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LES MAINS VIDES

 

Jackie était un garçon intelligent, toujours bien classé à l’école. Avant d’atteindre sa seizième année, il passa ses vacances d’été dans le laboratoire d’un pharmacien dont le personnel avait été décimé par la guerre, et l’aida dans ses préparations. Quand Jackie quitta son patron, il se décida à entreprendre des études d’expert-comptable.
Peu de temps après, il eut une étrange enflure au cou, et comme le traitement indiqué par le médecin ne donnait aucun résultat, il partit consulter un spécialiste qui diagnostiqua un cas rare et grave, presque toujours fatal. Après sept semaines d’un nouveau traitement dans un hôpital, il rentra à la maison, guéri en apparence, et l’on espéra que son médecin s’était trompé dans son funeste diagnostic.
La guerre continuait. Jackie fut engagé dans la marine comme opérateur de radio. Il devint rapidement un télégraphiste habile et fut envoyé en service actif à la recherche des sous-marins. Au bout d’un an de cette vie aventureuse, il désira entrer dans l’aviation. Il réussit tous les examens exigés et subit avec succès les épreuves médicales. Il paraissait en pleine santé et ne pensait plus à l’étrange enflure dont il avait souffert. En attendant un poste, on l’occupa à de rudes corvées, l’obligeant à soulever et transporter des lourdes caisses ; puis, d’urgence, il fut expédié comme télégraphiste à bord d’un cuirassé dans la mer du Nord. Là, sur le bateau, son enflure réapparut ; le médecin constata que son cœur était atteint ; il fut définitivement réformé. La fatigue des corvées précédentes n’était certainement pas étrangère à ce triste état. Il rentra dans l’entreprise où il avait travaillé auparavant, prépara et passa brillamment ses « examens intermédiaires » à la première session, malgré son absence d’un an et l’état précaire de sa santé.
Il entreprit alors la préparation de ses examens finaux. Pendant toute cette période, il souffrit beaucoup, dormant à peine, seulement à l’aide de calmants. Il devait suivre des cours spéciaux pendant une quinzaine avant ses examens. La veille de son départ, le docteur découvrit qu’il avait une quantité d’eau dans la poitrine, et le fit transporter à l’hôpital pour une ponction. Il dut renoncer à ses cours, étant trop malade pour voyager. Sa déception fut grande. Les jours suivants, ses progrès furent extraordinaires, et il décida, envers et contre tout, de se présenter aux examens qui devaient durer trois jours. Ses parents n’osaient espérer une réussite ; aussi quelle fut leur joie, quelques semaines plus tard, d’apprendre son plein succès. A vingt et un ans, malgré sa maladie et sa longue absence à la guerre, il était expert-comptable.
Mais bientôt il fallut se rendre compte avec douleur que cette brillante jeunesse allait être terrassée par la maladie. Les troubles du cœur avaient provoqué l’hydropisie. Une nouvelle ponction donna beaucoup d’eau. Cependant, en dépit des ponctions répétées, il ne perdait pas confiance et faisait mille projets de guérison. Ses parents n’osaient l’avertir de l’issue fatale prévue. Dieu travaillait cependant pour son bien éternel et pour Sa propre gloire. Jackie avait une tante garde-malade, chrétienne dévouée. Sa mère la fit venir. Dès son arrivée, elle vit que son neveu n’en avait plus pour longtemps, mais ne voulut pourtant pas dès l’abord détruire tout espoir dans le cœur du pauvre garçon. Par ses soins entendus, ses manières douces et affectueuses, elle gagna bien vite son cœur. L’âme de Jackie était la constante préoccupation de sa tante dont les prières montaient vers Dieu en continuelles intercessions. Le docteur revint pour une nouvelle ponction, et par une remarque involontaire révéla au malade la gravité de son état. Après le départ du médecin, Jackie resta longtemps silencieux ; sa tante cousait près de lui, et se doutant du travail que Dieu accomplissait dans le cœur du jeune homme, lui demanda tout à coup : « Ne serait-ce pas beau, Jackie, si le Seigneur venait ce soir pour nous emmener tous au ciel ? » A sa vive surprise, il éclata en pleurs et dit : « C’est justement ce que je demandais à Dieu en ce moment ! » Il confessa alors appartenir au Seigneur depuis des années, mais sans L’avoir suivi. « J’espère qu’Il me laissera encore un peu ici-bas afin de ne pas paraître devant lui les mains vides ».
La joie de sa tante et de ses parents fut grande. Ceux qui ont prié pour une âme aimée, près de la mort, peuvent seuls comprendre le bonheur d’un tel exaucement. Quand son père entra dans la chambre, aucune parole ne peut décrire sa reconnaissance pendant qu’il serrait son fils dans ses bras. Plus de silence entre eux désormais sur le sujet de son avenir éternel ; ils pourraient en parler librement et avec bonheur. Pourtant le cœur du jeune homme était rempli d’un immense regret : « Tu sais, Papa, j’ai été converti il y a plusieurs années déjà, quand M.C est venu prêcher l’Évangile ; mais je n’ai pas suivi le Seigneur, et maintenant je vais à Jésus les mains vides ! » – « Oh ! non, mon garçon, Dieu y pourvoira et tu n’iras pas à Lui les mains vides ». – « Ah ! dit Jackie, en secouant tristement la tête, je n’ai plus le temps de rien faire pour mon Sauveur à présent ! » – « Plus le temps ! répéta son père ; ce n’est pas une question de temps, mais de témoignage. Combien de temps a vécu le brigand sur la croix après avoir cru ? » – « Quelques minutes ». – « Et combien d’âmes furent sauvées en lisant ou en entendant le récit de sa conversion ? » – « Des milliers, je suppose » s’écria Jackie ; et ses yeux brillèrent à la pensée de pouvoir, après tout, faire encore quelque chose pour son Sauveur si tristement négligé pendant des années. – « Des milliers ? dit son père, des millions veux-tu dire mon garçon ! et Dieu peut faire la même chose pour toi. Il veut employer à sa gloire le peu de jours qu’il te reste à vivre, plus richement que s’il te laissait encore longtemps ici-bas ».
Le lendemain, avant d’aller à son bureau, le père pria avec le malade ; après avoir béni Dieu pour toute sa grâce envers son fils, il demanda que, si le Seigneur patientait encore avant de venir, Il permit à Jackie de rendre témoignage pour la bénédiction de ses frères et sœurs, de ses amis, et qu’ainsi ses mains ne fussent pas trouvées vides, quand Jésus lui demanderait compte des talents confiés. Le jeune malade répondit : « Amen ! » avec ferveur.
Le dimanche suivant, quand son père entra dans la chambre, Jackie lisait le verset du calendrier : « Car toutes les fois que vous mangez ce pain et buvez la coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’Il vienne ». Au-dessous du verset, il lut encore quelques vers :

