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LORSQUE ÇA GRINCE ENTRE CROYANTS

 

Il arrive parfois dans la vie de l’assemblée que cela « grince » rapidement, lorsqu’on est confronté à des questions pratiques. La Bible peut-elle nous aider à concilier ces différentes manières de voir ?

On trouve dans l’épître aux Romains un chapitre et demi nous indiquant ce que Dieu pense quant à la façon de gérer les divergences d’opinion entre frères et sœurs dans la foi. A l’époque, il s’agissait de savoir si l’on osait manger de la viande (qui avait été offerte aux idoles), si l’on devait observer les jours de fête (juives), etc. Il ne s’agissait donc pas de questions relatives au culte et à des réunions d’assemblée, mais de questions pratiques de la vie quotidienne de chacun. Les uns (particulièrement les chrétiens sortis du judaïsme) avaient la conscience exercée quant à ces choses, parce qu’ils pensaient que l’on devait continuer à observer les commandements de l’Ancien Testament – Paul les désigne comme des « faibles ». Les autres (avant tout ceux qui n’étaient pas d’origine juive, ou ceux qui venaient du judaïsme, mais qui, comme Paul, avaient compris la position chrétienne) savaient qu’en tant que chrétiens, ils étaient libérés de la Loi. Comment ces frères et sœurs pouvaient-ils donc arriver à se comprendre ?

Les difficultés qu’ils rencontraient alors ne sont plus vraiment actuelles, mais nous pouvons appliquer les conseils donnés à bien des situations qui se présentent de nos jours. Dans ce contexte, commence par lire Rom. 14 et 15 jusqu’au verset 7.

Suis-je faible ou fort ?

Dans ce paragraphe, le mot «faible » revient à plusieurs reprises. Par contre, Paul n’emploie le mot « fort » qu’une seule fois. Cela donne l’impression, que l’on ne doit pas trop penser aux catégories « faible » et « fort » et surtout à se classer comme « fort ». Est-ce que je me considère comme fort ? Dans ce cas je dois veiller à ne pas tomber (1 Cor. 10. 12). Est-ce que je tiens l’autre pour faible ? Si oui, je ne devrais pas me sentir supérieur, mais l’estimer supérieur à moi-même (Phil. 2. 3). En Rom. 14, le mot « faible » est remplacé par « ton frère ». Il ne s’agit pas ici d’étiquettes et de tiroirs ; le jugement et le mépris sont tabous. Cependant, Paul applique aussi son enseignement à ces concepts, c’est pourquoi nous voulons les expliquer brièvement.

Qui est faible ?

On n’est pas faible dans le sens de Rom. 14, lorsqu’on est vulnérable aux tentations, lorsqu’on « joue » avec le péché, ou que l’on a peu de foi. Il s’agit de chrétiens qui à la suite d’une mécompréhension d’ordre doctrinal, par exemple, se sentent tenus de faire ou n’osent pas faire quelque chose, bien que la Bible laisse la liberté d’agir dans ces cas. Ces « faibles » ont, sur certains points, une compréhension fausse ou incomplète de la liberté chrétienne et ils se sentent (inutilement) retenus par leur conscience.
Cela ne devrait pas être confondu avec :
• Le dévouement – lorsque l’on veut mieux pouvoir servir le Seigneur, ou pour s’éviter une tentation, on renonce à ce qui n’est pas en accord avec l’Écriture et avec sa conscience, bien que l’on sache que la liberté est laissée. Il y a de bons exemples dans l’Ancien Testament (Nomb. 6. 13 et suivants ; Job 31. 1), ainsi que celui de Paul, voir 1 Cor. 9.
• Le légalisme – lorsque l’on se soumet à des lois précises et édictées par soi-même, afin (croit-on) de mieux plaire à Dieu, ou lorsqu’on impose à d’autres ses pensées particulières (« Tu m’es une pierre d’achoppement »). Dans ces cas, et surtout lorsqu’ils étaient importants quant à la foi, Paul n’a « pas cédé par soumission, non pas même un moment, afin que la vérité de l’évangile demeurât avec vous » (Gal. 2. 5). L’interdiction de prendre certains aliments qui étaient sans conséquence pour la santé, il la décrivait clairement comme des mensonges, de la tromperie et « des enseignements de démons » (1 Tim. 4. 1).

Qui sont les forts ?

Les « forts » se basent sur la Parole de Dieu. Ils s’appuient sur une bonne connaissance des pensées et de la volonté divines et leur conscience ne leur interdit aucune chose permise par la Bible.
Dans ce sens, être « fort » ne devrait pas être confondu avec :
• La superficialité : ne pas se préoccuper de la volonté de Dieu pour les questions pratiques de la vie quotidienne, parce que l’on pense que la Bible n’a rien à dire à ce sujet.
• L’injustice : le mépris de ce que la Parole de Dieu prescrit aux chrétiens, prétendant à tort que la liberté (charnelle) prime sur l’obéissance.

