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TRENTE KILOMÈTRES POUR AVOIR UNE BIBLE

 

L’entrée de tes paroles illumine, donnant de l’intelligence aux simples (Ps. 119. 130).

Peu de temps après la fondation de la Société Biblique de Londres, et à une époque où la Bible était généralement proscrite en France, il fut possible, avec de grands efforts, d’ouvrir un dépôt à Nantes, qui fut confié à un pasteur.
Un mendiant qui, chose rare à l’époque, savait lire et possédait une Bible, offrait aux gens sans instruction de leur en lire un chapitre pour un sou de paiement !
Un soir d’été, il arriva à la porte d’un sabotier âgé, à qui il demanda la charité.
– Vous me demandez la charité, dit le vieillard, j’aurais autant besoin que vous qu’on me la fasse.
– Eh bien, donnez-moi un sou, et je vous lirai un chapitre dans la Bible.
– Dans quoi ?
– Dans la Bible.
– Qu’est-ce que c’est ?
– C’est un livre qui parle de beaucoup de choses au sujet de Dieu.
Ayant reçu un sou, le mendiant se mit à lire le chapitre 3 de l’Évangile de Jean. Le vieillard l’écoutait avec attention et beaucoup d’émotion, en particulier quand il entendit le verset 16 : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais qu’il ait la vie éternelle ». Mais après le dernier verset du chapitre : « Qui croit au Fils a la vie éternelle ; mais qui désobéit au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui », le lecteur s’arrêta.
– Continuez, ne vous arrêtez pas, s’écria le sabotier.
Mais après avoir reçu trois sous pour la lecture de trois chapitres, le lecteur ne voulut plus continuer.
Le vieillard, alors, demanda où il pouvait se procurer ce livre, et le mendiant lui indiqua le nom d’un pasteur à Nantes. Et quelques jours après, le sabotier, dont le cœur et la conscience avaient été profondément touchés, décida de se rendre à pied à cette ville, distante de plus de trente kilomètres, malgré les protestations de son fils. Il trouva la maison du pasteur, à qui il demanda un livre qui parle de tout ce qui concerne Dieu.
Et bien que le pauvre homme n’eut pas un sou pour la payer, le pasteur, frappé par le sérieux de son désir, et impressionné en apprenant la distance qu’il avait parcourue à pied, lui donna une Bible. Le sabotier lui-même ne savait pas lire, mais il expliqua que sa fille, et plusieurs personnes de son village, pourraient la lui lire.
Ayant refait à pied le même chemin au retour, il invita effectivement ces personnes à venir lui faire la lecture, et comme il y mettait tout son cœur, il mémorisa de longs passages par cœur, qu’il se répétait et méditait.
Mais, six mois plus tard, le sabotier se trouvait de nouveau à la porte du pasteur, bien étonné de le revoir, à qui il expliqua sa perplexité :
– J’ai prié toute ma vie la vierge Marie, et elle avait besoin d’un Sauveur autant que moi !
– Et qui vous a appris cela ?
– Il est dit dans ce livre qu’elle se réjouissait en Dieu son Sauveur !
Le vieillard eut ensuite un long entretien avec plusieurs chrétiens, qui se réjouirent en voyant sa piété et la connaissance approfondie qu’il avait acquise des vérités divines.
Le pasteur lui remit une carte en souvenir de cette visite. En rentrant chez lui, il vit sur l’enveloppe qu’il y était annoncé une réunion quelque temps après. Il se remit donc en route une troisième fois pour Nantes, mais le pasteur, à qui il dit qu’il était venu pour la réunion annoncée, reconnut qu’il y avait eu erreur de date, car du fait de l’opposition environnante, ils avaient renoncé depuis longtemps à cette rencontre. Mais, stimulés par la présence du vieillard et sa persévérance, ils se réunirent à nouveau ce jour-là. L’année suivante ils se retrouvèrent encore autour de la Parole de Dieu, et de même la troisième année, chaque fois avec la présence du fidèle vieillard, qui peu après, fut recueilli dans la Maison du Père.

 » J’ai de la joie en ta parole, comme un homme qui trouve un grand butin « (Ps. 119. 162).

D’après La Bonne Nouvelle 1884