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LES ENSEIGNEMENTS D’UNE MÈRE

 

Quand je perdis ma mère, j’étais encore très jeune, mais pourtant assez âgé pour que les enseignements qu’elle m’avait donnés aient produit sur mon cœur une impression profonde. Ce souvenir m’accompagna jusque dans le collège où l’on me plaça pour y faire mes études, car il ne s’y trouvait pas un seul élève pieux. Bien au contraire, plusieurs de mes camarades tournaient en dérision tout ce qui touchait à la religion, et je sentais ma conscience atteinte en songeant à tout ce que j’avais reçu dans mon enfance. Je n’avais pas de Bible et je n’osais en acquérir une, de peur que, si on la trouvait dans ma chambre, ce ne soit un nouveau sujet de plaisanterie pour mon entourage. Enfin, n’y tenant plus, je priai un de mes amis, chez qui j’allais souvent les jours de congé, de demander à sa mère si elle aurait un livre sérieux à me prêter. Elle me fit envoyer le volume désiré ; il était très usé, la couverture était noire comme du charbon ; on voyait qu’il avait été feuilleté depuis des années par de nombreux lecteurs.
Dès que je l’eus reçu, je l’emportai dans ma chambre. Après avoir fermé la porte à double tour, je me jetai sur mon lit et me mis à dévorer le précieux volume. Tout à coup on frappa violemment à ma porte. Je devinai que c’était un élève qui venait me demander quelque service. Craignant que mon trésor ne fût découvert, je me tins tout à fait tranquille, pour faire croire que j’étais absent. Les coups redoublèrent de plus belle, si bien que, craignant que la porte ne cède, je finis par ouvrir. Mon camarade entra et, voyant mon livre, s’en saisit. Lorsqu’il lut le titre, il me demanda :
– Pourquoi lis-tu des livres pareils ?
Mon visage s’empourpra, mais Dieu vint à mon aide et je répondis d’un ton décidé :
– Parce qu’ils m’intéressent.
– Crois-tu que tu trouveras Dieu ? me demanda le jeune homme d’un ton si angoissé que j’en fus consterné. Moi, j’ai cherché à Le trouver, mais je n’y ai pas réussi. Quand je suis entré au collège, je faisais profession de religion, puis j’ai eu peur, j’y ai renoncé, j’ai suivi le chemin des méchants, et maintenant je crains qu’il ne soit trop tard pour revenir en arrière.
La conversation continua quelque temps et j’appris ainsi qu’il y avait dans l’établissement deux autres élèves, animés de sentiments qui semblaient sérieux. Nous avons décidé de les inviter à se joindre à nous et le lendemain après-midi, comme nous avions demi-congé, nous avons tenu une réunion de prières dans ma chambre – du moins nous avons essayé de prier. Jamais je n’ai entendu de prières pareilles, car nous ne savions pas prier. Nous avons essayé ensuite de chanter un cantique à mi-voix, pour ne pas attirer l’attention. On nous surprit néanmoins. Nos camarades se groupèrent devant la porte et firent un vacarme tel que le surveillant dut les contraindre à se disperser. Il en résulta un grand scandale et, le soir, le Directeur procéda à une enquête. Un des meneurs du charivari, qui était aussi un des plus mauvais garnements de l’école, se leva et déclara qu’il s’agissait d’une réunion de prières et que ni lui ni ses camarades ne permettraient qu’il y en ait de telles dans la maison. Ému jusqu’aux larmes, le Directeur ne put s’empêcher de dire :
Se passe-t-il donc des choses pareilles sous mon toit ? C’est Dieu qui l’a permis. Mes amis, vous serez protégés. Votre prochaine réunion de prière aura lieu dans mon salon privé et je serai des vôtres.
Il en fut ainsi dès le lendemain ; la moitié des élèves se joignirent à nous et il se produisit dans ce collège, jusqu’alors noté pour son impiété, un merveilleux réveil, qui se répandit dans toute la contrée.
Les parents chrétiens feront bien de se rappeler l’exhortation, accompagnée de cette promesse : « Au temps propre nous moissonnerons, si nous ne défaillons pas » (Gal. 6. 10).

D’après Almanach Évangélique 1933