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REPENTANCE

 

La forge d’une petite ville occupait un certain nombre d’ouvriers de tout âge, parmi lesquels on distinguait spécialement pour sa haute taille Tom, surnommé par ses camarades « le grand Tom ». Il n’était pas seulement le plus grand, mais il était aussi le plus fort, et surtout le plus méchant. Tout le monde, ses camarades comme sa famille, tous le craignaient ; lui, en revanche, ne craignait personne. Au travail, le lundi matin, ses compagnons l’évitaient jusqu’à ce qu’il ait retrouvé son bon sens après avoir passé son jour de congé à s’enivrer et à faire la fête.
Un jour Tom arriva à l’atelier le sourire aux lèvres avec un mot aimable pour chacun. Il annonça ensuite que, le soir précédent, il s’était rendu à une réunion religieuse et s’était converti ; puis il ajouta :
– Je suis maintenant chrétien, donc j’ai aussi l’intention de changer ma manière d’être et ma manière de vivre, car je désire être digne de mon Seigneur et Sauveur.
Personne n’osa répondre un mot, mais les hommes se regardèrent l’un l’autre en ayant l’air de dire : « Ainsi Tom se tourne du côté de la religion ! Cela ne durera pas longtemps ! » Ils firent même des paris entre eux, mais à midi Tom n’avait pas changé. En sortant, ils parièrent que Tom ne pourrait pas passer devant le café sans s’arrêter, mais Tom tint bon. Puis ils parièrent sur le samedi soir, persuadés que « le grand Tom » serait trouvé ivre mort quelque part.
Ils se trompaient. Le nouveau converti prit son enveloppe de paie à la fin de la semaine et se rendit chez lui sans détours ; le lundi matin il entretint ses camarades de ce qu’il avait entendu le dimanche matin et le dimanche soir aux services religieux.
Les jours, les semaines passaient, « le grand Tom » tenait bon. Un jour, il façonnait une pièce de fer incandescent lorsque, en frappant le métal, il se donna un violent coup de marteau sur le pouce. Il ne put s’empêcher de proférer un épouvantable juron comme il était seul capable de le faire. L’un des apprentis qui assistait à la scène raconta ce qui suit :
« Nous étions stupéfaits, aucun de nous ne bougeait, les yeux fixés sur Tom ; le silence régnait dans l’atelier. Lui-même ne prêtait aucune attention à nous ; il aurait pu en rire, nous aurions ri avec lui ; il aurait aussi pu déverser sa colère sur nous ; mais non, rien de tout cela. Il tomba à genoux, et inclinant la tête sur son enclume, il la cacha dans ses mains. Nous l’entendîmes sangloter, et nous vîmes des larmes couler entre ses doigts. Il resta ainsi quelques minutes, puis il se releva, nous regarda en souriant et dit :
– Camarades, pardonnez-moi, je n’avais pas l’intention de jurer. Le Seigneur m’a pardonné, et vous aussi, pardonnez-moi.
En silence, nous fîmes comprendre au grand Tom que nous étions d’accord, et nous nous remîmes au travail. Cette confession publique d’un homme reconnaissant sa faute et s’en humiliant immédiatement, me toucha profondément et contribua à ma propre conversion.
« Si nous confessons nos péchés, Dieu est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1. 9).

 

D’après Almanach Évangélique 1969