LE SOIR DONC ÉTANT VENU, CE JOUR-LÀ

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LE SOIR DONC ÉTANT VENU, CE JOUR-LÀ…

Voyez la joie qui rayonne sur le visage de tous quand le Seigneur, apparaissant au milieu de ceux qui tout à l’heure encore « étaient dans le deuil et pleuraient » (Marc 16. 10), leur dit : « Paix vous soit ! » et leur montre ses mains et son côté. Quelle vision saisissante pour les disciples que celle de leur Seigneur au lendemain des heures de la croix ! Ils le regardent, regardent ses mains et ses pieds blessés, regardent dans son côté la trace laissée par la lance du soldat romain.

Depuis la nuit solennelle où le Seigneur avait institué le mémorial de ses souffrances, c’était le premier rassemblement autour de lui. Pourquoi avait-il donc été comme retardé ? Que s’était-il passé dans ce jour de la résurrection du Seigneur ?

Chaque évangile semble arrêter notre pensée à une étape différente de cette journée pour nous montrer l’activité du Seigneur en faveur des siens dans la peine. Car l’état d’âme de chacun ne l’avait pas laissé indifférent et son cœur voulait y répondre avec amour et grâce pour que, le soir venu, au moment de la rencontre, il n’y ait plus entre les siens et lui aucun nuage.

En Matthieu, nous rencontrons certainement les premières levées de ce grand jour ; depuis la veille les femmes ont préparé leurs aromates. Elles s’avancent vers le sépulcre, s’interrogeant entre elles : qui nous roulera la pierre ? Mais la pierre est roulée et l’ange, assis sur elle, dit aux femmes : « Vous cherchez Jésus le crucifié ; il n’est pas ici ; car il est ressuscité, comme il l’avait dit… Allez promptement, et dites à ses disciples qu’il est ressuscité des morts… ». Et elles s’en vont, méditant sur un si grand mystère quand, soudain, Jésus lui-même vient au-devant d’elles ; il leur parle ; il leur confie le grand message à transmettre aux disciples…

Des aromates pour honorer la mémoire d’un Jésus crucifié, ami, n’est-ce pas ce que nous avons apporté quelquefois, le premier jour de la semaine, au lieu des premiers fruits cueillis dans le pays ? Nous nous étions préparés trop tard pour cette rencontre avec le Seigneur et nous étions entrés dans le lieu où il a promis sa présence comme ces pieuses femmes étaient entrées dans le sépulcre vide pour honorer la mémoire d’un mort. Par habitude nous avions chanté, par habitude aussi nous avions donné l’amen aux prières : « … Jésus le crucifié ; il n’est pas ici ; il est ressuscité » ; en nous la voix, soudain, a dû se faire entendre et nous rappeler que le Seigneur est là vivant, fidèle à sa promesse. « J’annoncerai ton nom à mes frères ; au milieu de l’assemblée, je chanterai tes louanges » (Héb. 2. 12).

Cher ami, puissions-nous, comme ces saintes femmes désemparées, trouver un moment pour rencontrer Jésus dans le chemin avant de venir, chaque premier jour de la semaine, au lieu où il groupe les siens autour de lui.

L’Évangile de Marc ajoute que l’ange dit aux femmes : « Allez, dites à ses disciples et à Pierre… » (Marc 16. 7). Il y a pour Pierre, qui avait renié son Maître et pouvait redouter cette rencontre avec lui, un message personnel du Seigneur, dès le premier jour de la résurrection. Comme il s’occupe de son disciple d’une manière touchante ! Car non seulement Pierre reçoit le message transmis par l’ange aux femmes, mais le Seigneur lui-même vient le trouver. « Il est apparu à Simon » (Luc 24. 34).

Jeune ami, quelle âme sincère n’a pas été troublée un jour d’avoir renié le Seigneur dans des actes, des paroles, des pensées ? Et alors, comment se rendre au lieu du rendez-vous ? Comment chanter, comment prendre part au mémorial des souffrances du Seigneur ? « Il est apparu à Simon ». Le chemin qui passe par la cuve d’airain, ou le lavage des pieds de Jean 13, n’est jamais sans profit ; il est nécessaire même, pour avoir une part avec le Seigneur.

Deux disciples, dans Luc, s’éloignent de Jérusalem. Ils savent le Seigneur ressuscité, connaissent le lieu de la rencontre, ont reçu le message des femmes, mais ils partent. Sur la route, un voyageur s’est approché : « Quels sont ces discours que vous tenez entre vous en marchant, et vous êtes tristes ? »
Alors que le soir approche, que le jour a baissé, les bien-aimés du Seigneur sont encore dispersés. Quel moment pour son cœur, quand, à Emmaüs, les disciples s’arrêtent et lui disent : « Demeure avec nous ». « Et lui, il fit comme s’il allait plus loin ». « Je n’ai rien à faire, mes disciples, ce soir à Emmaüs, si précieux que puisse être pour vous ce moment, semble leur dire le Seigneur ; ce n’est pas là le lieu où j’ai convié les miens ». Et pourtant, comme leurs yeux ne sont pas encore ouverts, il consent, dans sa grâce, à entrer chez eux ; il se met à table, se révèle à eux dans la fraction du pain. Et, sur-le-champ, ils partent et rejoignent les disciples rassemblés.

Ce soir-là, le Seigneur attendra les deux retardataires pour se montrer aux siens. Mais Jean, sans juger aucunement, nous révèle qu’un invité manque encore : C’est Thomas. Qu’a fait ce dernier du message des femmes ? Qu’y a-t-il eu, ce soir-là, de plus précieux pour son cœur que le rendez-vous du Seigneur ? Loin de nous de le blâmer, mais comme ce seul éloignement d’une heure a déjà laissé germer dans son cœur une racine d’incrédulité ! Oh ! Comme il est soudain devenu dur, le cœur de Thomas ! Quel accent doit prendre la voix du Seigneur quand, huit jours plus tard, il dit à son disciple : « Avance ton doigt ici… ». Entre, semble-t-il lui dire, jusqu’au cœur de ma souffrance, jusque dans l’intimité de ce qui, éternellement, sera pour le croyant un sujet de louange et d’adoration, et ne sois plus incrédule mais croyant.

Le soir donc étant venu, ce jour-là… malgré l’heure tardive, comme il fait bon dans ce rassemblement quand le Seigneur vient au milieu des siens ! A chaque faiblesse humaine sa miséricorde a déjà répondu. Nous n’entendons même pas la voix des disciples, mais nous voyons leurs visages heureux ; nous n’entendons que bien peu la voix du Seigneur, mais nous voyons son geste : Il leur montre ses mains et son côté, comme encore tout maculés du sang du sacrifice. Quel message de paix plus puissant que bien des paroles ! « Et ils se réjouirent quand ils virent le Seigneur ».

Si les temps ont changé, nos problèmes restent hélas, bien souvent, ceux qui retenaient les disciples avant l’heure du rassemblement autour de Jésus ; mais le Seigneur peut répondre à chaque état d’âme avec le même amour, et nous permettre de réaliser son plus cher désir : celui d’avoir les siens autour de lui.

Mon cher ami, quel prix a pour ton cœur et quelle place dans ta vie, l’heure où les deux ou trois sont réunis en son nom ?

D’après Feuille aux jeunes n° 170
P. Jeannin