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UN TRIOMPHE DE LA FOI

 

C’était au cœur de l’hiver, vers 1880, au Canada. Un traîneau, tiré par des chiens et conduit par un missionnaire, s’arrêta devant la demeure d’un pauvre Indien, près du grand Lac Winnipeg.
La petite maison, construite en troncs d’arbres, était habitée par une veuve et ses enfants, dont l’un était infirme. Le missionnaire frappa à la porte. On lui répondit cordialement :
– Entrez. Le missionnaire poussa la porte et trouva là une famille accroupie autour d’un maigre feu. Il n’y avait pas un meuble dans la pièce.
– Il me semble que vous êtes bien pauvre, dit le visiteur avec sympathie.
– Je ne possède pas grand-chose, mais je ne suis pas malheureuse, répondit la veuve.
– Avez-vous un peu de gibier ?
– Non.
– De la farine ?
– Non.
– Du thé ?
– Non.
– Et des pommes de terre ?
A cette question, la veuve fixa son regard sur son visiteur : – Je n’ai pas de pommes de terre. Ne vous rappelez-vous pas que c’est au moment où on les plantait que Samuel prit la direction de l’expédition le long du fleuve ? Et Samuel n’est plus ici pour chasser le daim et nous procurer de la venaison, ni pour attraper des martres et des castors à échanger contre de la farine ou du thé.
– Mais qu’avez-vous donc ?
– J’ai quelques filets de pêche.
– Et que faites-vous quand vous ne pouvez attraper du poisson ?
– S’il ne nous reste rien, nous allons sans rien, fut la réponse tranquille.
Le missionnaire, profondément touché, voulut aller chez lui avec son traîneau chercher des provisions, mais la femme l’arrêta, en lui disant :
– Ne vous faites pas de souci pour moi. Il est vrai que nous sommes bien pauvres et que nous avons souvent eu froid et faim, mais je vous ai dit que, comme mon mari, j’avais donné mon cœur au Seigneur. Et Celui qui a soutenu Samuel et lui a accordé de partir si heureux est aussi mon Sauveur. Et là où Samuel est allé, j’irai aussi, et cette pensée me rend heureuse continuellement.

Samuel était le mari de cette pauvre Indienne, et voici ce qui s’était passé. Au printemps précédent, une terrible épidémie de petite vérole avait éclaté dans les plaines du Saskatchevan. Des milliers de malades, colons et Indiens, étaient morts, et il avait fallu appliquer des mesures très strictes pour empêcher que la maladie s’étende vers le Sud. Toutes les communications avec les districts infestés avaient été coupées par ordre du Gouverneur, ce qui constituait une grave menace de famine pour la province s’étendant au-delà de ces limites, et qui dépendait des approvisionnements apportés du Sud deux fois par an.
Il n’y avait qu’un seul moyen de parer à ce danger, c’était que les Indiens chrétiens de Winnipeg veuillent bien, au péril de leur vie, piloter des bateaux chargés de provisions à travers les districts décimés par le fléau, pour secourir les habitants des régions situées au-delà du cordon sanitaire.
Ce plan fut soumis à ces Indiens, et après s’être consultés, ces hommes dévoués décidèrent de tenter l’expédition. Ils ne devaient aborder nulle part, mais jeter l’ancre autant que possible au milieu du fleuve. On espérait que, par ces précautions, ils seraient à l’abri du danger. Ils passèrent encore un dimanche ensemble, célébrant le culte, peut-être pour la dernière fois.
L’expédition, sous les ordres de Samuel Pepenekis, s’embarqua pour cette mission de miséricorde, avec vingt bateaux chargés, de huit rameurs chacun, et ces hommes, suivis par la pensée et les prières de leurs familles, purent réaliser, en deux mois et demi, le plan de secours. Les hommes rentrèrent dans leurs foyers, mais leur guide, Samuel, avait été trop surmené et ne survécut pas à cette épreuve de force. Le missionnaire le visita avant son décès, et le mourant put encore lui dire : le Seigneur est ma joie, mon espérance, ma paix. Il avait suivi l’exemple de son Sauveur, le Seigneur Jésus, qui mourut pour que ceux qui croiraient en Lui puissent recevoir la vie éternelle.
Et la femme de Samuel, cette pieuse Indienne, montrait dans sa vie le triomphe de la foi, de l’espérance et de l’amour, lui donnant la joie et la confiance en son Sauveur, même au milieu de son dénuement extrême.

Confie-toi de tout ton cœur à l’Éternel. Prov. 3. 5.
Dieu est mon salut ; j’aurai confiance, et je ne craindrai pas. És. 12. 2.
La mémoire du juste est en bénédiction. Prov. 10. 7

D’après La Bonne Nouvelle 1923