L’AMITIÉ

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L’amitié

L’Écriture est riche en enseignements sur ce sujet ; elle présente aussi pour notre instruction beaucoup d’exemples d’amitiés heureuses ou malheureuses qui méritent toute notre attention. En effet les exigences de la vie actuelle et les occasions de déplacements plus fréquents qu’autrefois favorisent des contacts plus variés entre jeunes croyants. Ainsi peuvent se nouer des relations utiles, confiantes, solides, qui marqueront de leur empreinte une vie entière ; mais le danger demeure aussi d’amitiés aux fruits amers. On aime ses parents, ses frères et sœurs, mais on est lié à un ami par des sentiments d’une autre nature ; des considérations d’âge, d’orientation ou d’expériences communes ont souvent déterminé le choix de tel ami ; il est bien vite devenu un confident à qui l’on fait part, plus volontiers qu’à sa propre famille quelquefois, de ses aspirations, de ses projets, de ses problèmes intimes ; on accepte ses remarques, ses conseils, on subit son influence ; d’où le sérieux de telles liaisons.
Voilà bientôt deux millénaires, Pierre et Jean avaient grandi ensemble dans le cadre du lac de Tibériade ; ils avaient ensuite exercé en commun leur activité de pêcheurs (Luc 5. 10). Un jour une voix s’était fait entendre : Jésus avait appelé. Tous deux avaient donné une même réponse à cet appel ; ils avaient tout quitté pour suivre le même Maître. Au cours du ministère public du Seigneur se tissa entre ces deux disciples la trame d’une amitié plus profonde dont les Évangiles rapportent quelques épisodes :

Occasions perdues

« Pierre et ceux qui étaient avec lui étaient accablés de sommeil », lisons-nous en Luc 9. 32, pendant la scène de la transfiguration. Et plus loin, dans le jardin de Gethsémané, Jésus « vint vers ses disciples, qu’il trouva endormis de tristesse » (Luc 22. 45).
Dieu offre à Pierre et à Jean deux occasions uniques d’entrer dans l’intimité de la gloire et des souffrances de son Fils. Et tous deux dorment dans des heures aussi solennelles ! Lequel secouera son ami pour l’éveiller ? Ne trouvons-nous pas comme l’écho douloureux du cœur du Seigneur dans sa parole : « Ainsi vous n’avez pas pu veiller une heure avec moi » ? Occasions perdues et qui ne se présenteront jamais plus de veiller aux côtés de Jésus en prière.
On a passé entre jeunes gens d’agréables journées de vacances, on s’est entretenu pendant de longues soirées de sujets bien divers, tout cela est légitime ; mais qui va prendre l’initiative de lire un chapitre de la Parole, de prier ? Ce sera l’occasion donnée de passer à un entretien sérieux et édifiant dont chacun tirera profit ; ce sera peut-être pour tel ami le point de départ d’un réveil spirituel…

Occasion de chute

« L’autre disciple donc, qui était connu du souverain sacrificateur, sortit, et parla à la portière, et fit entrer Pierre » (Jean 18. 16).
Jean désirait, dans un but louable, permettre à Pierre de suivre Jésus dans le parloir du souverain sacrificateur ; mais le moyen n’était pas digne d’un disciple : il usait de relations mondaines, et ne se doutait pas que, en faisant ainsi, il ouvrait à Pierre la porte qui le conduirait jusqu’au reniement de son Maître. Il faudra le long et patient travail de Jésus dans la conscience ébranlée de son impétueux disciple pour l’amener, des pleurs amers de Luc 22. 61-62, jusqu’au rétablissement complet de Jean 21. 15-23. – Mais combien alors l’attitude du disciple que Jésus aimait est belle : réservé et discret, il suit, respectant l’intimité du moment où Jésus, qui marche en avant avec Pierre, vient sceller l’œuvre achevée dans la conscience et dans le cœur de son disciple repenti.
Quelque chose de peu d’importance au cours d’une amitié peut laisser parfois des années plus tard une tache indélébile : on a bien rejeté globalement le monde, ses vanités, sa folie, mais on le laisse se réintroduire dans de petits faits de la vie courante, où il vient se présenter sous des visages flatteurs mais nuisibles ; et les relations amicales peuvent favoriser souvent son emprise sur les esprits et sur les cœurs : on se prête un ouvrage léger, on s’attarde à des discussions philosophiques, on va écouter une musique à la mode… et l’on devient une occasion de chute pour son ami.

