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LA PRIÈRE EXAUCÉE

 

« Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous le recevez, et il vous sera fait » (Marc 11. 24).

Au commencement de l’année 1814, lorsque la guerre ravageait l’Europe, des troupes de soldats de différentes nationalités se trouvaient à deux kilomètres de marche de la ville de Schleswig. Des rapports très alarmants sur leur manière de se conduire les avaient précédés, et les habitants de la ville étaient fort effrayés de les voir s’approcher. Il y avait eu une trêve, mais qui devait se terminer le 5 janvier à minuit ; ce moment redouté était proche, où toutes les horreurs de la guerre et d’une licence effrénée allaient de nouveau fondre sur les habitants sans ressources de ce pays.
A l’entrée de la ville de Schleswig, dont l’ennemi n’était plus bien loin, était une maison isolée, habitée par une femme âgée et pieuse qui, apprenant l’approche de l’ennemi, priait, employant les paroles d’un vieux cantique, demandant que Dieu élève une muraille autour d’eux. Elle habitait cette maison avec sa fille, également veuve, et son petit-fils de vingt ans. Celui-ci, en entendant prier sa grand-mère, ne put s’empêcher de dire qu’il ne comprenait pas qu’elle puisse demander une chose aussi impossible : qu’une muraille soit élevée autour de leur maison pour les protéger ! La grand-mère lui fit observer qu’elle avait simplement voulu implorer la protection divine, mais elle ajouta :
– Penses-tu que, si vraiment c’était la volonté de Dieu de bâtir une muraille autour de nous, cela Lui serait impossible ?
Enfin la terrible nuit du 5 janvier arriva, et à minuit les troupes firent irruption de toutes parts dans la ville. La maison de nos amis était située sur le bord de la route, et plus grande que les maisons voisines, qui n’étaient que de petites chaumières, et celles-ci furent bientôt envahies par les soldats, qui réclamaient ce qu’ils voulaient avec injures et menaces. Les habitants de la grande maison écoutaient avec anxiété, s’attendant à tout moment à entendre les sommations des soldats à leur porte. Mais bien que le bruit des voix, le piaffement des chevaux, les rires et les plaisanteries grossières et bruyantes leur parvenaient, personne ne frappa à leur porte.
L’armée traversa la ville, mais les hommes de l’arrière-garde, à cause de la neige qui était tombée toute la journée, et du violent orage qui se déchaînait maintenant, cherchèrent à se mettre à l’abri et se ruèrent comme des sauterelles dans les masures, à la sortie de la ville, où ils dévorèrent tout ce qu’ils trouvèrent.
Et cependant, au milieu de tout le tumulte et le désordre dans la ville, la maison de nos amis était en paix. Les heures s’écoulèrent et, à leur grand étonnement, personne ne frappa même à leur porte. Ils passèrent cette nuit d’insomnie et de crainte en prières, et l’aube se leva enfin.
Avec le clairon de la diane réveillant la troupe, et la lumière du jour, le danger n’était pas écarté. Et pourtant on n’entendit pas un coup frappé à la porte, ni cris ni menaces.
Quand le bruit de l’armée eut vraiment cessé, nos amis osèrent regarder au dehors, et découvrirent le moyen dont Dieu s’était servi pour les protéger. La neige, tombée si abondamment toute la journée précédente, avait été poussée et entassée par l’orage, tellement haut, entre la maison et la route, qu’il était impossible d’aborder la maison : une muraille s’était littéralement élevée autour d’eux.

« Toutes choses sont possibles à celui qui croit » (Marc 9. 23).

 

D’après La Bonne Nouvelle 1869