En attendant, Seigneur, nous prenons sur la terre
Ce repas que pour nous prépara ton amour ;
Et nous y proclamons ta grâce salutaire,
Tes souffrances, ta mort et ton prochain retour.

« Quel beau cantique, ajouta-t-il ; je n’en avais jamais saisi la valeur comme maintenant ». – « Aimerais-tu faire ceci en mémoire de Lui, Jackie ? » – « Avec quel bonheur ; mais je n’en aurai plus l’occasion, c’est trop tard à présent ! » En effet, il n’en eut plus l’occasion. Oh ! jeunes croyants, ne manquez pas de répondre à ce divin désir de vous souvenir de Celui qui mourut pour vous ! Pendant que vous le pouvez sur la terre, donnez-Lui cette joie de vous voir vous souvenir de Celui qui a été crucifié et a souffert à votre place.
Ce dimanche-là, après le culte, le père raconta aux assistants la merveilleuse grâce de Dieu envers son fils, et adressa aux jeunes une pressante exhortation à ne pas s’exposer à venir un jour à Jésus les mains vides. Tous les cœurs étaient émus ; Dieu allait pourvoir en effet à ce que Jackie n’allât pas à Lui les mains vides.
Un autre jour, le malade pria sa tante de lui lire un texte suspendu dans sa chambre : « Tu me feras connaître le chemin de la vie ; ta face est un rassasiement de joie ; il y a des plaisirs à ta droite pour toujours ». – « Ce beau passage est pour moi ; Dieu m’a montré le chemin de la vie, et à présent j’attends le rassasiement de joie et les plaisirs pour toujours ». Il n’attendit pas longtemps ; deux jours plus tard il s’en allait pour « être avec Christ, ce qui est de beaucoup meilleur ». Jackie n’est pas parti, comme il le redoutait, « les mains vides ». Plusieurs de ses amis ont été touchés par son témoignage ; ils se sont tournés vers Jésus pour Le suivre ; ils ont résolu « de ne plus vivre pour eux-mêmes, mais pour Celui qui pour eux est mort et a été ressuscité ». Puisse le Seigneur accomplir son œuvre en beaucoup d’autres jeunes croyants, afin qu’au jour prochain des récompenses, aucun ne se présente devant Lui les mains vides et qu’Il ait la joie de vous dire, et vous celle d’entendre : « Bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses… Entre dans la joie de ton maître ».

D’après Avançons… jusqu’à Lui !
G. André