Occasions d’encouragement

« Ils couraient les deux ensemble ; et l’autre disciple courut en avant plus vite que Pierre, et arriva le premier au sépulcre » (Jean 20. 4).
Le reniement avait profondément marqué Pierre ; comment chasser le souvenir du regard attristé de Jésus posé sur lui ? Mais le tombeau est vide ; Marie de Magdala vient d’apporter l’étonnante nouvelle. Pierre s’est aussitôt levé ; il court au sépulcre avec Jean. Un moment, ils courent les deux ensemble, puis… Pierre hésite-t-il ? Redoute-t-il le moment de la rencontre avec Jésus ? Jean est alors passé devant, entraînant à sa suite son ami hésitant. Et ils vont ainsi tous deux jusqu’au sépulcre vide, jusqu’à un Seigneur ressuscité.
« Dites à ses disciples et à Pierre : Il s’en va devant vous en Galilée ; là vous le verrez », a dit l’ange aux saintes femmes (Marc 16. 7). « Allez annoncer à mes frères qu’ils aillent en Galilée, et là ils me verront » (Matt. 28. 10), leur a répété Jésus.
Les disciples sont allés en Galilée mais pour y retrouver leurs barques de pêcheurs et leur vain travail. « Et le matin venant déjà, Jésus se tint sur le rivage… Ce disciple donc que Jésus aimait, dit à Pierre : c’est le Seigneur » (Jean 21. 4-7). Malgré les cœurs oublieux des siens, Jésus, fidèle à sa promesse, est là. Jean confus, mais rassuré et heureux, laisse parler son cœur. Encouragé par le cri de joie de son ami, Pierre quitte, et pour toujours, la petite nacelle, souvenir d’une vie révolue. Il se porte au-devant de Jésus – Non, plus jamais pêcheur, mais désormais berger des brebis du Seigneur.
Une parole à propos, un geste d’encouragement ; si le seul but recherché est la gloire du Seigneur et le bien de l’ami, les conséquences en seront heureuses et bénies.

Occasions de communion

Jean, l’évangéliste, n’ajoute rien sur ces relations d’amitié. Mais quelques pages plus loin, et si peu de temps plus tard, on aime à retrouver ces deux amis tous deux mûris par les journées inoubliables qu’ils viennent de vivre ensemble.
« Et Pierre et Jean montaient ensemble au temple, à l’heure de la prière » (Actes 3. 1). – « Pierre et Jean… dirent… : nous ne pouvons pas ne pas parler des choses que nous avons vues et entendues » (Actes 4. 19-20). – « Les apôtres… ayant appris que la Samarie avait reçu la parole de Dieu, leur envoyèrent Pierre et Jean… » (Actes 8. 14).
Ensemble pour prier, ensemble pour témoigner de leur foi, ensemble pour enseigner d’autres. Quels fruits bénis des semences divines dans ces deux âmes ! Ils marchent d’un même pas, parlent un même langage, se dirigent vers un même but. Bientôt, demain peut-être, leurs chemins bifurqueront, l’un ira au martyre, et il le sait ; l’autre connaîtra l’isolement de l’île de Patmos ; mais qu’importe ! ; le Seigneur et Maître ne leur aura-t-il pas donné de puiser un moment ensemble à la même intarissable Source, et dans une amitié forgée de longue date, la force suffisante pour tout le chemin de cette terre ?

D’après Feuille aux Jeunes n° 227