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LE VISITEUR DE MIDI

 

« Je suis ennuyé, expliqua l’ecclésiastique au bedeau d’une église de village ; chaque jour, à midi, un petit homme, pauvrement vêtu, entre dans l’église ; je le vois des fenêtres de la cure. Il ne reste que quelques minutes, mais il est mystérieux, et vous savez, les ornements de l’autel ont beaucoup de valeur ! Je voudrais que vous exerciez une surveillance discrète, et, si possible, que vous le questionniez ».
Le gardien se tint aux aguets, et effectivement, au coup de midi, le petit homme arrivait quotidiennement ; il finit par accoster le visiteur étrange.
– Dites donc, l’ami, que faites-vous ici chaque jour ?
– Je viens prier, fut la réponse tranquille.
– Mais, répliqua le premier, vous ne restez pas assez longtemps pour prier. Vous n’êtes là que quelques minutes, vous allez jusque dans le chœur puis vous partez.
– Oui, c’est exact. Je ne sais pas faire de longues prières, mais chaque jour à midi, je viens et je dis : « Jésus, c’est Jim ». J’attends une minute et puis je m’en vais. C’est une prière très courte, mais je suis certain qu’Il m’entend ».
Quelque temps après, le vieux Jim fut renversé par un camion et conduit à l’hôpital ; bien qu’au lit avec une jambe fracturée, il avait l’air parfaitement heureux.
La salle où il fut transporté était devenue une source de plaintes constantes : parmi ses occupants, les uns étaient sombres, d’autres pauvres et misérables, d’autres encore ne savaient que se plaindre du matin au soir ; l’infirmière de service avait usé de tous les moyens imaginables pour leur apporter un peu de joie, mais toujours en vain.
Après l’arrivée de Jim, sans qu’on s’en rendit compte, les choses changèrent petit à petit ; les hommes cessèrent de murmurer, et se montrèrent satisfaits et contents, ils prirent leurs médicaments, mangèrent de bon cœur ce qu’on leur présentait, on n’entendait plus de lamentations. La garde, une fois, à l’écoute d’un joyeux éclat de rire demanda :
– Qu’est-il donc survenu dans cette salle ? Vous êtes tous devenus de si bons malades, vous avez l’air content, vous n’avez donc plus de raison de vous plaindre ?
– Oh ! C’est grâce au vieux Jim, répondit l’un des patients. Il est toujours de bonne humeur, toujours gai, ne gémit jamais bien qu’il doive souffrir beaucoup ; cela nous a fait honte, et nous ne pouvons pas grogner quand Jim est là.
La sœur s’approcha alors du lit du petit vieux ; ses cheveux gris lui donnaient un air angélique, et son regard était plein de paix.
– Et bien ! Jim, dit-elle, vos compagnons disent que vous êtes responsable du changement survenu dans cette salle, parce que vous êtes toujours heureux.
– Eh ! Oui, certainement, je le suis, je ne peux même pas m’empêcher de l’être, car voyez-vous, c’est grâce à mon visiteur ; chaque jour il m’apporte du bonheur.
– Votre visiteur ? La garde demeura abasourdie, car elle avait remarqué que Jim, homme solitaire et sans relations, ne recevait jamais de visites. Votre visiteur ? répéta-t-elle, mais quand donc vient-il ?
– Chaque jour, répliqua Jim et ses yeux brillaient. Oui, chaque jour à midi. Il vient, se tient au pied de mon lit, Il sourit et me dit : « Jim, c’est Jésus ».

D’après Almanach Évangélique 1959.