IMG_20200314_170405

 

LA PETITE BOÎTE

 

– Mamie, nous vous confions notre petit Serge, sachant qu’il sera heureux avec vous durant notre absence, mais évitez surtout de lui farcir la tête avec vos balivernes et vos fariboles !
Après les effusions qui accompagnent tout départ, M. et Mme Larive montent dans leur grande DS bleue et démarrent rapidement.
Les parents de Mme Larive et le petit Serge leur font signe de la main jusqu’à ce que la voiture ait pris le tournant, puis rentrent tous trois à la maison. Mme Daviaud donne un beau gâteau à son petit-fils afin de le consoler du départ de ses parents et remarque qu’il garde, serrée dans sa main, une mystérieuse petite boîte. Cependant Serge ne semble pas avoir trop de chagrin. Ses yeux bruns pétillent d’intelligence dans son visage fin encadré de cheveux noirs, coupés en frange courte sur le front.
Fred Larive devait faire un stage de six mois dans une ville éloignée et sa femme s’était décidée à l’accompagner en confiant Serge à ses propres parents, dont elle appréciait la haute valeur morale. Bien sûr, il y avait cette question du dimanche qui ennuyait Fred, son mari. Mais elle-même avait été heureuse durant son enfance et son adolescence, lorsqu’elle suivait les réunions avec ses parents, et avait même confessé le Seigneur Jésus comme son Sauveur.
Plus tard, elle avait fait la connaissance de Fred au lycée et, malgré les avertissements de ses parents, elle était devenue sa femme. Ils avaient travaillé ensemble pendant deux ans dans le même laboratoire de recherches scientifiques, mais, avec la venue au monde de Serge, Édith avait cessé toute activité au dehors pour s’occuper de son bébé.
Fred étant athée, Édith ne fréquentait plus les réunions. Son mari appelait « balivernes » toutes ces croyances et il craignait que ses beaux-parents ne « contaminent » leur enfant. C’était ses propres paroles. Toutefois, il reconnaissait la droiture et la bonté de M. et Mme Daviaud.
Après le repas du soir, Mme Daviaud alla border Serge dans son lit, l’embrassa tendrement et revint auprès de son mari. Tous deux avaient l’habitude de terminer la soirée par la lecture de la Bible et par la prière. Bien sûr, Serge aurait pu y assister, mais puisque son père n’y tenait pas, il valait mieux ne pas insister.
Les jours passèrent, égayés par la présence de l’enfant. Serge était rieur et ne semblait pas souffrir de l’absence de ses parents. Il jouait gentiment auprès de sa Mamie tandis que Papy jardinait. Parfois, Mme Daviaud chantait un cantique, mais elle s’arrêtait net, lorsque l’enfant l’écoutait. Avait-elle honte de son Sauveur, cette chère grand maman ? Oh non ! elle l’aimait trop pour cela. Mais, comme son mari, elle craignait de contrarier son gendre, si jamais Serge retenait les paroles des cantiques et les chantait ensuite à son père.
Un mois déjà que le bambin était là ! Le dimanche, Mamie restait à la maison pour garder l’enfant. Comme elle était privée des réunions ! Mais que faire ?
Un beau matin, Mamie préparait le déjeuner lorsque Papy l’appela.
– Écoute, Marguerite, je ne suis qu’un désobéissant. Regarde là, sur la Bible et tu comprendras !
Et il lui montra le verset deux du chapitre dix de l’Exode :
« … afin que tu racontes aux oreilles de ton fils et du fils de ton fils, ce que j’ai opéré au milieu d’eux ; et vous saurez que Moi je suis l’Éternel ».
– Tu vois, Marguerite, le peuple terrestre de Dieu devait raconter à ses fils et à ses petits-fils ce que l’Éternel avait fait pour eux. Et nous, qui faisons partie de Son peuple céleste, ne devons-nous pas raconter à notre petit-fils ce que le Seigneur a fait pour nous ? A partir de ce jour, Serge assistera à la lecture que nous ferons plus tôt. Et toi, Mamie, tu vas me faire le plaisir de revenir aux réunions. Et si Fred n’est pas content, il n’a qu’à garder son fils.
