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LA REVANCHE DE DAPOZZO

 

« En 1943 je fus condamné à mort par un tribunal militaire allemand ; mais comme j’avais femme et enfants, la sentence fut remplacée par une longue détention dans un camp allemand ».
C’est Dapozzo qui parle ; soldat italien, pendant l’invasion de son pays, il fut envoyé en Allemagne, où il subit des tortures indicibles pour le faire avouer des crimes qu’il n’avait pas commis. Il fut fouetté, battu jusqu’à avoir un bras cassé, qui se guérit sans avoir reçu de soins ; la nourriture n’était pas meilleure que celle qu’on jetait aux animaux ; mais Dapozzo, enfant de Dieu, supporta ces souffrances, soutenu par la puissance de son Dieu.
« La veille de Noël, écrit-il encore, j’étais assis dans la baraque avec d’autres prisonniers lorsque le commandant du camp me fit appeler ».
Le gardien, qui était venu le chercher, le poussa avec dureté dans une chambre en lui ordonnant de se mettre au garde-à-vous. Le pauvre homme, à moitié mort de faim, fut obligé de se tenir en face d’une table chargées des mets les plus fins, et de voir son commandant ennemi manger un repas de fête. « Il me fit tenir au garde-à-vous, et le regarder manger tout ce repas, ce qui lui prit à peu près une heure, et durant tout ce temps, il me tourmentait parce que j’avais parlé de Christ à mes camarades ».
L’italien n’avait pas vu une table mise depuis qu’il avait quitté son foyer ; de plus il était si faible qu’il sentait ses dernières forces l’abandonner.
« Je fus terriblement tenté par le diable qui essayait de me dire : Dapozzo, crois-tu encore au Psaume 23 ? »
Malgré un cerveau fatigué et affaibli, le chrétien, au bout d’un moment, put se répéter les paroles : « Tu dresses devant moi une table en la présence de mes ennemis ».
Une prière ardente monta de son cœur afin que Dieu lui vienne en aide et qu’il ne perde pas sa foi. « Oui Seigneur, murmura-t-il, je crois que tu me délivreras de mes ennemis, et que tu me donneras tout ce dont j’ai besoin ».
Au dessert, le prisonnier espérait en avoir fini avec ses souffrances, quand un domestique entra, apportant du café chaud, fumant et des tranches de cake. Tout en buvant son café, le commandant mangea les douceurs, puis il se tourna et dit : « Votre femme est une bonne cuisinière, Dapozzo ». Voyant que l’autre ne comprenait pas, il continua : « Depuis sept mois, régulièrement, votre femme a envoyé des gâteaux pour vous et je les ai mangés ».
« Je fus alors terriblement tenté, raconte Dapozzo ; je savais que ma famille manquait de la nourriture nécessaire, et ma femme épargnait sur leurs maigres portions pour faire quelque chose pour moi. Cet homme mangeait donc la nourriture de mes enfants ! Le diable me souffla : « Tu as toutes les raisons de le haïr ! Tu peux le détester ! » Je criai à Dieu pour ne pas en arriver là.
Lorsqu’enfin je pus parler, je dis : « Vous êtes un pauvre homme, et je suis riche. Je suis riche parce que je crois en Dieu, et que je suis sauvé par le sang de Christ ».
« L’allemand se fâcha terriblement, mais je pus retourner dans la baraque ».
La guerre finie, Dapozzo rentra chez lui ; sa santé ébranlée exigea plusieurs mois de repos. Dès qu’il put il chercha à retrouver la trace de l’officier allemand qui l’avait fait souffrir neuf mois durant ; on savait qu’il se cachait mais nul ne pouvait donner de renseignements.
Au bout de dix ans seulement, l’italien apprit le lieu de sa retraite, il s’y rendit.
« Je pris un ami chrétien avec moi, raconte-t-il, pour ma première visite. Comme l’allemand ne me reconnaissait pas, je lui dis : Je suis le numéro 175, vous souvenez vous de la veille de Noël 1943 ? » L’homme et sa femme devinrent blanc de terreur ; après un long silence, il murmura : « Vous êtes venu prendre votre revanche ? »
Dapozzo répondit en ouvrant le paquet qu’il tenait à la main ; il en sortit un grand cake que sa femme avait confectionné, le même que ceux qu’elle envoyait au camp, puis il demanda qu’on voulut bien faire du café. « L’homme se mit alors à pleurer, poursuit Dapozzo, il me demanda pardon ; je pus répondre que, pour l’amour du Christ, je l’avais fait depuis longtemps. Une année plus tard, l’allemand et sa femme croyaient au nom de Jésus et l’acceptaient comme leur Sauveur ».
« Christ seul, conclut Dapozzo, peut nous faire aimer nos ennemis, et changer le cœur d’un homme méchant et sans Dieu en un chrétien heureux et bienveillant ».

D’après Almanach Évangélique 1966.