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QUI SERA L’HOMME ?

C’est la question du moment. Toutes les fois qu’il est nécessaire d’avoir des élections, les esprits sont en émoi, et chacun fait ce qu’il peut dans l’intérêt de son parti. L’adage « voix du peuple, voix de Dieu » renferme la doctrine qui devient de plus en plus populaire pour le grand nombre. Ceux qui sont habitués à prôner les progrès modernes, auront peut-être de la peine à admettre qu’il n’y a rien de nouveau dans le principe des élections, dans la suprématie de la voix de la foule. Mais remontons plusieurs siècles en arrière, et reportons-nous par la pensée dans la ville de Jérusalem, de très bonne heure le matin, un certain jour où toute la ville devait voter en présence du gouverneur. La pensée du gouvernement était arrêtée, mais il ne pouvait agir sans le consentement des foules surexcitées ; et, chose étrange, en écoutant leur verdict, qui fut contraire au sien, il dut se ranger du côté du peuple.
C’était en effet un jour d’élection, un jour unique dans l’histoire de l’humanité, un jour fécond en conséquence pour la nation dont le vote fut alors enregistré, et non seulement pour celle-là, mais encore pour toutes les nations de la terre. Ceux qui étaient les premiers instigateurs de la décision à prendre ce jour-là, en faisaient une question de vie ou de mort pour celui qui devait être élu, ainsi que pour celui qui serait rejeté. Et le peuple en acceptant la responsabilité de son choix, s’est placé sous un interdit éternel en disant : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! » Ce dernier mot fit fléchir le gouverneur ; sentant qu’il n’y avait plus rien à faire, il se rendit sans réserve à la volonté de la foule.
Il n’y avait jamais eu un jour semblable auparavant, il n’y en a pas eu depuis, mais les conséquences de cette décision se représentent continuellement chez tous les peuples de la terre ; et malgré des efforts inouïs pour les faire taire, elles reviennent toujours en question, et tous, petits et grands, sont forcés de les affronter. Il semble que ce jour unique se reproduit tous les jours parmi les hommes. Dieu ne veut pas qu’il soit oublié.
Il s’agissait alors d’enregistrer le vote de la foule, vote unanime sans qu’il y eût une seule voix pour s’y opposer, vote qui devait décider si oui ou non, un meurtrier serait relâché et rendu à la foule comme le préféré du peuple, mais qui était en même temps une sentence de mort contre le « prophète » au sujet duquel personne ne pouvait soutenir une accusation quelconque. On se demandera : Comment pouvait-il y avoir un moment d’hésitation ? Le gouverneur lui-même était de cet avis, lui, homme des nations, n’ayant rien de commun avec les Juifs, assujettis alors au pouvoir romain qu’il représentait. Malgré cela cependant, il dut se ranger à l’avis contraire, exprimé à l’unanimité par ses sujets.
D’un côté se tenait Barabbas, criminel, rebelle, meurtrier, qui attendait en prison le jour de son exécution ; de l’autre côté, était le Christ, le Fils de Dieu, venu en chair pour sauver les pécheurs. Il fallait choisir entre les deux. L’un serait assurément amené au supplice, l’autre jouirait de sa liberté sans qu’aucune condition lui fût posée quant à sa conduite à l’avenir. Voilà l’issue sérieuse dont personne ne pouvait prévoir les conséquences. Le gouverneur leur dit : « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche, Barabbas ou Jésus qui est appelé Christ ? » Il n’eut pas longtemps à attendre. Le choix était déjà arrêté. Tous, ils répondirent : « Barabbas. » Pour ôter toute équivoque, Pilate leur dit : « Que ferai-je donc de Jésus, qui est appelé Christ ? » Ils disent tous : « Qu’il soit crucifié ! » Le gouverneur insistait encore : « Mais quel mal a-t-il fait ? » Ils s’écrient encore plus fort : « Qu’il soit crucifié ! » Non satisfait, Pilate fit une dernière tentative, espérant produire quelque effet sur ces cœurs endurcis ; prenant de l’eau, il se lava les mains devant la foule, disant : « Je suis innocent du sang de ce juste ; vous, vous y aviserez ». Mais tout le peuple répondit : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! »
