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PLUTÔT MOURIR QUE MENTIR

 

Il y a bien longtemps, à bord d’un navire se rendant de Liverpool à New-York, des marins trouvèrent dans la cale un garçon déguenillé. Ils l’amenèrent au premier pilote, qui avait le devoir de s’occuper de cas de ce genre. Quand celui-ci vit le gamin avec son joli visage et ses yeux brillants, il lui demanda qui l’avait conduit à bord du navire, et pour quelle raison on l’avait ainsi caché. Le garçon répondit que son beau-père avait fait cela parce que, ayant déjà plusieurs autres enfants, il n’avait pas les moyens de le nourrir, ni de lui payer son voyage pour Halifax, où il avait une tante riche, chez laquelle il voulait se rendre.
Malgré le joli visage de l’enfant, et sa conduite digne de confiance, le pilote ne crut pas un mot de son récit.
Il avait déjà vu trop de gamins introduits ainsi en contrebande à bord, pour se laisser tromper par eux. Il affirma donc que c’était sûrement les matelots qui l’avaient amené à bord et lui avaient donné à manger.
Le pauvre enfant fut traité avec beaucoup de cruauté. Jour après jour, on lui redemandait les mêmes choses, mais c’était toujours la même réponse ; il ne connaissait, disait-il, pas un homme à bord du navire, et c’était son beau-père seul qui l’avait caché là ; à moins de mentir, il ne pouvait rien dire d’autre.
Enfin, irrité de la prétendue obstination du jeune garçon, le pilote décida d’essayer d’un dernier moyen. Il l’empoigna un jour par le collet, le traîna jusqu’au mat de devant, et lui déclara qu’il le pendrait là si, au bout de dix minutes, il n’avait pas avoué la vérité. Alors l’enfant dut s’accroupir sur le pont. Autour de lui se trouvaient les passagers, attirés par ce spectacle, et l’équipage ; devant lui se tenait le pilote, inexorable, la montre à la main, et à ses côtés, les autres officiers du navire. La figure pâle et soucieuse du noble enfant, ses beaux yeux qui brillaient, pleins de larmes, formaient un tableau touchant.
Quand huit minutes se furent écoulées, le pilote lui dit qu’il n’en avait plus que deux à vivre, et lui intima l’ordre de dire la vérité. Le garçon lui répondit, avec simplicité et sincérité, qu’il n’avait pas menti, et demanda la permission de prier avant de mourir. L’officier, sans dire un mot, fit signe de la tête, et devint pâle comme la mort. Alors, tandis que tous les yeux étaient fixés sur lui, le brave et noble enfant, dont les hommes ne voulaient rien savoir, et que ses propres parents avaient repoussé, s’agenouilla, les mains jointes, les yeux tournés vers le ciel, et demanda au Seigneur de le prendre auprès de Lui.
Il est impossible de dire l’impression que fit cette scène sur les spectateurs ; il sembla qu’un souffle du ciel avait passé sur tous. Les hommes soupiraient, sanglotaient.
Le pilote s’élança vers l’enfant, le pressa sur son cœur, l’embrassa tendrement, en lui disant que, maintenant, il croyait bien certainement à son récit, et qu’il avait été impressionné au plus haut point par son courage, qui lui avait permis de regarder même la mort en face, et d’accepter de sacrifier sa vie plutôt que de mentir.

Manifesté fidèle par l’épreuve (Jac. 1. 12).
Sois fidèle jusqu’à la mort et je te donnerai la couronne de vie (Apoc. 2. 10).

D’après La Bonne Nouvelle 1908