DSC00671

 

LE CAVALIER MYSTÉRIEUX
(Récit authentique d’un pasteur gallois)

 

Pendant l’été 1853, je me rendais à cheval dans un village où je devais tenir une réunion. Mon chemin passait à travers une contrée sauvage et presque inhabitée.
J’avais fait à peu près la moitié du trajet et sortais d’un bois au pied d’une longue pente que j’avais à gravir. Tout à coup un homme surgit devant moi ; il portait sur l’épaule une faucille enveloppée de paille ; je supposai que c’était un ouvrier en quête de travail. Lorsqu’il fut près de moi, je le reconnus pour l’avoir rencontré dans une auberge où je m’étais arrêté pour manger quelque chose. Il souleva son chapeau et me demanda l’heure. En tirant ma montre, je remarquai qu’il jetait sur moi un regard fort suspect ; il avait eu le temps de voir ma montre d’argent massif. Le renseignement donné, je repris ma route.
J’escaladai la pente, descendis de l’autre côté en longeant une haie épaisse qui aboutissait à un portail à travers lequel passait le chemin. Après quelques instants, je crus voir bouger quelque chose le long de la haie : un animal peut-être ? Non, c’était un homme qui, courbé en deux, marchait aussi vite que mon cheval. Je finis par reconnaître le personnage : c’était l’homme que j’avais renseigné. Tout en courant, il arracha l’enveloppe de paille de sa faucille. Il arriva avant moi au portail et se blottit de façon à ne pas être aperçu.
Une réelle inquiétude me saisit. Je compris pourquoi il m’avait demandé l’heure : d’après ma montre, il avait jugé que j’étais un homme riche, qui portait peut-être une certaine somme d’argent sur lui. Je criai au Seigneur pour Lui demander son secours et pour qu’Il me montre ce que j’avais à faire. Je m’arrêtai, descendis de cheval, regardai autour de moi. Pas une âme en vue. Fallait-il rebrousser chemin ? Impossible de quitter la route, elle passait entre deux haies, au pied d’un talus escarpé.
Tout en continuant d’implorer le Seigneur, je me remis en selle et, en regardant une fois encore autour de moi, je m’aperçus que je n’étais plus seul. Près de moi chevauchait un autre cavalier, vêtu d’un costume sombre et monté sur un cheval blanc. Je n’avais rien entendu et sa présence demeurait mystérieuse. Dans la joie de ne plus me sentir seul, je lui adressai la parole, lui demandai s’il avait vu quelqu’un et lui racontai tout ce qui venait de se passer. Il ne répondit pas un mot, et semblait même ne prêter aucune attention à mon récit. Nous approchions du portail, il gardait les yeux fixés sur le portail. Je suivis son regard et ne tardai pas à voir le bandit surgir de sa cachette, puis gagner le large à toutes jambes.
Comme tout motif d’inquiétude avait disparu, je cherchai à renouer la conversation avec mon compagnon. Peine perdue, il restait muet. Je finis par lui dire :
– Pouvons-nous douter un seul instant que ma prière a été entendue et que ce soit le Seigneur Lui-même qui vous ait envoyé auprès de moi ?
Nous arrivions au portail, je l’ouvris avec ma canne, et m’effaçai pour laisser passer le mystérieux personnage. Je me retournai, et constatai qu’il avait disparu aussi secrètement qu’il était apparu. Je me posai la question : Avais-je été victime d’une hallucination ?
– Non, puisque le brigand l’avait vu, lui aussi. Une seule conclusion s’imposait : je venais d’être l’objet d’une protection divine toute spéciale. Je descendis de cheval et m’agenouillai pour rendre grâces à Dieu qui avait entendu ma prière et avait répondu à mon cri de détresse.

« Ils crièrent à l’Éternel dans leur détresse, et il les délivra de leurs angoisses » (Ps. 107. 6).

 

D’après Almanach Évangélique 1981