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L’ÎLE TRANSFORMÉE : LA MERVEILLEUSE HISTOIRE DE PITCAIRN

 

L’île de Pitcairn n’est qu’un point presque imperceptible, perdu dans l’Océan Pacifique, à 1500 kilomètres de Tahiti. Dieu, le Créateur, a donné à ces régions des charmes particuliers : un climat idéal, une végétation tropicale aux fleurs magnifiques et aux fruits délicieux, une mer d’azur derrière des côtes de corail. A l’époque de ce récit, l’île était presque inhabitée, et n’était connue de nom que par des géographes.
En 1767, au cours d’une croisière faite dans ces zones ignorées du Pacifique par le capitaine Carteret, un jeune officier nommé Pitcairn discerna à l’horizon un rocher au milieu des flots, qui était en fait une très petite île, qu’on ne put approcher, mais que le jeune officier baptisa de son propre nom : Pitcairn. (Ce jeune homme se noya d’ailleurs peu de temps après). Le capitaine Carteret mentionna cette île à son retour en Europe, et l’on ajouta un point sur la carte du Pacifique.
Vingt ans plus tard, en 1787, le Bounty, un navire anglais, qui revenait de Tahiti, avec une cargaison de plantes de l’arbre à pain, que le gouvernement britannique désirait acclimater dans les Indes Orientales (ou néerlandaises) arriva en ces lieux.
L’arbre à pain, qui abonde dans les îles du Pacifique, atteint la hauteur moyenne d’un chêne, avec des feuilles ressemblant à celles du figuier, et de très gros fruits ronds contenant une chair blanche, ressemblant à de la mie de pain, qu’on peut rôtir et manger à la place de pain.
Le Bounty avançait dans l’Océan, toutes voiles dehors, et l’ordre et la discipline semblaient y régner. Mais le capitaine du navire, Bligh, avait, semble-t-il, un caractère impérieux et intolérant. Et son jeune second, Christian Fletcher, était intelligent et actif, mais d’un caractère vindicatif et emporté.
Le soir du 27 avril, Bligh se coucha dans sa cabine sans aucune appréhension, mais le lendemain matin plusieurs matelots y entrèrent, saisirent Bligh, lui lièrent les mains derrière le dos, et le menacèrent de mort s’il ouvrait la bouche. Il appela pourtant au secours, mais personne ne répondit, les officiers qui n’étaient pas dans le complot ayant déjà été garrottés. On fit monter Bligh sur le pont puis, un canot ayant été mis à la mer, on l’y fit descendre avec la poignée d’hommes qui lui étaient dévoués. On leur donna 50 kilos de pain, un peu de viande séchée, une petite bouteille de rhum, un petit tonneau d’eau douce, une boussole et un sextant – et on les abandonna à l’océan.
Au moment où Christian lâchait l’amarre qui retenait la chaloupe, Bligh le supplia encore une fois pour son salut. Mais la réponse de Christian fut : Taisez-vous ! Ne voyez-vous pas que je suis déjà en enfer ? … Sans le savoir, il illustrait bien cette parole biblique : « Il n’y a pas de paix, dit mon Dieu, pour les méchants » (És. 57. 21)
La chaloupe s’éloigna, tandis que le navire, dont l’équipage s’était débarrassé de toute contrainte et de toute discipline, retournait vers les côtes de Tahiti. Mais pour éviter les questions des habitants voyant revenir le navire, ils leur dirent qu’ils avaient rencontré le capitaine Cook – un vieil ami des Tahitiens – et que Bligh et quelques matelots étaient partis avec lui. Mais après avoir pour un temps vécu dans la débauche sur l’île de Tahiti, les mutins eurent la conscience troublée et des visions et des craintes terribles : si Bligh et ses amis avaient pu atteindre une côte, et que le gouvernement anglais soit informé de la mutinerie, qu’adviendrait-il des insurgés ? Une partie de ceux-ci remit donc à la voile, emmenant avec eux six hommes et douze femmes de l’île. Ils s’arrêtèrent quelque temps à l’île de Toubonai puis, beaucoup plus loin, arrivèrent à l’île de Pitcairn. Ils y débarquèrent leurs effets, puis laissèrent aller le Bounty à la dérive.
Parmi les effets débarqués il y avait quelques livres, dont une Bible.

