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JEMMY, LE PETIT BERGER

 

Dans une vallée reculée, au milieu des montagnes de l’Écosse, vivait un pauvre berger nommé Robin, âgé de près de 80 ans, à la barbe et aux cheveux blancs comme neige. Sa femme et ses enfants étaient morts, et il ne lui restait pour toute famille que son petit-fils nommé Jemmy.
Jemmy aimait tendrement son grand-père, qui l’avait recueilli chez lui et l’avait élevé lorsqu’il était resté seul au monde. Le vieux Robin lui avait enseigné à lire et à prier, et lorsque le vieillard ne put plus lire, Jemmy lui lisait avec joie un chapitre de la Bible. Jemmy aimait surtout les passages parlant du Seigneur Jésus comme le Bon Berger, car lui-même devait prendre soin du troupeau de son grand-père.
Jemmy ne trouvait jamais le temps long sur la montagne. Couché dans la bruyère, il lisait un passage dans sa Bible, ou apprenait une strophe de cantique. Et quand il était fatigué de lire, il gambadait un moment avec son brave chien Fidèle. Quelquefois des moutons appartenant à d’autres bergers s’égaraient loin de leur pâturage et se mêlaient à son troupeau. Jemmy se hâtait alors de les reconduire vers leurs propriétaires.
Un jour, Jemmy oublia son devoir. Il avait lu l’histoire de David, le berger qui devint roi d’Israël, et l’envie lui prit de se faire une fronde comme celle dont David se servit pour tuer Goliath. Il abandonna son troupeau et courut à la maison pour chercher une corde. Sa conscience le reprenait de manquer à son devoir, aussi revint-il vite vers ses moutons, mais il s’aperçut alors qu’il manquait quatre bêtes. Il les chercha partout, du haut en bas de la montagne, mais en vain.
Il rentra alors chez lui et avoua sa faute à son grand-père, qui ne le gronda pas, heureux de voir que Jemmy lui avait dit la vérité. Il lui conseilla de retourner à la recherche des moutons, dans la direction de l’est, où ils étaient probablement partis, car là se trouvaient les meilleurs pâturages. Et il lui dit de se hâter avant que la neige, qui menaçait, ne commence à tomber.
En effet, quand Jemmy atteignit le haut de la montagne, il neigeait à gros flocons. Le vieux Robin regretta alors d’avoir fait ressortir Jemmy, sachant bien que s’il s’égarait dans la neige, il pourrait errer toute la nuit, et même être saisi par le froid et la fatigue, et se coucher dans la neige pour ne plus se relever.
Seul dans la chambre éclairée seulement par le feu dans l’âtre, dans le silence ponctué par le tic-tac de l’horloge et le vent hurlant dans la cheminée, le vieux Robin, en larmes, se mit à genoux pour supplier Dieu de lui ramener son cher Jemmy.
Il mit alors sa pèlerine, se préparant à aller demander à son voisin s’il voudrait bien aller à la recherche de Jemmy, mais il entendit tout à coup gratter derrière la porte. En ouvrant, il vit, non pas Jemmy, mais son chien Fidèle, qui se mit à aboyer plaintivement, tout en saisissant le bord de la pèlerine de Robin pour l’attirer vers la porte. Robin comprit bien le message, mais n’ayant pas la force de sortir dans la neige sur la montagne, il alla, suivi par Fidèle trouver son voisin Mackey. Celui-ci accepta aussitôt d’aller à la recherche de Jemmy, et tenta de rassurer Robin, puis partit à la suite du chien.
Ils marchèrent longtemps, luttant contre le vent et enfonçant dans la neige fraîchement tombée. Puis tout à coup, le chien s’arrêta et se mit à fouiller la neige en gémissant. Mackie s’approcha et entendit une voix faible qui répétait : – Au secours, sauvez-moi. C’était la voix de Jemmy, qui était tombé dans un ravin et était presque enseveli sous la neige, et tellement engourdi par le froid qu’il ne pouvait plus bouger.
Avec peine, Mackie réussit à le sortir du ravin, et le mit sur ses épaules pour retourner au village. Le chien sautait et gambadait à ses côtés, et venait à tout instant lécher les mains de Jemmy.
Lorsqu’ils arrivèrent à la maisonnette de Robin, celui-ci, en voyant Jemmy sur les épaules de Mackie, crut d’abord que l’enfant était mort, mais le voisin le rassura aussitôt en lui disant : – Ne vous avais-je pas dit de mettre votre confiance en Dieu ? »
Les deux hommes mirent Jemmy sur son lit et, par de vigoureuses frictions et avec des boissons chaudes, purent le ranimer au bout d’un moment. Il ouvrit les yeux et murmura quelques paroles entrecoupées. Mais c’est seulement le lendemain, après son sommeil, qu’il put raconter son aventure. A la recherche des moutons, il s’était égaré dans la neige et était tombé dans ce ravin. Fidèle, qui semblait d’abord indécis, était ensuite parti tout à coup. Alors, tout seul dans la neige, Jemmy avait supplié Dieu de venir Lui-même à son secours. Et Dieu ne l’avait pas abandonné.

Mon Dieu, en toi j’ai mis ma confiance
Aucun de ceux qui s’attendent à toi ne sera confus (Ps. 25. 1 et 3).

D’après La Bonne Nouvelle 1902