MARIE ET LES DEUX BANDITS

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Marie et les deux bandits

Il y a bien des années, vivaient dans une contrée isolée, un fermier chrétien et sa famille. Chaque dimanche, cet homme avait l’habitude de conduire toute sa famille à l’église, ne laissant en arrière qu’une seule personne pour garder la ferme. Les gens de cette région avaient la réputation d’être très honnêtes ; jamais on n’y avait entendu parler de vol ou de mésaventures graves.
Or, un beau dimanche d’été, le père partit laissant sa petite fille à la maison. C’était la première fois qu’on la trouvait assez âgée pour lui confier cette responsabilité. Mais Marie n’avait pas peur : elle ne s’ennuyait pas non plus. N’avait-elle pas pour la protéger et lui tenir compagnie son ami Médor, le bon vieux chien ? Marie regarda partir la voiture, puis elle prit la grosse Bible et, pendant une heure, lut les histoires qu’elle préférait – celle de Joseph vendu par ses frères et celle de David et du géant Goliath. Ensuite elle s’en alla dans le verger où elle s’amusa paisiblement à cueillir des fleurs et à observer les petits oiseaux. Ainsi s’écoula la matinée.
A midi, Marie rentra dans la maison et commença à mettre la table pour le repas de la famille. Ce fut alors qu’elle vit deux hommes qui s’approchaient de la porte de la cuisine. Ils étaient sales et mal habillés, pas endimanchés le moins du monde. Mais Marie qui avait toujours vu ses parents exercer l’hospitalité, les invita à entrer. Les étrangers parurent surpris et se regardèrent en ricanant.
– Tu es donc seule à la maison, petite fille ? Dit le plus jeune, en s’asseyant près de la table de la cuisine.
– Oui, Monsieur, seule avec Médor.
– Qui est Médor ?
– C’est notre chien. Je suis étonnée qu’il n’ait pas aboyé en vous voyant.
– Les chiens ne nous font jamais de mal ; nous ne le leur permettons pas, fit l’autre homme.
– Qu’importe Médor, fit le premier. Je ne crois pas que tu saches pourquoi nous sommes venus, gamine.
– Non, Monsieur, mais je suis sûre que vous aimeriez avoir quelque chose à manger. Vous avez l’air d’avoir faim.
– Tu as raison. Dépêche-toi de nous apporter quelque chose à mettre sous la dent. Et un peu vite ! Entends-tu ? Dit brusquement le plus vieux des deux.
– N’effraye donc pas la petite demoiselle, reprit son camarade. Puis, se tournant vers Marie :
– Il est de mauvaise humeur parce qu’il a faim.
Rassurée, l’enfant chargea la table de tout ce que contenait le garde-manger, puis s’assit avec ses hôtes.
Le plus jeune s’apprêtait à couper une tranche de rôti froid quand Marie dit doucement :
– Ne voulez-vous pas remercier Dieu tout d’abord ?
L’homme parut embarrassé.
– J’ai oublié comment on le fait. Prie toi-même, petite fille.
Marie, toute surprise, hésita ; puis joignant les mains, elle dit : « Donne-nous, ô Dieu, des cœurs reconnaissants pour la nourriture que tu nous accordes dans ta bonté. Nous te le demandons pour l’amour de Jésus. Amen ».
Quand les hommes eurent copieusement mangé, ils questionnèrent Marie, lui demandant quand elle attendait son père, s’il avait été au marché la veille, etc.
– N’as-tu pas peur d’être seule ici ? Ajouta le plus jeune. Pense donc, si de méchants hommes, des voleurs, par exemple, venaient te prendre ?
– Je n’ai pas du tout peur, répondit l’enfant en le regardant en face. Dieu prendra soin de moi. Je pense que vous connaissez le psaume où il est dit que l’Éternel garde ceux qui se confient en Lui.
– Je ne puis pas dire que je m’en souvienne. Comment est-il ce psaume ?
Voici un verset, dit Marie : « L’ange de l’Éternel campe autour de ceux qui le craignent, et les délivre » (Ps. 34. 7).
– Et que dit le verset suivant ? Demanda l’homme, sans paraître remarquer l’impatience croissante de son compagnon.
– « Craignez l’Éternel, vous ses saints ; car rien ne manque à ceux qui le craignent » (Ps. 34. 9).
L’homme semblait très mal à l’aise. Il se trémoussait sur sa chaise. Enfin, il se leva, entraînant son camarade dans l’embrasure de la fenêtre. Là, ils se mirent à discuter vivement à voix basse. Enfin, l’enfant saisit ces paroles du plus jeune :
– Je te le dis, Thomas, que je ne le ferai pas et si toi tu essayes, nous verrons lequel de nous deux sera le plus fort !
Là-dessus les deux hommes sortirent dans la cour.
Au bout d’un instant, le plus jeune rentra dans la cuisine et demanda à Marie comment elle se nommait.
– Je ne veux pas oublier de te dire adieu, ajouta-t-il. Nous n’attendrons pas le retour de ton père. Peut-être reviendrons-nous un autre jour.
Il lui tendit la main et s’en alla.
– Où peut bien être Médor ? Se demanda Marie.
Et elle appela le vieux chien, mais en vain. Alors elle rentra dans la maison et attendit le retour de la famille.
Lorsque ses parents revinrent, la fillette leur raconta la visite des deux hommes et, peu de temps après, on trouva le pauvre Médor étendu mort dans le verger. Alors ils comprirent que ces hommes étaient des bandits, venus dans l’intention de dévaliser la ferme, mais qui n’avaient pas mis leur criminel projet à exécution.
Cependant les deux voleurs furent pris et déportés en Australie. Le plus vieux mourut en voyage, mais l’autre, Joseph S. arriva à destination. Il se conduisit si bien au milieu des autres criminels qu’il fut placé chez un fermier qui élevait des moutons. Un dimanche, Joseph assista à un service religieux. Le pasteur se mit à lire : « L’ange de l’Éternel campe autour de ceux qui le craignent, et les délivre » (Ps. 34. 7). L’attention de Joseph fut immédiatement captivée et ses pensées se reportèrent vers la petite Marie. A l’issue du service, il s’approcha du pasteur et lui demanda un exemplaire du livre des Psaumes. Le prédicateur prit son adresse et lui envoya une Bible et quelques traités, montrant le salut que Dieu offre à tout pécheur. Le pauvre malfaiteur lut avidement et, par la grâce de Dieu, trouva le Sauveur.
Joseph resta chez le fermier jusqu’au terme de sa condamnation et, par sa conduite chrétienne, il montra que bien réellement il avait passé des ténèbres à la lumière. Le bandit d’autrefois était devenu un enfant de Dieu.

D’après la Bonne Nouvelle 1931.

(Tu trouveras cette histoire lue dans l’espace Audio, d’ici quelques jours…)