LES GENS DU LIVRE

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LES GENS DU LIVRE

Robert Morris regarda de nouveau tout autour de lui d’un air embarrassé. Serait-il obligé d’abandonner ses recherches ?
Il faisait un voyage missionnaire en Asie Mineure, et on lui avait dit que des chrétiens vivaient dans cette partie reculée du pays.
Désireux de les visiter et muni de renseignements très vagues sur les lieux, il s’était mis en route. Il avait cherché des informations tout au long du chemin, mais personne ne paraissait pouvoir le mettre sur la bonne voie.
Il s’arrêta pour inspecter les environs et vit un homme qui se dirigeait de son côté.
Peut-être pourra-t-il m’indiquer la route, pensa-t-il. Je vais faire cette dernière tentative pour les découvrir, avant d’abandonner la partie.
Alors s’avançant vers l’étranger, il lui demanda s’il y avait des chrétiens dans le voisinage.
L’homme secoua la tête :
– Des chrétiens ? Qu’est-ce que c’est ?
Il n’avait jamais entendu parler de gens pareils.
– Oui, reprit Morris, des chrétiens, c’est-à-dire des gens qui croient en Jésus Christ. On m’a dit qu’il y en a dans cette région.
L’homme paraissait très embarrassé, puis il reprit après un moment de réflexion :
– Chercheriez-vous par hasard les « gens du livre » ?
Ce fut au tour du missionnaire d’être étonné :
– « Les gens du livre », répéta-il, que voulez-vous dire ? Qui sont ces gens ?
– Et bien ! répondit l’homme, ce sont quelques personnes qui règlent toute leur vie d’après les instructions d’un livre qu’ils disent être un saint volume ; ils font exactement ce qu’ils lisent là-dedans et on les appelle les « gens du livre ».
– Ce livre s’appelle-t-il la Bible ? demanda Morris.
– Je ne pourrais pas vous le dire, fut la réponse, mais je pourrais vous montrer où ces personnes demeurent. C’est à environ deux kilomètres d’ici, de l’autre côté de la vallée, sur la gauche, au pied de cette colline que vous apercevez là-bas.
– Je vous remercie, dit le missionnaire. Puis il se remit en route avec un nouveau courage.
Après avoir suivi les directives de son guide, Robert Morris arriva près d’une rangée de petites huttes de terre de chétive apparence ; avisant la première habitation, il frappa à la porte branlante.
Aussitôt un homme au teint hâlé parut, et prenant le bâton du visiteur le fit entrer.
Le missionnaire fut surpris et charmé par l’étrange spectacle que cette chambre toute simple présentait.
Une demi-douzaine de personnes, hommes et femmes, étaient réunies autour d’une table grossière sur laquelle un grand livre était ouvert.
Morris eut bien vite reconnu un exemplaire de la Parole de Dieu, traduite dans la langue de la région.
Quelle heureuse surprise pour le serviteur de Dieu !
Voici ce qu’il apprit : Peu de temps auparavant, ces pauvres gens avaient reçu ce livre précieux, et sans l’aide de personne, ils s’étaient mis à lire et à étudier les Écritures avec tant de zèle, qu’ils avaient découvert le chemin du salut et, pour autant que cela leur était possible, ils conformaient leur vie à la volonté de Dieu, telle qu’ils la trouvaient révélée dans ce merveilleux volume.
Leur joie fut aussi grande que celle de leur visiteur ; jusqu’alors, ils croyaient être les seuls à connaître ce précieux livre, et ils s’étaient déjà demandé comment ils pourraient faire connaître à d’autres le trésor sans prix qu’ils avaient découvert.
Il est quasiment impossible de décrire la joie que cette rencontre inattendue causa aux uns et aux autres ; il en résulta pour tous de grandes bénédictions.
Morris prit congé de ces braves gens, le cœur rempli de joie et de reconnaissance ; il se sentait pourtant étreint par un vague sentiment de tristesse.
« Les gens du livre », songeait-il, quel beau titre de noblesse. Voilà de pauvres gens ignorant tout de nos pays prétendus civilisés ; ils reçoivent une Bible pour la première fois, non seulement ils la lisent et en croient chaque mot, mais ils obéissent simplement et implicitement à ce qu’elle commande !
Nos pays christianisés sont habités par des gens de bonne éducation qui se croient sûrement supérieurs à ces gens simples ; mais ils dédaignent et méprisent ce livre, ils le considèrent comme désuet, périmé !
Pourtant ils l’ont eu à leur disposition pendant des siècles ».
Il n’y a pas de titre plus beau et plus grand que celui que méritent ces humbles croyants, isolés, mais fidèles : « les gens du Livre » !

D’après l’Almanach Évangélique 1954