Bligh, le commandant du navire Bounty, et son petit équipage fidèle, dans leur légère embarcation au milieu de l’Océan, vivaient des circonstances des plus terribles. Bligh partagea ses gens en compagnies, pour qu’ils puissent se reposer à tour de rôle, et ils se recommandèrent de tout leur cœur à la grâce de Dieu. Se confiant en Lui et en Sa bonté, ils furent un peu rassurés. Le lendemain, ils essuyèrent un terrible orage. Les vagues déferlaient dans la chaloupe, qu’il fallait continuellement vider, et l’eau de mer gâta une partie de la provision de pain. Les hommes étaient épuisés et, avec leurs vêtements complètement mouillés, ils étaient transis le matin suivant ; aussi le capitaine leur donna à chacun une cuillerée de rhum pour les réconforter.
Le capitaine savait qu’il leur fallait huit semaines de voyage pour atteindre Timor, le premier endroit où aborder sans risques, les premières îles dans l’Océan étant habitées par des cannibales. Bligh calcula en conséquence les rations journalières de nourriture pour chacun. Ils vécurent ainsi de nombreuses aventures et rencontrèrent beaucoup de dangers, mais arrivèrent tout de même, le 6 juin 1787, après 6 semaines de navigation, à l’île de Timor, alors possession hollandaise. Quelle reconnaissance remplissait leurs cœurs, et comme ils rendirent grâces à Dieu qui les avait protégés et amenés ainsi en sûreté.
Le gouvernement anglais, prévenu de l’affaire, envoya immédiatement une frégate à la recherche du navire mutiné, le Bounty, mais on ne put en découvrir aucune trace. Toutefois on retrouva à Tahiti ceux des matelots mutinés que Christian y avait laissés en partant plus loin, et ceux qui ne moururent pas en route furent exécutés en Angleterre.
Pendant ce temps, sur l’île de Pitcairn, les Tahitiens, trompés par Fletcher, menaient une vie misérable d’esclaves. De son côté, Christian Fletcher et ses amis étaient hantés par l’idée d’être découverts par un navire anglais passant à proximité, et leur angoisse leur causait des terreurs et des hallucinations. Puis les Tahitiens, excédés, se rebellèrent, l’un d’eux prit Christian par surprise et le mit à mort, de même que quatre autres matelots. Une guerre civile s’ensuivit, qui extermina les Tahitiens.
Ensuite, un des matelots réussit à extraire de l’alcool en distillant une plante de l’île, et l’ivresse s’ajouta à toutes ces horreurs. Il ne resta alors que deux des matelots du Bounty : un contremaître, qui mourut peu après, et un autre matelot, parti jeune d’Angleterre, John Adams. Mais entre-temps, des enfants étaient nés de marins anglais et de mères Tahitiennes, et grandissaient dans ce contexte d’immoralité bestiale.
Or un jour, John Adams, fouillant dans les caisses qui avaient été retirées du navire, y découvrit un livre : une Bible, qu’il n’avait pas ouverte depuis bien longtemps. Lorsqu’il était encore à Londres, petit commissionnaire parcourant les rues en quête de travail, il avait appris à lire en regardant les affiches placardées sur les murs. Cette connaissance allait avoir pour lui un prix inestimable. L’âme lassée, et dégoûté de la vie qu’il menait et du désordre et de l’anarchie qui l’entouraient, il n’avait pas non plus d’espoir pour son avenir. Il ouvrit la Bible, et tomba sur des passages comme celui-ci : « Est-ce que je prends plaisir à la mort du méchant ? dit le Seigneur, l’Éternel ; n’est-ce pas plutôt à ce qu’il se détourne de ses voies, et qu’il vive ? » (Éz. 19. 23). « Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige ; s’ils sont rouges comme l’écarlate, ils seront comme la laine » (És. 1. 18). Nous allons voir l’effet que ces versets eurent sur John Adams. Mais le premier résultat, ce fut le même que ce qu’il avait été dit autrefois de Saul de Tarse (par la suite, l’apôtre Paul) : « Voici, il prie » (Act. 9. 11).

