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LA RECETTE DE LISBETH CONTRE LES SOUCIS

 

 

Dans une pauvre vieille cabane, noircie par les intempéries, en dehors du village, Lisbeth vivait seule, toujours joyeuse, toujours contente de Dieu et des hommes. Elle cultivait son petit jardin ; elle filait et tricotait pour les paysans, et gagnait ainsi quelque argent. Partout on ne la connaissait que sous le nom de « l’heureuse Lisbeth ». Elle n’était pas vieille, mais très pauvre ; elle n’avait point de famille ; elle était presque aveugle, paralysée et infirme. Malgré un extérieur aussi modeste, il y avait dans toute son attitude le sceau de Dieu qui se manifeste avant tout dans ce qui est le plus infime, le plus méprisé.
Eh bien ! Lisbeth, vous chantez toujours, lui dit un passant.
Eh oui ! monsieur, répondit-elle joyeusement.
Dites-moi donc, Lisbeth, comment est-ce possible ? Quelles raisons avez-vous de tant chanter ? Vous êtes toujours seule, vous vous tuez à force de travailler, vous n’avez rien de beau chez vous, comment se fait-il que vous soyez si heureuse ?
Cela vient sans doute que je n’ai personne d’autre que Dieu. Voyez, les gens riches comme vous se fient à leur famille, à leur maison. Vous pensez à vos affaires, à votre femme, à vos enfants, et vous avez toujours peur de ce qui pourrait arriver. Pour moi, je n’ai point de soucis parce que j’ai tout remis à mon Dieu. Je me dis que s’Il peut maintenir l’ordre sur la terre, faire luire le soleil jour après jour, remettre les étoiles à leur place chaque nuit, faire pousser les petites plantes dans mon jardinet, il peut aussi prendre soin d’une misérable créature comme moi.
Tout ça, c’est bien beau, Lisbeth. Mais si un jour vos arbres fruitiers ou vos pousses gèlent, ou si…
Oui, oui, interrompit-elle, voilà justement l’affaire : tous ces « si ». Jamais je ne pense à des « si » parce que je sais bien que Dieu fera toujours tout pour le mieux. Ce qui vous rend malheureux, vous autres, c’est précisément parce que vous pensez toujours aux « si ». Attendez que les choses arrivent et arrangez-vous avec ce que vous avez.
Ah ! oui, Lisbeth, je vois bien que vous irez droit au ciel avec votre foi d’enfant, tandis que beaucoup d’autres sages resteront dehors.
C’est toujours comme ça que vous faites, vous autres, reprit Lisbeth en hochant la tête. Vous voyez toujours les nuages les plus noirs. Vous laissez le mal entrer tout droit dans votre cœur au lieu de l’en chasser.
Que les hommes seraient plus heureux s’ils voulaient suivre la recette de Lisbeth et ne pas se gâcher la vie par toutes sortes de maux imaginaires !

D’après Almanach Évangélique 1922