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L’ŒIL MÉCHANT

«Lorsque ton œil est méchant, ton corps aussi est ténébreux» (Luc 11. 34)

Celui qui est Lui-même la lumière déclare : «La lampe du corps c’est ton œil ; lorsque ton œil est simple, ton corps tout entier aussi est plein de lumière ». L’œil simple voit Christ avant tout. Il discerne la main de Dieu dans les circonstances diverses de la vie, et apprend «en toutes choses» à rendre grâces. La lumière de la vie intérieure illumine un tel croyant.

Qu’en est-il de «l’œil méchant ? » N’est-il pas tout d’abord le regard d’envie que si facilement on jette sur les circonstances ou les privilèges d’autrui ? Que de ténèbres alors dans la vie, dans le cœur, où la racine amère de la jalousie a pris pied, et empoisonne tout le cours des choses. Tel fut le cas d’Asaph : « J’ai porté envie aux arrogants, en voyant la prospérité des méchants ». Que de tourments dans son âme devant ce problème de la prospérité de ceux qui ne craignent pas Dieu en regard de ses propres circonstances difficiles : «Quand j’ai médité pour connaître cela, ce fut un travail pénible à mes yeux ». Son cœur n’était-il pas plein de ténèbres, «jusqu’à ce qu’il entre dans les sanctuaires» et trouve la lumière dans la présence de Dieu ?

L’œil méchant est aussi celui qui épie chez son frère, chez sa sœur, ce qu’il pourra bien reprendre, telle «paille» qu’il pourrait désirer ôter, ne se rendant pas compte de la «poutre» qui est dans son propre œil. Viennent la critique, le jugement, la médisance, avec leur sombre cortège d’insinuations, de dénigrement, de rapportages, qui peut amener tant de souffrances chez celui dont on parle, comme aussi rabaisse le niveau spirituel et moral de l’interlocuteur, et le sien propre. Ainsi les pharisiens provoquaient Jésus à parler de plusieurs choses, lui dressant des pièges, «cherchant à surprendre quelque chose de sa bouche» afin de l’accuser (Luc 11. 54). Lui était parfait en toute chose, mais que de ténèbres dans ces hommes dont l’œil méchant l’épiait.

L’œil méchant est aussi celui de la haine, cette haine que l’on n’avoue pas, mais qui est dans le cœur simplement parce que l’on n’aime pas tel ou tel. On se réjouira des circonstances adverses qui peuvent lui arriver, sans le déclarer bien sûr ! On ira même parfois jusqu’à les provoquer. «Celui qui dit être dans la lumière et qui hait son frère, est dans les ténèbres jusqu’à maintenant» (1 Jean 2. 9). Personne sans doute ne conviendra « haïr son frère », mais le Seigneur Jésus déclare : «Quiconque se met en colère légèrement contre son frère sera passible du jugement… et quiconque dira «fou» sera passible de la géhenne du feu» (Mat. 5. 22). Dans un tel cas, pour qu’il ne reste dans le corps «aucune partie ténébreuse», la Parole est claire : Avant d’offrir ton don à l’autel, «va d’abord, réconcilie-toi avec ton frère» (Mat. 5. 24) : confession à Dieu, mise en ordre avec les hommes ! L’œil méchant est aussi celui du «désir», comme l’a dit le Seigneur Jésus lui-même : «Quiconque regarde une femme pour la convoiter, a déjà commis adultère avec elle dans son cœur» (Mat. 5. 28). Ne disons pas : cela ne m’arrivera pas. L’ennemi sait très bien attirer et amorcer par la convoitise (Jac. 1. 14). Que de foyers douloureusement atteints, sinon détruits, par cet «œil méchant» qui a «désiré». Ainsi fut le regard de David ! (2 Sam. 11). A plus de cinquante ans, dans un moment de désœuvrement, le roi s’est laissé attirer par un désir coupable qui a fait la nuit dans son cœur et a attiré la misère et sur lui-même et sur sa famille.

Le Seigneur Jésus n’a pas dit : «Si ton œil est méchant… » mais «lorsque ton œil est méchant…» impliquant que ce n’est pas chose extraordinaire ; elle peut arriver à chacun de nous et obscurcir notre âme. Aussi ajoute-t-il : «Prends donc garde que la lumière qui est en toi ne soit ténèbres ». La vie divine en nous – qui ne peut être perdue, mais dont le témoignage peut être singulièrement terni – peut passer ainsi de la lumière aux ténèbres, sans même qu’on s’en soit rendu compte. Que faire si c’est le cas ?

Le Seigneur parle du corps dans lequel il n’y a «aucune partie ténébreuse ». Est-ce à dire qu’un croyant pourrait arriver à un état d’infaillibilité où il n’ait jamais un regard d’envie, de critique ou de désir ? Certainement pas. Si les ténèbres ont envahi le cœur, le chemin est toujours ouvert pour le reconnaître devant Dieu et devant les hommes s’il le faut et Le trouver «fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité» (1 Jean 1. 9). Et nous nous souviendrons des souffrances que Christ a endurées pour que Dieu puisse pardonner. Pour que le corps «tout entier soit plein de lumière, n’ayant aucune partie ténébreuse», il faut que nous soyons exercés devant Dieu pour confesser devant lui tout ce qui a pu amener l’obscurité dans nos âmes ; ainsi nous serons ramenés dans la vraie lumière : «Il sera tout plein de lumière, comme quand la lampe t’éclaire de son éclat ».

Pourquoi dans les paragraphes suivants le Seigneur Jésus met-il particulièrement en garde, tout d’abord les pharisiens, ses disciples même ensuite, contre l’hypocrisie ? On nettoie le «dehors», mais «au-dedans» que de choses que Dieu n’approuve pas ! «Levain» dangereux (Luc 12. 1) qui a conduit Ananias et Sapphira à la mort, et combien d’autres à cette vie formaliste et rangée, d’où la vraie lumière est absente et qui ne saurait être un témoignage vivant pour le Seigneur. «Tenez-vous en garde contre… l’hypocrisie», dit Celui même qui nous prévient contre «l’œil méchant» et les ténèbres qui s’ensuivent. «Nettoie premièrement le dedans… afin que le dehors aussi soit net» (Mat. 23. 26).

Comment «le dedans» serait-il net, sans un «œil simple» qui considère toute chose à la lumière de Dieu, et par-dessus tout fixe les regards sur Jésus lui-même ?

D’après Feuille aux Jeunes n° 232
G.A.