DSC03181

 

POURQUOI FAITES-VOUS DE LA PEINE ?

 

 

Il est une tendance funeste qui paralyse maintes qualités aimables et précieuses. Je veux parler de la facilité avec laquelle, sans le vouloir, presque sans le savoir, nous faisons de la peine. Parfois, un geste, un mot à double sens, une allusion maladroite, nous échappent et vont frapper comme une flèche une personne qui se sent directement atteinte et à laquelle, pourtant, nous n’avions pas songé.
Que de mal on peut faire en s’abandonnant ainsi à des écarts dans la conversation ! On veut faire de l’esprit, ou paraître mieux renseigné que d’autres.
« Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme ? » (Mat. 26. 10) dit le Seigneur Jésus, en présence de ses apôtres incriminant l’action si noble, si élevée, d’une femme pauvre offrant à Christ ce qui pour elle avait une réelle valeur, un vase de parfum.
Quelle douceur dans le ton avec lequel ces paroles furent prononcées ! Néanmoins, dans la pensée de Christ elles comportaient un sérieux reproche.
De tout temps, il s’est trouvé des gens pour faire de la peine !… Est-ce bien possible ?
Faire de la peine – c’est-à-dire troubler dans son cœur, et souvent dans son âme, un humain qui vit à nos côtés et que, peut-être, un même toit abrite…
La moquerie est l’une des causes de peine les plus fréquentes et les plus faciles – et combien dangereuse ! C’est un dard empoisonné qui laisse souvent un âpre venin dans le cœur, qu’il blesse plus profondément qu’on ne le croit généralement… Nombreux sont les chagrins et les peines qu’elle cause.
On fait de la peine par la rudesse à des natures craintives, et l’on court le risque de les rendre dissimulées.
Que dire de l’effet déplorable de la mauvaise humeur ? En s’y laissant aller, on fait assurément de la peine. La mauvaise humeur nous abaisse, nous fait sortir de nous-mêmes, nous porte à manquer d’égards, nous rend parfois injustes.
On fait de la peine par l’injustice qui accompagne toujours les jugements sommaires et tranchants qui froissent, et que ressentent profondément ceux qui en sont les objets ou les victimes…
Ne nous arrive-t-il pas, hélas ! de faire de la peine à ceux que nous aimons le plus, nous retranchant derrière cette excuse absurde et inadmissible, que nous n’avons pas à nous gêner avec ceux qui nous touchent de près…
Quand les rouages grincent, une goutte d’huile remet les choses en ordre. L’amour est la goutte d’huile qui aplanit ou adoucit les difficultés. Ayez-en toujours une provision dans vos cœurs, et servez-vous-en chaque fois que vous la voyez nécessaire.
« Par amour, servez-vous l’un l’autre » (Gal. 5. 13).

 

D’après la Bonne Revue 1931