Diverses tentations des faibles et des forts

La tentation du faible consiste à juger le fort dans l’exercice de sa liberté. Car, aux yeux du faible, le fort pèche en faisant des choses dont le faible s’abstient. Celui qui n’est pas faible est tenté de juger le faible qui ne jouit pas de sa liberté chrétienne, et est porté à le mépriser. Car le faible a moins de connaissance et il se restreint, alors qu’il pourrait agir librement.

Principes et recommandations pour marcher ensemble

Il est à remarquer que Paul ne transige pas avec la bonne doctrine lors de différence d’opinions. Ici en Rom. 14. 14 et d’une manière plus approfondie en 1 Cor. 8, il explique qu’il n’y a pas de problème à manger de la viande, même si elle a servi d’offrande aux idoles. S’il y a des divergences d’opinion, il ne faut pas tolérer et supporter précipitamment, mais le premier pas consiste à s’efforcer d’observer ensemble la ligne prescrite par l’Écriture. La bonne doctrine peut aussi amener une conscience sensible sur la bonne voie. « L’édification » peut ainsi être fortifiée (v. 19 ; 15. 2), puisque le cœur doit être affermi par la grâce, et non pas par des contraintes (de la conscience), voir Héb. 13. 9.

L’enseignement et l’échange approfondi sur ces questions sont profitables, cependant l’essentiel réside dans la position et l’état d’esprit qui guident nos relations. L’amour est le lien de la perfection, nous dit Col. 3. 14. C’est pourquoi les frères et les sœurs ne devraient pas vouloir imposer à tout prix leur opinion. La Bible n’enseigne pas que tous les frères et sœurs doivent toujours être du même avis (bien que cela soit si désirable). Elle n’autorise pas d’imposer l’unanimité, ni que l’un domine l’autre. L’exhortation de ce paragraphe consiste à nous recevoir (*) les uns les autres (Rom. 14. 1 ; 15. 7). Nous ne devrions pas recevoir les autres, quand et parce qu’ils sont de notre avis, et nous ne devrions pas seulement rechercher la communion avec eux dans le but de les enseigner – et peut-être de trancher sur des questions litigieuses.

(*) Adjonction du commentaire de « Sondez les Écritures » vol. 3 p. 426 :

Christ nous a reçus dans sa grâce, à la gloire de Dieu :
– Tels que nous étions par nature, impies et ennemis ;
– Quelle que soit notre origine (Juifs ou nations) ;
– Avec nos différences de caractère.
Ayant devant nous un tel exemple, nous sommes appelés à nous recevoir maintenant les uns les autres, en grâce et en justice.
Si nous avons à cœur la gloire de Dieu, nous serons gardés de tout esprit sectaire ou de toute tendance laxiste. L’amour selon Dieu est miséricordieux, mais il reste toujours lucide. La miséricorde nous invite à recevoir un croyant faible et ignorant, c’est-à-dire lui manifester la communion selon les caractères du royaume de Dieu : justice, paix et joie dans l’Esprit Saint (Rom. 14. 17). La mesure de connaissance d’un frère n’est pas un critère pour le recevoir. Le Seigneur nous invite à faire de même pour les évangélistes : Ceux qui « sont sortis pour le nom… nous devons recevoir de tels hommes, afin que nous coopérions avec la vérité (3 Jean 7. 8). La fidélité à Dieu nous impose, par contre, de ne pas recevoir celui qui n’apporte pas « la doctrine du Christ (2 Jean 9 et 10).

Il est toujours bon de parler l’un à l’autre, pour savoir ce que la Bible dit à propos d’un sujet.
Cela ne devrait pas avoir un caractère « missionnaire » ayant comme but d’amener l’autre à voir les choses comme on les voit. Peut-être est-il judicieux, dans un entretien avec des personnes plus âgées, d’inviter ses propres parents à s’y joindre. Et lorsqu’un échange de vues ne débouche pas sur l’unanimité, on peut en faire un sujet de prière et « nous recevoir l’un l’autre », sans juger ou mépriser l’autre.

Paul nous donne ici divers principes et recommandations pour nos rapports fraternels :

3 principes

Paul présente trois principes, chacun ayant sa propre valeur, mais qui ne peuvent être considérés séparément :
• La liberté chrétienne (Rom. 14. 1 à 5) : Chacun est libre de prendre une décision devant le Seigneur, selon la Parole et en harmonie avec sa conscience. Une telle décision ne doit pas être jugée ou méprisée par d’autres chrétiens. Que chacun soit pleinement convaincu dans son for intérieur. Chacun est tenu debout ou tombe pour son Seigneur.

• La responsabilité personnelle (Rom. 14. 6 à 12) : Nous sommes responsables devant le Seigneur et devant lui seul des décisions que nous prenons dans la liberté chrétienne. Nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Christ, nous ne sommes donc pas les juges de nos frères et sœurs et de nos compagnons de service.

• La fraternité chrétienne (v. 13 à 15, 7) : Dans l’exercice de la liberté chrétienne, les chrétiens doivent avoir égard les uns aux autres et avoir pour motivation l’amour et pour but l’édification. Il me faut plutôt renoncer à ma propre liberté si mon frère dans la foi risque de s’égarer en agissant contre sa conscience (et par là être amené à chuter, donc à pécher). Paul nous incite à persévérer à ce qui contribue à la paix et à l’édification mutuelle.

