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LA PRIÈRE D’UNE ENFANT EXAUCÉE

 

Un pilote se rendit un jour dans son bateau auprès d’un navire qui était à l’encre, non loin d’un port anglais. Ayant appelé le capitaine, il l’avertit qu’il y avait des fonds marins dangereux dans les environs, et lui donna des conseils amicaux sur la direction qu’il devait suivre. Le capitaine le remercia de sa bonté et l’invita à venir à bord. Le pilote accepta l’invitation, attacha son canot au flanc du grand navire, grimpa sur le pont et suivit le capitaine et son contremaître pour déjeuner dans la cabine.
Une circonstance le frappa : à la différence de la plupart des marins, le capitaine, avant le repas, rendit grâces à Dieu, le grand Dispensateur de tout bien. Son attention fut aussi attirée par un tableau suspendu à la paroi de la cabine, et sur lequel étaient tracées en grandes lettres ces paroles solennelles :

PRÉPARE-TOI A LA RENCONTRE DE TON DIEU

Le capitaine, voyant les yeux de son visiteur fixés sur cette inscription, lui demanda s’il connaissait Dieu, à quoi le pilote put lui répondre : – Oh oui, je le connais. Eh bien ! dit le capitaine, aussitôt qu’il fut seul avec le pilote, puisque vous connaissez et aimez Dieu, vous serez bien aise de savoir comment j’ai été amené à Le connaître. Vous voyez cette marque, ajouta-t-il en montrant une ligne tracée sur le plancher de la cabine : – c’est en cet endroit que j’ai été amené à Christ, il y a deux ans. Il raconta alors au pilote l’histoire suivante :
Pendant bien des années, il avait été un grand pécheur, terriblement adonné aux boissons fortes ; il dépensait tout ce qu’il gagnait pour boire, et laissait sa femme et ses enfants presque sans nourriture et sans vêtements.
Cet homme était, bien sûr, misérable : « Il n’y a pas de paix, dit l’Éternel, pour les méchants » (És. 48. 22).
L’un de ses enfants, une fillette d’environ treize ans, avait été prise en affection par une chrétienne, qui lui donna des vêtements, lui parla de l’amour du Seigneur Jésus et la conduisit à une école du dimanche, où elle fut particulièrement touchée par les paroles du chapitre 3 de l’Évangile de Jean. Ce soir-là elle parla à sa mère de la grâce de Dieu qui apporte le salut, et demanda aussi à son père qu’il lui permette de lui lire ce chapitre – mais il n’en fut pas touché alors.
Peu de temps après, cette jeune fille tomba gravement malade, au point que le médecin ne laissa aucun espoir de guérison. En apprenant cela, la malade répondit simplement : – S’il n’y a plus d’espoir quant à mon corps, il n’en est pas de même de mon âme.
Un autre médecin consulté conseilla, en dernier ressort, que le père prit sa fille avec lui en mer, c’était la dernière chance possible de guérison – ce qui fut fait, malgré les craintes que sa mère avait de la confier à un père alcoolique. Celui-ci ne manqua d’ailleurs pas d’emporter liqueurs et tabac à bord.
Tard, un soir, après quelques semaines de navigation, le bateau heurta un banc de rochers. Le choc fut tellement violent que le capitaine et son équipage, qui étaient tous ivres, furent violemment ramenés à la réalité, et comprirent que seul un miracle pouvait les sauver d’une mort certaine. Le choc faisait trembler et craquer la coque du bateau. Le capitaine cria de mettre la chaloupe à l’eau, ce qui fut fait.
Puis il courut vers sa cabine pour décrocher sa montre du mur. Il avait complètement oublié son enfant, mais il l’entendit alors qui priait doucement : – Seigneur, sauve-nous, ou nous périssons. A ce moment précis, le contremaître cria d’en haut : – le vent a changé ! Le bateau est dégagé des rochers ! Tous à l’œuvre pour carguer les voiles !
Le capitaine était confondu. Sa longue vie de péché, l’immense bonté de Dieu en exauçant si instantanément la prière de son enfant, ce qui signifiait le passage soudain de la menace d’une destruction certaine à un état de sécurité, le troublèrent tellement qu’il tomba à genoux à l’endroit où il fit plus tard cette marque sur le plancher de la cabine – et pour la première fois de sa vie, on put dire de lui : – « Voici, il prie » (Act. 9. 11). Le même Dieu qui avait exaucé la prière de son enfant et sauvé le bateau avec les vies de tous ceux qui étaient à bord, entendit maintenant le cri du pécheur repentant et le reçut en grâce par le précieux sang de Jésus, entre les bras duquel il put se jeter pour l’éternité. Le lendemain matin il fit jeter à l’eau toutes les liqueurs qui étaient sur le navire afin qu’elles ne puissent plus tenter ni lui ni ses gens.
N’était-il pas bien « un tison sauvé du feu ? » (Zach. 3. 2).

D’après La Bonne Nouvelle 1861