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NOËL EN PRISON

 

Un évangéliste raconte ce qui suit.

Invité à parler aux prisonniers de la ville de Michigan, je montai à la tribune au moment où les hommes entraient dans la salle ; ils étaient sept cents et marchaient au pas, chacun posant sa main sur l’épaule de son camarade devant lui. Sur un ordre donné, tous s’assirent d’un même mouvement. Parmi eux, il s’en trouvait soixante-seize condamnés à la détention perpétuelle pour divers crimes.

Après le chant d’un cantique, je me levai pour parler mais avais peine à retenir mes larmes. Profondément pénétré d’un ardent désir de venir en aide à ces malheureux, j’enfreignis les règlements de la prison, quittai la tribune et me mis à circuler dans la salle parmi eux. Au bout de la ligne des hommes condamnés pour meurtre, s’en trouvait un dont le visage portait, plus que tous les autres, les stigmates du péché ; il était sillonné de cicatrices et de balafres, empreintes du vice et de l’immoralité. A le voir, on pouvait deviner que, poussé à la colère, il devait devenir un vrai démon incarné. Je mis ma main sur son épaule et priai avec lui et pour lui.

La réunion terminée, je me rendis chez le gouverneur de la prison.
Vous rappelez-vous, me dit-il, cet homme, le dernier de la rangée des condamnés à la détention à vie ? Aimeriez-vous connaître son histoire ? Eh bien ! La voici.

