O.H.M.S.

 

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O.H.M.S.

Je me trouvais un jour à Londres, dans les bureaux d’un ministère, lorsque mon attention fut attirée par les quatre lettres :

O.H.M.S. (On His Majesty’s Service, Au service de Sa Majesté)

Inscrite sur chaque dossier, sur chaque enveloppe. Toutes les feuilles portaient l’en-tête O.H.M.S. que le secrétaire y note quelque affaire importante ou d’ordre secondaire. Une pensée me traversa soudain l’esprit et si je l’avais approfondie tout de suite, elle m’aurait été d’une grande utilité ; mais je négligeai de le faire.
Rentré chez moi, je passai la soirée en compagnie de ma femme. Habituellement gaie et de bonne humeur, elle paraissait ce soir-là, fatiguée et maussade. Repoussant enfin une grande corbeille de raccommodages, remplie de linge et de bas d’enfants, elle soupira : « Je t’assure qu’il y aurait de quoi désespérer ! Ma journée s’est passée à aider la femme de ménage, à habiller les enfants, à épousseter et à préparer le dîner ; puis j’ai reçu plusieurs visites cet après-midi, avec lesquelles je me suis entretenue d’une foule de choses inutiles. Et tu vois cette corbeille ; j’ai raccommodé, reprisé sans relâche, sans compter qu’il me reste encore bien à faire pour en venir à bout. Je me fais l’effet d’un pauvre cheval de trait qui, une fois sa tâche routinière accomplie, reçoit en échange sa nourriture quotidienne, qu’il mange en méditant sur son pauvre sort. Nettoyer, raccommoder, bavarder, prendre le thé, cuire, manger et s’occuper des enfants, voilà ma vie et celle de la plupart des femmes. Et quel sera le résultat de tout cela ? Il y a vraiment lieu de perdre courage ! »
Si j’avais, à ce moment-là, exprimé la pensée qui m’était venue le matin, tout aurait sans doute changé d’aspect, mais je ne le fis pas. Au contraire, je répondis d’un ton amer : « Crois-tu mon sort plus agréable que le tien ? Ramper devant les clients, essuyer mille ennuis avec les employés, dans l’uniformité d’une vie monotone, et tout cela pour gagner l’argent dont nous avons besoin pour vivre ! Je trouve incompréhensible que Dieu nous fasse passer les neuf dixièmes de notre vie quotidienne à remplir les devoirs journaliers et des obligations banales ».
Après avoir échangé maint propos de ce genre, nous sommes allés enfin nous coucher, fatigués, découragés et persuadés que notre sort était insupportable.
Mais la pensée que j’avais refoulée le matin même, me revint dans la nuit. Je rêvai qu’il était l’heure de nous lever, et je vis ma femme prendre sa Bible et en lire un passage, avant de se mettre au travail. Jamais je n’avais lu dans la Bible ce qu’elle y lut ce matin-là, mais seulement quelque chose d’analogue. Cependant, en rêve, cela me paraissait tout naturel : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quoi que vous fassiez, FAITES TOUT POUR LA GLOIRE DE DIEU ».
Ma femme ferma sa Bible, s’agenouilla pour prier et s’en alla à son travail. Je la vis entrer dans la salle à manger où aucun préparatif n’avait encore été fait pour le déjeuner. La bonne était là, mais un étranger même, qui eût ignoré son caractère boudeur, eût remarqué, ce matin-là, sa mauvaise humeur. Elle agitait son balai de ci de là en soulevant toute la poussière. Au lieu de se fâcher, ma femme lui dit tranquillement : « Vous êtes restée endormie, et ne m’avez pas entendu appeler, nous allons rattraper ensemble le temps perdu : donnez-moi le balai et allez mettre le lait sur le feu ».
« Rien d’étonnant si ma pauvre femme trouve la vie insipide et énervante, me dis-je tout bas, quand ma patience est, dès le matin, mise à l’épreuve par la mauvaise humeur de la femme de ménage et qu’elle doit balayer à sa place ».
Je la considérai avec compassion, lorsqu’il me sembla voir une douce clarté sortir de son balai. En m’approchant, je remarquai une inscription lumineuse sur le manche, portant les quatre lettres :

O.H.M.S.

