MARTIN LUTHER

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MARTIN LUTHER

De tous les réformateurs, Martin Luther porte la physionomie la plus caractéristique. Il a de Calvin le profond savoir, de Farel le tempérament ardent, de Zwingli les convictions fermement assurées sur la Parole de Dieu.
Il est de plus foncièrement allemand, fils du peuple, et il s’adresse avant tout au peuple dont il comprend l’âme, dont il connaît les aspirations intimes, dont il entend les plaintes.
Ainsi s’explique en partie comment il exerça d’emblée une si grande influence sur ses compatriotes.
Nul ne semblait moins prédestiné que lui au rôle auquel Dieu allait l’appeler. De naissance, par goût, par éducation, il était catholique. Son père désirait lui faire embrasser une carrière libérale ; après quelques temps d’études, le jeune homme abandonne et entre dans un couvent. Là il se consacre avec ferveur à la vocation qu’il a choisie; car – et c’est un des traits les plus saillants de son caractère – il a horreur des demies résolutions, des compromis.
Tout ce qu’il entreprend, il le poursuit avec ardeur, avec une constance inébranlable.
En vain les moines l’astreignent-ils aux besognes les plus grossières afin de l’humilier : il se soumet sans murmures.
« Si jamais, écrivit-il plus tard, un moine avait gagné le ciel par ses moineries, certainement j’y serai entré le tout premier. »
Tant qu’il reste attaché à l’Église romaine, c’est un fervent catholique. Délégué à Rome par l’ordre des Augustins auquel il appartient, il se jette à genoux dès qu’il aperçoit la ville éternelle et la salue avec transports.
Pendant plusieurs années, il ne parait pas se rendre compte de la violence de l’orage qu’il va soulever et cherche à convaincre le saint siège de la pureté de ses intentions ; moins que personne, il songe à une rupture.
Mais cette même puissance de conviction, nous la retrouvons mise au service de l’Évangile, dès que Luther est éclairé par la grâce de Dieu et que son cœur est touché à salut.
Chez lui, pas un regard en arrière, pas une hésitation, une fois entré dans le chemin que Dieu lui trace.
Ni les supplications de ses parents et de ses amis, ni les menaces de ses ennemis qui ne souhaitent rien moins que sa mort, rien ne le fait broncher.
A l’un de ses amis qui redoute de le voir comparaître devant la diète de Worms, il fait dire : « J’entrerai dans la ville alors même qu’il s’y trouverait autant de diables qu’il y a de tuiles sur les toits. »
Et pourtant que de luttes il a à soutenir : luttes contre les adversaires connus ou invisibles, luttes contre ses anciens amis, luttes contre lui-même.
De constitution plutôt délicate, il eut plusieurs maladies qui le conduisirent aux portes de la mort. Passionné d’étude, aimant la vie de famille à cause des jouissances paisibles qu’elle procure, Lutter passe son existence à combattre sans trêve ni relâche.
« Ma destinée, dit-il une fois, c’est de vivre sur un champ de bataille ; mes écrits respirent guerres et tempêtes. J’ai à déraciner, à défricher, à assainir ; tel un vigoureux bûcheron qui doit se frayer un chemin. »
Mais Luther sait aussi où puiser la force nécessaire, comme en témoigne le cantique bien connu :

C’est un rempart que notre Dieu,
Une invincible armure,
Notre délivrance en tout lieu
Notre défense sûre.
L’ennemi contre nous
Redouble de courroux ;
Vaine colère !
Que pourra l’adversaire ?
L’Éternel détourne ses coups.

Seuls nous bronchons à chaque pas ;
Notre force est faiblesse.
Mais un héros dans les combats
Pour nous lutte sans cesse.
Quel est ce défenseur ?
C’est toi divin Sauveur !
Dieu des armées,
Tes tribus opprimées
T’appellent leur Libérateur.

Luther sait aussi manier avec une admirable dextérité la seule arme efficace pour le chrétien, l’épée de l’Esprit, la Parole de Dieu.
On est frappé, en suivant de près sa carrière, de voir quelle place éminente la Bible y occupe.
Dès le jour où il en découvre un exemplaire, fixé à la muraille par une chaîne, dans le couvent d’Erfurt, on peut dire qu’elle s’empare de son cœur et acquiert sur lui la toute-puissance.
« Si seulement, s’écrie-t-il, ce livre était traduit dans toutes les langues et se trouvait devant les yeux, dans les oreilles, dans les cœurs de tous les hommes !
L’Écriture, dit-il ailleurs, mais l’Écriture sans commentaires, c’est le soleil qui dispense sa lumière sur tous les docteurs.
Pour moi, affirme-t-il devant le docteur Eck à Leipzig, malgré le respect dû aux Pères de l’Église, je préfère mille fois l’autorité de la Parole de Dieu. »
Et à la diète de Worms, en présence de Charles Quint et de tous les princes les plus illustres de l’Allemagne, il termine sa courageuse apologie par ces mots :
Prenez garde que, dans vos efforts pour apaiser la discorde, vous n’en veniez à combattre la sainte parole de Dieu…Si vous ne pouvez me convaincre d’erreur en vous basant sur l’Écriture sainte, je ne puis ni ne veux rétracter quoi que ce soit. »
Nous ne pousserons pas plus loin l’analyse du caractère du grand réformateur allemand. Nous n’avons voulu faire ressortir chez lui qu’un ou deux traits, bien propres à stimuler les chrétiens d’aujourd’hui.
Que de faiblesse, que de stérilité même dans le témoignage autour de nous ! Veuille le Seigneur accorder à tous ceux qui lui appartiennent la faveur de pouvoir dire en toute sincérité comme Paul :
« Mais [je fais] une chose : oubliant les choses qui sont derrière et tendant avec effort vers celles qui sont devant, je cours droit au but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le christ Jésus. » (Phil. 3.14)

D’après Almanach Évangélique 1905