Tom Galston fut envoyé ici il y a quelque huit ans. Il était coupable de meurtre. C’était un des individus les plus vicieux que nous eussions jamais vus et il nous donna fort à faire. Il y a six ans, je dus passer la nuit de Noël à la prison, pour devoirs de service, au lieu de rentrer chez moi, comme je comptais le faire. Je repartis le matin de très bonne heure, mes poches pleines de cadeaux que je destinais à ma petite fille. Il faisait un froid perçant et je relevai le col de mon pardessus jusqu’aux oreilles, pour me garantir du vent glacial qui soufflait depuis le lac. Mais à peine dans la rue, je crus remarquer quelqu’un qui se dissimulait dans l’ombre du mur de la prison. Je me baissai et aperçus une petite fille, misérablement vêtue d’une robe très mince, ses pieds presque nus, enfoncés dans des souliers complètement usés et qui n’étaient plus bons à rien. Elle tenait à la main un petit paquet, enveloppé de papier. J’étais si fatigué que, malgré mon désir de savoir quelque chose de l’enfant, je pressai le pas, afin de rentrer plus vite chez moi. Mais je ne tardai pas à m’apercevoir qu’elle me suivait. Je m’arrêtai et lui demandai sèchement :
– Que veux-tu ?
– Monsieur, êtes-vous le gouverneur de la prison ?
– Oui. Qui es-tu ? Pourquoi n’es-tu pas à la maison ?
– Pardon, Monsieur, je n’ai point de maison. Maman est morte il y a quinze jours et, avant de mourir, elle m’a dit que mon papa, Tom Galston, est en prison. Alors elle a pensé que, maintenant qu’elle est morte, il aimerait voir sa petite fille. S’il vous plaît, ne pourriez-vous pas me permettre de le voir ? C’est aujourd’hui Noël et j’aimerais lui apporter un cadeau.
– Non, répondis-je brutalement. Il te faut attendre le jour où l’on reçoit les visites.
Je repris ma course, mais n’avais fait que quelques pas lorsque je sentis qu’on tirait mon manteau et j’entendis une voix suppliante qui disait :
– S’il vous plaît, ne partez pas !
Je m’arrêtai encore une fois et regardai le visage amaigri et insistant qui se levait vers moi. L’enfant avait les yeux pleins de larmes et sa voix tremblait d’émotion.
– Monsieur, me dit-elle, si c’était moi qui étais votre petite fille et si je vous disais que ma maman était morte à l’hôpital et que mon papa était en prison, et qu’elle ne savait où aller et qu’il n’y avait personne pour l’aimer, ne croyez-vous pas qu’elle aimerait voir son papa ? Si c’était Noël et si votre petite fille venait vers moi, si j’étais gouverneur de la prison, et si elle me demandait à voir son papa pour lui remettre un cadeau, ne croyez-vous pas que vous diriez oui ?
Je sentis comme une grosse boule envahir ma gorge ; les larmes coulaient sur mes joues.
Je répondis :
– Oui, fillette, j’en suis sûr. Tu verras ton père.
Je lui pris la main et me hâtai de retourner à la prison avec elle. Quand nous fûmes entré dans mon bureau, j’installai l’enfant près du poêle bien chaud et fis chercher le prisonnier 37 dans sa cellule. Dès qu’il entra, il vit sa fille. Son visage s’assombrit et d’un ton rogue il demanda :
– Nelly, que fais-tu ici ? Que veux-tu ? Retourne vers ta mère !
– Mais, papa, elle est morte. Elle est morte il y a quinze jours et, avant de mourir, elle m’a dit de prendre soin de mon petit frère, parce que tu l’aimais tant. Et elle m’a dit qu’elle t’aimait aussi, mais, papa… et ici la voix manqua à l’enfant qui éclata en sanglots convulsifs, le petit frère est mort aussi, la semaine passée, et à présent je suis toute seule, et c’est aujourd’hui Noël, et j’ai pensé que, puisque tu aimais le petit frère, tu aimerais avoir un cadeau de Noël de sa part.
Là-dessus, elle ouvrit un rouleau qu’elle tenait à la main et en tira un fragment de papier de soie qui contenait une boucle de cheveux blonds ; elle les mit dans la main de son père en lui disant :
– Je les ai coupés sur la tête du petit frère avant qu’on ne le porte au cimetière.
Le prisonnier 37 pleurait comme un enfant, et moi aussi. Il se baissa, prit la fillette dans ses bras et la pressa contre sa poitrine, tandis que tout son corps tremblait comme une feuille.
La scène était trop sacrée pour que je reste plus longtemps ; je sortis donc de la pièce et ne rentrai qu’une heure plus tard. Le numéro 37 était assis devant le fourneau, sa fillette sur ses genoux. Il me regarda un moment d’un air hébété, puis me dit :
– Je n’ai point d’argent, puis enlevant brusquement sa tunique de forçat, il ajouta : Pour l’amour de Dieu, ne laissez pas l’enfant s’exposer au froid avec la robe si mince qu’elle porte. Laissez-moi lui donner ma tunique. Je travaillerai tôt le matin et tard le soir pour la payer ; je ferai n’importe quoi. Je serai un homme. Je vous en prie, laissez-moi la couvrir de cette tunique.
– Non, lui dis-je ; gardez votre tunique. Votre fillette n’aura pas à souffrir du froid. Je la prendrai chez moi et verrai ce que ma femme peut faire pour elle.
– Dieu vous bénisse ! s’écria le prisonnier en sanglotant de plus en plus fort.

L’enfant demeura chez moi pendant plusieurs années ; elle apprit à connaître le Seigneur Jésus comme son Sauveur. Le Livre divin montre le besoin de l’homme et le remède offert par Dieu (Rom. 3. 9 à 24 ; Jean 3. 1 à 16).

Galston se convertit aussi et ne nous causa plus la moindre difficulté (Luc 8. 35).

Le narrateur termina son récit en ces termes. L’année dernière je me rendis de nouveau à la même prison. Le gouverneur me demanda si j’aimerais voir ce Tom Galston dont j’avais entendu l’histoire bien des années auparavant. J’acquiesçai volontiers. Mon ami me conduisit dans une rue tranquille, devant une maisonnette de bonne apparence. Il frappa à la porte. Une jeune femme à l’air enjoué nous ouvrit la porte et salua le gouverneur avec cordialité. Nous entrâmes et trouvâmes Tom Galston qui, à cause de sa conduite exemplaire depuis ce jour de Noël, avait été gracié. Sa vie était sans reproches.

« Quand nous étions sans force, Christ est mort pour des impies » (Rom. 5. 6). « L’Évangile est la puissance de Dieu en salut à quiconque croit » (Rom. 1. 16).

D’après l’Almanach Évangélique 1929