– Dieu soit loué ! J’étais si malheureuse le dimanche de ne pouvoir participer à la Cène du Seigneur.
Dès ce soir-là, Serge assista à la lecture en famille. Papy choisit des passages faciles à comprendre pour un enfant de cinq ans. Le petit garçon écoutait gentiment, puis, après la prière, il posait des questions. Ses grands-parents y répondaient toujours, car si l’enfant les interrogeait, c’était bien la preuve qu’il s’intéressait à la lecture.
Le dimanche, ils allèrent tous au culte. Serge fut très sage et attentif.
De retour à la maison, Mamie disposa le couvert. Comme elle mettait la corbeille de pain sur la table, Serge lui dit :
– Tu sais, Mamie, le pain et le vin, c’est comme ma petite boîte.
Mme Daviaud jeta un regard perplexe à son petit-fils.
– Oui, Mamie, le Monsieur l’a dit à la réunion. En partant, maman m’a laissé sa jolie petite boîte que j’aime, en me disant : « Tu penseras à tes parents, mon chéri, tu ne les oublieras pas ! » Quand je regarde la boîte de maman, je pense à elle encore plus et je sais qu’elle reviendra. Jésus a laissé le pain et le vin pour qu’on se souvienne de Lui jusqu’à son retour. Le Monsieur l’a dit.
Papy et Mamie sont très émus de voir que ce bambin de cinq ans a si vite compris ce que les adultes mettent souvent des années à concevoir.
Les jours passaient. Serge s’intéressait de plus en plus à la lecture de la Bible. Avec ses grands-parents, il apprenait à chanter des cantiques. Il récitait par cœur le Psaume 23.
Enfin, voici le grand jour ! Papa et Maman arrivent ce soir. Comme les heures semblent longues au petit ! Papy et Mamie partagent son impatience.
Un coup de klaxon… Les voilà ! Serge descend les marches du perron en courant et Papa le soulève dans ses bras. Après quatre baisers sonores, le père met le petit dans les bras de sa maman qui s’écrie tout émue :
– Comme tu as grandi, mon chéri !
– Et toi, Maman, tu es toute belle !
Les grands-parents ont aussi leur part de baisers, et les remerciements chaleureux de leurs enfants pour avoir si bien soigné leur petit garçon durant leur absence.
Pendant le repas, on bavarde… On a tant à se raconter de part et d’autre. Et la joie d’être réunis illumine tous les yeux.
Mais une phrase de Fred vient jeter un froid :
– Alors, mon petit Serge, ton grand-père ne t’a pas raconté trop de balivernes ?
– Ni de fariboles, répond l’enfant.
Tout le monde rit bien fort. Papy et Mamie se regardent, soulagés.
L’heure du départ est arrivée. M. et Mme Daviaud sont tristes de se séparer de leur petit-fils. La vie comporte bien des séparations. Pourvu que ce jeune enfant n’oublie pas ce qu’il a pu apprendre de la Parole de Dieu… , mais le Seigneur est tout puissant !
M. et Mme Larive installent les valises de Serge dans la voiture. Ce dernier en profite pour prendre ses grands-parents par la main et leur dire :
– Je ne vous oublierai pas et je n’oublierai pas non plus Jésus qui est mort pour moi, même si je ne vais plus à la réunion.
Quelle joie pour Papy et Mamie, et quelle reconnaissance dans leur cœur !
Fred et Édith reviennent de la voiture et voient que leurs parents ont les yeux pleins de larmes.
– Allons, ne pleurez-pas, dit Fred de son ton cavalier, vous le reverrez, votre petit-fils. Nous reviendrons souvent vous voir.
Ils s’embrassent tous et la voiture démarre. A l’arrière, Serge agite sa petite main et les grands-parents lui répondent, attristés de son départ, mais profondément heureux de connaître le secret de ce jeune cœur.
– Tu vois, Marguerite, dit Jean Daviaud, n’avons-nous pas eu raison de faire ce que la Bible dit, de raconter aux oreilles de notre petit fils ce que Dieu a fait pour nous ?
– Si, dit Mamie, d’un air radieux. Mais que va dire Fred ?
– Dieu n’est-il pas plus fort que notre gendre ?

