A LA MÉMOIRE DE SA MÈRE

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A LA MÉMOIRE DE SA MÈRE

 

Après la mort de sa mère, l’évangéliste américain Moody publia en mémoire d’elle un petit livre dont voici quelques extraits :
« C’est un grand honneur d’être le fils d’une mère pareille. Je ne sais par où commencer, je ne saurais la louer suffisamment…
Dans le cours de ma vie, quand j’avais besoin d’un bon conseil, c’est auprès de ma mère que je venais le chercher…
L’année qui suivit la mort de notre père, ma mère s’endormait chaque soir dans les larmes, et pourtant elle paraissait toujours souriante en présence de ses enfants qui étaient censés ignorer ses douleurs secrètes. Ses peines la jetaient aux pieds de son Dieu, et quelquefois tard dans la nuit, je l’entendais prier et pleurer. Elle nous croyait tous endormis, et profitait de ce moment pour verser ses larmes devant Dieu.
Mon père mourut après avoir fait faillite ; nos créanciers vinrent et emportèrent à peu près tout ce que nous possédions. Le lendemain, comme il avait beaucoup neigé, ma mère nous fit rester au lit jusqu’à l’heure de l’école parce qu’il n’y avait plus de bois pour faire du feu. Tout à coup, j’entendis le bruit de quelqu’un fendant du bois : c’était mon oncle Sam ! Le soir il nous amena la plus grande charge de bois possible avec deux couples de bœufs pour la tirer.
Le premier argent que je gagnai, ce fut en allant paître les vaches de notre voisin. Quand mon frère Georges eut trouvé du travail, nous nous demandâmes qui trairait les vaches à sa place. « C’est moi », dit ma mère. Elle faisait nos vêtements, tissait l’étoffe, filait la laine, raccommodait nos chaussettes, et jamais ne se plaignait de rien…
Combien je fus heureux de revenir à temps pour la revoir le jour où elle mourut !
– Mère, lui dis-je, me reconnaissez-vous ?
– Ah ! Je crois bien, répondit-elle.
Tous ses enfants, les neuf étaient autour d’elle au moment de son départ. A la fin j’appelai : « Mère, mère » ! Pas de réponse ; elle s’était endormie.
Et maintenant j’ai la vieille Bible, la Bible de famille ; c’est de ce livre-là que toutes ses vertus sont venues, le seul livre qui nous resta après la mort de mon père.
Si ma mère fut en bénédiction dans ce monde, c’est qu’elle buvait à cette source
Jamais elle ne renvoya les pauvres de sa maison. Une fois, nous n’avions plus qu’un peu de pain pour toute la maisonnée, lorsqu’un malheureux vint nous demander à manger. « Enfants, dit-elle, couperai-je des tartines plus minces pour qu’il y en ait pour ce pauvre homme ? » Et nous votâmes oui…
Son crédo était bref ; quand tout était contre elle, elle répétait : « Ma confiance est en Dieu, ma confiance est en Dieu ».
Des voisins essayèrent de la convaincre de placer ses enfants, elle leur répondit : « Non aussi longtemps que je pourrai me servir de ces mains ».
« Mais, lui disait-on, vous savez bien qu’une femme seule ne peut élever sept garçons ; ils finiront en prison ».
Sans ajouter un mot, elle continuait à travailler, et aucun de nous n’est allé en prison.

D’après Almanach Évangélique 1962