Le vulgaire balai prit aussitôt une grande valeur à mes yeux. Je compris que ma femme considérait cet humble travail comme un service pour son Seigneur et que son dévouement Lui était agréable. L’éclat des quatre lettres jetait tout à l’entour un reflet radieux et paisible, transformant tout ce qui les entourait.
En m’éveillant, je racontai mon rêve à ma femme, qui accueillit avec une grande joie cette manière d’envisager ses occupations journalières. De mon côté, je me rendis au bureau, bien décidé d’être fidèle « AU SERVICE DU ROI ».
Comme j’y entrai, l’un de mes employés vint me demander de rédiger le texte d’une annonce qui devait paraître dans les journaux, concernant plusieurs terrains et maisons à vendre, qu’il s’agissait de vanter aux acquéreurs. J’avais, plus d’une fois déjà, fait des réclames de ce genre, sans réfléchir si elles répondaient à la vérité ou non. Mais maintenant, au moment où je prenais la plume, il me sembla qu’en tête de mon document, une main invisible venait de tracer les lettres : O.H.M.S. Que pouvaient donc avoir à faire mes entreprises avec « le service du Roi », puisque je vendais mon bien ?… Alors me revint à la mémoire le passage de 1 Corinthiens 6. 19 et 20 : « Vous n’êtes pas à vous-mêmes, car vous avez été achetés à prix » et je compris soudain que je ne pouvais disposer librement de moi-même et de ma propriété ; tout appartenait au Seigneur. Si tel était le cas qu’allais-je écrire ? Les termes élogieux, employés autrefois, devaient être laissés de côté. Aurait-il été possible de placer sous les lettres significatives un seul mot qui ne fut pas authentique ? Je sentis distinctement que ma nouvelle rédaction différait en tous points des précédentes. Je pris ensuite le courrier. Il s’y trouvait une lettre d’un de mes clients, mauvais payeur, auquel j’avais envoyé un commandement de payer. Au lieu de me faire parvenir l’argent, il m’écrivait qu’il lui était momentanément impossible de régler quoi que ce soit : une longue maladie de sa femme et les frais d’obsèques d’un de ses enfants l’avaient mis dans de gros embarras. Il ajoutait qu’il s’acquitterait de sa dette dès qu’il le pourrait. Cette lettre me contraria. Je ne sais comment j’en étais venu à adopter comme principe d’abandonner mon christianisme à la porte de mon bureau. Ma décision fut donc bientôt prise : « Qu’avait-il à faire d’acheter, s’il ne pouvait payer ? Est-ce à moi de porter les conséquences de son malheur ? »
Telles étaient mes réflexions et je pris une feuille de papier pour lui répondre que j’allais remettre la chose entre les mains de mon avocat.
Mais comme je prenais la plume, je vis briller à nouveau, au haut de la page, les lettres : O.H.M.S. Comment mettre maintenant mon dessein à exécution ? Si j’étais réellement « au service du Roi », faisant toutes choses à la gloire de Dieu, pourrais-je répondre en ces termes ?
Je trouvais tout à fait naturel que ma femme fît toutes choses pour le Seigneur, mais serait-il possible que moi, en ma qualité de commerçant, je doive agir de même ? Un combat violent se livrait en moi. Je mis la lettre de côté pour en prendre une autre : même difficulté. La moralité dans le commerce et le « service du Roi », m’apparaissaient comme deux choses tout à fait incompatibles. Que faire ? Continuer comme je l’avais toujours fait ? Non, je sentais qu’en face de la décision à prendre, je préférerais laisser ma vie que de renoncer à mon Seigneur. Faudrait-il donc que j’abandonne mon commerce ? Non, encore non, car ma femme, mes enfants et ma propre existence dépendaient de mon gagne-pain. Alors que faire ?
Je traçai, à la hâte, deux mots sur une carte pour dire que je désirais ne pas être dérangé, je la fixai à ma porte et, après avoir tourné la clef, je tombai à genoux. Il me serait impossible de décrire ce qui se passa alors en moi. Mais lorsque je me relevai, je me sentis saisi par Dieu comme tout à nouveau et décidé à vivre pour Lui, d’une manière bien différente de ce que j’avais fait jusque-là.
Ce que je demande journellement à Dieu, maintenant, est d’être gardé pour le servir fidèlement devant le monde. Lorsque j’ai quelque chose à rédiger, je m’efforce toujours de voir, devant moi, les quatre lettres mystérieuses :

O.H.M.S.

Ainsi, soit que je mange, soit que je boive ou quelque chose que je fasse, je puis le faire « A LA GLOIRE DE DIEU ».

D’après Le Salut de Dieu 1972