DSC02752

 

POUR SON ENNEMI

 

Pendant la guerre de sécession qui divisa les États-Unis de 1861 à 1865, un soldat du nord tomba, grièvement blessé, devant les murs d’une ville du sud. A cause du feu intense, ses camarades ne purent le relever et il resta là, gisant, entre les deux armées opposée. La chaleur, la fièvre engendrée par ses blessures, lui donnaient une soif si ardente qu’il ne cessait de crier :
« De l’eau, de l’eau ! par pitié, quelqu’un ne m’apportera-t-il pas une goutte d’eau ? »
Enfin un lieutenant du camp adverse, n’y tenant plus, cria à ses hommes :
« Camarades ! je ne puis attendre. Je vais aller porter un peu d’eau à ce malheureux.
« N’en faites rien, lieutenant », fut la réponse unanime. « Vous n’en réchapperez pas ».
« Je le crois bien », répliqua le vaillant officier. Il attendit quelques instants, puis de nouveau l’appel déchirant se fit entendre :
« De l’eau ! de l’eau ! Pour l’amour de Dieu, apportez-moi de l’eau ! »
Les yeux du lieutenant se remplirent de larmes et il dit à ses soldats :
« C’en est trop. Je vais porter de l’eau à ce pauvre soldat, dussé-je mourir en chemin ».
Il remplit d’eau sa gourde et la suspendit à son côté. Puis, attachant un mouchoir blanc à une baïonnette, il la brandit par-dessus le mur derrière lequel sa compagnie se retranchait, dans l’espoir que les ennemis comprendraient son geste ; mais il n’en fut rien et le feu continua de plus belle. Il enjamba donc le mur malgré une vraie grêle de balles et descendit rapidement la pente pour porter secours au misérable blessé. Par un pur miracle il ne fut pas atteint. Il donna à boire au pauvre homme, puis l’installa de son mieux en l’adossant à son sac, et laissa la gourde sur sa poitrine, afin qu’il pût boire autant qu’il le voudrait. Après quoi il regagna son poste, acclamé par les soldats des deux armées. Ils avaient raison, car celui qu’il venait de soulager était son ennemi qui, dans le cours normal des circonstances, aurait pu tout aussi bien tuer l’homme qui lui rendait ce service, et un grand nombre d’autres avec lui.
Il y a plus de vingt siècles, le Seigneur Jésus quitta la demeure de Son Père pour descendre dans ce monde où Il voyait d’innombrables créatures, mortellement blessées sur le champ de bataille de la vie. Le poison du péché avait engendré chez tous une soif fiévreuse, une agitation sans trêve ni repos. Tous cherchaient la paix, sans la trouver jamais. « Il n’y a pas de paix, dit mon Dieu, pour les méchants » (És. 48. 22 ; 57. 21). C’est donc alors que le Fils de l’homme, non pas au risque de Sa vie, mais bien pour la donner, vint ici-bas afin d’étancher cette soif dévorante, en disant : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive » (Jean 7. 37). Et comment le monde a-t-il traité Celui qui venait lui apporter le salut ? Il Le rejeta, Le couvrit de mépris, Lui donnant à entendre qu’on n’avait pas besoin de Lui, alors qu’on voyait Son front couronné d’épines, Ses mains percées par les clous, Son côté déchiré par la lance du soldat.
Que dirait-on de ce soldat mourant de soif, si, au lieu d’accepter le breuvage que lui offrait le lieutenant, il l’avait repoussé en lui disant : « Arrière ! je ne veux pas de ce que vous m’apportez là ! » – « Mais », dirait l’autre, « ne voyez-vous pas que j’ai risqué ma vie pour vous donner une goutte d’eau ? » – « Peu importe » rétorquerait le blessé. « Je n’en veux pas ; je la refuse ». On dirait sûrement qu’un homme qui prendrait une attitude pareille mériterait de mourir de soif et tout le monde approuverait ce verdict. C’est pourtant là ce qu’ont fait les hommes du don de la grâce de Dieu ; ils ont préféré suivre chacun son propre chemin : « Nous avons tous été errants comme des brebis, nous nous sommes tournés chacun vers son propre chemin » (És. 53. 6). Peut-être n’est-ce pas un chemin aussi mauvais que d’autres ; peut-être n’est-il pas marqué par l’immoralité, par la fourberie. Il n’en reste pas moins que c’est votre chemin, non celui de Dieu.
Aucun homme n’est sauvé parce qu’il est bon, mais aucun homme n’est nécessairement perdu parce qu’il est mauvais, car « Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures » (1 Cor. 15. 3). Et maintenant retentit encore cette bonne nouvelle : « Si tu confesses de ta bouche Jésus comme Seigneur et que tu croies dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé » (Rom. 10. 9).

D’après Almanach Évangélique 1945