Le soir, Maman Édith borde son petit Serge dans son lit comme elle le faisait six mois auparavant. Serge lui montre la belle petite boîte :
– Tu vois, Maman, j’ai pensé à toi tous les jours ; et tu sais, ta jolie boîte, c’est comme le pain et le vin.
– Que veux-tu dire, mon chéri ?
– Eh bien ! Tu m’as laissé ta petite boîte pour que, quand je la regarde, je pense à toi et à papa jusqu’à ce que vous reveniez. Le Seigneur Jésus, Lui, nous a laissé le pain et le vin pour qu’on se souvienne de Lui jusqu’à Son retour.
– Oh ! mon chéri, dit Édith très émue, que je suis heureuse que tu comprennes ces choses. C’est un peu avec l’espoir que tu les apprendrais que je t’ai confié à tes grands-parents. Mais que va dire papa ? Tu lui as répondu toi-même que Papy ne t’avais pas appris de fariboles.
– Ni de balivernes, ma petite Maman. La Bible, c’est vrai. Ce ne sont pas des histoires. Pour papa, on va prier beaucoup, beaucoup, et il croira aussi. Tous les jours je prie pour lui et pour toi aussi, mais je sais par Mamie que tu connais Jésus, alors je prie surtout pour mon Papa.
Un samedi soir, Fred, Édith et Serge viennent rendre visite à Papy et Mamie. Quelle joie pour les grands-parents et pour le petit-fils, de se retrouver ! Mamie a préparé un bon gâteau comme le petit les aime. Après le repas, on bavarde, on se donne des nouvelles, puis chacun gagne sa chambre. Ce soir, Maman laisse à Mamie le soin de coucher Serge. Il faut bien faire plaisir à la chère grand maman qui doit se sentir triste sans le petit, après l’avoir gardé pendant six mois.
Au grand étonnement de sa femme, Fred sort tout à coup dans le couloir. Édith se demande ce qu’il a pu oublier. Mais lui, à pas de loup, se dirige vers la porte de son fils. Arrivé près de la porte, il s’arrête et retient son souffle pour mieux entendre la petite voix connue : « Seigneur Jésus, garde ma Maman chérie, mais surtout garde mon cher Papa, parce que, tu sais, il ne te connaît pas et il ne faut pas qu’il soit malade avant que tu sois son Ami. Je l’aime tant, je ne voudrais pas aller dans ton beau ciel sans lui. Garde Papy et Mamie qui t’aiment. Et fais que je sois obéissant. En ton beau Nom, Amen ».
M. Larive, très impressionné, regagne la chambre où Édith l’attend.
– Tu as trouvé ce que tu cherchais ? lui demande-t-elle.
– Oui, ma chérie, tout va bien.
Le lendemain, après le petit déjeuner pris en famille, Papy s’apprête à aller au culte.
Fred regarde en souriant sa belle-mère et lui dit :
– Alors, Mamie, qu’attendez-vous pour vous préparer ? Vous allez être en retard.
– Je compte rester ici aujourd’hui. Nous n’avons pas souvent le bonheur de vous avoir et je veux profiter un peu de la présence de Serge.
– Pourquoi ne l’emmenez-vous pas avec vous ?
– Je ne voudrais pas vous contrarier.
– Alors vous êtes restée ici pendant six mois à le garder ?
La grand maman rougit.
– Non, Fred, j’y suis restée un mois complet, et le temps m’a paru bien long. A la suite d’un passage de la Bible qui avait frappé votre beau-père, nous avons alors emmené Serge avec nous.
– Montrez-moi ce passage !
Tout étonnée, Mamie va chercher sa Bible et montre à son gendre le verset souligné. Il le lit avec attention. Ses yeux se portent plus bas sur les lignes qui suivent. « Jusques à quand refuseras-tu de t’humilier devant moi ? Laisse aller mon peuple, pour qu’ils me servent ».
Il rend la Bible à sa belle-mère et dit d’une voix toute changée :
– Mamie, Édith et Serge, préparez-vous vite, nous allons tous au culte !

D’après la Bonne Nouvelle 1982