LE JEUNE CLAIRON

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LE JEUNE CLAIRON

 

Le colonel H. avait, parmi les hommes composant son régiment, un jeune clairon [soldat qui joue du clairon], dont il s’occupait plus spécialement pour en tirer le meilleur parti possible, même s’il le considérait de constitution trop fragile et trop délicate pour faire carrière dans l’armée.
L’enfant avait été élevé par une mère pieuse, et lorsque son père était mort à la guerre, la pauvre mère n’avait pas pu résister et était morte six mois plus tard du choc qu’elle avait reçu. La première éducation avait exercé une influence profonde sur le jeune homme, et, au régiment, il était exposé aux moqueries grossières de ses camarades.
Un matin, il a été fait un rapport au colonel que les cibles de tir avaient été endommagées pendant la nuit et qu’elles étaient hors d’usage. Après enquête, on a déterminé qu’un ou des hommes occupant la même tente que le clairon étaient incriminés, deux d’entre eux s’étant déjà révélés comme des instigateurs de troubles. On a engagé le malfaiteur à se dénoncer, sinon toute la tente subirait le même châtiment ; personne ne s’est avancé. Le colonel a alors dit :
Si l’un de vous veut s’avancer et recevoir la punition, les autres seront libérés, sinon vous serez tous punis.
Silence de mort pendant quelques minutes, puis le jeune clairon s’est avancé :
– Colonel, a-t-il dit, vous avez promis que si l’un de nous subissait la peine, les autres seraient libres. Je suis prêt ; faites-le tout de suite.
Le colonel est resté muet, puis se tournant vers les hommes, il a ajouté d’un ton sévère :
– N’y a-t-il personne parmi vous qui soit un homme ? Êtes-vous tous des lâches pour laisser souffrir ce garçon pour la faute que vous avez commise ? Vous savez qu’il est innocent !
Tous sont demeurés silencieux.
Le garçon a regardé le colonel en face.
– Je suis prêt, a-t-il dit.
Le cœur brisé, l’officier a donné ses ordres ; les coups sont tombés sur le dos mis à nu de l’enfant qui, stoïquement, a supporté la souffrance. Au quatrième coup un faible gémissement s’est échappé de ses lèvres. Un cri rauque s’est alors élevé parmi les hommes, et celui qui était considéré comme la brebis galeuse s’est avancé brusquement :
– Arrêtez, arrêtez, c’est moi qui suis fautif.
Défaillant, le jeune garçon a tourné son visage vers l’homme, et souriant, lui a dit :
Non, tu es libéré maintenant, la parole du colonel reste inchangée.
Le choc a été trop grand pour sa faible constitution, on l’a porté dans son lit ; l’homme est venu le voir.
– Pourquoi as-tu fait ça ? a-t-il dit en sanglotant.
– J’ai pensé, a répondu le malade, que cela t’aiderait à comprendre pourquoi Christ est mort pour toi.
– Christ est mort pour moi ?
-Oui, Il l’a fait parce qu’Il t’aimait. Il t’aime comme moi je t’aime, mais beaucoup plus que moi. J’ai souffert seulement pour une faute, Jésus a pris sur Lui tous les péchés que nous commettons. La punition pour tes péchés était la mort, mais Christ est mort à ta place.

« Il a été blessé pour nos transgressions, Il a été meurtri pour nos iniquités ; le châtiment de notre paix a été sur Lui, et par Ses meurtrissures nous sommes guéris » (És. 53. 5).

D’après Almanach Évangélique 1975