DSC00674

 

LA TEIGNE

Le fait suivant, qui s’est passé il y a un siècle et demi, était raconté par un vieux mécanicien de locomotive à vapeur :
– Je conduisais le train sur la ligne Chicago-New York, avec l’aide du chauffeur Jim Walker. Nous avions quitté M. vers une heure du matin, pour arriver à S. à 6 heures. Il faisait un temps épouvantable : il pleuvait à verse, le vent soufflait avec violence, et la nuit devenait de plus en plus opaque. Toute mon attention demeurait en éveil pour repérer les signaux que je ne discernais qu’au dernier moment. La région que nous traversions était très belle, avec des ruisseaux qui descendaient en cascade dans les vallées. Mais, cette nuit-là, le bruit du convoi passant sur les ponts me parut avoir quelque chose de lugubre. Le brouillard était si dense que les phares de la locomotive n’arrivaient pas à le percer. Il semblait que nous allions foncer contre un mur. Jim avait profité d’un arrêt pour nettoyer encore une fois soigneusement les lampes. J’étais oppressé ; je priais pour implorer la protection divine.
Tout à coup, dans le brouillard, je vis l’ombre d’une femme, vêtue d’un ample manteau noir. Elle faisait de grands signes avec les bras, puis brusquement elle disparut dans la nuit. Jim, occupé à la chaudière, n’avait rien vu. Il me regarda et s’effraya :
– Qu’as-tu, Frank ? On dirait que tu as vu la mort. Je fus incapable de lui répondre. Je savais que nous étions proche de la fameuse cascade de Rock Creek, un des beaux sites du parcours, et là, un pont de 200 mètres franchissait le précipice. Je ne disais toujours rien lorsque Jim poussa un cri d’épouvante. La femme en noir était de nouveau devant le train et nous faisait signe d’arrêter. Presque malgré moi, j’actionnai les freins, et le convoi stoppa un peu plus loin.
Les voyageurs se mirent aux fenêtres, quelques-uns vinrent aux nouvelles. Ce n’est qu’au chef du train que je pus raconter ce que nous avions vu.
– Un fantôme ! dit-il d’un ton furieux, vous êtes complètement fous. Enfin, allons voir ; prenez une lanterne et nous irons jusqu’au pont pour vous tranquilliser.
A peine avions-nous fait quelques pas qu’un spectacle terrifiant s’offrit à nos yeux. Au-dessus du vide, les rails tordus pendaient au milieu des poutres cassées et des troncs d’arbres arrachés. La cascade, enflée par la pluie diluvienne, passait par-dessus pour se perdre dans l’abîme. Nous regardions ce désastre sans mot dire, conscients que, si notre train n’avait pas été arrêté providentiellement, il aurait été précipité dans le ravin.
Je mentionnai encore une fois cette femme, lorsque le chef de train s’écria : – elle est là ! En effet, on pouvait voir une ombre qui s’agitait dans le brouillard ; un voyageur se mit à rire :
– Regardez, voilà votre fantôme !
Il montrait un petit papillon qui voletait à l’intérieur d’un des phares. Quand il passait devant le réflecteur, son ombre agrandie était projetée contre le mur de brume, et le mouvement de ses ailes donnait l’apparence de signaux.
Les voyageurs se mirent à rire. Pour moi, ce n’était pas le hasard qui avait introduit cet insecte dans le phare. Dieu avait répondu à ma prière. Il peut utiliser même un petit insecte pour protéger la vie des hommes. Nous pouvons dire ainsi avec assurance :

Toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu (Rom. 8. 28).

 

D’après Almanach Évangélique 1982