Un quart de siècle s’était écoulé depuis la révolte de l’équipage du Bounty, et les incidents de cette histoire commençaient à s’effacer de la mémoire des gens, préoccupés par les évènements tragiques de la Révolution française et des guerres qui suivirent.
Or, le 17 septembre 1814, les marins de deux vaisseaux anglais, faisant voile des Îles Marquise à Valparaiso, un port de l’Amérique du Sud, aperçurent, un soir, une île que les cartes du bord n’indiquaient pas. Le commandant des navires, Sir Thomas Staines, résolut d’attendre le jour dans ces parages, avant de vérifier si cette terre était habitée ou non. Quand le matin parut, les Anglais constatèrent, à leur grand étonnement, que l’île portait des plantations alignées, et des maisons de type européen.
Une plus grande surprise les attendait : des hommes descendaient en courant vers le rivage de l’île, portant un canot sur les épaules, et bientôt, malgré les écueils et les remous, ils avaient mis à la mer leurs légères embarcations et se dirigeaient à force de rames vers les vaisseaux anglais.
Quelle ne fut pas la stupéfaction des officiers, lorsque les canots étant arrivés à portée de la voix, ils furent interpellés en anglais.
– Lancez-nous une corde, criaient ces hommes. Les matelots n’hésitèrent pas, et bientôt les deux insulaires se trouvèrent à bord du navire. C’était de beaux grands jeunes gens à l’expression ouverte et intelligente. Ils portaient pour tout vêtement une large pièce de toile enroulée autour du corps, et un grand chapeau de paille orné de plumes. Ils s’exprimaient dans un anglais parfait.
Sir Thomas Staines leur offrit une collation, que les jeunes gens acceptèrent, mais avant de manger, ils courbèrent la tête et prièrent à haute voix:
– Notre bon Père, donne-nous des cœurs reconnaissants, pour l’amour de Jésus. Amen.
L’équipage tout entier restait muet d’étonnement devant ce spectacle étrange. Les officiers eux-mêmes étaient stupéfaits : une île inconnue, habitée par des hommes qui parlaient l’anglais, qui semblaient connaître tous les bons usages de la civilisation, et qui de plus manifestaient une réelle piété.
Les officiers anglais questionnèrent les jeunes gens, et apprirent que l’aîné se nommait Jeudi-Octobre (quel drôle de prénom!) Christian : il n’était autre que le fils du terrible Christian Fletcher dont nous avons déjà parlé. Son compagnon, d’environ quinze ans, se nommait Georges Young. Christian invita le commandant du bord à venir visiter l’île, ce qu’il accepta avec empressement. Avec deux officiers, ils prirent place dans le canot très primitif qui avait amené les jeunes gens et qui débarqua bientôt dans l’île.
Ils furent reçus, sur le rivage, par un vieillard vénérable aux longs cheveux blancs, qui était le John Adams que nous avons déjà vu en prière.
Et maintenant, reprenons notre récit, vingt-cinq ans en arrière.
Dieu avait agi avec puissance dans l’âme de John Adams : éclairé par la Parole divine, il se reconnut comme un pécheur perdu, vint au Seigneur Jésus, et trouva le pardon et la paix. Et son désir fut naturellement de ne plus vivre pour lui-même, mais pour le Seigneur Jésus, son Sauveur – tout d’abord, en parlant de Lui à ceux qui l’entouraient. Il se vit entouré d’une quantité d’enfants qui grandissaient dans l’ignorance et dans le vice. Comment les sortir de cette triste condition ? Il se trouvait qu’une partie de son champ devait être labourée ; aussi il offrit à deux jeunes gens de le faire contre une petite quantité de poudre. Les garçons furent d’accord de faire ce travail, mais demandèrent ensuite à Adams, comme paiement, au lieu de leur donner de la poudre, de leur apprendre à lire. Adams fut enchanté de cette proposition, et leur suggéra d’inviter quelques-uns de leurs compagnons à se joindre à eux. Et bientôt, tous les enfants de l’île se réunirent autour de lui avec le plus grand désir de s’instruire.
Ce fut-là la première école de Pitcairn. L’ancien déserteur, qui autrefois blasphémait, enseignait maintenant aux enfants à croire en Dieu et en Jésus Christ comme leur Sauveur. La Bible devint leur conseiller et leur guide. Le dimanche était reconnu comme étant le Jour du Seigneur, et ils se rassemblaient dans une petite chapelle qu’ils avaient construite, pour lire la Parole de Dieu.
Pour plus de détails, nous donnons ici le rapport que fit le commandant du navire anglais, à son retour en Europe.
– L’île de Pitcairn a huit kilomètres de long sur quatre de large. Elle est très fertile, et également bien boisée. On y rencontre des chèvres et des porcs sauvages. Le poisson abonde dans les baies de la côte.
Les habitations de l’île de Pitcairn sont extrêmement soignées. Le village est bâti en carré. A une extrémité se trouve la maison de John Adams, dont une des filles est mariée. En face se trouve la maison de Jeudi-Octobre Christian. Au milieu du terrain, sur une prairie entourée d’une barrière, s’ébattent les poules des villageois. Ceux-ci travaillent de façon très méthodique et sans perdre de temps.
Construites par les habitants, les chaumières sont confortables, et les meubles, également fabriqués par eux, sont très propres.
Les vêtements sont faits de matériaux tirés de l’écorce des arbres : ce sont les femmes de Tahiti qui ont expliqué comment en faire des étoffes, soit épaisses comme un drap de laine, ou fines et transparentes comme de la mousseline – ce procédé étant connu de tous les insulaires du Pacifique.
Les habitants sont très travailleurs et ordonnés, mais par-dessus tout ils ont de la bonté et de l’honnêteté les uns avec les autres, fruits de leur piété. Ils témoignent eux-mêmes leur reconnaissance envers Dieu qui les a si merveilleusement aidés et bénis.
En 1825, un autre vaisseau aborda à Pitcairn. Les officiers donnèrent le même témoignage de la vie laborieuse, paisible et pieuse des habitants. John Adams, déjà âgé, passa trois jours sur le navire, dormant dans la cabine du capitaine. Celui-ci mentionna que, matin et soir, le vieillard priait longuement, à mi-voix et à genoux, avant de lire sa Bible qui ne le quittait jamais.
John Adams mourut en 1829, quarante ans après la révolte à bord du Bounty, pleuré de tous ceux qui le connaissaient. Sa conversion miraculeuse, et sa vie de chrétien ensuite, sont certainement un témoignage visible de la toute-puissante grâce de Dieu en Jésus-Christ.

 

D’après la Bonne Nouvelle 1910

(Le nom de Pitcairn reste peu connu du grand nombre. Malheureusement, certains sites parlent d’un triste effondrement actuel de la moralité. Toutefois, ceux qui ont été les objets si évidents de la puissante grâce de Dieu il y a un siècle sont sauvés pour l’éternité, et nous sommes encore aujourd’hui dans le temps de la grâce … mais le Seigneur peut venir aujourd’hui même…).