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UNE ÉCOLE AU CIMETIÈRE

 

Avant l’abolition de l’esclavage dans les Antilles, il n’y avait que bien peu d’hommes capables de lire et d’écrire. Personne ne se préoccupait d’eux ; presque personne ne pensait qu’ils possédaient, eux aussi, une âme immortelle. Aussi, tout en vivant au milieu de gens qui professaient le christianisme, ils passaient leur existence, en semblant destinés uniquement à exécuter les travaux les plus pénibles, et mouraient.
Dès que l’esclavage fut aboli, on vit beaucoup de personnes qui ne pouvaient qu’avec peine s’habituer à leur liberté, ou qui furent asservis à leurs passions et à leurs vices. Néanmoins, d’une manière générale, la mesure du gouvernement eut d’heureux résultats. Avant tout, les personnes ignorantes eurent le temps de s’occuper à d’autres choses que de leur travail journalier ; et beaucoup d’entre eux, en retour des efforts des missionnaires, se montrèrent des élèves reconnaissants et studieux.
Pour éveiller leur zèle, des chrétiens d’Angleterre envoyèrent aux Antilles un grand nombre de Bibles à jolies reliures, et firent savoir que tout esclave affranchi, qui apprendrait à lire, en recevrait un exemplaire en cadeau. Cette nouvelle fut reçue avec joie par ces pauvres gens. Jeunes et vieux s’appliquèrent à l’étude, et il fallait faire venir d’Angleterre beaucoup de lunettes pour ceux dont les yeux affaiblis ne pouvaient déchiffrer les lettres. Les plus zélés et les plus habiles furent bientôt assez avancés pour venir en aide à leurs frères moins doués, et ainsi l’œuvre fit d’heureux progrès.
On donna la Bible promise à plusieurs de ceux qui ne lisaient pas encore couramment, afin d’encourager aussi les autres. Ce ne fut pas en vain, car dès ce moment-là, pas un dimanche ne se passa sans que quelques-uns viennent subir l’examen, et reçoivent le précieux livre. C’était vraiment touchant de voir leur joie quand, après avoir reçu leur Bible, ils retournaient chez eux, fiers et heureux.
Bientôt tous les livres de lecture furent épuisés, mais les besoins étaient encore nombreux. Alors, avec ingéniosité, ils apprirent à lire sans livres. Les plus avancés d’entre eux réunissaient leurs élèves au cimetière, et là, au moyen des inscriptions sur les tombes, ils leur enseignaient les lettres et les mots. Ils arrivaient ainsi à pouvoir lire le récit merveilleux de la venue dans le monde de Jésus-Christ pour sauver les pécheurs. La joie rayonnait sur leur visage et le bonheur remplissait leur cœur alors qu’ils apprenaient à connaître et à aimer Celui qui est venu dans ce monde pour chercher et sauver les pécheurs, et dont le sang versé à la croix purifie de tout péché.
De merveilleuses conversions eurent lieu, comme celle-ci. Un jeune homme était assis, un jour, à l’ombre d’un grand arbre, et lisait la Bible qu’il avait reçue la veille. Un autre jeune homme, d’une vingtaine d’années, moins avancé que lui, se glissa derrière lui, et regardant par-dessus son épaule, lut le verset 2 du chapitre 3 de l’Évangile de Matthieu : « Repentez-vous, car le royaume de Dieu s’est approché ». Frappé par ces paroles, il s’éloigna doucement, se demandant le sens de ce passage. Et cela l’amena à suivre les prédications de l’Évangile. L’œuvre de Dieu s’accomplit en lui, et il put se réjouir du salut par la foi en Jésus Christ.
Bien des années plus tard, une chapelle fut construite dans le village de ce jeune homme. Et c’était maintenant lui qui, avec sérieux et conviction, annonçait l’Évangile de la grâce de Dieu.
Puissent tous les lecteurs de ce récit avoir reçu, comme ce jeune homme, la foi au Seigneur Jésus et dans son œuvre de salut.
Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs (Héb. 4. 7).

D’après La Bonne Nouvelle 1908