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LE CHRÉTIEN ET LE MONDE

Josaphat, fils d’Asa, avait 35 ans lorsqu’il s’assit sur le trône de Juda. Il avait reçu instruction des moments de fidélité et de zèle de son père ; de ses faiblesses, il avait sans doute retiré un enseignement profitable.

L’état du peuple était déplorable tant au point de vue religieux (1 Rois 22. 44) que moral (1 Rois 22. 47). Le grand ennemi du royaume de Juda était le peuple d’Israël, ces dix tribus auxquelles tant de délivrances passées et tant de promesses le liaient. Josaphat « prit courage dans les voies de l’Éternel, et se mit à l’ouvrage pour marcher dans ses commandements. Il se fortifia contre Israël (2 Chron. 17. 1) ; il épura le pays (1 Rois 22. 47) ; il envoya des hommes qualifiés pour enseigner dans les villes de Juda et « ils enseignèrent, ayant avec eux le livre de la loi de l’Éternel » (2 Chron. 17. 9). Juda groupait ainsi autour de son roi fidèle des hommes de guerre « forts et vaillants ». – « Josaphat alla grandissant jusqu’au plus haut degré » (ibid. 12).

Mais la fidélité d’un croyant attise la ruse de l’Adversaire. Il guette celui qu’il veut faire tomber. Il attend son moment, puis, sournoisement, attaque. « Josaphat eut beaucoup de richesses et de gloire ». Ne lui avaient-elles pas été données par Dieu en récompense à sa fidélité ? C’est possible, mais il avait la responsabilité d’en user avec sagesse. Le mal n’est pas d’être riche, mais le danger est de ne pas savoir administrer selon Dieu les biens qu’il nous confie. Josaphat commit une très grande faute : « Il s’allia par mariage avec Achab » ; il ne contracta pas lui-même une alliance avec une fille d’Achab, mais il laissa son fils Joram en prendre une pour femme. Comme son beau-père, Joram fit ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel (2 Chron. 21. 6). Les conséquences du faux pas de Josaphat apparurent seulement après « quelques années ». Achab l’invita, lui fit un festin, et le persuada de s’allier avec lui pour faire la guerre à Ramoth de Galaad. Le roi de Juda fit cette réponse surprenante : « Moi, je suis comme toi, et mon peuple, comme ton peuple ». En un autre temps, David accepta Tsiklag des mains d’Akish, roi des Philistins, et plus tard, chose inouïe, nous le voyons, lui, le roi oint sur Israël, se joindre aux Philistins pour combattre le peuple de Dieu ! (1 Sam. 27. 28). Le monde ne donnera jamais rien à un enfant de Dieu sans lui demander beaucoup en retour. Si nous nous unissons au monde dans ses desseins, il faut nous attendre à être enveloppés dans ses troubles.

Le manquement d’un fidèle ne concerne pas seulement le coupable. Joram pèche et sa faute entraîne son père dans un faux pas. Josaphat manque et tout le peuple portera avec lui les fruits de son péché ! Josaphat ne céda sans doute pas sans lutte intérieure aux sollicitations d’Achab : « Enquiers-toi, dit-il au roi d’Israël, aujourd’hui, je te prie, de la parole de l’Éternel » (2 Chron. 18. 4). Pourquoi demander la direction de Dieu quand les décisions sont déjà prises ? Josaphat n’écoute pas Michée. A sa confusion, il voit Sédécias frapper le prophète fidèle, et il entend Achab lui-même donner l’ordre de l’emprisonner. Josaphat se tait, tant il est vrai qu’il est difficile de revenir d’un chemin d’égarement. Les deux rois partent pour la guerre. Sur le conseil d’Achab, déguisé pour ne pas être reconnu, Josaphat, imprudemment, garde ses vêtements royaux. Il faut la grâce infinie de Dieu pour répondre au cri de détresse du roi de Juda encerclé par l’ennemi : « Il cria, et l’Éternel le secourut ; et Dieu porta les ennemis à s’éloigner de lui » (2 Chron. 18. 31). Mais, le grand responsable tombe sous le jugement de Dieu : « Un homme tira de l’arc à l’aventure et frappa le roi d’Israël entre les pièces d’attache et la cuirasse ». Quand Dieu juge et condamne, personne ne peut lui échapper. « Il mourut vers le temps où le soleil se couchait ». Le jour de la grâce était fini pour lui.

La grâce n’exclut pas la justice : Josaphat avait été délivré d’une manière merveilleuse au jour de la détresse, mais Dieu se réservait de retrouver le roi infidèle pour l’exercice de son gouvernement. Deux questions sérieuses lui sont posées : « Aides-tu au méchant, et aimes-tu ceux qui haïssent l’Éternel ? » (2 Chron. 19. 2). Humilié sous la main de Dieu, Josaphat reçoit la répréhension et ramène le peuple à l’Éternel. Il établit des juges et les exhorte comme quelqu’un qui a fait d’amères expériences mais en a retenu l’enseignement : « Que la frayeur de l’Éternel soit sur vous ; prenez garde… Vous agirez ainsi dans la crainte de l’Éternel, avec fidélité et d’un cœur parfait ».

Aussi lorsqu’une grande multitude vient contre lui pour la guerre, Josaphat recherche-t-il l’Éternel et proclame-t-il un jeûne (2 Chron. 20). « De toutes les villes on vient avec les femmes et les enfants pour rechercher l’Éternel ». Le roi se tient dans la maison de l’Éternel et répand sa prière. Il rappelle à Dieu Sa bonté, Ses délivrances, Ses promesses. La réponse ne se fait pas attendre : « Ce n’est point à vous de combattre… tenez-vous là, et voyez la délivrance de l’Éternel ». Que firent alors les hommes de Juda ? Sans trembler, « ils entonnèrent un chant de triomphe et de louange », le cantique de la foi. Aussitôt l’Éternel dispersa leurs ennemis, et leur donna du repos, le repos de la foi (2 Chron. 20. 30).

On aimerait voir se clore ici l’histoire de Josaphat. Malgré les avertissements si sérieux que Dieu lui avait donnés, Josaphat « se lia » de nouveau avec le roi d’Israël « qui agissait méchamment » (2 Chron. 20. 35). « Il s’associa avec lui » dans une entreprise commerciale. Qu’avait-il encore besoin de richesses ?

Celles que Dieu lui avait données aux jours de sa fidélité ne lui suffisaient-elles pas ? Pourquoi revenir dans un chemin que Dieu désapprouvait et d’où seule la grâce divine l’avait retiré ? Si la faiblesse du serviteur nous humilie parce qu’elle est souvent la nôtre, la grâce infinie de Dieu nous confond. Dieu aurait mille raisons de frapper d’un jugement sévère celui qui ne tient aucun compte des avertissements reçus. Sa grâce l’épargne mais ses œuvres sont détruites et les navires de l’expédition sont brisés. « Qui est comme notre Dieu ? » (Ps. 113. 5).

D’après Feuille aux jeunes n°248
E. Ad.