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UN JOUG MAL ASSORTI

 

Il était instituteur dans un village de montagne ; elle en était l’institutrice ; lui avait été élevé par des parents chrétiens d’une grande piété ; elle, simplement protestante. Or, parce que, dans le pays, il n’avait personne avec qui parler un français correct, il lui suggéra d’échanger quelques livres ; ils se communiquèrent mutuellement leurs impressions ; elles étaient à peu près semblables. Ils constatèrent qu’ils avaient des goûts proches.

Ils étaient presque du même âge ; ils s’aimèrent ; ils se promirent de s’épouser. Mais lui n’avait pas encore fait son service militaire ; il partit bientôt pour une ville toute proche de Paris, où il se rendit souvent. Là il entendit la prédication d’un évangéliste, Dieu l’appela et il répondit. Lorsqu’il revint, il était un autre homme. Elle, elle n’avait pas changé.

Le conflit entre l’amour et sa conscience de chrétien commença. Il pria, il attendit ; il lui expliqua la situation aussi bien qu’il le put ; de bonne foi, elle ne le comprenait pas.
Il alla trouver son père et lui exposa les choses telles qu’elles étaient. Le problème qui se posait pour lui était celui-ci : Est-ce une raison, parce que je suis converti, pour ne pas tenir mes promesses ? Et, ce qu’un homme du monde appellerait déloyal, puis-je l’appeler loyal ? Et puis, que pensera-t-elle ? Si je romps, sera-ce un témoignage pour Celui qui m’a aimé, et est-ce que je l’amènerai ainsi à Christ ?
Il était fort perplexe.

Pour son père, le problème était tout autre : Un chrétien doit-il ratifier les promesses folles qu’a pu faire un homme du monde ? N’est-il pas une nouvelle création, et toutes choses n’ont-elles pas été faites nouvelles par son Seigneur pour lui ?

Il n’arriva néanmoins pas à convaincre pleinement son fils. Lorsque celui-ci revint vers sa fiancée, il était plus indécis que jamais, et comme, un soir, elle le pressait de fixer la date du mariage, et que, voyant ses hésitations, elle pleurait, il céda.

Sa conscience n’était jamais en paix, mais il essayait de la calmer par cette pensée : pouvais-je, par ma conduite, lui donner à médire des enfants de Dieu et empêcher qu’elle n’ait, par notre mariage, mainte occasion de se convertir ?

Ils se marièrent. Leur foyer fut sans joie, car elle ne se convertit pas. Il n’osait inviter chez lui des chrétiens, et elle se trouvait gênée pour inviter de ses amis ; ils n’eurent pas d’enfants ; leur vie se traîna ; ils en arrivèrent à douter même de leur amour.

Il mourut en paix, mais avec la conscience très nette d’avoir manqué sa vie, d’avoir failli quant à son témoignage, et d’avoir éprouvé une perte immense qui serait révélée au Tribunal de Christ, et cela pour sa plus grande confusion.

« Ne vous mettez pas sous un joug mal assorti avec les incrédules »
(2 Corinthiens 6. 14)

D’après La Bonne Revue 1928