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LA BIBLE ET LES SABOTS

 

C’était en 1858. Un colporteur appartenant à la Société biblique arrivait par une journée froide et brumeuse dans un pauvre village du centre de la France, où il n’était jamais venu et qu’un seul de ses confrères avait visité, il y a déjà longtemps.
Avant de commencer sa tournée, dans la campagne où étaient disséminées de nombreuses chaumières, le colporteur fatigué par la longueur de la route qu’il avait parcourue dans la matinée, se laissa tomber sur un banc devant l’unique auberge du pays et commanda un repas léger.
En attendant d’être servi, il remarqua, en face de lui, deux hommes qui occupés à charger sur une charrette un maigre mobilier. Tout à coup une femme âgée sortit en courant de la maison devant laquelle la charrette était arrêtée, et demanda d’une voix agitée aux deux hommes de ne pas continuer leur chargement, parce qu’il lui manquait quelque chose.
« Ah ! Ma Bible et mes sabots. Je ne puis les trouver. Les avez-vous vus ? Il faut que je les retrouve à tout prix. Oh ! Ma Bible et mes sabots ! »
Ces exclamations surprirent le colporteur. Il ne parvenait pas à comprendre quel rapport pouvait exister entre une Bible et des sabots et comment deux objets si différents donnaient lieu à une démonstration également vive d’affection.
La vieille femme continuait cependant à réclamer ses trésors et à les chercher partout. Ses recherches restant infructueuses, elle insista pour que les deux hommes déchargent la charrette, et tous les meubles l’un après l’autre, furent déposés par terre.
L’émotion que produisait la perte d’une Bible avait éveillé l’attention du colporteur, et, traversant la rue, il essaya de calmer la pauvre femme, tout en la questionnant sur les deux objets qu’elle avait égarés.
« Il faut, Monsieur, il faut absolument que je les retrouve » répondit-elle avec animation, « car c’est une Bible qui me parle de Jésus. Mais peut-être n’en connaissez-vous pas la valeur ? »
Et elle commença à lui parler des vérités de l’évangile, à lui réciter des versets afin de lui montrer la nécessité de se procurer le livre pour lui-même.
« Vous êtes donc protestante ? » lui dit le colporteur.
« Protestante ! » s’écria-t-elle avec indignation. « Oh ! Non, je suis une chrétienne de la Bible. Je ne sais rien du protestantisme, mais je sais que la Bible vient de Dieu ».
« Et les sabots ? » demanda-t-il.
« Mes sabots ? » répliqua-t-elle, « mais je ne puis aller aux réunions sans mes sabots ; les routes sont si mauvaises. Vous n’avez pas entendu parler de nos réunions, car nous ne sommes que quatre ou cinq qui nous y rendons habituellement. Quelquefois pourtant, nous sommes plus nombreux. Nous lisons la Bible, et puis nous parlons ensemble des belles choses qui s’y trouvent, et ensuite quelqu’un prie.
Oh ! Que c’est beau de nous réunir ainsi. En revenant chez moi, j’ai toujours dans le cœur quelque nouveau trésor puisé dans la Parole de Dieu ; aussi je n’aime pas rester à la maison le jour de la réunion, mais sans mes sabots, que ferais-je ? Il me serait impossible d’y aller, et, quand on est pauvre, on ne peut acheter des sabots neufs tous les jours ».
A peine eut-elle fini qu’un des hommes, ouvrant un tiroir de commode, s’écria joyeusement :
« Voilà votre Bible, Madame ! »
Puis il déplia un paquet enveloppé d’un linge en ajoutant :
« Et voici vos sabots ! »
Oh si vous aviez pu voir la figure de la brave femme à ce moment, et combien elle était contente d’avoir retrouvé ses trésors !
Le colporteur se mit en devoir d’aider à recharger la charrette. Puis il accompagna la bonne vieille une partie du chemin vers sa nouvelle demeure.
En s’entretenant avec elle, il n’eut pas de peine à découvrir, avec une admiration profonde, l’œuvre de Dieu dans son cœur. C’était en lisant la Bible qu’elle avait trouvé la vérité.

D’après la Bonne Nouvelle 1934