. Il gagna le quartier le plus élégant de la ville et s’arrêta devant la porte d’un hôtel magnifique. Il frappa.
Un domestique en livrée le fit entrer dans un salon richement meublé, puis alla avertir le maître de maison de la présence d’un visiteur.
Bientôt parut un beau vieillard à la physionomie cordiale et au sourire jovial, qui s’avança vers M. Dawson, la main tendue.
-Je viens vous parler de votre fils Joseph, commença celui-ci.
Comme mu par un ressort, le vieillard laissa retomber la main qu’il avait saisie.
-Mon fils Joseph ? dit-il, et le rouge de l’indignation colorait son visage. Je n’ai pas de fils Joseph. Le nom de ce jeune homme a été effacé du registre de la famille. Personne depuis deux ans n’a prononcé ce nom devant moi, et je dois vous avertir, monsieur, que si vous avez à faire avec cet individu, il vous trompera certainement. Sur quoi, Monsieur, je vous dis adieu.
Et tournant les talons, il gagna la porte.
Au moment où il s’apprêtait à l’ouvrir, M. Dawson dit tranquillement :
-Avec tout cela, il n’en est pas moins votre fils ; mais il ne le sera plus pour longtemps.
Le vieillard tressaillit.
-Joseph est-il mourant ? demanda-t-il d’une voix subitement radoucie.
-Oui, votre fils est mourant. Je ne suis pas venu solliciter un secours en sa faveur. Je payerai volontiers de ma bourse les frais de son enterrement. Mais il a trouvé le salut par Christ ; son Père céleste lui a pardonné et il dit qu’il mourrait heureux si vous lui pardonniez aussi.
-Lui pardonner ? s’écria le père. Mais je lui aurais pardonné depuis longtemps si seulement il me l’avait demandé.
Aussitôt il fit atteler sa voiture et bientôt les deux hommes se trouvèrent devant la pauvre maison où Joseph se mourait.
Ils gravirent à tâtons l’escalier sombre et lorsqu’ils pénétrèrent dans la mansarde, le pauvre garçon se souleva péniblement sur sa couche et dit :
-Père, Dieu m’a pardonné ; veux-tu essayer de le faire aussi ?
Le père s’élança vers le mourant et l’entourant de ses bras répondit :
-Te pardonner, mon fils ? Je t’aurais pardonné depuis longtemps si seulement tu me l’avais demandé.
Le jeune homme était trop malade pour qu’on pût le transporter ailleurs. Son père s’installa auprès de la couche de paille et attira la tête de son fils sur sa poitrine. Et ainsi Joseph s’en alla plein de joie auprès du Sauveur qui l’avait aimé et s’était donné Lui-même pour lui.
Oh ! Vous tous qui lisez ces lignes, Dieu veut vous pardonner aujourd’hui même. Il n’est pas un seul d’entre vous qu’Il ne veuille sauver, si seulement vous acceptez l’œuvre parfaite du Seigneur Jésus.
« Car Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. » (Jean 3. 16)

D’après Almanach Évangélique 1908