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LE MEILLEUR CADEAU

Grand-maman passe l’hiver à la ferme. Annette et Pierre voudraient qu’elle y reste toujours. Elle leur raconte de si jolies histoires, sur elle-même, sur maman, quand elle était petite fille. Malheureusement, elle s’est fait mal au pied et a de la peine à marcher, mais les deux enfants sont toujours prêts à rendre service.
Samedi matin, à déjeuner, elle a dit à maman :
– Mais, c’est ton anniversaire, aujourd’hui, Marthe ?
– Vraiment ? dit maman. Je suis si occupée que je n’ai plus pensé à mon anniversaire.
Annette regarde maman avec de grands yeux. Elle n’a jamais pensé à l’anniversaire de maman ! Pierre et papa ont l’air étonné aussi. Eux non plus n’y ont pas pensé. La conversation change de sujet, mais Annette reste pensive. Comment maman peut-elle oublier son anniversaire quand elle et Pierre pensent au leur des jours à l’avance ? Maman, elle, ne l’oublie pas, car elle prépare un cadeau et elle invite des petits amis à goûter avec nous.
– Je vais en ville ce matin, dit papa quand on eut fini de déjeuner. Qui vient avec moi ?
– Moi, dit Annette. Elle a pensé tout à coup qu’avec la belle pièce de dix francs que son oncle lui a donnée cet été, elle pourrait acheter un cadeau à maman.
– Je crains, ma petite, dit maman, que tu ne puisses pas aller avec papa aujourd’hui. Il faut absolument que j’achète des chaussures à Pierre. Il y a des occasions spéciales aux « Docks », je ne veux pas les manquer.
– Mais c’est mon tour d’aller en ville, dit Annette d’un ton suppliant.
– Tu ne peux guère essayer les chaussures à la place de Pierre, dit maman en riant. Tu iras la prochaine fois, je te le promets. On ne peut pas laisser grand-maman seule, ajoute-t-elle à voix plus basse.
De grosses larmes s’amassèrent dans les yeux de la petite fille et roulèrent sur ses joues rondes.
– Allons, tu ne vas pas pleurer le jour d’anniversaire de ta mère, dit grand-maman. Le Seigneur Jésus ne nous enseigne-t-il pas à nous servir les uns les autres ? (Gal. 5. 13)
Annette essuya ses yeux et commença à desservir la table, tandis que maman et Pierre se préparaient au départ. Lorsque l’auto eut disparu au tournant de la route, elle revint vers sa grand-mère.
– J’aurais tant voulu acheter quelque chose à maman pour son anniversaire, dit-elle, et ses larmes recommencèrent à couler.
– C’est inutile de pleurer sur ce qu’on ne peut pas empêcher. Essayons plutôt de trouver un moyen de nous consoler, fit la vieille dame. Quand elle était petite, ta maman aimait beaucoup faire les biscuits « quatre-quarts ». Qu’est-ce que tu dirais, si nous en faisions un beau ?
– Oh ! Grand-maman, crois-tu que je pourrais le réussir ?
– Bien sûr ! Quand j’avais ton âge, il y a longtemps que je faisais des gâteaux, dit grand-maman.

Ce fut une matinée bien employée. Sous la direction de grand-maman, Annette pesa en proportions égales les œufs, le beurre, le sucre, la farine. Elle mélangea soigneusement le sucre et le beurre, y ajouta les jaunes d’œufs, puis la farine, puis enfin les blancs d’œufs battus en neige. Toujours sous la direction de grand-maman, elle essaya la chaleur du four, et je puis vous assurer que pour son premier gâteau, ce « quatre-quarts » fut un succès.
– Qu’est-ce que nous pourrions faire encore de bon pour le déjeuner ? dit-elle. Maman a préparé de la viande froide, et elle m’a dit de faire cuire des pommes de terre avec des haricots. Mais ce n’est pas un dîner de fête !
– Veux-tu que je t’apprenne à faire une mayonnaise et des pommes de terre sautées ? Ce sera délicieux avec de la viande froide.
La sauce fut réussie. Je dois vous avouer que quelques-unes des pommes de terre étaient un peu trop grillées, mais on ne peut pas tout réussir…
Un si bon déjeuner devait être mangé sur une table fleurie. Annette alla chercher une nappe propre, mit le couvert très soigneusement et orna la table des derniers chrysanthèmes qui fleurissaient encore au jardin.
Les voyageurs rentrèrent un peu tard, de sorte que tout était prêt et à point quand ils arrivèrent. Pierre et papa mirent sur l’assiette de maman deux petits paquets. L’un contenait un joli foulard, et l’autre une petite broche en or. Et lorsque maman vit tous les préparatifs que l’on avait fait pour son anniversaire, ses yeux brillèrent. Il lui était doux de voir ces marques d’affection, mais je crois bien que la table si joliment arrangée et la cuisine faite avec tant de soin par sa petite fille lui firent tout autant plaisir que les autres cadeaux.
– Désormais, dit Annette d’un ton décidé, on fêtera l’anniversaire de maman tous les ans. Puisqu’elle n’a pas le temps d’y penser, nous y penserons pour elle.
Pierre et papa furent tout à fait d’accord, et maman affirma que la valeur d’un cadeau ne dépend pas du prix qu’on l’a payé, mais de la pensée affectueuse qui l’a suggéré.
Enfants, n’aimons pas de parole ni de langue, mais en action et en vérité. (1 Jean 3. 18).

D’après la Bonne Nouvelle 1990