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LE PRÉCIEUX CADEAU

 

Par une belle matinée de mai, sous le règne de Louis XVIII, le Pont-Neuf offrait un spectacle attrayant. C’était le moment le plus animé de la journée. Charrettes et carrosses, encombrant le passage, n’avançaient qu’avec peine. Les piétons eux-mêmes, des deux côtés de la chaussée, subissaient maint arrêt forcé, ce dont les divers marchands ambulants, qui avaient étalé leurs marchandises sur le parapet du pont, se montraient fort satisfaits.
A l’une des entrées du pont, du côté de la Cité, se tenait un homme criant d’une forte voix :
– Voici, messieurs, des louis d’or vendus pour deux sous. Deux sous les louis d’or tout neufs ! Ne manquez pas l’occasion !
La foule passait silencieuse à côté du marchand, que seuls quelques badauds regardaient malicieusement.
– Ce n’est vraiment pas mal, en fait d’imitation, disait l’un.
– Si tu vendais quatre louis pour deux sous, tu pourrais peut-être en écouler quelques-uns, ajoutait l’autre.
Le marchand écoutait ces réflexions d’un air impassible. Quoiqu’il y eût déjà un grand quart d’heure qu’il se tenait là sans avoir encore vendu un seul louis d’or, il n’en paraissait pas moins satisfait. Ses yeux ne se détachaient du plateau, soutenu par une large courroie passée par-dessus ses épaules, que pour jeter un coup d’œil interrogateur à un homme placé tout près de lui qui, de minute en minute, tirait sa montre de son gousset.
Un petit garçon vint tout près du plateau.
– Papa, regarde, voilà qui serait utile à maman. J’ai encore quatre sous, je vais en acheter deux !
– Tu es un bon fils, Jacques, mais tu feras mieux d’acheter ton gâteau. Viens.
Tous deux s’éloignèrent et un pauvre homme s’arrêta pensivement devant le marchand :
– Ah ! s’ils étaient en or ! Vingt d’entre eux suffiraient à me sauver de la misère.
Puis, avec un soupir désespéré, il passa son chemin.
– Quelle heure est-il ? demanda le marchand à voix basse, à son compagnon.
– Midi moins un quart. Tu as encore quinze minutes, juste. Tiens, on dirait un client, cette fois.
Un paysan s’était planté en face du plateau :
– J’ai deux sous qui me restent sur mes emplettes en ville, dit-il tout haut, je vais acheter une de ces pièces fausses pour le petit. Cela lui fera plaisir.
Il prit un louis, tendit ses deux sous et partit dans la direction de la rue Dauphine. Tenant toujours à la main la petite pièce qu’un beau soleil faisait briller avec éclat, il passa devant la porte d’un bijoutier. Ne pouvant résister à la tentation de montrer sa pièce à quelqu’un et espérant que, peut-être, par un hasard inexplicable, la pièce n’était pas fausse après tout, il poussa la porte et entra dans la boutique.
– Vous voulez de la monnaie ? demanda le bijoutier en prenant le louis de la main du paysan.
– De la monnaie, mais la pièce est-elle bonne ?
– Bonne ? Évidemment. Elle est même toute neuve.
En entendant cela, le paysan reprit précipitamment la pièce et retourna en hâte vers le Pont-Neuf. Hélas ! il n’était plus temps. Le marchand aux louis d’or avait disparu et nul ne savait où le trouver.
Mes lecteurs ont déjà deviné qu’il s’agissait d’un pari, fait par deux riches jeunes gens. Cent louis d’or devaient être mis en vente pendant une heure, à l’entrée du Pont-Neuf, au moment le plus animé de la journée. L’un des jeunes gens avait parié que le public achèterait toutes les pièces d’or en moins d’un quart d’heure ; l’autre, que la foule passerait son chemin sans même jeter un coup d’œil aux beaux louis d’or. L’expérience résulta en faveur du dernier jeune homme. Une seule pièce avait été achetée, et encore par quelqu’un qui ne croyait pas à la valeur de son achat.

Cela peut vous sembler étrange, mes jeunes amis, que la foule ait fait preuve de si peu de discernement. Cependant la même chose n’arrive-t-elle pas tous les jours dans le domaine spirituel ? Les serviteurs de Dieu offrent à tous, au nom de leur Maître, l’or pur de la vie éternelle. Mais la foule passe indifférente devant eux, s’imaginant qu’une chose offerte gratuitement ne peut avoir de valeur.
« Ho ! quiconque a soif, venez aux eaux, et vous qui n’avez pas d’argent, venez, achetez et mangez ; oui, venez, achetez sans argent et sans prix du vin et du lait. Pourquoi dépensez-vous l’argent pour ce qui n’est pas du pain, et votre labeur pour ce qui ne rassasie pas ? (És. 55. 1 et 2).
« Le don de grâce de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rom. 6. 23).
« Étant justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est dans le Christ Jésus » (Rom. 3. 24).
« Que celui qui veut prenne gratuitement de l’eau de la vie » (Apoc. 22. 17).

D’après la Bonne Nouvelle 1963