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MATTHIEU 8. 1 à 4

 

Quand il (Jésus) fut descendu de la montagne, de grandes foules le suivirent. Et voici, un lépreux s’approcha ; prosterné devant lui, il disait : – Seigneur, si tu veux, tu peux me rendre net. Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : – Je veux, sois net. Aussitôt il fut nettoyé de sa lèpre. Puis Jésus lui dit : – Prends garde ! ne le dis à personne ; mais va te montrer au sacrificateur et présente l’offrande que Moïse a ordonnée, pour que cela leur serve de témoignage.

Sur la montagne, le Seigneur a exposé la puissance de Sa Parole, et maintenant qu’Il en descend, Il va mettre en évidence d’une manière pratique l’effet de cette Parole et ainsi établir Son autorité d’une manière incontestable.

Le premier verset du chapitre 8 marque la transition entre les chapitres 5 à 7 et 8 à 9. Cf. Act. 2. 22 ; 10. 38 ; Jean 5. 36.

Historiquement, le miracle qui est présenté ici n’est pas le premier, car nous trouvons déjà cette vérité, que le Saint Esprit a une intention spéciale dans chaque évangile. Le résumé de l’activité du Seigneur nous est donné dans le dernier paragraphe du chapitre 4 de cet évangile. Nous entrons dans ces développements où nous voyons le Seigneur s’avancer sur le terrain où Il va agir. Nous L’avons entendu parler, nous allons Le voir agir. N’oublions pas qu’un fait fondamental a marqué la carrière du Seigneur, à savoir le règlement de Ses rapports avec le diable. Il s’avance ici au milieu du mal, au milieu des manifestations de la puissance du diable. N’oublions pas qu’Il le fait parce qu’Il a été vainqueur de celui dont maintenant il va piller les biens. Il y a un enseignement pour nous en cela : nul ne peut entreprendre un service s’il est enchaîné. Le Seigneur a lié l’homme fort au désert. Maintenant Il pille ses biens. En troisième lieu, Il combat le diable à la fin de Sa vie terrestre. Nous allons voir l’Homme parfait, libre à l’égard du mal, parfaitement pur. C’est là aussi un secret de Son autorité. Il y a des manifestations extérieures extraordinaires chez le Seigneur, mais n’oublions jamais qu’il y a chez Lui un état subjectif parfait. Il n’aurait pu entreprendre aucun des services placés devant nous, s’il n’avait eu derrière Lui une victoire totale. Il est trop dangereux, autrement, de s’avancer dans ces parages.

Tout le long de cet évangile, le Seigneur est présenté comme le Messie, et en même temps, déjà dans notre chapitre, perce la vérité qu’Il serait rejeté (v. 20). Il y a dans cet évangile une abondance de citations de l’Ancien Testament comme dans nul autre, comme pour montrer que Jésus était bien le Messie promis, et souligner la responsabilité terrible des Juifs qui ne L’ont pas reçu.

Dieu avait envoyé, en d’autres temps, des serviteurs, des prophètes, qui avaient pour mission d’entreprendre la destruction partielle de la puissance de Satan. Ici nous voyons le vrai héraut de Dieu. La vraie question, celle qui avait surgi avec la chute, est posée. Il s’agit du règlement définitif de la question du bien et du mal, d’abord la manifestation du mal, et la manifestation de la puissance, de la présence de Dieu au milieu du mal. Voilà ce que nous voyons : la rencontre de Dieu avec le mal, et pour le moment, la rencontre en grâce et en vérité.

Les trois premiers faits que nous avons lus, montrent déjà que le Seigneur agit conformément à ce qu’Il avait dit et Il sort des limites juives : un lépreux était hors du camp et un centurion n’était pas d’Israël.

La lèpre est l’image du péché, condition de tout homme loin de Dieu, et sa guérison nous parle de la nouvelle naissance. Mais si nous en restons là, nous risquons de nous en tenir à une chose passée, la conversion, qui nous fait passer d’un état de souillure à un état de pureté. Mais le Seigneur n’est pas pour nous un Sauveur qui ne fait rien. De combien de choses n’a-t-II pas à nous rendre nets – et c’est grandement nécessaire ! Chacun doit le savoir. L’évangile n’est pas un ensemble de vérités passées, de souvenirs, mais de vérités vivantes, continuelles.

