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LES DEUX SAVANTS

 

Un soir de juillet, deux piétons se suivaient de près sur la route qui, du chef-lieu conduisait à un village. Le premier était un vieillard coiffé d’un chapeau de forme antique ; il avait le dos voûté, la démarche lente et hésitante ; mais ses yeux avaient gardé leur éclat de jeunesse. A côté de lui trottait un petit âne qui paraissait presque aussi vieux que son maître. Il portait sur son dos une quantité de paniers d’osier que le vieux Samuel, comme on l’appelait, voulait vendre dans les villages voisins.
Le second voyageur était un beau et solide adolescent, plein de santé, de vie et de gaîté. C’était Édouard, le fils du maire. Il rentrait du lycée de la ville voisine et il espérait faire plus tard des études universitaires. Le matin même, il avait eu le résultat d’un contrôle, et était sorti le premier de sa classe. Aussi il se sentait très important et se réjouissait de faire part de son succès à ses parents. Lorsqu’il rejoignit le vieux Samuel, il voulut profiter de l’occasion pour montrer son savoir.
– Eh ! Samuel, good evening !
– Que dis-tu ? demanda le vieillard qui ne comprenait naturellement pas l’anglais.
– J’ai dit : good evening, ça veut dire bonsoir, expliqua Édouard d’un air important.
– Ah bon ! Eh bien, bonsoir.
– Et savez-vous ce que c’est qu’un âne en latin ?
– Un âne en latin ? Je crois bien qu’un âne reste toujours un âne, c’est-à-dire un animal qui a deux longues oreilles et quatre pattes, qui court assez vite quelquefois, et qui crie toujours très fort.
– Mais vous m’avez mal compris. Je vous demandais quel est le mot latin pour un âne. Vous ne le savez sûrement pas.
– Non, en effet, répondit paisiblement Samuel.
– L’âne, en latin, c’est asinus, et l’ânesse asina ! Et pouvez-vous me dire qui a fondé la ville de Rome ?
– La ville de Rome ? Ce doit être le pape. N’est-ce pas lui qui gouverne Rome ?
– Vous n’y êtes pas, corrigea Édouard. Rome a existé bien avant les papes. Ce sont deux frères, Romulus et Rémus, qui l’ont bâtie. Et à ce moment-là, Romulus a tué Rémus qui se moquait de lui. Et c’est Romulus qui a donné son nom à la ville.
– Tiens, fit Samuel. La ville de Rome a donc été fondée par un meurtrier.
– Et sauriez-vous me dire où se trouve l’Hellespont ?
– Que dis-tu ? L’Helles… ?
– Mais oui, l’Hellespont, un détroit qui fait communiquer la mer de Marmara avec celle de l’Archipel.
– Ah oui, je crois bien en avoir entendu parler il y a longtemps. Mais maintenant, c’est moi qui vais te poser une question, puisque tu es beaucoup plus savant que moi. Saurais-tu me dire qui a construit une cité qui ne sera jamais détruite ?
– Non, je n’en sais rien ; une telle ville n’existe pas.
– Pourtant elle existe. Abraham l’attendait déjà. Dieu en est l’architecte et le fondateur. Elle est mentionnée au verset 10 du chapitre 11 de l’épître aux Hébreux.
Maintenant, une autre question : – Qui est-ce qui vivra, bien qu’il soit mort ?
– Celui qui est mort est bien mort et ne revivra plus, répondit Édouard, qui connaissait aussi peu la Bible que le vieux Samuel le latin et l’histoire.
– C’est faux, reprit Samuel très sérieusement. Le Seigneur Jésus a dit : « Je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra » (Jean 11. 25).
Édouard se taisait.
– Et sais-tu encore, poursuivit Samuel, qui est l’être le plus riche de ce monde ?
– Rothschild ! déclara Édouard sans hésiter.
– Tu devines mal, répartit Samuel.
– Qui alors ?
– Celui qui est pauvre en esprit, car le Sauveur dit de lui : « Bienheureux les pauvres en esprit, car c’est à eux qu’est le royaume des cieux » (Mat. 5. 3).
Édouard, maintenant, baissait la tête. Il avoua :
– Vous savez beaucoup de choses que j’ignore complètement, Samuel. J’en suis très étonné. Au lycée on ne nous parle jamais de ces sujets.
– Je m’en doute, dit Samuel. Ce que je sais, je ne l’ai pas appris au lycée. J’ai fréquenté une plus haute école que celle-là.
– Que voulez-vous dire ? Vous n’êtes pas sérieux ?
– Très sérieux au contraire. Et cette école, que j’ai fréquentée autrefois, j’y vais encore aujourd’hui.
– Où se trouve-t-elle donc ? questionna Édouard, de plus en plus étonné.
– Elle est dans le ciel. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est une haute école. On n’y apprend que des choses très élevées, « les choses qui sont en haut ». Le Seigneur Jésus est Celui qui enseigne, la Bible est notre livre d’études ; le Saint-Esprit nous l’explique. Si tu veux fréquenter cette école, demande au Seigneur Jésus de t’en ouvrir la porte. L’entrée en est gratuite, et elle n’est refusée à personne : riches ou pauvres, jeunes ou vieux, tous peuvent y entrer.
Édouard aura-t-il suivi le conseil du vieux Samuel ? Et toi ?

La crainte de l’Éternel est le commencement de la connaissance ; les fous méprisent la sagesse et l’instruction (Prov. 1. 7).

D’après La Bonne Nouvelle 1921