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LA BIBLE DU BRIGAND

 

Dans un des coins les plus reculés de la Forêt Noire des brigands se partageaient le produit des vols de la nuit précédente.
Selon leur coutume ils mettaient les différents objets aux enchères. En tout dernier on misa un Nouveau Testament.
Celui qui faisait la criée annonça le Saint Livre en faisant quelques remarques blasphématoires qui suscitèrent les éclats de rire de ses camarades.
L’un d’eux proposa, par plaisanterie, qu’on lût un chapitre pour leur édification. Tous applaudirent à cette idée et le chef se mit à lire un passage d’une voix moqueuse.
Un des brigands pourtant ne partageait pas la gaité de mauvais aloi des malfaiteurs. C’était un des plus âgés de la bande. On le vit baisser la tête, les mains sur les genoux, comme plongé dans de profondes réflexions.
Les paroles qu’il entendait lire l’avaient frappé au cœur, elles éveillaient chez lui de très lointains souvenirs.
Ce passage de la Parole de Dieu, il l’avait entendu, il devait y avoir trente ans, dans la maison paternelle, alors que jeune homme, il allait entrer sur le chemin de la vie.
Il avait vécu sous de bonnes influences ; ses parents qui craignaient Dieu, avaient fait leur possible pour le conduire sur la bonne voie, ils lui avaient donné l’exemple de chrétiens.
Mais tous leurs efforts paraissaient avoir échoué. Il y a pourtant, dans le Livre de Dieu, un verset ainsi conçu : « Jette ton pain sur la face des eaux, car tu le trouveras après bien des jours » Éccl. 11. 1. En effet bien des jours c’étaient écoulés depuis lors, mais ces paroles étaient retrouvées.
Au chagrin intense de ses parents, le jeune homme suivit le chemin de la perversité. Il finit même par commettre un crime et dut s’enfuir pour échapper à la police.
C’était un matin. Selon son habitude, le père de famille avait lu un passage de la Parole de Dieu, puis avait recommandé les siens aux soins du Seigneur. Immédiatement après, le jeune homme prit la fuite. Il ne rentra jamais à la maison paternelle.
Et maintenant toute cette scène lui revenait à la mémoire : le cercle de famille, la lecture de la Bible, la voix de la prière. Depuis lors, il n’avait jamais eu la Parole de Dieu entre les mains, ni entendu un seul mot qui lui rappelât les enseignements de ses parents.
Absorbé par ses souvenirs, il avait complètement oublié où il se trouvait, lorsqu’une main rude se posa sur son épaule et on lui demanda :
– Allons rêveur, combien donnes tu pour ce vieux livre ? Tu en as plus besoin que n’importe lequel d’entre nous. N’es-tu pas le plus grand des pécheurs sous la voûte du ciel ?
– C’est bien vrai, répondit-il, donne-moi ce livre, je le paierai son plein prix.
Le lendemain les brigands se dispersèrent afin de tirer parti du produit de leurs larcins. Celui qui avait pris le Nouveau Testament se cacha dans la forêt et passa vingt-quatre heures en proie à une grande angoisse.
La Parole de Dieu lui avait révélé le Seigneur Jésus, il accepta pour lui-même le message de paix qu’elle lui offrait.
Il se rendit alors à un village où il raconta à un chrétien l’histoire de sa vie, puis alla se livrer à la justice.
Un peu plus tard tous ses camarades furent arrêtés et condamnés à mort. Sa franchise lui valut d’avoir la vie sauve. Au bout de sept années d’une conduite exemplaire, on le relâcha. Il entra au service d’un noble et y passa le reste de ses jours, rendant un excellent témoignage qui fut en bénédiction à la maison toute entière.
N’est-ce pas là un tison sauvé du feu ? Zach. 3. 2.
A coup sûr, la Parole de Dieu est « vivante et opérante » Héb. 4. 12.

D’après Almanach Évangélique 1938