DSC02075

 

LA FOI D’UN CAPITAINE

 

Un navire norvégien, chargé d’une grosse cargaison de poutres, passait, de nuit, par grosse mer, le long d’un écueil, dénommé le Rocher de la Mort.
A cette époque, aucun phare ne signalait le danger de ces lieux.
Le capitaine du navire était un chrétien, qui lisait sa Bible et priait Dieu chaque jour.
Ainsi qu’on pouvait s’y attendre, le navire, poussé par les brisants, alla s’échouer contre le rocher et y resta accroché.
A vues humaines le bâtiment était perdu, car personne ne s’était aperçu de la catastrophe, toute la côte étant trop sauvage pour qu’on y habitât.
On fit néanmoins les signaux habituels, mais ils ne reçurent aucune réponse.
Une partie de l’équipage aurait voulu mettre à l’eau les embarcations de sauvetage, mais la violence des vagues montrait bien que ce serait courir à la mort que de s’aventurer sur des chaloupes, si solides qu’elles fussent.
Mais l’Éternel, qui tient les flots dans le creux de sa main, a dit :
« Invoque-moi au jour de la détresse : je te délivrerai, et tu me glorifieras » (Ps. 50. 15).
Le capitaine savait ce qu’il en était et, d’une voix forte, qui dominait le bruit des éléments déchaînés, il s’écria :
Invoquons le Seigneur ! Il sait faire de grandes choses.
Tous les matelots s’agenouillèrent, à l’exception d’un Anglais, qui paraissait croire que la prière ne servait à rien.
Comme bien d’autres dans des moments pareils, il se figurait qu’il valait mieux faire ce que chacun jugeait opportun pour se tirer d’affaire, et cela malgré l’inutilité évidente de tous les efforts qu’ils avaient tentés.
Après la prière, tous se relevèrent, et quelqu’un demanda au capitaine :
– Et maintenant ?
– Attendons ! Nous verrons, fut la seule réponse qu’il reçut.
La situation allait en empirant. Une lame plus violente que les autres partagea le navire en deux.
Dieu voulait-il mettre à l’épreuve la faible foi de ces malheureux ? Ou bien la prière du capitaine ne devait-elle pas recevoir de réponse ?
Les hommes de l’équipage se serraient les uns contre les autres pour se donner une impression de force.
Et de nouveau la même question se fit entendre : Et après ?
– Attendons ! Nous verrons, dit une fois de plus le pieux capitaine.
Or Dieu fit tourner au salut du bâtiment en détresse la catastrophe qui l’avait atteint.
Par l’ouverture béante qui s’était produite dans la coque on vit les vagues et le courant entraîner les poutres qui remplissaient la cale et les diriger les unes après les autres du côté des rochers où elles s’entassèrent.
Petit à petit il se constitua ainsi un véritable pont qui finit par relier l’écueil à la terre ferme.
– Capitaine ! cria un matelot, nous pouvons gagner la côte !
Allaient-ils trouver la délivrance ? Elle ne venait pas d’eux, ni d’un produit de leur imagination. Telle était l’expérience qu’ils faisaient et que feront tous ceux qui cherchent le moyen d’être sauvés de leur état de péché ?
Qui eut jamais pensé au moyen employé par Dieu pour sauver les pécheurs ? Ce n’est point par un moyen humain ; tout est venu de Sa toute-sagesse, de Son bras puissant.
Un pont merveilleux franchit maintenant les eaux profondes de la mort.
C’est le chemin nouveau et vivant que le sang de Christ a consacré à travers le voile. (Héb. 10. 20).
Et le Seigneur Jésus dit lui-même : « Moi, je suis le chemin, et la vérité, et la vie ; nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14. 6).
Le capitaine, homme d’expérience et de sens rassis, jeta un regard sur la construction que, dirigées par la main de Dieu, les vagues édifiaient lentement.
Il vit qu’elle était encore trop fragile. En outre, entre le dernier écueil et la côte subsistait un intervalle trop large pour qu’on pût le franchir d’un bond.
– Prions Dieu ! dit le capitaine, et de nouveau il adressa à Dieu une ardente supplication.
– Attendons encore ! ajouta-t-il d’un ton d’autorité devant lequel tous durent s’incliner.
Le jour commençait à poindre. On ne tarda pas à s’apercevoir que les poutres qui flottaient encore gagnaient lentement l’espace béant.
Il ne fallut pas longtemps pour qu’il fût comblé lui aussi, si bien que tout l’équipage put franchir le pont construit par la main de Dieu et gagner la terre ferme au fond d’une petite anse, à l’abri du vent.
De là, un sentier les amena à travers champs jusqu’à un grand chemin qui aboutissait à un village voisin, dont les habitants – les naufragés l’apprirent plus tard – avaient négligé le devoir qui leur incombait de surveiller les parages dangereux de la mer, surtout quand le temps était mauvais.
On fit grand accueil aux rescapés, mais avant qu’ils prennent le repas qu’on leur prépara, le capitaine invita ses hommes à bénir le Dieu des délivrances qui les avaient conduits au port qu’ils désiraient et les avaient fait sortir des leurs angoisses (Ps. 107. 28 à 30).

D’après Almanach Évangélique 1946