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UNE PRIÈRE EXAUCÉE

 

Dans la première moitié du 19ème siècle vivait dans un petit village du Jura suisse, un homme dont la piété a laissé un souvenir béni à tous ceux qui ont eu le privilège de le connaître. C’était un paysan, cultivant avec sa famille un petit domaine de maigre rapport.
Cet homme avait été converti à Jésus Christ par les écrits de César Malan, pasteur à Genève. Aussi son désir le plus vif était-il de réunir assez d’argent pour faire le voyage à Genève, pour voir Malan et s’entretenir avec lui des choses du salut et surtout lui exprimer de vive voix sa profonde gratitude pour tout le bien qu’il lui avait fait par ses écrits et par ses cantiques. Chaque année le brave paysan jurassien mettait de côté l’argent nécessaire pour entreprendre le voyage pour Genève. Mais ses gains étaient petits et, toutes les fois qu’il avait réuni une somme suffisante survenait un événement : grêle, perte de bétail, incendie, qui le forçait à employer d’une autre manière l’argent destiné au voyage à Genève.
Il avait souvent demandé à Dieu de lui permettre de voir César Malan avant de mourir, mais les années avaient passé, le paysan avait vieilli, la maladie l’avait visité et depuis bien des mois il était étendu sur un lit de souffrances sans espoir de guérison.
Ce fut justement à cette époque, dans les années 1850 à 1860 que César Malan, traversa le Jura en se rendant à Bâle et que, en chemin, il s’arrêta dans l’hôtel du petit village en question pour y prendre un repas.
Selon son habitude César Malan posa à la jeune fille qui le servait la question :
Avez-vous trouvé en Jésus Christ la paix de votre âme ?
Sans répondre directement à sa question et sans doute pour faire dévier l’entretien, la jeune fille lui dit :
– Ah, Monsieur, vous parlez tout à fait comme notre vieux voisin ; un homme bien sympathique, lui aussi nous parle toujours de notre âme, mais il est maintenant bien malade, il va mourir à ce qu’on dit.
Malan pria alors la jeune servante de le conduire auprès du vieillard.
– C’est un ami chrétien qui vient vous voir, cher monsieur, lui dit Malan mais sans se nommer ; je vais à Bâle et j’ai appris à l’hôtel que vous aussi vous aimez le Seigneur Jésus.
La conversation s’engagea et devint bien vite intime.
– Ah, monsieur, finit par dire le vieillard, je meurs en paix, plein de confiance en mon Sauveur. Il a été si bon pour moi toute ma vie. Tout ce que je lui ai demandé il me l’a accordé, toutes mes prières il les a exaucées, sauf une seule…
Et un voile de tristesse passa sur le visage du vieillard.
– Et quelle est cette demande qu’il n’a pas exaucée, demanda le visiteur ?
– Eh bien, voilà, je lui ai souvent demandé de me permettre de voir avant de mourir César Malan, de Genève. Car c’est lui, monsieur, qui a été, par ses écrits, l’instrument béni de ma conversion. Oh ! j’aurais tant aimé le voir ; que de fois j’ai économisé pour faire le voyage à Genève, mais chaque fois aussi le Seigneur a mis un empêchement sur ma route. Maintenance me voilà trop vieux et trop malade pour y songer.
Des larmes se mirent à couler sur ses joues amaigries. Le voyageur lui aussi était profondément ému. Il saisit dans les siennes la main du mourant et très doucement lui dit :
Dieu est bon, cher ami, il exauce aussi votre dernière prière. Je suis César Malan.
Dire la joie et la reconnaissance du vieillard serait impossible. Entre ces deux hommes une amitié solide et profonde venait de naître, aussi ne se quittèrent-ils que fort tard dans la soirée en se donnant rendez-vous dans l’éternité.
Les deux amis, en effet, ne devaient pas se revoir ici-bas ; le vieillard fut repris peu après et César Malan devait le rejoindre auprès du Seigneur quelques années plus tard en 1864.

D’après l’Almanach évangélique 1979