Les choses que nous faisons dans la liberté chrétienne et dont nous assumons la responsabilité devant Dieu, présentent encore un exercice dans nos relations les uns avec les autres : Est-ce que j’amène l’autre à chuter dans sa foi, en ce que je fais usage de ma liberté en sa présence ? Qu’exigent l’amour fraternel et l’édification mutuelle ?

3 exhortations

Paul ajoute trois exhortations pour marcher ensemble selon Dieu:

• Recevez-vous les uns les autres (v. 1 – 12) : Cette exhortation est une parenthèse dans l’ensemble du sujet, c’est ainsi que son enseignement commence et se termine (Rom. 15. 7). Dieu a reçu aussi bien les faibles que les forts. Nous devons faire de même (14. 3). L’autre a un Seigneur, comme moi – à savoir le même Seigneur. Ce Seigneur lui montrera ce qui est juste et ce qui est faux, il ne m’appartient pas de m’immiscer dans sa vie et de vouloir le corriger (v. 4). Le Seigneur maintiendra celui qui use de sa liberté chrétienne et il donnera de la connaissance à celui qui est faible. Je dois supposer que l’autre prend ses décisions en étant responsable devant le Seigneur ; par conséquent il ne m’est pas permis de juger les motivations d’autrui (v. 5 et suivants). Il comparaîtra un jour devant le tribunal de Dieu (Rom. 14. 10), comme moi, et alors le Seigneur lui donnera son appréciation. J’aurai à rendre compte pour ce qui me concerne et non pas pour ce qui concerne les autres ; et je n’ai pas la fonction de juge, tant que nous sommes encore sur cette terre (v. 10 et suivants).
• Poursuivons les choses qui tendent à la paix et celles qui tendent à l’édification mutuelle (v. 13 à 23) : Il ne s’agit pas de notre relation avec Dieu, mais nous nous influençons les uns les autres par notre conduite. Il est bon de jouir de la liberté chrétienne aussi dans les petites choses de tous les jours et d’être fortifié dans la foi, mais cela doit aller de pair avec l’amour pour le faible. Le privilège du « fort », c’est d’avoir la possibilité de « sacrifier/renoncer à ses droits » – le faible ne peut le faire pour des raisons de conscience. Si le faible était contraint d’agir à l’encontre de sa conscience, plutôt que de l’amener à pécher et lui être en piège, Paul préfèrerait renoncer à user de sa liberté. Car le faible qui suivrait son exemple ne le ferait pas par la foi et pécherait. Ainsi Paul deviendrait une occasion de chute et détruirait l’œuvre de Dieu. C’est ainsi qu’il faut comprendre « une pierre d’achoppement » (v. 13, 15, 20, 23). A l’opposé, le faible ne peut imposer ses normes de conscience aux autres (v. 14 : ces choses lui sont souillées). Il ne doit pas non plus dresser un piège au « fort » en lui interdisant ce que le fort perçoit comme un ordre du Seigneur. Le royaume de Dieu ne consiste pas à abuser de nos libertés chrétiennes, à critiquer les autres, mais à rechercher et à vivre la justice de Dieu, sa paix et sa joie dans l’Esprit Saint.

• Que chacun cherche à plaire à son prochain, en vue du bien, pour l’édification (15. 1 à 7) : Paul indique que ceux qui, pour ces questions n’ont pas une conscience sensible, ont pour devoir de plaire aux autres pour le bien et l’édification. Ils devraient se comporter de manière à ce que ceux-ci soient fortifiés dans leur foi. Il ne s’agit pas de paroles en l’air : « Le faible doit apprendre, croître dans la connaissance pour qu’il comprenne la mesure de la liberté chrétienne. Le fort doit apprendre à croître dans l’amour et à ne pas imposer ses propres droits » disait un frère. Le but est d’arriver à un même sentiment et d’être en commun accord (v. 5). Le moyen d’y parvenir n’est pas la domination du faible, ni l’autonomie du fort, mais que l’on fasse preuve de patience (ayant « le Dieu de patience et de consolation » v. 5), que l’on se reçoive les uns les autres et qu’on suive ainsi l’exemple du Seigneur Jésus. Les différences d’opinion au sujet des choses terrestres auront alors une moindre importance, puisque perçue selon une perspective céleste. On s’approche alors du but final qui est d’être « à la gloire de Dieu » (v. 7).

Lorsque des divergences d’opinion subsistent après un entretien ouvert et constructif, on devrait prier et ensuite se laisser guider par le Seigneur sur la manière de procéder dans la suite.

Voici les dernières paroles de Paul à ce sujet :
« Recevez-vous les uns les autres, comme aussi le Christ vous a reçus, à la gloire de Dieu » (15. 7).

 

D’après Thorsten Attendorn

Adjonction du traducteur : Vouloir imposer ses vues n’est pas le moyen selon Dieu, ni selon l’homme, de convaincre. Ce n’est pas le moyen selon Dieu, parce que ce n’est pas sur le principe de la foi. Ce n’est pas le moyen selon l’homme, parce qu’insister sur nos vues provoque l’antipathie de celui que l’on contraint. W. Kelly