Voici un homme que tout le monde regardait de très loin. Le Seigneur le touche. Le Seigneur pouvait être en contact avec n’importe quel mal que ce fut, sans être souillé, ni extérieurement, ni intérieurement. Cela n’est vrai que de Lui. Nous voyons dans l’Ancien Testament que celui qui touchait un lépreux était impur jusqu’au soir. Il devait se laver continuellement. Or, du mal, il y en a toujours en nous. C’est une source qui coule, et c’est ce qui explique que nous sommes continuellement souillés par le mal auquel nous avons affaire. Sans atteindre, bien sûr, la mesure du Seigneur, nous pouvons nous occuper du mal chez un autre, si nous en sommes pratiquement indemnes. Et après cela, nous avons à nous purifier. Le Seigneur nous montre qu’Il est tout différent de nous. Dans ce sens-là aussi Romains 8 se réalise : « Dieu… a condamné le péché dans la chair » (v. 3). Il a condamné la chair d’une manière totale par sa perfection absolue. Qu’est-ce qui peut nous purifier les uns et les autres ? Nous en avons besoin. C’est trop commode de se contenter de la nouvelle naissance. Si on veut voir la lèpre d’après l’Ancien Testament, ce n’est pas seulement l’état d’un inconverti, mais aussi le mauvais état d’un croyant. Qui est-ce qui peut nous délivrer d’une convoitise tenace ? Il n’y en a qu’Un. Un danger dans ces lectures, c’est que nous connaissons trop ces passages. Notre mémoire les connaît trop, et nous ne savons pas nous arrêter devant ce qu’ils nous présentent.

Le lépreux devait être conscient de son état, et cette conscience de son état, au lieu de le faire s’éloigner, le fait s’approcher du Seigneur, ce qui revient à une confession. Cette remarque très importante s’applique à la marche du chrétien. Si nous sentons une lèpre en nous, nous savons à Qui nous adresser et Il peut nous délivrer. Seulement il arrive qu’on nourrit une convoitise et qu’on n’en est pas à se jeter devant le Seigneur. Il y a le pouvoir et il y a le vouloir. C’est rare de trouver cela ensemble. Comme l’apôtre Paul le dit aux Philippiens : il y a « le vouloir et le faire » (2. 13). Souvent nous voulons, et nous ne pouvons pas. Que de maladies restent non guéries chez les chrétiens, parce qu’on ne veut pas les sentir et qu’on ne s’adresse pas au Médecin ! Que de plaies morales n’avons-nous pas ! Quand on est croyant, on est guéri du péché une fois pour toutes en position, mais on a besoin d’être guéri tout le temps des effets du péché. Combien cela ronge les vies des chrétiens !

Nous sommes étonnés quelquefois que les confessions publiques soient lentes. Mais n’allons pas si loin. Les confessions dans le secret avec le Seigneur ne sont pas si fréquentes que cela. Ouvrir son cœur devant Dieu, c’est un signe sûr de la piété. C’est peut-être le seul signe et le seul critère vrai.

Cet homme avait une confiance absolue dans le Seigneur, mais doutait de Son amour. Ailleurs, le père qui avait un enfant lunatique croyait en l’amour du Seigneur mais doutait de Sa puissance. Malgré ces infirmités, le Seigneur donne une pleine réponse à l’un et à l’autre. Nous connaissons l’amour et la puissance du Seigneur. Comme nous le chantons quelquefois :

La délivrance est dans ton bras,
Et l’amour dans ton cœur.

Le souverain sacrificateur portait les noms des fils d’Israël devant Dieu sur son cœur et sur ses épaules, et c’est ce que le Seigneur fait pour nous.

Le lépreux hors du camp peut représenter un inconverti, un croyant en dehors du cercle de la communion pratique, mais si nous voulons aller plus loin, un croyant en dehors de la communion avec le Père et avec Son Fils Jésus Christ. Nous attachons plus d’importance à la communion les uns avec les autres qu’à celle avec le Père et le Fils. Et sans celle-ci, la première n’est que de l’hypocrisie. La lèpre est une maladie beaucoup plus fréquente qu’on ne le pense, et beaucoup plus inavouée qu’on ne le pense. Il nous faut venir comme cet homme à Jésus, au lieu de rester des jours et des jours privés de la communion avec Dieu.

Le Seigneur donne une réponse très prompte au lépreux. Du moment qu’une âme est tout à fait ouverte avec le Seigneur, le Seigneur n’a pas de raison d’attendre. Mais Il attend souvent parce qu’il y a des portes que l’on n’ouvre pas. Ce n’est pas le fait de la conversion cela, c’est l’histoire de toute la vie chrétienne.

Paris, le 18 novembre 1958