La décision est prise : Barabbas, l’élu du peuple est relâché sur-le-champ, et avant que le soleil fût couché ce jour-là, le corps de Jésus, le Fils de Dieu, crucifié entre deux brigands, est déposé dans le sépulcre de Joseph d’Arimathée. Mais Dieu est là : le troisième jour, ce qui avait été écrit, des siècles auparavant, fut accompli dans la résurrection de Jésus, qui se présenta vivant à ses disciples, le soir du premier jour de la semaine. Quarante ans plus tard, la prophétie du Seigneur fut accomplie dans la destruction de Jérusalem, et la nation juive fut dispersée parmi toutes les nations. Un terrible jour de rétribution attend encore les incrédules, et, d’année en année, il semble que les troubles de toute nature présagent toujours plus que ce jour approche. En attendant, dans toute la chrétienté, on voit les signes, qui rappellent, de quelle mort mourut le Sauveur, le Fils que le Père avait envoyé dans le monde. Dieu ne veut pas qu’il soit oublié. Le jour vient où tout le monde devra se tenir devant Dieu pour subir l’interrogatoire dont, à présent ; il ne veut pas entendre parler. Chacun devra dire ce qu’il a fait du Fils de Dieu. Inutile alors de chercher des prétextes, inutile de vouloir en mettre la faute sur d’autres épaules ! La décision est actuelle pour chacun de nous aujourd’hui; comme si la question de Pilate résonnait à nos oreilles, exigeant une réponse immédiate : « Que ferai-je donc de Jésus, qui est appelé Christ ? » Cher lecteur, n’éludez pas la question. Elle porte avec elle des issues éternelles. Avez-vous reçu Christ, ou l’avez-vous jusqu’ici rejeté ? Votre bonheur est-il d’entendre parler de Lui ? Ou bien, trouvez-vous que vos affaires, vos soucis, vos occupations sont beaucoup plus importants et que vous n’avez pas le temps de décider la question de l’éternité ? Où allez-vous la passer ? Avec Barabbas, l’élu du peuple, ou avec Christ, le Fils de Dieu, qui est venu pour porter nos péchés et subir à notre place le jugement que nous avions mérité ?
Vous voudriez être neutre, ne prendre aucun parti. Vous ne le pouvez pas. Pilate, le gouverneur, essaya de faire cela. Il échoua au moment où il sentit sa responsabilité plus peut-être que vous n’avez jamais senti la vôtre. Il avait déjà dit à Jésus lui-même, dans le prétoire : « Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te relâcher, et que j’ai le pouvoir de te crucifier ? » Effrayé à l’issue d’une telle condamnation, il avait fait tout ce qu’il pouvait pour obtenir des Juifs une autre sentence. Sa dignité, son honorabilité, son prestige, son autorité, tout était en jeu dans la balance ; malgré lui, il se trouva obligé de rendre la sentence qu’il ne voulait pas donner. La neutralité était impossible alors ; elle est impossible à présent.
Il y a Christ d’un côté, le monde de l’autre. Lequel voulez-vous ? Est-ce que le monde pense davantage à Christ, aujourd’hui, que lorsqu’Il était sur la terre ? Vous savez que non. Vous pouvez parler de n’importe quel grand homme dans toutes les sociétés que vous connaissez, et l’on vous écoutera ; on pourra contester vos opinions, bien entendu, mais on ne vous méprisera pas si vous savez les soutenir. Mais parlez de Christ, qui vous écoutera ? Si vous persistiez ? Ne vous mettrait-on pas à la porte ? Qu’est-ce que cela prouve, sinon que Christ n’est pas celui que le monde choisit ? Il n’est pas l’homme du monde. Si vous tenez à être du monde, il vous faut faire comme Pilate, et abandonner Christ.
Puis, pensez, nous vous en supplions, au peu de temps qui vous reste pour vous décider. Dieu peut vous dire ce soir : « Insensé ! cette nuit même, ton âme te sera redemandée ». Qu’est-ce qui s’ensuivra alors ? Pourquoi remettre toujours à un avenir incertain ce qui peut être décidé en quelques instants entre vous et Dieu ? Il ne vous parle pas encore de jugement, c’est le jour de sa grâce. Il vous présente sa grâce, Il vous supplie d’être réconcilié avec Lui. Christ, par sa mort, a opéré notre salut, et Dieu nous parle de Christ. Prenez devant Dieu la place d’un pécheur, de ceux qui sont coupables d’avoir rejeté Christ, et vous trouverez dès à présent le pardon dont l’apôtre parlait, lorsqu’il faisait peser sur la conscience de ses compatriotes leur crime d’avoir choisi Barabbas et d’avoir fait crucifier Jésus.

D’après le Salut de Dieu 1906