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LA BIBLE VOLÉE

C’était un cadeau de sa mère, maintenant auprès du Seigneur ; pour cette raison, Mary D. aimait cette Bible plus que toute autre.
Elle l’avait lue bien longtemps ; il y avait tant de passages et de chapitres marqués, tant d’endroits favoris qu’elle semblait s’ouvrir d’elle-même à ceux-ci.
Plus que tout cela, elle l’avait tellement lue aux garçons de sa classe biblique – et plusieurs d’entre eux avaient accepté la vérité – qu’il lui semblait qu’une bénédiction spéciale était attachée à cette Bible.
Et maintenant quelqu’un l’avait volée ! Une forte récompense avait été offerte, mais personne ne la rapporta.
Bien que plusieurs de ces garçons fussent méchants et grossiers, elle ne pouvait penser que l’un deux eût volé sa Bible. Mais le précieux volume n’était plus là, et Mary pria Dieu qu’il soit en bénédiction pour celui dans les mains duquel il tomberait.
La guerre vint, et Mary partit comme infirmière militaire. Juste après une bataille terrible, beaucoup de blessés et mourants furent amenés à l’hôpital. Comme Mary passait au milieu d’eux, elle vint vers un soldat qui la reconnut, mais qu’elle ne put identifier. Il lui dit son nom et ajouta :
– Je suis le garçon qui a volé votre Bible. J’ai fait cela pour m’amuser. Mais quand vous nous avez dit combien vous l’aimiez parce qu’elle avait appartenu à votre mère, j’en ai été bouleversé. J’aurais donné n’importe quoi pour ne l’avoir jamais prise ; mais j’étais trop fier pour avouer ce que j’avais fait. Je pensais que si je la rapportais, on croirait que ce serait pour la récompense. Bientôt peu après, je suis parti. Puis je suis devenu très mauvais ; je ne peux commencer à vous raconter tout, mais j’ai gardé la Bible, espérant qu’un jour je pourrais vous la renvoyer et que vous ne sauriez pas que c’était moi qui l’avais prise. Je me suis engagé dans l’armée. J’ai passé par bien des choses depuis ces trois dernières années ; marches exténuantes et batailles désespérées. J’ai été cité à l’ordre du jour ; puis envoyé à l’avant-garde et fait prisonnier, mais je me suis échappé ; je mourrais de faim quand j’ai atteint nos lignes.
Pendant tout ce temps, cette Bible me rendait misérable. Je me sentais méprisable d’accepter des louanges alors que je la gardais. J’ai essayé de vous retrouver. Puis j’ai commencé à parcourir cette Bible. Quelquefois je tombais sur les Dix commandements et celui-ci me transperçait : « Tu ne déroberas pas ». D’autres fois la Bible s’ouvrait sur ces versets : « Bienheureux ceux qui sont purs de cœur ». « Demandez et vous recevrez ». « Comme vous voulez que les hommes vous fassent, vous aussi faites-leur de même ». Chaque fois que je la prenais, elle me faisait un sermon qui me rendait malheureux. Une fois, j’ai résolu de la brûler, mais j’ai réfléchi que cela n’arrangerait rien. J’ai compris alors que je ne serais plus jamais heureux si je ne confessais pas ma faute et ne rendais le livre.
Comme je ne pouvais vous trouver, j’ai pensé à en parler au capitaine. Je lui ai dit que c’était lâche de ma part de me faire passer pour un honnête homme pendant que j’avais cette Bible volée à une femme. Le capitaine était un homme grossier, qui jurait et ne croyait pas en Dieu. Il s’est moqué de moi, m’a dit que je vous avais joué un vilain tour en prenant cette Bible, mais qu’elle n’avait pas plus de valeur que n’importe quel autre livre. Je savais mieux que cela. Je savais qu’il en était autrement et je l’ai lue plus que jamais. Enfin, j’ai commencé à prier le Seigneur Jésus, reconnaissant tous mes péchés et demandant le pardon. Il m’a exaucé. Puis j’ai prié pour le capitaine.
Quand j’ai été blessé, il est venu vers moi et m’a dit qu’il ferait n’importe quoi pour moi. Je lui ai demandé de sortir cette Bible de ma poche ; vous voyez mes deux mains ont été emportées. Il m’a promis d’en prendre soin et de vous la rendre, si jamais il pouvait vous trouver, en vous racontant tout ce qu’il en était. Il devait repartir au front et il m’a amené ici. Mais le Seigneur le conduira comme Il l’a fait pour moi. Lui aussi trouvera les mêmes passages. Que Dieu le bénisse.
Peu de temps après ce récit, le soldat rendit le dernier soupir. Mary pria souvent depuis lors que ce livre continuât à être en bénédiction à tous ceux entre les mains desquels il tomberait.
Des années passèrent. Mary, de retour dans sa ville natale, continuait à travailler et à prier pour les pauvres garçons des rues. C’était étrange de voir combien ils étaient émus par l’histoire du soldat mourant et de la Bible. Était-ce l’histoire elle-même, ou bien était-ce une réponse à ses prières ?
Un dimanche, le colonel B., le célèbre évangéliste qui venait d’arriver pour prêcher dans cette ville, donna une réunion dans l’école où Mary avait une classe nombreuse. Il leur raconta l’histoire de sa conversion, disant que c’était grâce à un soldat et à sa Bible. Il sortit de sa poche un livre abîmé par une balle et taché de sang et leur raconta l’histoire que nous savons et dit en terminant : Enfants, la prière de ce soldat et cette Bible ont transformé l’homme grossier et mauvais que j’étais en un chrétien et en un serviteur du Seigneur ; il semble qu’une bénédiction spéciale soit attachée à ces faits qui ont été le moyen d’amener beaucoup plus d’âmes à Christ que toutes mes prédications. Je n’ai jamais pu retrouver le possesseur du livre quoique son nom soit écrit ici : Mary D.

Lorsqu’elle reçut son livre perdu depuis si longtemps, Mary remercia Dieu pour le travail que sa Bible avait déjà accompli et Lui demanda que cette œuvre ne finisse jamais.

 

D’après la Bonne Nouvelle 1953