UNE FLEUR ET SA MISSION

Aubépine

 

UNE FLEUR ET SA MISSION

Des jeunes filles cueillaient des fleurs destinées à des malades. « La mission des fleurs », tel était le nom donné à ce moyen d’évangélisation utilisé surtout en Angleterre. Elles hésitaient à mettre encore dans leur panier déjà plein une branche d’aubépine qu’elles trouvaient indigne d’y figurer. Cependant elles la prirent. Une fois à la maison, elles confectionnèrent leurs bouquets, à chacun desquels elles attachaient des cartes avec des textes bibliques. La branche d’aubépine eut aussi le sien. C’était celui-ci : « Dieu est amour ». Puis, la personne qui s’était chargée de la distribution partit avec sa provision de bouquets. Elle en avait donné une cinquantaine et rentrait bien fatiguée d’avoir couru et grimpé tant d’escaliers quand, en passant devant la maison d’un malade incrédule qui l’avait déjà repoussée plusieurs fois elle entendit comme une voix qui lui disait : « Monte là ! »
– Mais pourquoi essayer encore, se dit-elle, c’est inutile, et puis je n’ai plus de fleurs. A cette dernière pensée, qui était comme un soulagement pour sa conscience, elle poussa un soupir de satisfaction. Cependant elle avait encore au fond de son panier la pauvre branche d’aubépine, mais elle n’aimait pas avoir si peu à présenter, cela n’en valait pas la peine. Après un court moment de combat intérieur, elle se décida pourtant à entrer et monta l’escalier, tout en demandant à Dieu de bénir son message. Elle frappa à la porte, entra dans la chambre du malade, et s’approchant de son lit, y déposa la branche d’aubépine.
– Qui l’envoie ? Demanda cet homme qui n’avait rien de sa dureté habituelle.
– Dieu, répondit simplement la visiteuse sans rien ajouter. Et, avertie par un regard de sa femme, elle se retira aussitôt.

Quelques jours plus tard, Norris (c’était le nom du malade) recevait la visite de quelques amis qu’il avait désiré revoir. C’étaient quelques-uns de ses anciens compagnons de plaisir qui venaient lui dire un dernier adieu. Ils contemplaient en silence et avec tristesse celui qu’ils avaient connu autrefois plein de gaîté et d’entrain. Mais le malade rompit bientôt ce silence pénible.
– Mes amis, leur dit-il, je vous ai fait appeler pour vous dire qu’il y a un Dieu.
Personne n’ajoutant rien, Norris continua :
– En présence de la mort, dont je me sens tout près, l’idée de Dieu s’est emparée de moi. Supposons qu’Il existe, ai-je dit, que l’enfer et le ciel soient des réalités, que deviendrai-je et où irai-je ? Et tout ce que j’ai fait et dit, toutes mes plaisanteries au sujet de Dieu, toute ma vie enfin se présentait à moi. Si je devais me trouver en présence de Dieu ? Me disais-je. Cette pensée me tourmentait. Je Lui dis donc : « Si tu es Dieu et si, jusqu’ici, j’ai été dans l’erreur, montre-le moi ; envoie-moi un signe et je te confesserai comme étant le Dieu du ciel et de la terre ». Et dès ce moment j’étais là à attendre ce signe, toutes mes pensées étaient centrées sur lui, car c’était pour moi une question de vie ou de mort. S’il y avait une chose jamais vue entre ces quatre murs, c’était une fleur. Et je fus assez hardi pour demander qu’une fleur soit ce signe désiré. J’attendis toute la matinée, regardant au plafond pour voir si le miracle s’opérait, mais il ne se produisait rien de particulier. Vers cinq heures cependant, les douleurs dont je souffrais s’étant un peu calmées, j’avais fermé un moment les yeux. Un bruit de pas me les fit rouvrir … Et je vis cette fleur, dit-il en montrant l’aubépine.
– Qui est-ce qui me l’envoie ? Ai-je demandé à la personne qui me l’apportait.
– Dieu, me répondit-elle.
– Et maintenant, je vous le dis à tous : Il y a un Dieu ! Oui, s’Il a pu s’inquiéter d’un homme aussi mauvais que moi, Il est vraiment Dieu et je crois en Lui. Et voyez, Il a écrit cela pour moi, ajouta-t-il en tirant de dessous son oreiller la carte qui portait écrits ces textes : « Dieu est amour » (1 Jean 4. 16), et celui-ci : « Je ne mettrai point dehors celui qui vient à Moi » (Jean 6. 37). Ces quelques paroles du malade étaient une courte mais bien solennelle prédication. Tout épuisé, après les avoir prononcées, il eut un long accès d’étouffement. Tous ses amis s’étaient retirés et Norris restait seul avec sa femme. « Il est Dieu et Il m’aime« , l’entendait-elle répéter d’une voix bien faible. Ses dernières paroles intelligibles furent : « Il est le Seigneur mon Dieu. Il a envoyé une fleur à un misérable homme tel que moi. » C’est ainsi que cette simple branche d’aubépine fut un moyen de délivrance et une porteuse de bonne nouvelle pour l’incrédule Norris. Cette histoire dont tous les détails sont authentiques, nous enseigne que les mains qui cueillent les fleurs et les doigts qui en forment des bouquets, les mains qui les donnent et les doigts qui écrivent les précieuses promesses de l’évangile se réjouiront un jour en découvrant que leur travail n’a pas été vain dans le Seigneur (1 Cor. 15. 58).

D’après l’Aube