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L’ÉBOULEMENT DU ROSSBERG

 

Le village de Goldau était, il y a deux siècles, l’un des plus charmants de la Suisse. Situé dans une vallée ravissante, il se reflétait dans les eaux bleues et limpides du lac de Lowerz, tandis qu’au-dessus de lui s’élevait la cime du Rossberg qui semblait le protéger de tout danger, tout en garantissant la contrée des vents du nord. Ce village enchanteur ne respirait que paix et sécurité.
Un jour, on vit arriver dans le village un homme instruit, dont la réputation s’étendait bien au-delà des frontières de la Suisse.
– Prenez garde, habitants de Goldau, s’écria-t-il, et fuyez, si vous tenez à votre vie ! Ce Rossberg, que vous considérez comme votre tout-puissant protecteur, deviendra un jour, très prochainement peut-être, votre ennemi mortel. Son sommet n’est formé que de pierres roulantes qui reposent sur un sol léger et mobile ; il suffirait d’une pluie forte et prolongée pour mettre cette masse énorme en mouvement ; et alors, songez-y bien – car vous pouvez le constater de vos propres yeux – c’est votre village qui sera détruit en premier. Fuyez donc, vous dis-je, n’attendez pas plus longtemps ! Un seul jour de délai pourrait amener, en un clin d’œil, l’anéantissement de toutes vos existences.
L’étranger s’en alla, laissant les paysans plongés dans un effroi mortel. Le soir tombait, et dans chaque maison, on entendait des cris de douleur et d’angoisse. Pendant la nuit, le Rossberg sembla lancer des regards menaçants sur toute la contrée ; mais quand le matin parut, il était toujours là, immobile et majestueux ; sa cime s’élevait fièrement dans l’azur du ciel, et à ses pieds le lac reflétait paisiblement villages, hameaux et vergers.
– Bah ! dirent les moqueurs, contes de vieilles femmes que tout cela ! Notre montagne existe depuis la création, et durera sûrement aussi longtemps que le monde, plus longtemps que nous, en tous cas. Bien fous sont ceux qui se laissent émouvoir par les paroles de ce prophète de malheur !
D’autres gens, plus avisés, se rendirent sur le Rossberg, et rentrèrent à Goldau en branlant la tête d’un air peu rassuré. On ne prit néanmoins aucune mesure pour parer au danger si imminent. Les saisons passèrent, puis les années ; et les plus craintifs se laissèrent à la fin gagner par l’indifférence générale.
Vingt ans plus tard, bon nombre de ceux qui avaient entendu les paroles de solennel avertissement prononcées par l’étranger étaient morts. D’autres qui, le jour de son passage, s’étaient cramponnés à leur mère sans bien comprendre de quoi il s’agissait, devenus hommes à leur tour, racontaient, d’un ton railleur, ce cauchemar de leur enfance. La vie continuait son cours régulier et monotone. Personne, à notre connaissance, n’avait quitté Goldau à la suite de l’annonce de la calamité suspendue sur le village. Paix et sûreté, ce sentiment remplissait tous les cœurs.
C’était le 2 Septembre 1806. Il avait plu sans interruption pendant vingt-quatre heures lorsque, pendant la nuit, un craquement effroyable se fit entendre, suivi d’un roulement prolongé comme celui du tonnerre. Puis un silence de mort. La cime du Rossberg, détachée du reste du massif, était tombée sur la plaine inférieure avec la rapidité de l’éclair, entraînant dans un tourbillon formidable, rochers, forêts, maisons, habitants, troupeaux. En moins de cinq minutes, tout le pays était devenu le théâtre d’une désolation complète, dont les traces se voient encore distinctement à l’heure actuelle ; le vent de la mort soufflait seul sur le vaste tombeau d’une génération entière : 450 personnes périrent dans cette catastrophe.
Que pensez-vous de la conduite des villageois de Goldau ? – Folie, insouciance ? – Ils n’ont eu que ce qu’ils méritaient, ayant refusé de fuir devant le malheur dont ils avaient été clairement prévenus … ?
Mais, ne faites-vous pas de même ? « Le jour du Seigneur viendra comme un voleur », est-il écrit dans la seconde épître de Pierre (Ch. 3. 10)
Craignez donc de faire partie de ces moqueurs qui disent : « Où est la promesse de sa venue (du Seigneur Jésus) ? Car depuis que les pères se sont endormis, toutes choses demeurent au même état, dès le commencement de la création » (2 Pier. 3. 4). Recevez plutôt le message solennel du Seigneur : « le Seigneur est patient envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance » (Ch. 3. 9).

Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé. Act. 16. 31)
Cherchez l’Éternel tandis qu’on le trouve ; invoquez-le pendant qu’il est proche (És. 55. 6).

D’après La Bonne Nouvelle 1903